‹ Les Eaux-Bonnes comparées dans le traitement de la phthisie primitivement locale et de la phthisie primitivement générale; parallèle avec les eaux minérales arseniquéesChapitre 2 sur 2 · S III · texte numérisé non relu

S III

Résumé. — Phthisie et Eaux-Bonnes en général.

J'entends dire tous les jours que la Phthisie est incurable. Il faut protester. La Phthisie est curable par l'art puisqu'elle l'est par la nature ou spontanément.

Cette pensée doit être l'article de foi de tout enseignement thérapeutique sur cette grave maladie. On ne peut rien entreprendre en dehors de cette base.

Je ne veux ni atténuer les dangers et la mortalité déplorables

de la Phthisie, ni promettre plus que ne peuvent dans cette misérable maladie les forces naturelles aidées ou non par la médecine préventive et curative. Cependant, il faut s'entendre. On est tuberculeux à bien des degrés et de bien des manières. On peut être certain qu'il y a plusieurs degrés de gravité du tubercule, non seulement par l'étendue et la période ou la maturité, mais par le degré de malfaisance ou de malignité. Il y a des tubercules inoffensifs ou bénins et il y a des tubercules malins. Il y a aussi des tubercules plus ou moins bien formés, plus ou moins jeunes ou embryonnaires et superflciels, et des tubercules plus ou moins profonds et constitutionnels. Ces différences en entraînent dans le pronostic et dans tout ce qui s'en suit.

Il n'y a guères de petits cancers ; il y a des tubercules petits par le nombre et par l'espèce, des tubercules solitaires et bénins. Il y en a même comme on l'a vu plus haut, qui peuvent se ramollir, suppurer, détruire une partie du poumon sans Phthisie proprement dite ou avec.une Phthisie secondaire et subordonnée. Ces cas guérissent ; ils ne sont même pas aussi rares qu'on le croit; et s'ils sont le triomphe des Eaux-Bonnes, les Eaux-Bonnes peuvent s'honorer de le dire bien haut, car le plus beau titre d'un médicament est d'agir comme la nature quand elle agit bien, et de faire ce que celle-ci laissée à elle-même serait loin de faire toujours, ou ne fait trop souvent,qu a travers beaucoup de lenteurs, de rechûtes et de périls.

Il est une autre raison, et j'y reviens quoique je l'aie déjà plusieurs fois donnée, pour laquelle le médecin doit prendre son point de départ ou son type dans ces cas simples et curables, c'est qu'ils sont, en effet, un idéal qui doit toujours poser devant les yeux du thérapeute. Le but de la médecine sociale ou de l'hygiène publique devrait être d'amener indéfiniment de tels progrès et de tels amendements dans la santé de l'espèce, que la Phthisie qui la ruine, fût peu à peu réduite à ces variétés simples dont la nature et l'art peuvent triompher.

Si les Eaux-Bonnes sont capables, comme je l'ai dit, de prévenir l'explosion de la tuberculose pulmonaire et de la Phthisie chez les sujets plus ou moins prédisposés à cette maladie, et si

d'un autre côté, elles sont plus qu'aucun autre moyen thérapeutique, capables de combattre la tuberculose pulmonaire localisée à quelque degré que ce soit, on peut dire sans exagération que ces Eaux sont le plus sûr remède contre la triste dégénération organique dont je m'occupe en ce moment.

Exigera-t-on, en effet, de cette médication thermale, qu'elle guérisse la Phthisie générale et confirmée ou l'infection tuberculeuse? Ceux qui demandent de tels effets à une médication quelconque, sont des ignorants ou des empiriques qui n'ont aucune notion de pathologie et de thérapeuthique générales. Ouest donc dispensé de discuter avec eux.

L'ancienne et universelle renommée des Eaux-Bonnes dans le traitement de la Phthisie a fini par se tourner contr'elles et nous nuire. On est allé jusqu'à les qualifier de spécifique de la Phthisie. Il n'y a pas de spécifiques en médecine : il y a trente ans que je le dis, pas plus les Eaux-Bonnes dans la Phthisie que le mercure dans la syphilis et le quinquina dans les fièvres intermittentes. On a donc trop demandé aux Eaux-Bonnes avec ces idées fausses, et alors, on leur a reproché de ne pas donner l'impossible. Des Thermes rivaux se sont emparés de ces superstitions et les ont exploitées contre nous.

