INTRODUCTION
Il existe dans la pathologie mammaire un groupe d’affections assez mal limité et encore assez mal connu qui porte dans la littérature des dénominations nombreuses et plus ou moins heureuses. En France le terme de maladie de Reclus évoque ces affections sans les englober toutes, à l’étranger les dénominations de mazoplasie, d’adénose, de maladie de Schimmelbusch et bien d’autres encore s'appliquent à des états analogues. L’imprécision est peut-être en effet la caractéristique dominante de ces états pathologiques que nous proposons d’étudier, comme le faisait LECÈNE sous le terme général de dystrophies.
Cette imprécision et cette incertitude se manifestent d’ailleurs dans tous les domaines, les plus abstraits et les plus théoriques comme les plus pratiques et les plus lourds de conséquences pour les malades.
Nous avons.été attiré par cette étude alors que nous étions l’interne de M. le P' Mocquor à la Clinique Gynécologique de l'hôpital Broca et que nous apprenions de lui à utiliser parallèlement, pour la recherche du diagnostic et l’application de la thérapeutique,les enseignements de la clinique classique et les données les plus modernes de la physiologie hormonale à laquelle nous initia son assistant, notre ami R. MoricaRD.
On envisage, sous le terme général de dystrophies mammaires, un groupe d’affections assez vaste et assez difficile à définir.
Mathey
La conception et l’étendue de ce cadre nosologique présentent d’ailleurs des différences parfois considérables suivant les auteurs qui ont abordé cette étude.
Dans l’ensemble cependant on conçoit facilement, mais plus ou moins précisément, la nécessité et la place d’un tel oroupement en dehors des lésions nettement infectieuses et néoplasiques. Par contre, il est beaucoup plus délicat de lui assigner une définition précise.
Nous considérons comme dystrophies mammaires toutes les affections Slandulaires diffuses qui sont constituées par l'une ou l’autre et le plus souvent par l’association des lésions élémentaires suivantes :
— sur le tissu épithélial, canaliculaire ou acineux, hyperplasie pouvant aboutir à la formation de kystes et de végétations papillomateuses. |
— sur le tissu conjonctif, péricanaliculaire ou périacineux, fibrose avec parfois infiltration Iÿmpho-plasmocytaire 1mportante.
Ces lésions dystrophiques isolées ou combinées de diverses façons réalisent des ajfections dystrophiques dont lénumération permet de tracer le cadre clinique des dystrophies mammaires.
— Les seins douloureux prémenstruels (painful breast) présentent des lésions dystrophiques légères réalisant un aspect de développement gravidique à la période prémenstruelle.
— L'hypertrophie mammaire, souvent bilatérale, présente des lésions histologiques variables :
— Tantôt aspect analogue à celui de la fin de la gesta- Lion ;
—— Tantôt lésions épithéhales à type d’adénome diffus bilatéral (LECÈNE, LENORMANT).
— Tantôt lésions conjonctives, avec hyperplasie considérable du stroma.
— La fibro-adénomatose est caractérisée par une hyper-
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plasie associée du tissu épithélial et du conjonctif, occupant un large secteur ou la totalité de la glande, assez souvent bilatérale. Suivant l'importance des lésions kystiques on en distingue deux formes :
— la fibro-adénomatose kystique, la classique maladie de Reclus.
— La fibro-adénomatose simple, ou micro-kystique qui porte des dénominations variées, en France maladie de Tillaux, maladie de Phocas, à l’étranger maladie de Schimmelbusch.
Les affections dystrophiques ainsi délimitées sont nettement différenciées d’une part des infections et d'autre part des néoplasies malignes. Ceci n’excluant pas d’ailleurs la discussion sur la possibilité de dégénérescence maligne.
Par contre les affections dystrophiques sont très proches des aspects physiologiques de la glande. Les seins douloureux prémenstruels, certaines hypertrophies mammaires, par exemple, ont une structure très analogue à celle de la glande oravidique. ;
Les dystrophies sont aussi assez proches de certaines tumeurs bénignes, nettement limitées telles que l’adéno-fibrome ou le papillome intra-canaliculaire ; les lésions élémentaires sont les mêmes, seul le caractère localisé ou diffus de affection permet la différenciation. La transition est particulièrement nette pour une lésion telle que le kyste solitaire du sein où l’examen histologique permet bien souvent de déceler autour du kyste des lésions de fibro-adénomatose. On peut alors hésiter à classer cette lésion parmi les tumeurs bénignes ou les dystrophies.
Dans l’ensemble cependant il semble qu’il y ait intérêt à conserver actuellement la différenciation entre les tumeurs bénignes localisées et les affections dystrophiques diffuses. Du point de vue pathogénique en particulier le caractère localisé des tumeurs bénignes ne permet pas de penser à une