Jüricner, Il
cielle. Déjà la réflexion sur le grand abîme ne se relie pas bien à ce qui précède : ce peut-être une transition ménagée tout exprès pour amener les considérations de la fin.
Ces considérations ne s'appliquent pas en réalité à cinq individus, mais à tous ceux qui, ayant à leur disposition, pour s'instruire de la vérité, Moïse et les prophètes, ne les écoutent pas, ne se convertissent pas, ne sont pas persuadés. Il ne s'agit pas de cinq hommes opulents qui oublieraient d'apprendre dans la Bible à user sagement de leur fortune, et à s'en détacher comme il convient. Moïse et les prophètes ne sont pas spéciaux pour cet objet. Rien d’ailleurs ne laisse entendre que l’on veuille amener les cinq frères au renoncement ; on veut les amener à la foi qui sauve, à cette foi que Moïse et les prophètes sont supposés enseigner beaucoup plus que le détachement des biens terrestres ; et l'on déclare qu'ils sont réfractaires à l'enseignement de l'Écriture, que Moïse et les prophètes ne leur suffisent pas, qu'une résurrection les trouverait pareillement incrédules. Ces cinq frères, qui ont entre les mains Moïseet les prophètes, représentent le judaïsme !; ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, parce qu'ils ne savent pas y retrouver le Christ; et l'on prévoit que la résurrection d'un mort ne les touchera aucunement, parce que la résurrection de Jésus les a trouvés indifférents. Ainsi la parabole devient une allégorie explicative de la réprobation des Juifs, et cette allégorie, parfaitement intelligible comme pensée de la tradition chrétienne, est dépourvue de sens dans la bouche de Jésus, puisqu'elle suppose derrière elle la mort et la résurrection du Sauveur, la résistance du judaïsme à la nouvelle foi, et la controverse des chrétiens avec les Juifs sur les prophéties messianiques. Le riche de la parabole primitive a donc été pris lui-même comme un premier type de l'incrédulité judaïque, et Lazare comme le type du judéochrétien, ce qu'ils n'étaient pas à l'origine.
La dernière partie de la parabole est, par conséquent, un appendice qui est venu se joindre, après coup, dans la tradition plutôt que par le fait de l'évangéliste ?, à un récit qui n'avait rien d'allégo-
1. Jüzicuer II, 639, comptant le riche avec ses frères, voit dans les six la partie (?) incrédule d'Israël; mais les frères sont plutôt à compter seuls, et leur nombre doit être en rapport avec celui des livres de la Loi, comme l’a pensé s. Augustin.