Il est temps de déchirer ces voiles et de parler en thérapeutique thermale le langage de l'art éclairé par la science.

La réputation des Eaux-Bonnes nommées dans le principe et pendant longtemps « Eaux d'arquebusade », a commencé et s'est faite d'abord dans le traitement des plaies qui pour une raison quelconque ne se cicatrisaient pas et suppuraient indéfiniment. Nous avons donc fait nos premières preuves en chirurgie médicale.

De ces plaies par armes à feu ayant atteint les os et dont la suppuration ne tarissait pas, on a conclu bien naturellement aux plaies spontanées ou d'ordre médical presque toujours scrophuleuses, aux ostéites chroniques de même nature, aux tumeurs blanches, etc ; et on a obtenu dans ces cas, des résultats, sinon aussi prompts et aussi solides que dans les vieilles plaies ou suppurations chirurgicales, mais encore.des cures incontestables.

Du traitement et de la guérison des surfaces suppurantes

traumatiques, puis spontanées, avec perte de substance, fistules et ulcérations, au traitement des surfaces naturelles de rapport ou membranes muqueuses affectées de phlegmasies- chroniques muco-purulentes ou de catarrhe sécrétant, — affections dont la membrane muqueuse des voies respiratoires fournit le plus grand nombre, — l'induction est légitime, et il était à peine besoin d'un génie aussi pénétrant que celui de Théophile de Bordeu pour passer de la thérapeutique de ce premier groupe d'affections à l'emploi des mêmes moyens curatifs dans le traitement des secondes. L'observation la plus incontestée justifia cette induction. La voie était ouverte.

A cette époque, sans connaître la Phthisie pulmonaire comme nous la savons aujourd'hui, celte maladie était caractérisée pour les anciens, pour les Bordeu par exemple, par l'ulcération des poumons ou leur inflammation destructive.

Du catarrhe pulmonaire chronique, des bronchorrhées purulentes traités et amendés par les Eaux-Bonnes, aux ulcères, ou aux écrouelles des poumons et à leur suppuration, il' n'y avait qu'un pas, et ce pas fut fait. Voilà donc, en assez peu de temps, les Eaux-Bonnes en possession de leur domaine thérapeutique spécial, sans que le XIX e siècle y ait rien ajouté de bien important, en général.

On ne faisait pas, on ne pouvait pas faire alors les distinctions positives que nous faisons aujourd'hui. Aussi, le chaos dut-il, ici, comme en toutes choses, précéder la lumière, qui ne se fit pas en un jour. Les cas curables et les cas incurables durent affluer ensemble à nos sources. La mort choisissait les siens.

On ne parlait que de ceux qui ne mouraient pas et dont quelques-uns sans doute seraient morts sans l'intervention « des salutaires fontaines. » Qui sait s'il n'y avait pas alors moins de confusion et d'abus qu'aujourd'hui ? Les malades impossibles ne pouvaient pas aborder à travers des sentiers trop pénibles, les montagnes d'où émergent nos sources, comme les routes et les véhicules de la civilisation le leur permettent de nos jours ; et il ne faut pas le regretter, car ces conditions et ces moyens merveilleux nous amènent maintenant une foule de malades à qui

nous ne pouvons offrir que les mirages de la médecine thermale. Faut-il le regretter ? Non, alors même qu'on ne compterait qu'un malade amendé ou guéri sur deux cents qui n'auraient pas échappé à leur inexorable condamnation.

Je ne parle pas ici des catarrhes pulmonaires chroniques avec ou sans emphysème, avec ou sans spasme des bronches, compliqués ou non de dilatations bronchiques et de pneumonie interstitielle. Je ne parle pas davantage des pleurésies chroniques avec ou sans vomiques et persistance de fistules pleuro-bronchiques, etc.; je me renferme dans la Phthisie tuberculeuse, et je répète, dussé-je en fatiguer le lecteur, que lorsque cette affection orgaque débute localement et rentre dans l'une quelconque des divisions que j'ai sommairement signalées, qu'elle soit aupremier.au second ou au troisième degré, pourvu qu'elle n'ait pas été primitivement générale ou n'ait pas infecté secondairement l'organisme trop profondément et n'y ait pas semé des phlegmasies cachectiques, rien ne peut être comparé à la cure d'Eaux-Bonnes pour la réparation des lésions tuberculeuses locales ainsi que des premiers degrés de l'affection générale secondaire.

