‹ Les e?vangiles synoptiques / (volume 2)Chapitre 140 sur 672 · LA VEUVE ET LE JUGE · texte numérisé non relu

LA VEUVE ET LE JUGE

d'intérêt pour l'adversaire, mais il ne voulait pas se donner de la peine pour une affaire qui ne lui rapporterait rien.

Cependant, comme la femme venait souvent, et qu'elle ne se lassait pas !, le juge finit par s’impatienter, et aussi par craindre que la plaignante, exaspérée de ses lenteurs et de ses refus, n'en vint finalement à lui donner des coups au visage. Le juge raisonne son cas avec un parfait scepticisme et une pointe d'ironie?. Il fera droit à à la plainte de la veuve. Son monologue remplace l'analyse des dispositions qui ont gouverné sa conduite et de celles qui motivent son changement d'attitude. On n'a pas dit plus haut ce qu'il répondait à la veuve, parce que son refus correspond à une abstention, non à un acte, et que son silence même exprime l'accueil fait par lui à la requête dont il a fini par être obsédé.

Cette parabole est le dernier des morceaux que certains critiques ont qualifiés de fragments ébionites, à savoir : la parabole de l’Ami importun; celle du Riche qui fait une récolte surabondante ; le conseil de choisir la dernière place à table, et celui d'inviter de préférence les pauvres et les infirmes; l'histoire de l'Économe infidèle: celle du Riche et de Lazare; enfin celle de la Veuve et du juge *. Comme on retrouve dans tous le même mépris des richesses et le même amour de la pauvreté, même esprit ascétique et même emploi d'exemples qui ne sont pas imitables, d’où est tirée cependant

{. Il faut supposer un certain temps pour que le juge change d'avis. C'est ce qui est signifié par oùx #0ekev ri ypdvoy. Ss. omet ëxi yp0voy, qui n'est pas indispensable, et qui a même quelque apparence de glose.

2. V. 4, au lieu de eïrey iv Eaux, D lit nABey ets Eaurov 4ai Aéyer, d'après Le. xv, 17. Ce retour sur soi, qui induirait au repentir, ne convient pas au caractère du personnage. D ajoute àzsAfuiv devant éxdt410w, ce qui marquerait la fermeté de la résolution prise (cf. Le. xr, 8); si ce trait est primitif, on a pu le supprimer en considérant que le juge, sans se déplacer, a dû faire comparaître devant lui l'inculpé. Dans la finale îva un els téhos épyouévn druntdên ue, les mots sis +0 séhos peuvent signifier « indéfiniment », ou « tout à fait », ou «à l'extrémité », ou « à la fin », et se rapporter à épyouévn ou à Prwmdtn; ce verbe peut se prendre au propre ou au figuré. Mais « ennuyer » n’est pas suffisant, puisque le juge se déclare déjà importuné; et comme il y a antithèse entre l'imporfunité présente et les coups que le juge craint pour l'avenir, il est plus naturel de traduire sis +0 +£kos par « à la fin », en rattachant ces mots à oyouivn : « de peur qu'elle ne vienne finalement me battre ». Cf. JüLicHER, II, 282, et Freu», 71.

D HUC-ExE, 5-8); x, 16-21 ; xiv, 7-14; xvr, 1-42, 19-31; xvrrr, 1-8.

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même source, d'autant que plusieurs présentent, jusque forme, l’analogie que l'on remarque pour le fond. Mais l'esprit ces morceaux est le même que celui du reste de l'Évangile, st rte

1.584 tous. La difficulté de les interpréter allégoriquement, ou l'impossibilité même de les présenter à l’imitation sont des motifs suffisants pour que la tradition rédactionnelle du premier Évangile les ait négligés. bp L'application naturelle de la parabole n'est pas simplement que. R" toute prière persévérante est exaucée !, mais que, {si le j Juge injustea fini par donner gain de cause à la veuve, à plus forte raison Dieu, … qui est juste et Li exaucera-t-il les prières qui lui seront faites avec persévérance par ses fidèles opprimés, qui ont besoin de son … secours. L'histoire de la veuve et du juge fait donc valoir, par un contraste plus frappant encore, et avec un rapport spécial à la È parousie ?, la même idée que celle de l'Ami importun. La différence consiste en ce que le dernier exemple envisage les conditions ordinaires de la vie, tandis que l'autre a égard à la situation pré caire des croyants en ce monde. Ainsi comprise, la parabole de la Veuve est parfaitement équilibrée en elle-même, proportionnée à la leçon qu'on en veut déduire, et exempte de toute allégorie. L'importance que l’on attache à cette interprétation résulte de la reprise : « Et le Seigneur dit * », et de l'invitation à remarquer la réflexion du mauvais juge . Ce juge inique n'a pu résister à la | prière de la veuve. Il est impossible que Dieu ne se rende pas à la prière de ses élus, qui lui demandent incessamment d’être délivrés de leurs persécuteurs, et de venir rendre à ceux-ci le châtiment qu'ils méritent,,à eux-mêmes la récompense qu'ils souhaitent. IL ne les fera pas longtemps attendre, mais il viendra bientôt pour . délivrer ses enfants, et châtier leurs adversaires. Dans sa forme

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