Cf. HozTzMANN
gilistes ; Origène admettait des divergences objectives et des contradictions qu'il résolvait au moyen de l'interprétation allégorique, mais il ne fut guère suivi. On proclama l'accord absolu des narrateurs inspirés, et et l’on se débarrassa des contradictions évidentes par des artifices d’exégèse et des conjectures arbitraires ; on prenait, sans les discuter, les indications des anciens touchant les auteurs et la composition des écrits évangéliques. Un prédicateur comme Chrysostome ! pouvait expliquer la brièveté de Marc par la sobriété oratoire de Pierre, et la longueur de Luc par l'abondance éloquente de Paul: ces propos ne touchaient qu'en apparence la question qui préoccupe les critiques de nos jours. Prenant les Évangiles dans l’ordre du canon, Augustin? suppose que les plus récents connaissaient les plus anciens, et que tous ont écrit par une sorte de coopération mutuelle sous l'inspiration divine; Marc aurait abrégé Matthieu ; les différences des récits parallèles tiennent à la personnalité des auteurs, mais elles ne recèlent aucune contradiction. Les idées et surtout les procédés d'Augustin se sont perpétués dans l'Église. On peut dire que le problème synoptique n'a été réellement posé qu’à la fin du xvinr® siècle ?.
Il se précisa, en même temps que la question de l’historicité des Évangiles, par la publication des fragments de Wolfenbüttel ‘. La controverse soulevée par ces fragments, où l'on contestait l'historicité des Évangiles
1. In Malth. hom. IV. Le même Père dit (hom. I) que l’accord des évangélistes prouve leur véracité, et que leurs menues divergences (# doxobsa ëv uuxooïs Ôtapwy'«) écartent le soupçon d'entente.
2. « Et quamwis singuli suum quemdam narrandi ordinem tenuisse videantur, non tamen unusquisque eorum velut alterius praecedentis ignarus voluisse scribere reperitur vel ignorata praetermisisse quae scripsisse alius invenitur, sed sicut unicuique inspiratum est, non superfluam cooperationem sui laboris adjunxit. Nam Matthaeus suscepisse intelligitur incarnationem Domini secundum stirpem regiam et pleraque secundum hominum praesentem vitam facta et dicta ejus. Marcus eum subsecutus tamquam pedissequus et breviator ejus videtur..…. Tres isitur isti eamdem rem ita narraverunt, sicut etiam unus homo ter posset cum aliquanta veritate, nulla tamen adversitate. » De consensu ev. NAT E, 43:
3. B. Wrss, 474, cite l'opinion de J. Clericus (1716) et de Priestley (1771), qui expliquaient l'accord des Évangiles par l'emploi commun de sources plus anciennes ; celle de Stroth (1777), qui voulait reconnaître dans les mémoires apostoliques de s. Justin l'Évangile des Hébreux; celle de Semler (Anm. zu Richard Simon, 1776-1180), qui voyait dans l’évangile de Marcion une source de Luc.
k. 1774,1771-1778. Les fragments concernant les Évangiles et la vie de Jésus ont été publiés en 1777 et 1778.
et l'on attribuait à Jésus l'intention de fonder un empire!, amena Lessing à formuler une hypothèse touchant l'origine des Synoptiques À : l'évangile araméen des Nazaréens, composé peu après la mort du Christ et plus ou moins relouché dans les premiers Lemps du christianisme, aurait été la source de toute la littérature évangélique; l'apôtre Mat: thieu, se disposant à prêcher hors de Palestine, en aurait fait un extrait en grec, el son exemple aurait été suivi par beaucoup d'autres, entre lesquels il faut compter Marc et Luc; les trois Synoptiques seraient
trois traductions, « différentes et semblables », d'une même source 2”
Ainsi naquit l'hypothèse du protévangile *. Elle fut mise en forme par Eichhorn * : aucun de nos Évangiles ne serait une simple traduetion de l'évangile araméen, mais la traduction grecque de cet évangile aurait existé sous plusieurs formes, el avec des additions diverses, quand elle fut exploitée par les rédacteurs des Synoptiques. Après avoïr jui d'un certain crédit $, l'hypothèse du protévangile ne tarda pas à tomber : sa base, l'idée d'une rédaction évangélique presque antérieure à la prédication de l'Évangile par les apôtres, était fausse, et les autres conjectures, échafaudées sur celle-là, tombaient de même pour la plupart 7.
La substitution de plusieurs sources à une seule, de courtes diégèses, qu'on aurait soudées ensemble, mise en avant par Schleiermacher $, en vue d'expliquer la composition de Luc, ne s'imposa pas davantage à la critique. Mais une opinion du célèbre théologien était destinée à une certaine fortune : alléguant que le témoignage de Papias ne concordait pas avec le caractère de Matthieu et de Marc, il supposa que le vieil
1. Voir Vicouroux, Les livres saints et la critique rationaliste3 (1890), W, 417-418.
2. Neue Hypothese über die Evangelisten als bloss menschliche Schriftsteller betrachtet (1778; publié, en 1784, dans Theol. Nachlass).
3. « Verschiedene und nicht verschiedene Uebersetzungen der sogenannten hebräischen Urkunde des Matthaeus, die jeder machte so gut er konnte. » Ap. Zaux, II, 184. Lessing interprète à sa façon le témoignage de Papias (supr., p. 23).