La médecine doit être modeste devant la Phthisie. On devrait moins parler de guérison dans le sens rigoureux du mot (quoique nous en comptions un certain nombre) que d'amélioration, de ralentissement, de simplification, etc.

Qu'est-ce que la vie au point de vue de la durée, dans une maladie organique ? Quelques années et souvent moins... Si une Phthisie donnée, devait, entourée de simples mesures hygiéniques, durer deux ans, par exemple, au milieu des souffrances et des privations qu'une telle maladie impose, et que sous l'influence et par le bienfait d'une médication thermale bien indiquée, méthodiquement administrée, on procure à ce malade deux ans, trois ans, et souvent plus qu'il n'aurait pas vécus sans cela , dira-t-on que, parce que le malade n'a pas guéri radicalement comme on guérit d'une pneumonie, ce résultat doit être dédaigné ? Cette prétention de notre pauvre espèce est aussi injuste qu'insensée.

Je connais bon nombre de sujets à cavernes tuberculeuses éteintes, qui viennent chaque année aux Eaux-Bonnes consolider l'arrêt d'évolution de la Phthisie localisée qu'ils y ont obtenue depuis bien des années.

avec les Eaux minérales arséniquées.

Il y a quarante ans, les Eaux-Bonnes étaient seules réputées contre la Phthisie. Aujourd'hui, cet empire est divisé, et des Eaux de composition minérale très-différente, se disputent la thérapeutique thermale de cette grave maladie.

C'est qu'on commence à reconnaître, ce que j'enseigne depuis Longtemps, que la Phthisie si semblable à elle-même en apparence dans sa production anatomique dernière, peut être trèsdifférente dans ses causes, ses formes, sa marche, ses nombreuses variétés, et même dans les complications et les divers états pathologiques qui se groupent autour d'elle. Son histologie morbide elle-même, le tubercule pris en soi, a ses moments, ses formes, ses âges qui ne sont pas sans correspondre à des formes, à des variétés, à des degrés de bénignité et de malignité de la maladie, et qui en composent une multitude d'aspects, divers de de pronostic, d'hygiène et de thérapie.

.le ne parlerai pas ici de Cauterets, d'Allevard, de Saint-Honoré et des autres Eaux sulfurées. Celles-là font cortège aux Eaux- Bonnes et peuvent les remplacer dans certaines circonstances. Je ne m'occuperai donc que des sources, qui depuis quelques années ont profité de l'introduction de l'arsenic pharmaceutique dans le traitement de la Phthisie, pour proclamer aussitôt, plus encore jusqu'à présent par induction que cliniquement.les vertus (uUi-tubercideuses et anli-phthisiques de leurs Eaux, qui depuis des siècles, étaient affectées au traitement de maladies différentes.

C'est des Eaux de l'Auvergne que je veux parler, et parmi elles, de la Bourboule et du Mont-Dore.

Celle de ces deux sources qui contient de beaucoup le plus d'arsenic est la Bourboule. Cependant, c'est le Mont-Dore qui se célèbre le plus. Cette différence, ou cette espèce de contradiction dépend moins, peut-être, du tempérament des Eaux que du tempérament des médecins. On guérit donc beaucoup plus aujourd'hui la Phthisie au Mont-Dore qu'autrefois. Il est vrai qu'on y rétablit ou qu'on y amende les phthisiques en si peu de jours, que c'est à peine si on doit avoir le temps d'étudier et de connaître la maladie et le malade. Je n'ai donc pas une entière confiance dans la valeur de quelques-unes des observations qui ont été publiées comme spécimen de l'action des Eaux de Mont-Dore dans la Phthisie. Elles sont vraiment extraordinaires. Des cas de Phthisie double, au second degré localement et constitutionnellement, très-améliorés en dix jours et renvoyés presque guéris et avec toutes les apparences de la santé le 21 e jour réglementaire de la cure, c'est trop pour nous, et j'avoue qu'aux Eaux- Bonnes nous en sommes incapables. Il y a donc plusieurs raisons de ne pas accepter sans y regarder de très près toutes les observations de Phthisie, surtout au point de vue de l'auscultation. Que Dieu me garde d'élever le plus léger doute sur la sincérité et la bonne foi ; mais devant certaines descriptions et certains résultats, je ne peux pas ne pas me défier de l'inexpérience sthétoscopique etc., chez des confrères très-distingués d'ailleurs et au savoir desquels je me plais à rendre justice.

