JEAN (I) DE MONT
donzel, avoué de Mollens.
Sous l'année 1272, Jean, fils du feu sire Nicolas des Monts, chevalier, ayant engagé au prieuré de Romainmotier l'avouerie de Mollens pour la somme de 15 livres lausannoises, prend l'engagement de respecter cette engagère et donne à cet égard pour garants Humbert de Trélex, chevalier, et Jacques, coseigneur d'Aubonne, donzel. Ceux-ci, le cas échéant, tiendraient otage à Saint-Prex, à leurs propres dépends, ou bien ils donneraient des gages qui pourraient être transportés ; et cela jusqu'à l'entière satisfaction des religieux, dans le mois qui suivrait leur réquisition*.
Le donzel Jean des Monts devint le vassal du couvent de Romainmotier. 11 confesse, le 5e 30011284, qu'il lient
* Cart. (le Homainmolier , pag. 50i. La circonstance que les garants de Jean de Mont donneraient au couvent de Romainmotier, le cas de garantie -échéant, des gages qui pourraient être transportés, comme équivalent de l'otage qu'ils- devaient tenir à Saint-Prex, n'a pas été rapportée par nous, et à tort, dans notre Mémoire sur les dynasles d'Aubonne (pag. 194 et pag. 68 de notre tirage spécial.) Nos lecteurs voudront bien suppléer à cette omission par le présent avertissement. Par la charte de cette mise en gage, Jean de Mont donne au couvent de Romainmotier, pour le salut de son âme et de -celles de ses prédécesseurs, tout ce que les religieux percevraient dans la 4ite engagère, durant le temps de celle-ci.
en fief du prédit couvent, diverses vignes et terres situées dans le vignoble et le« finage » de Germagny. Ces fonds de terre, auparavant allodiaux, ont été soumis par lui à la mouvance du couvent précité, moyennant 80 livres qu'il a reçues de celui-ci. Jean des Monts déclare que, par suite de cette transaction, il est devenu l'homme Au couvent de Romainmotier et qu'après lui un de ses héritiers le sera à perpétuité. Les abbés du Lac de Joux et de Bonmont scellent la reconnaissance de Jean des Monts. Celui-ci, à cette date , n'avait pas encore dégagé l'avouerie de Mollens engagée par lui au dit couvent*.
Les documents nous montrent le donzel Jean de Mont encore d'autres fois en rapports avec le monastère romain. Il confesse, au mois de septembre de la même année ISS^, qu'il lui doit 40 livres lausannoises que ce couvent lui a prêtées, s'engageant à les rendre dans les quatre années suivantes, moyennant 10 livres chaque année, payables à la fête de l'Assomption delà Vierge. S'il y fait défaut, les religieux pourront percevoir les fruits des vignes qu'il tient d'eux en fief, jusqu'à l'entier payement de sa dette. L'abbé du Lac de Joux et le prieur de Saint-Maire apposent leurs sceaux à l'acte de l'engagement de Jean de Mont.
Enfin, le 23 octobre suivant, le prénommé donzel cède au couvent de Romainmotier, à titre d'échange, trois pièces de terre situées à Mollens, contre d'autres fonds de terre situés dans le même lieu. L'abbé du Lac de Joux et le prieur de Bière scellent l'acte de cet échange.
L'année suivante, Jean de Mont était en différend avec le couvent de Romainmotier, au sujet de l'exercice de l'avouerie sur les hommes de cette maison religieuse, à
' Cart. (le Romainmotier, pag. 543.
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Mollens, ce qui laisse supposer que le premier avait dégagé cette avouerie, peut-être au déplaisir du couvent. Une prononciation soit composition eut lieu entre les parlies, au mois d'octobre 1285. Elle fixa les points principaux suivants, que nous rapportons ici, puisque la question des avoueries est maintenant assez à l'ordre du jour :
Le droit d'avouerie sur les hommes du couvent de Romainmotier qui habitent Mollens appartient au donzel Jean, fils du feu chevalier Nicolas de Mont, et à ses hoirs.
Le dit Jean, pour cette raison, a et aura sur les prédits hommes la justice et la condamnation des larrons, des homicides et des autres criminels, condamnés soit à condamner dans leurs corps*. Les clames concernant les héritages (les immeubles) mouvants des religieux seront portées à Romainmotier, ou ailleurs, devant les religieux, soit leur nonce. Les clames pour dettes pourront être faites, soit devant les religieux soit devant l'avoué. Dans le premier cas, la clame devra être jugée à Romainmotier.
Les biens meubles des larrons , meurtriers et autres personnes condamnées à des peines corporelles et dont les biens doivent échoir au seigneur, se partageront par moitié entre l'avoué et le couvent, mais les immeubles relevant de ce dernier lui demeureront.
Les hommes du couvent doivent à l'avoué, chaque année, deux corvées personnelles, avec leurs bêtes, au printemps et en automne, et cela à ses dépens quant aux personnes, mais sans frais de sa part quant aux bêtes.
' « Item sciendutn est quod supradictus .lohannes at heredes sui hab^ent et habere ilebnet super hornines predictos justiciani et condempnacioticm latronum, omnium homicidarum et omnium aliorum in corpore coiidempnatorum sed condempnandorum. »
L'avoué établira annuellement le messelier à MoUens, en présentant à cet effet aux hommes du couvent trois personnes du village, sur lesquelles ils choisiront.
