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L'ÉCONOME INFIDÈLE 165
Luc, xvi, 14. Et les pharisiens, qui aimaient l'argent, entendaient tout cela, et ils se moquaient de lui. 15. Et il leur dit : « Pour vous, vous voulez être justes aux yeux des hommes; mais lieu connaît vos cœurs. Car ce qui est grand aux yeux des hommes est abominable devant Dieu. 16. La Loi et les Prophètes jusqu'à Jean: depuis lors le royaume de Dieu est annoncé, et chacun lui fait violence. 17. Mais il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu'un seul trait de la Loi devienne caduc. 18. Quiconque répudie sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère, et celui qui épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère. »
L'évangéliste fait intervenir ici les pharisiens, visiblement atteints par la parole : « Pour vous, vous voulez être justes aux yeux des hommes », etc. Comment les pharisiens étaient-ils présents, puisque la parole qui précède a été dite aux disciples? C'est que l’on a besoin d'eux pour leur appliquer une leçon qui n’a pu être adressée à d’autres. 11 est possible que, dans le document exploité par Luc, la parabole de l'Économe ait été adressée aux pharisiens, sans qu'ils eussent été mentionnés au commencement, parce qu'ils constituaient déjà l'auditoire des paraboles antérieures. L'apostrophe : « Pour vous, vous voulez être justes », etc., venait après la parole sur les deux maîtres, et n'avait pas besoin d'être expliquée autrement. Mais Luc, ayant voulu édifier ses lecteurs en opposant la fidélité du serviteur de Dieu à l’infidélité de l'économe, a dû faire adresser la parabole aux disciples, sauf à ramener ensuite les pharisiens, auxquels le conseil : « Faites-vous des amis avec les richesses injustes », convient déjà mieux qu’à l'entourage de Jésus. Mais les pharisiens, qui sont riches, veulent passer pour justes !, et ils invoqueraient volontiers la prospérité de leurs affaires en preuve de leur sainteté. Leur justice n'est pas plus la sainteté véritable, que leurs richesses ne sont les vrais biens. Si les hommes peuvent s'y tromper, Dieu ne sera pas induit en erreur. Il connaît le fond des cœurs, et il n'ignore pas que les pharisiens, tout en faisant quelques aumônes par ostentation *, sont les serviteurs de Mammon et non les siens. Au surplus, cet éclat de prospérité mondaine, qui est ce que le vulgaire appelle grandeur, est moins que rien aux yeux de Dieu, qui a en abomination l’orgueil et le faste.
Si la parabole du riche et de Lazare suivait immédiatement cette
AGE. Do: x, 20: xvnr, 9-12 Move 2e D05:
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FÉTEROE, la transition serait naturelle et n'aurait même pas ] L
‘être dites Luc a voulu néanmoins préparer ou conserver ur introduction plus complète à cette parabole, et il reproduit, Eee , l’apostrophe aux pharisiens, trois pensées qui, de prime-abord, ne semblent pas avoir beaucoup de lien entre elles ni avec le contexte. La combinaison moyennant laquelle on les a réunies en cet endroit est affaire de rédaction. Il est dit premièrement que la Loi et les Prophètes ont duré jusqu'à Jean, pour faire place ensuite au
royaume de Dieu !; puis que la Loi durera autant que le ciel et la terre ?; enfin que les époux divorcés commettent un adultère en 3% contractant un nouveau mariage ?. Chacune de ces pensées est
intelligible en soi. L'’obscurité naït de leur juxtaposition. <
Comme il est question de la Loi et des Prophètes à la fin de la d parabole suivante, où il est déclaré que les frères du riche les ont à leur disposition pour se convertir, s'ils le veulent, et que la résurrection d'un mort ne serait pas plus efficace, il semble que l'on ait voulu préparer cette conclusion par des réflexions sur la durée et la valeur de la Loi, réflexions qui sont amenées, d'une certaine façon, par ce qui vient d’être dit touchant la justice des pharisiens. Depuis que la prédication de Jean a fait place à celle de l'Évangile, la Loi et les Prophètes sont à leur terme ; il est vrai pourtant que la Loi durera jusqu’à la fin des temps, mais accomplie par l'Évangile dont elle est la figure. On est obligé de prendre au sens typologique la permanence de la Loi, bien que la source ait dû l'entendre au sens littéral. Il est très difficile, on l’a vu plus haut, de dire en quel sens Luc entend la violence que subit le royaume. Et l'on ne voit pas ce que vient faire ici la condamnation du divorce.
L'espèce d’incohérence qui nous frappe dans cette série de sentences pourrait venir de ce que plus d’un rédacteur y a mis la main. L'ensemble du chapitre se présente comme une instruction sur le danger des richesses ; on y veut démontrer aussi que ce qui est haut devant les hommes est en abomination devant Dieu; que la Loi a sa pleine signification dans le royaume de Dieu, déjà présent, et que la vraie fidélité à la Loi n'existe pas en dehors de l'Évangile. L'économe est devenu le type des pharisiens, servi-