Je ne nie pas l'utilité qu'il peut y avoir à traiter certaines Phthisies au Mont-Dore,mais il ne faut pas les guérir trop vite : cela déconsidérerait ces excellentes Eaux.

C'est surtout depuis qu'on emploie l'Eau de Mont-Dore en inhalations dans des salles mieux aménagées, que les Phthisies les plus sérieuses sont promptement réparées, et que, symptômes Généraux et symptômes locaux semblent se dissiper d'une manière surprenante.

On s'y serait moins attendu.

Qu'on remarque, en effet, qu'il ne s'agit pas ici d'Eau pulvérisée, mais de vapeur d'Eau minérale. Les bi-carbonates de soude, de chaux, puis l'arséniate de soude, celui-ci en bien minime proportion, qui sont les principaux agents minéralisateurs du Mont-Dore, sont bien peu gazeux, bien fixes, pour que les vapeurs de cette Eau en puissent offrir aux voies respiratoires des malades.

Je sais bien que ces vapeurs sont forcées mécaniquement à entrer dans les salles où on les aspire, et que l'Eau minérale, qui a naturellement 43 à 44° centigr., est chauffée jusqu'à ébullition dans une chaudière voisine, et qu'une pompe l'élève ou la pousse sans doute énergiquement pour la lancer dans les salles d'inhalation qu'elle remplit. Des particules d'Eau pulvérisée, et dès lors minéralisée, seraient-elles entraînées ainsi mécaniquement et portées avec la vapeur d'eau non minéralisée dans les bronches ? Cela n'est pas impossible, et cela serait peut-être aussi la seule manière dont l'arsenic pourrait y pénétrer ainsi que les bi-carbonates sodique et calcique. On nous affirme que les vapeurs dont il s'agit renferment des traces appréciables de tous ces sels et surtout de l'arsenic. Je veux bien le croire parce qu'on me l'affirme ; mais cette foi est bien plutôt chez moi un bon sentiment qu'une certitude...

Quoiqu'il en soit, je pense que la boisson minéro-thermale a plus d'action au Mont-Dore dans la cure de la Phthisie, que les inhalations qu'on préconise tant.

Dans la Phthisie, il faut distinguer deux choses, le principal et l'accessoire, la tuberculose générale et locale, la diathèse et sa localisation pures et simples. Or, je doute que le tubercule proprement dit et considéré en soi trouve son remède spécial au Mont-Dore. Mais le tubercule, production pyoïde, sorte de pus constitutionnel, mais la tuberculisation et la Phthisie, sont loin d'être tout dans la maladie, quoique le tubercule en soit le fond. Une multitude d'éléments et d'états morbides divers l'accompagnent et impriment à sa marche, à son pronostic et à son traitement des modifications importantes.

Les Eaux du Mont-Dore peuvent remplir quelques-unes des indications fournies par ces éléments accessoires.

Il y a des phlegmasies qui suppurent toujours ; il y en a qui suppurent accidentellement ou secondairement ; il y en a qui ne suppurent jamais, telles que les inflammations rhumatismales, goutteuses, herpétiques.

Ces sortes de phlegmasies s'associent plutôt aux douleurs, aux névralgies, aux névroses, à l'élément contracture ou spasme, qu'à la suppuration et à la tuberculisation.

Cette classe si variée, surtout quand les affections dont elle se compose ont pour siège l'appareil respiratoire, est spécialement afférente à la thérapeutique thermale du Mont-Dore.

