‹ Les Eaux En Champagne DévastéeChapitre 50 sur 55 · CONCLUSIONS TECHNIQUES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS TECHNIQUES

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L’examen bactériologique des eaux fut, il y a quelques années, en grand honneur ; malheureusement la microbiologie était encore trop récente pour tenir toutes les espérances que cette science avait laissé entrevoir. Ses adeptes avec la fougue et la foi des néophytes avaient été jusqu'à nier toute utilité à l'analyse chimique et poussant prématurément un cri de victoire ne considéraient qu'avec dédain les travaux des chimistes.

Ceux-ci, profitant des erreurs que fit commettre un enthousiasme irréfléchi par suite des difficultés énormes dues aux connaissances insuffisantes d’une science en enfance, déterminèrent une réaction qui faillit être funeste à l'examen bactériologique et le faire tomber en désuétude.

Les arguments par trop exagérés et souvent mal fondés, des adversaires de la bactériologie et d'autre part, les progrès considérables de la nouvelle science ont permis de la replacer au rang primordial qu’elle doit avoir.

Nous ne voulons pas prendre parti dans cette querelle et nous estimons que dans la recherche si difficile, si délicate et si redoutable de la potabilité des eaux, nous ne devons rien négliger et nous servir de toutes les garanties que la science met à notre disposition. Nous avons cherché à mettre en évidence les renseignements précieux que nous a fournis la bactériologie sans la considérer comme un succédané de la chimie.

Nous avons apprécié les renseignements précieux que donne l'analyse chimique sur la contamination des eaux ; mais nous avons dû reconnaître qu’elle ne peut garantir leur pureté et nous fixer sur le rôle étiologique de l’eau dans la transmission des maradies épidémiques.

Il est certain qu’une eau très impure chimiquement est très riche en microorganismes ; mais une eau chimiquement pure peut contenir un grand nombre de bactéries et l’eau distillée elle-même n'est pas à l'abri d’une végétation abondante d'infiniment petits.

Dans un mémoire présenté à l'Académie des Sciences le 18 janvier 1892, M. VIRoN a fait une étude très intéressante sur les bactéries

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chromogènes se développant dans les eaux distillées des laboratoires. En secrétant des substances colorantes, elles teintent les eaux en jaune, en vert brun, en jaune verdâtre fluorescent et quelques-unes de ces substances sont même très toxiques. |

Il est donc un fait établi que toutes les eaux, même les eaux distillées, peuvent accidentellement être l'habitat et le véhicule d'un grand nombre de microbes et même de germes pathogènes.

Notre travail ayant pour but de déterminer la salubrité des eaux destinées à la boisson dans une partie de nos régions dévastées, nous avons toujours fait l'analyse chimique et nous nous sommes servi de ses renseignements très utiles et quelquefois probants ; mais souvent insuffisants et seul l'examen bactériologique nous a permis d'indiquer la réelle pureté de l’eau vraiment potable.

Dans les 259 communes que nous avons visitées nous avons effectué 3.021 prélèvements, dont 2.469 échantillons d'eau de puits et 55 d'eau de sources et de canalisations.

Sur ce grand nombre d'analyses nous avons choisi, parmi tant d'autres, deux cas typiques de contaminations dangereuses mis en évidence par l'examen bactériologique et que ne nous avait pas révélé l'analyse chimique, nous les avons précédemment expliqués en détail.

D'ailleurs le dosage des principaux éléments chimiques considérés comme un indice de pollution ne constituent pas toujours un renseignement certain. Ainsi on estime généralement que les eaux chargées en matières organiques sont aussi les plus riches en microbes, qui trouveraient dans les eaux une nourriture abondante et facile à assimiler. En théorie c’est exact et cependant nos recherches coïncidant avec celles de BONïÿEAN nous ont montré que près de 20 % de ces eaux ayant à peine 1 milligr. de matières organiques par litre’ étaient contaminées par une fiore microbienne renfermant souvent des espèces pathogènes.

Par contre, nous avons reconnu que 2 % des eaux contenant des nitrites étaient bactériologiquement non dangereuses.

Les chlorures, souvent considérés comme étant le critérium de la pollution, ne nous ont pas toujours donné de résultats probants et nous avons trouvé des eaux contenant plus de 50 milligr. qui étaient cependant potab'es.

Ainsi l'analyse chimique nous a donné quelquefois des rensei-

gnements aléatoires sur l’origine suspecte des eaux, il en est aütrement de l'examen bactériologique.

Une eau contenant les bactéries de la fièvre typhoide, les vibrions du choléra ou les microbes déterminant une maladie infec-

tieuse doit être rigoureusement condamnée et supprimée de la consommation.

Cependant ces différents microbes, ne portant pas un costume spécial, ne se retrouvent pas facilement ; mais nous possédons un certain nombre de réactifs comme le Bactérium coli commune, les germes anaérobies et ceux produisant de l’indol, qui nous permettent de considérer comme très probable une contamination dangereuse.

La bactériologie n’a pas dit son dernier mot et les découvertes se succèdent ; le moment n'est peut-être pas lointain ou l'examen microbiologique nous renseignera d'une façon compiète et suffisante sur la qualité hygiénique des eaux d'alimentation.

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