DESCRIPTION DE L'ÉTABLISSEMENT
Le premier (ies établissements que la Compagnie a fait élever est situé à Cliaillot, ou faubourg de la Conférence, près la grille. On a construit en pierre, sous le chemin de A'ersailles, un canal de sept pieds de large, pour introduire l'eau de la Seine dans un bassin aussi bâti en pierres de taille, et dans lequel est plongé le tuyau d'aspiration des pompes ; ce bassin ainsi que le canal est creusé de trois pieds au-dessous des plus basses eaux connues. La Compagnie prie le public d'observer que sa prise d'eau se fait fort audessus du grand égoul de Paris qui se jette dans la rivière vis-à-vis la manufacture de la Savonnerie à Chaillol, et que, depuis la place de Louis XV ^,
' C'était une concession faite à l'opiiiion publiiiiie ; la Com|iagnio dut respecter de vii.'ille.<! habitudes. L'établissement de ces fontaines contribua à faire sombrer l'entreprise. En Angleterre, il n"v a point de vente d'eau sur la voie publique, ce qui a forcé les propriétaires à en pourvoir leurs maisons. A Pari.<, l'élablissemeiit des fontaines maicbandes a retardé pendant plus de cinquante ans la distribution à doinicile.
- 11 n'y a aucune eNagération dans ce passage et il n'y a pas plus de cinquante ans qu'on a pris les mesures nécessaires pour faire disparaître cette in'.eetion de l'air due aux égouls.
'• Aujourd'hui place delà Concoi'de.
",i LES ANCIENNES EAUX.
il n'y a ni égout ni ruisseau qui puisse nuire à la salubrité de l'eau qu'elle puise; et il faut d'autant moins l'oublier, qu'on n'a pas dédaigné d'ajouter à toutes les critiques légères et prématurées qu'on a répandues contre son établissement, cette fausse imputation, que la Compagnie prenait au-dessous du grand égout l'eau qu'elle puise à cin(juante toises au-dessus.
La délicate altention qu'elle a eue de placer ses premières machines à plus d'une demi-lieue de la ville, au seul endroit où railluencc des eaux est trèsconsidérable, et où elle peut élever ses réservoirs assez haut pour (hiniiner la ville entière, quoiqu'il lui en coûtât la dépense d'une longue suite de tuyaux employés seulement à ramener l'eau dans Paris, montre assez avec quel soin elle a cherché à prévenir toutes les objeclions raisonnaliles.
Elle aura la même attention de placer son second élablisscinent fort audessus du grand égout des fossés Saint-Antoine, afin qu'aux deux extrémilés de la ville, ses machines soient reconnues ne puiser que l'eau la plus saine et d'une bonté telle que toules les possibilités le comportent'.
La Compagnie a porté l'attention jusqu'à placer, à l'entrée du canal dans la rivière, un tuyau ou coffre de charpente qui se prolonge à vingt-quatre pieds des bords, pour empêcher l'eau qui les lave d'y entrer, et pour la prendre au-dessus du fond et au-dessous de la surface ; celte nouvelle précaulion devient même inutile dans les grandes eaux, parce que le mur du quai faisant angle en cet endroit avec le courant, le canal reçoit l'eau pour aiuM dire du centre de la rivière, et les tuyaux d'aspiralion des pompes, étant plongés à une grande profondeur, ne peuvent allirer les corps étrangers qui flottent à la surface.
Les sieurs Périer ont construit, sur le bassin môme, un bâtiment trèssolide, qui contient deux machines à feu de la plus grande proportion connue.
On croit faire plaisir aux personnes à qui ces machines ne sont pas familières, de leur donner une légère dcscri]ition de la manière dont elles agissent".
' C'est la mactiine qui devait èlre élablie en amont île Pari', on façaile sur \o. quai peutêtre dans le terrain appartenant au service des eaux i[ue j'ai découveit en ISOI, et dans lequel on a construit en 18G"i les deux pompes . à feu du ipiai d Aujierlilz. Il n'est pas queslion dans ce prospectus des machines du Gros-Caillou.
* On me permettra de compléter celle description qui est un peu trop élémentaire.
Je commence par la chaudière dont voici la coupe. Cet appareil était en cuivre hallu. C'était un grand tronc de cône ayant Ifi |iieds S pouces (à", 11) de diiimèlre à sa partie supérieure, recouvert par un donie en même métal formant une dcmi-splière complète. I c fond était bomhé en arc de cercle p uir éviter les défurnialions dues à la pression de li vapeur. La calotle sphérique était enveloppée il'une chemise en héton et en hriquc conmie l'indique la figure. Le tronc de cône et le fond de la chaudière élaiint exposés à l'action de la flamme qui
LES POMPI'S A FFIU - DESCRIPTION DES MACllIXES,
3Sd
Chaque machine est composée d'une grande chaudière ou bouilloire, de seize pieds huit pouces de diamètre, qui contient toujours une égale quantité d'eau en éhullition : la v.ipeur que le bouillonnement de l'eau produit sans cesse est destinée à passer dans un cylindre de cinq pieds de diamètre, posé verticalement et garni d'un fort piston. Deux soupapes, qui s'ouvrent alternativement par le jeu de la macliine, font entrer avec violence, ou dessus ou dessous le piston renfermé dans le cylindre, autant de vapeur qu'il en
produisait la vapeur. La chaulière portait en outre une soupape de sûreté établie au sommet de la calotte sphérique, et un Irou d'homme qui permettait d"y pénétrer pour la nettoyer ou la réparer. L'ouverture par laquelle on y projetait le combustible était à droite ; la fumée s'échappait pur une cheminée en brique de f.irmo rectangulaire indiquée à gauche. La soupape de sûreté, le trou d'homme et la grille du foyer ne sont pas figurés sur ce croquis.