La scrophule, le lymphatisme, la suppuration chronique et le tubercule, production pyoïde, sont revendiqués par les Eaux sulfurées en général, et la Phthisie, considérée surtout dans son élément simple et essentiel, par les Eaux-Bonnes en particulier.

Telle est la tradition parce que telle est sans doute la nature des choses. Cependant, je l'ai dit, il faut se placer ici à deux points de vue, celui du tubercule et de la tuberculose en euxmêmes, et celui de la Phthisie, ou d'une maladie dont le tubercule et la tuberculose sont le fond, mais le fond diversifié par un grand nombre d'éléments adventices qui peuvent lui être fort intimement unis, ou par des reliquats de maladies chroniques antérieures dégénérées, qui vont se perdre dans la Phthisie en modifiant la tuberculose pulmonaire de bien des manières pour constituer ses formes et ses variétés aussi bien au point de vue thérapeutique qu'au point de vue nosologique.

C'est ainsi que certaines Eaux minérales, moins appropriées au fond qu'à la forme et aux complications de plusieurs variétés de Phthisie, peuvent être accessoirement indiquées dans ces variétés particulières de la maladie, sans qu'on soit endroit dédire que ces Eaux médicinales naturelles jouissent de propriétés curatives spéciales contre la tuberculose pulmonaire proprement dite.

En résumé, la Phthisie a pour base la tuberculisation pulmonaire. Ce mode d'altération ou d'irritation nutritive chronique n'évolue guères sans un certain degré de congestion sanguine

ou de vascularisation morbide quelquefois presqu'inappréciable, ne jouant aucun rôle dans la question des indications thérapeutiques, incapable, par conséquent, de contr'indiquer le traitement de la tuberculose par ses modificateurs thérapeutiques spéciaux, les Eaux-Bonnes, par exemple,

A un certain degré qui est très commun chez les sujets lym- * phatiques et peu irritables, cet élément congestif n'est pas une complication, car je pense que le tubercule, pas plus que le pus ne se passe d'un minimum de vascularisation morbide. L'abcès le plus froid a la sienne. On dit que le pus est symptomatique de l'inflammation. C'est bien plutôt l'inflammation ou le syndrome chaleur, douleur, tumeur, rougeur qui est symptomatique du pus, ou pour mieux dire, de la suppuration.

Mais il arrive trop souvent, que ce degré de congestion irritative tuberculeuse dépasse toute proportion et toute mesure, et qu'au lieu de rester un élément ou un symptôme en rapport avec l'altération première, il devienne complication, et par conséquent, source d'une indication thérapeutique différente de celle qu'offre la maladie principale. Il présente alors, pendant une période plus ou moins longue, et peut-être toujours, une véritable contr'indication pour nos Eaux, de sorte que l'Eau d'Eaux-Bonnes, positivement indiquée par le tubercule est contr'indiquée par la complication inflammatoire vive et démesurée.

On me dira que dans ces cas, toute Eau minérale doit être écartée, parce que toutes sont excitantes. Je le crois aussi. Cependant, cet état qui ne demande que le repos, les calmants, quelque contro-stimulants, et qui a cédé jusqu'à un certain point à cet ordre de moyens en laissant entière la maladie principale, peut continuer à rester assez prononcé pour que le médecin préfère attaquer la tuberculose pulmonaire indirectement ou en remplissant l'indication accessoire ou secondaire, que de l'attaquer directement, ou en cherchant à agir sur la tuberculose comme on peut le faire par les Eaux-Bonnes. Je consens à cela, pourvu qu'on convienne, qu'en agissant ainsi, on s'est exposé à ne pas remplir l'indication indirecte pendant qu'on a manqué l'indication principale ou anti-tuberculeuse.

Les bi-carbonates de soude et de chaux unis à l'arséuiate de soude, sont des anti-phlogistiques, des atténuants de l'hématopoïèse et de la tonicité vasculaire dont le sel arsenical semble modérer et fixer les mouvements. C'est une médication éphémère devant la tuberculose. Ce qui le prouverait, c'est la rapidité avec laquelle on nous dit que les Eaux du Mont-Dore nettoyent ou blanchissent la Phthisie pulmonaire. Ce décongesliomiemenl si prompt risque de n'être que superficiel, ou de modifier que la surface ou le symptôme plus ou moins mobile de la maladie, celui qui renaît aussi vite qu'on le dissipe.

