LES DIX LÉPREUX
aussi leurs prêtres. D'ailleurs, il ne faut pas trop discuter les détails de cette histoire au point de vue de la réalité. Les dix lépreux s’en vont, et, tout en marchant, ils se trouvent subitement guéris.
Rien ne fait supposer que leur guérison ait été progressive !, et l'enchaînement du récit porte à croire qu'elle s’accomplit non loin de l'endroit où les lépreux avaient rencontré Jésus. L’évangéliste n'est pas spécialement préoccupé de ce détail; sans quoi, il n’auraït pas manqué de dire que la guérison s'était opérée tout à coup; mais 1l marque la distance, comme il a évité d'amener les malades jusqu'à Jésus, parce que le Christ n'a pas guéri par contact la lèpre des Samaritains et des Gentils ; il ne leur a pas apporté luimême l'Évangile du salut. Le cas n’est pas sans analogie avec celui de Naaman?.
Tout joyeux de se voir délivrés de l’affreuse maladie qui les rendait impurs ?, neuf lépreux continuent leur chemin, sans penser même à remercier celui qui les a guéris. Mais le dixième s'en revient, louant Dieu de la faveur qu'il vient de recevoir, et, arrivé près de Jésus, il se prosterne devant lui pour lui rendre grâces. Or celui-là était samaritain. Les autres étaient juifs. Jésus en fait la remarque : c’est l'étranger seul qui a pensé à louer Dieu du miracle dont tous les dix ont profité, et à remercier celui qui l’a fait. Le Sauveur congédie cet homme en lui rappelant la cause de sa guérison : « Lève-toi et va; ta foi t'a sauvé !. »
On peut dire que les autres aussi avaient eu assez de foi pour être guéris, et que la conscience de leurs devoirs moraux s'était envolée avec la maladie dont ils étaient affligés *. Mais, dans ce récit symbolique, on ne songe guère à la foi des neuf, qui aurait obtenu leur guérison physique; on regarde surtout la foi du dixième, du samaritain dont la guérison et la reconnaissance représentent la conversion de ses concitoyens Ü et celle des Gentils.
1. za éyévezo êv 7G Drdyety adtods 2xabactolnoay (cf. v, 12-13). Il y a subtilité à dire (B. Wauss, 563) que y :& ÿréyew signifie la longueur du chemin parcouru, et que le mal est censé avoir diminué à mesure que les hommes avançaient.