Ce générateur, si différent par sa forme de ceux que nous employons aujourd'hui, était alors généralement adopté dans les machines de Newcomen; il ne devait pas produire la vapeur économiquement; car, pour une capacité donnée, sa surface extérieure est presque un minimum. C'est juste le contraire qui doit être recherché dans la construction des générateurs ; il faut, pour un espace quelconque rempli d'eau à vaporiser, que la surface des parois exposée à la flamme soit un maximum. C'est ce qui donne un si grand avantage aux appareils de forme cylindrique qui peuvent être placés très-près les uns des autres et produire ainsi de
536 LES ANCIKNNES EAUX.
faut pour lui imprinier un mouvement de haut en bas très-rapide et dans toute la longueur du cylindre qui le contient. Chaque fois que le piston est remonté au haut de sa course, une injection d'eau froide, subitement lancée au-dessous de lui par la machine, et dans la vapeur dilatée, la condense aussitôt, la détruit et produit un vide parfait dans tout l'espace occupé par la vapcnr ; au même instant une vapeur nouvelle, introduite dans la partie supérieure du cylindre, appuie sur le piston et le fait descendre avec une force, une puissance égales à un poids de plus de trente milliers.
Le piston marche ainsi dans le cylindre alternativement de haut en bas et de bas en haut, sans terme et sans arrêt, tant que le feu de la chaudière y tient l'eau en ébu'lilion et fournit de la vapeur, qui est ici le seul agent d'un mouvement que nulle autre force connue ne pourrait donner à la machine ; tout le reste e.st facile à comprendre.
gr.iiiiles surfaces de diauffe, avantage que n'ont p;is les appareils spliériqucs. Aussi ces derniers sont-ils abandonnés depuis longtc nips.
On adinel généralement que, pour une machine à vapeur à condensation sans détente, il tant 1",50 de surface de chauffe par cheval compté en eau montée. Celle de la machine de Chaillol était beaucoup plus petite, el par conséquent, était insufdsaule.
51. l'érier lui-uième a remis la figure de la machine à Prony qui l'a fait gr.iver dans son architecture hydraulique imprimée en 1790. Elle est reproduite à la page 558 ; j'ai dû. pour faciliter la gravure sur bois, simplifier ce dessin et celui qui précède en sup|irimant tout ce qui était étranger aux machines. A la simple inspection de celte figure, on voit qu'elle représente bien la machine de >'e-\vcomen perfectionnée par NVatt, puisqu'elle a un condenseur et une pompe à air. Le cylindre à vapeur, de 5 pieds (l^jCi) de diamètre, est (î.uré en A. 11 est solidement établi sur un massif de maçonnerie. La tige du piston se termine par une chaîne qui s'enroule tangentiellement sur un secteur fixvi à l'extrémité du balancier en bois B. Cette chaîne, dans son mouvement de va-et-vient, restait toujours dans la même ligne verticale. Cette disposition se trouve déjà dans les premières machines de Newcomen el Cawley.
La pompe est indiquée en C et la lige de son pi^ton est fixée à l'autre extrémité du balancier par une chaîne taugenlielle semblable à celle qui guide la tige du piston à vapeur. Un contrepoids D est attaché h la tige de la pompe et produisait le refoulement de l'eau. La pompe à air 0 itait plongée dans une bâche remplie d'eau froide.
Voxi comment fonctionnait la machine : La vapeur était introduite soit dans le cylindre A, soit dans le condenseur R, par une petite conduite F qui était en communication avec la chaudière au moyen d'un autre conduit G'. La vapeur trouvait toujours ouverts le cylindre M et a soupape 0. Elle pénétrait donc librement et toujours au-dessus du piston à vapeur et dans la partie G II du cylindre F jusqu'à la soupape H, qui pouvait être ouverte ou fermée. Enfin elle élail séparée du condenseur par la soupape I, qui, elle aussi, pouvait être ouverte ou fermée.
Supposons que la soupape 1 du condenseur fût fermée et que la siupape II fût ouverte c'est-à-dire qu'elles fussent dans la position où elles sont sur la ligure ; la vapeur agissait avec une égale intensité sur les deux faces du piston. 11 y avait donc équilibre (la soupape II porte le nom de snu|iape d'équilibre); le piston, entraîné par le contre-poids D, continuait sa course ascensionnelle; au contraire, le piston de la pompe, sous l'action de ce contre-poids, descendait el refoulait l'eau aspirée.
Au nuiinenl où le piston du cylindre à vaprur atteignait la fin de sa course, la soupape d'équilibre H se fermait, la soupape I du condenseur R el celle de l'i.ijection s'ouvraient, un jet d'eau froide était projeté dans le condenseur par le tube L ; la vapeur renfer-