Quelle différence entre le catarrhe capillaire plus ou moins sec de l'emphysimateux et de l'asthmatique, dans lequel la médication traditionnelle de Mont-Dore ne vise qu'à la décongestion et à la détente d'un état herpétique ou rhumatismal des bronches capillaires et des vésicules, quelle différence, dis-je, entre ces maladies et l'altération organique profonde et essentiellement destructive du parenchyme des poumons clans la Phthisie !

Qu'on veuille bien remarquer de plus, que le premier de ces états morbides est antagoniste du second, et que le tubercule marche avec une si remarquable lenteur dans les poumons de l'asthmatique et de l'emphysémateux, qu'on voudrait pouvoir créer de l'emphysime pulmonaire et du spasme des fines bronches et des alvéoles chez tous les tuberculeux.

N'est-il pas vrai aussi, que les principes minéralisateurs de de l'Eau du Mont-Dore n'ont aucune affinité spéciale pour les poumons, tandis que les Eaux sulfurées tendent vers ces organes dans leur effort d'élimination de l'organisme, en modifiant toute l'économie, et par cela même déjà les voies respiratoires,et qu'elles exercent de plus sur celles-ci une nouvelle imprégnation concentrée en s'échappant par ces surfaces de rapport ?

C'est donc déjà mêlées au sang et assimilées par le torrent circulatoire que les Eaux-Bonnes affectent les poumons et les bronches. C'est une voie et un intermédiaire plus physiologiques et plus intimes que la voie extérieure mécanique et brutale qu'on emploie au Mont-Dore pour pénétrer dans ces organes ; et Dieu sait ce qui y pénétre.

L'inhalation est donc une médication tout externe, pure et simple lotion des bronches. On dit, il est vrai, que ces surfaces ont une grande activité d'absorption. Je le sais; mais de lavapeur d'eau, je ne dirai pas chargée d'arsenic, mais qui a dû être en conctact avec cette substance et peut à la rigueur en contenir quelquefois une quantité presqu'infinitésimale, ne me parait ni un modificateur local ni un modificateur général bien généreux. Je crois donc qu'on a tort de faire de ce mode d'administration de l'Eau de Mont-Dore un remède général ; il n'exerce qu'une action locale sans grande portée.

Au contraire, l'action locale que les Eaux-Bonnes ont sur les organes respiratoires, est locale et générale tout ensemble, parce que, comme je l'ai déjà dit, cette action locale s'opère par un intermédiaire physiologique ou vital, le sang. Elle est, en effet, un remède tout-à-fait interne ou assimilé, et non un modificateur externe comme l'Eau du Mont-Dore inhalée.

Que fera ce moyen tout externe dans les Phlhisies primitivement générales ?

On peut bien plus facilement se faire une idée de la médication arsenicale par les effets de cette médication au moyen des préparations arsenicales pharmaceutiques, qu'on ne peut se faire une idée de la médication thermale d'Eaux-Bonnes en prenant du soufre ou des composés de ce corps empruntés à la pharmacie. Or.je l'ai dit, il y a plusieurs années, la médication arsenicale dans la Phthisie est courte et bien éphémère.

Elle se soutient un peu quand on s'en sert avant ou après les Eaux-Bonnes comme agent préparatoire à une cure par ces Eaux, ou pour modérer de temps en temps la circulation pulmonaire après la même cure, en l'aidant du régime lacté, de l'emploi du koumyss. Comme agent unique dans la Phthisie, l'arsenic n'a guère d'influence que comme médicament d'épargne, à condition qu'on m'accordera qu'il est le médicament le moins constant et le moins sûr qu'on puisse imaginer dans ce genre d'action. Cette action, je ne la nie pas, car je crois l'avoir expérimentée ; mais elle est si capricieuse, et par conséquent, si peu fidèle, qu'à

tout moment, après y avoir cru on se prend à en douter. Tout en reconnaissant à l'arsenic l'action reconstituante qu'on lui attribue à titre de médicament antidéperditeur, je crois donc juste de le réserver pour l'herpétisme, les névralgies qui en sont une dépendance si fréquente, puis, pour l'asthme et les catarrhes chroniques secs compliqués d'emphysème pulmonaire.