L'avoué, Jean de Mont, percevra annuellement une coupe d'avoine, comble, à la mesure d'Aubonne, par feu' et son frère Girard un demi-pain.
L'avoué doit avoir exclusivement son four à Mollens.
Vient ensuite une disposition de la convention relative aux pâturages de Mollens, dont le sens nous paraît peu clair. Il y est dit que si Jean de Mont voulait « viare pascua dicte ville, » il ne pourrait pas « viare » sur les lénements des hommes du couvent sans le faire aussi sur ceux de tous les autres hommes de Mollens, et qu'il ne pourrait s'approprier aucune partie des pâturages « vialis, » ni la tenir en domaine^
Le prénommé Jean de Mont et ses hoirs, à raison de la dite avouerie, doivent protéger les prédits hommes du couvent, contre chacun, sauf contre les religieux, soit dans les personnes soit dans les biens de ceux-ci, les dits hommes étant leurs taillables; néanmoins, l'avoué pourra faire déposer comme témoins (comiilere) les hommes précités, en la cour des religieux, contre ces derniers.
L'avoué Jean de Mont, pour lui et ses hoirs, promet aux religieux garantie vis-à-vis de chacun au sujet de la dite avoueriez
' « Super quemlibet hominum predictorum tenentetn suum conduit in dicta villa. »
* S'agirait-il peut-être ici d'une délimitation des pâturages comnauns, d'en fixer l'étendue?
' Pièces justificatives, K» 9.
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Jean de Mont entra dans l'hommage d'Humbert (IV) de Thoire et de Villars, sire d'Aubonne. Au mois de mai de l'année 1292, il prit de lui, à titre de fief, l'avouerie ' que ses prédécesseurs et lui-même avaient tenue dans le village et le territoire de MoUens, le four du dit lieu et la généralité de ce qu'il possédait^ dans le territoire du dit Mollens\
L'hommageant réserva la fidélité qu'il devait au seigneur de Cossonay, à Jean de Prangins et au couvent de Romainmotier*.
L'hommage que devait Jean de Mont au seigneur de Cossonay portait principalement sur ses biens situés à Bière '. Nous ne trouvons aucune indication relative à celui qui était dû par lui à Jean de Prangins et ignorons sur quelles possessions il reposait. On se rappelle que nous avons trouvé Gérard des Monts, frère aîné de Jean, dans le nombre des témoins de la vente faite dans l'année 1272 du Seigneur, par Jean (II), sire de Prangins, en faveur du couvent de Romainmotier, de ses possessions à Bursins^ Quant à l'hommage dû par Jean de Mont au couvent de Romainmotier, nous en avons précédemment rapporté l'origine.
* « Cepit in feodum ab illustro domino Humberto, domino de Thoyri et de Villars, avoeriam, etc. »
* En fief et rière-fief, c'est-à-dire, supposerions-nous plutôt, de fiefs et rière-fiefs.
' Les limites de ce territoire sont indiquées. Ce sont : le territoire et la dîmerie de Ballens, la seigneurie de Montricher, le bois de Ferment, etc.
* Arch. cant.. Grosse Fonjalletti, pour Aubonne.
* Les fiefs nobles de la baronnie de Cossonay, pag. 709 et la suivante.
* Jean (U), sire de Prangins, n'était plus vivant en 1292, lors de l'hommage prêté par Jean de Mont au seigneur d'Aubonne, mais il avait lais.sé des
A raison de ces diverses vassalités, les nobles de Mont, en devenant des vassaux d'arrière-fief, descendirent d'un degré dans la hiérarchie nobiliaire, tout en demeurant des gentilshommes de très bonne maison.
Le donzel Jean de Mont n'était plus vivant dans l'année 1310 (voir plus loin)'. Il laissa deux fils^ de son épouse Jordane, fille d'Aymon de Salenche ( Sallanches) , chevalier, savoi/" : Etienne et Girard. Ce dernier prit le nom de Maliens, porté aussi par sa descendance, sur laquelle nous reviendrons.
Le mariage de Jean de Mont avec Jordane de Salenche était un fait accompli dans l'année 1274; car, le 22 novembre de la dite année, Jean de Mont {de Monz), donzel, fils du feu sire Nicolas de Mont, chevalier, fournit, entre les mains de sa femme Jordane, fille de feu Aymon de Salenche, chevalier, les cautions suivantes pour assurer sa dot, savoir: le sire Guillaume de Rovéréaz, chevalier, pour 50 livres genevoises, Girard de Rovéréaz, donzel, pour pareille somme et le sire Aymon de Lucinge, chevalier, pour 40 livres. Aymon, évêque de Genève, apposa son sceau à 1 acte de cette garantie ''.
fils (Tun d'eux portait le prénom de Jean) qui le représentaient. Au reste, à l'époque précitée de 1292, la maison de Prangins était à la veille d'être dépouillée de ses terres et seigneuries par les princes de Savoie.
' Vivait-il encore le 30 décembre 1300, lorsque son fils Girard de MoUens passa une reconnaissance féodale en faveur du sire de Cossonay ? (Les fiefs nobles de la haronnie de Cossonay, pag. 709, note 2.)
^ Du moins on n'en connaît que deu.x, mais Jean de Mont paraîtrait en avoir eu davantage, puisque Etienne de Mont mentionne ses frères lorsqu'il échange l'avouerie de MoUens. (Voir plus loin.)
' Inv. vert, paquet 18i, N» 4.