LES DEUX AVEUGLES
d'autant plus invraisemblable que la tendance des évangélistes n'était pas plus à diminuer le nombre que la grandeur des miracles.
D'après une autre hypothèse !, qui suppose l'identité des deux miracles, le rédacteur du premier Évangile aurait mis deux aveugles à Jéricho parce qu'il ne jugeait pas à propos de raconter à part la guérison de l'aveugle de Bethsaïde, qu'il lisait dans Mare ?; mais, afin d’avoir une guérison d'aveugles dans la série qu'il voulait présenter à ses lecteurs après le discours sur la montagne, il aurait pris le même double miracle, en le dégageant des circonstances de temps et de lieu qui l'environnaient dans le récit principal. Si peu satisfaisant que soit le procédé au point de vue historique et même littéraire, cette explication répond beaucoup mieux que la précédente aux difficultés du problème.
Dans un cas comme dans l’autre, on admet que le récit de Matthieu contient un assez grand nombre d'éléments empruntés, ce qui favorise beaucoup plus la seconde hypothèse que la première, et rend au moins fort incertaine l'existence d'une tradition apostolique sur la guérison de deux aveugles à Capharnaüm. Le cri : « Jésus, fils de David, aie pitié de nous * », vient du récit de Jéricho, où il est à sa place; tandis qu'il résonne ici comme un anachronisme, puisque le Sauveur ne permettait pas encore qu’on l’appelât Messie, surtout en public. La guérison par attouchement # semble imitée du récit de Bethsaïde, et l'omission des autres détails, emploi de salive et seconde imposition des mains, tient à ce que ces traits donnent au miracle l'apparence d'une cure vulgaire ; elle aide à comprendre pourquoi Matthieu n'a pas voulu reproduire séparément cette anecdote de Marc ?. Mais, comme dans celle-ci, la guérison n'est pas opérée sur le chemin, au lieu de la rencontre. La question : « Croyez-vous que je puisse faire cela 5? » contient quelque chose de la question posée aux aveugles de Jéricho : « Que voulez-vous que je vous fasse 7? » La parole : « Qu'il vous arrive