C'est donc le groupe nosologique formé des affections congénères que je viens de rappeler, qui me paraît offrir à l'arsenic et aux Eaux, minérales arseniquées en même temps que bi-carbonatées et chlorurées, leurs indications spéciales.

Le pus et le tubercule sont si peu de ce groupe, qu'ils forment en dehors de lui un autre groupe non seulement différent mais opposé et antagoniste.

Les objections que je me permets de faire aux Eaux du Mont- Dore comparées aux Eaux-Bonnes dans le traitement de la Phthisie ne sont pas de pures déductions théoriques. Je n'ai pas exercé au Mont-Dore, mais j'ai vu depuis vingt ans un grand nombre de phthisiques traités dans cette station thermale. Or, rien ne m'a frappé ni en bien ni en mal dans tout ce que j'ai appris et observé de l'effet du Mont-Dore chez ces malades. J'étais donc resté à l'égard de la valeur de ces Eaux contre la Phthisie dans une sorte d'indifférence, et je n'y pensais pas beaucoup, sous ce rapport. Mais la construction et le meilleur aménagement des nouvelles salles d'inhalation des vapeurs de l'Eau minérale, ont réveillé la confiance de cette station célèbre, dans ses applications à la cure de la Phthisie.

Je n'aurais jamais cru, qu'en supposant ce mode d'usage externe plus parfait, ce progrès pût avoir tant d'influence sur le traitement plus efficace de la Phthisie au Mont-Dore.

En effet, le siège de cette maladie dans les poumons devait suggérer et a suggéré à la médecine une multitude de vapeurs et de gaz médicamenteux portés dans les poumons à l'aide des appareils les plus divers. On en avait toujours conçu rationnellement les plus belles espérances ; mais l'expérience clinique les a toujours démenties. Toutes les vapeurs des substances végé-

taies, feuilles, fleurs, baies, résines, baumes, ont été mises à contribution sans profit dans les affections des bronches et des poumons, catarrhes secs ou humides, asthmes, emphysème et Phthisie. Les substances inorganiques, soufre, chlore, iode, qui exhalent des vapeurs, ont également échoué; et on peut dire qu'il n'en reste presque rien dans la thérapeutique générale et surtout dans celle de la Phthisie.

La foi dans ce mode superficiel d'administration de l'Eau du Mont Dore me surprend, mais on peut être sûr que le public, que les malades en seront enthousiasmés et y auront une confiance plus grande encore que celle des médecins eux-mêmes. Le public ne comprend rien à l'action des médicaments internes, pas plus d'ailleurs qu'à la cause et à la génération internes des maladies.

Il ne comprend que le chaud et le froid, le sec et l'humide, les coups, les chûtes, les émotions, les poisons et les indigestions. Ce qu'il sait, c'est qu'il a mal aux poumons ; et il voit qu'on y introduit directement un agent quelconque qui frappe ses yeux, qu'il touche et sent, fût-ce de la vapeur d'eau de l'Eau minérale du Mont-Dore, et il comprend ou croit comprendre cela ; et cela suffit. On porte le remède immédiatement sur son mal, son inflammation, sa plaie ; et comme quand il se blesse, se coupe, se brûle, il voit qu'on applique sur ces lésions visibles des topiques divers et que ces lésions se réparent, il ne lui en faut pas davantage, et il conclut invinciblement de cet ordre de choses à l'autre, etc. Si on lui interdisait l'Eau minérale en boisson, il ne réclamerait pas. Ce qu'il lui faut, c'est qu'on panse son mal directement et comme une écorchure.

A Allevard, le phthisique sent bien qu'il inhale autre chose que de l'Eau ; et en effet, du gaz hydrogène sulfuré passe dans ses bronches ; mais au Mont-Dore, il ne sent rien de plus que s'il respirait de la vapeur d'eau commune chauffée. Sa confiance est aveugle.

Au Mont-Dore, les Phthisies sont considérablement amendées pendant la cure qui est très courte. Les phthisiques dont nous

améliorons l'état, dont nous prolongeons la vie aux Eaux-Bonnes, ne commencent à éprouver ces amendements que longtemps après la cure thermale. Il nous faut des mois et des années pour obtenir nos bons résultats. Je trouve Mont-Dore trop expéditif. La Phthisie est plus grave et plus opiniâtre que cela aux Eaux-Bonnes.

Il est vrai aussi, que notre vieille réputation contre cette triste et lamentable maladie, nous attire des masses d'individus mûrs pour le ciel et qui n'ont plus besoin que de consolations.

Les établissements rivaux mettent la mort de ces malheureux sur le compte des Eaux-Bonnes. On ne fait jamais aux autres stations hydro-minérales l'honneur de leur adresser de pareils malades.

On se félicite aux Eaux-Bonnes d'exciter chez les phthisiques des douleurs rhumatismales ou goutteuses atténuées ou disparues depuis que la tuberculose pulmonaire fait des progrés, parce que ces progrès sont en raison directe de l'intensité avec laquelle ces douleurs revivent. Ce fait est incontestable. Il en est de même des névralgies gastriques ou intestinales, des lithiases urique et biliaire et de l'asthme en particulier. Il est rare, je le répète, que ces affections se régénèrent sous l'influence de nos Eaux, sans que la Phthisie ne s'amende ou ne recule.

Cependant, ces diverses manifestations arthritiques ou herpétiques sont traitées efficacement par les Eaux du Mont-Dore.

Je ne m'explique pas de telles oppositions si ces Eaux sont curatives de la Phthisie au point où l'on nous l'affirme, car, encore une fois, toutes les affections que je viens de citer sont exclusives ou antagonistes de la tuberculose, c'est-à-dire, l'excluent quand elles sont récentes et intenses, ou l'atténuent, la modèrent encore quand elles existent plus ou moins usées. Il est certain que lorsqu'elles se rencontrent chez les phthisiques, l'indication est de les stimuler le plus vivement possible.

Comment des Eaux qui guérissent ces affections, peuvent-elles cruérir en même temps d'une manière aussi rapide, une maladie dont les progrès se ralentissent quand ces mêmes affections renaissent et s'exaspèrent ?

Si les succès qu'on exalte sont aussi positifs que les faits que

je signale , la pathologie et la thérapeutique générales seront chargées d'un problème et d'une difficulté de plus.

Je n'ai plus qu'une chose à dire pour terminer.

Si on commence à reconnaître dans la Phthisie des variétés anatomiques, étiologiques, cliniques et par conséquent thérapeutiques, et si ces distinctions sont un progrès, je crois n'y être pas tout-à-fail étranger. Or, il est impossible que certaines Eaux minérales nouvelles sous ce rapport, ne soient pas appelées à remplir dans le traitement thermal de la Phthisie des indications particulières ; et il faut s'en applaudir. C'est donc un problème à l'élude, et tout le monde doit contribuer à l'éclairer et à le résoudre.

Je ne repousse donc pas « priori l'intervention des Eaux du Mont-Dore dans la thérapeutique thermale de la Phthisie ; seulement, je propose des objections auxquelles m'autorise l'expérience clinique thermale en général. Je discute, et j'ai le droit, le devoir peut-être, de réduire certains faits et certaines assertions à leur valeur.

Je n'ai jamais entendu parler autant du Mont-Dore dans la Phthisie que depuis assez peu de temps, et les prétentions trop récentes qu'on affiche, m'ont semblé exagérées.

Mont-Dore accepte-l-il la cure de la Phthisie en masse et indistinctement ? Alors, il est difficile que nous nous entendions. Si au contraire, il distingue et choisit ses phthisiques comme nous avons choisi les nôtres, nous pourrons discuter. Qu'il nous les présente sérieusement, nous lui répondrons en médecin sérieux, et la science et l'art ne seront pas scandalisés.

La Phthisie est assez diverse dans son unité pour fournir trop de sujets, hélas I à toutes les Eaux minérales capables, sinon de la traiter et de l'amender spécifiquement, — ce serait une prétention ultra-médicale, — mais de la dégager de ses complications, de la réduire à son élément propre et de la simplifier.

(Fin.)

Accession no.

Author Pidoux:

Call no. RA864 Ea8 879P

Ml/.'!

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