CONDITIONS DE L ABONNEMENT
La Compagnie n'a rien épargné pour donner à cet établissement toute l'étendue, la solidité et la perfection qu'exige une entreprise d'une aussi grande utilité; les expériences connues de ses machines vérifient les calculs que les sieurs Périer avaient faits d'avance de leur produit; vt la Compagnie est actuellement en état de réaliser la proposiiion qu'elle a faite au public en 1777, de souscrire un abonnement dont voici les conditions :
1° Les particuliers, corps, communautés et hôpitaux qui désireront de l'eau, souscriront un abonnement sous seing privé, comme étant plus économique, pour trois, six ou neuf années, ou même davantage, et payeront 50 livres par an pour un niuid d'eau par jour, et à proportion pour une plus grande quantité.
Pour mettre chacun à portée de connaître tout l'avanlage de la sou.scription qui lui est offerte, on établit ici la proportion entre le prix moyen de l'eau dans Paris et celui de l'abonnement avec la Compagnie. La voie d'eau actuelle contient environ trente pintes; le muid, 250 pintes, ou huit à neuf voies d'eau'; le prix moyen de la voie d'eau est de 2 sols ; ainsi un muid,
' C'est le robinet à flotteur qui fonctionne encore de la même manière dans la distribution de Londres. ain,>.i que je viens de le dire.
2 Tous ces deiails snnl lré.'î-iin|ioilaMts. L'administration qui a succédé à la compagnie n'a tiré aucun uaili de tes inojens île ilisintiution.
^ La piule était égale à U''',9ô"2. La voie d'eau était de 30 pintes ou de 29 litres. Le muid
de 250 pintes ou de 238 litres. La voie d'eau se vend;int 2 sols, la pinte coûtait ^ de sol et
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OU 8 à 9 voies par jour, acquises par les moyens ordinaires, coulent de 17 à 18 sols, lesquels, multipliés par les 565 de l'année, font une somme de plus de 500 livres ; d'où il suit que la Compagnie offre à ses abonnés d'un niuiJ par jour, pour 50 livres par an, ce qui leur coûte aujourd'hui plus de cent écus ; c'est-à-dire qu'il y aura plus des 5 sixièmes d'économie pour tous ceux qui s'abonneront avec elle.
Pour la facilité d'un calcul net et général, la Compagnie a résolu de modérer le prix de tous les frais de conduite, de remuement de pavé et de fourniture du tuyau de plomb qui conduira l'eau jusqu'à la porte de chaque abonné, au prix d'une année de son abonnement; ainsi le souscripteur d'un muid d'eau par jour, ou de 50 livres par an, ne payera, en s'abonnant, que la somme de 50 livres, une seule fois, pour tous les frais indiqués ci-dessus et pour l'entretien dans tout le cours de son abonnement; celui de deux muids, 100 livres, et ainsi en montant dans la proportion de tous les abonnements.
Ce payement e^t une indemnité très-modérée pour la Compagnie, des frais d'un tuyau posé exprès et qui deviendrait inutile si l'abonnement venait à cesser. On doit sentir, par exemple, qu'un abonnement d'un muid par jour qui cesserait au bout de trois années, ne laisserait pas asse^ de bénéfices à la Compagnie peur 1 indemniser du prix d'un tuyau de plomb, de la pose et des frais de pavés, etc., etc.;
2° Le prix de l'abonnement sera toujours payé d'avance, d'année en année, au moyeu de quoi la Compagnie se chargera de tous les frais, et les souscripteurs économiseront le prix d'un acle d'abonnement par-devant notaire ;
3° A l'expiration de l'abonnement, s'il est renouvelé sur-le-champ, le souscripteur ne payera rien à la Compagnie; mais s'il y a interruption, son tuyau ayant été coupé, il payera encore, pour la nouvelle pose et fourniture, le même prix d'une année de son nouvel abonnement ;
4° La Compagnie, au moyen des prix ci-dessus, rendra l'eau dans tous les quartiers de Paris et dans toutes les maisons, et se chargera de tous les frais
250 X 2 le muid „ — := 16 sols 8 deniers. Le mène cube d'eau rendu à domicile par le porteur
.... 10'"-,Gt)7xlOOO , ,. ,n , i- •• 1 d eau coûtait ^^^ = o livres 10 sols. Ln mètre lube par jour et par an coulait
donc 1277 livres 10 sols.
L'abonnement de la comp.ignie faisait ressortir le mètre cube cUliM'é par jour à 206 livres pour un an. On est étonne de l'opinion émise par Girard, que l'eau fournie par le porleur d'eau ctail plus avantageuse pour l'abonné que l'eau distribuée direclcmcnl à domicile par une conduite.
LES POMPES A FEU. — CONDITIONS DE L'ABONNEMENT. ôiS
quelconques d'établissement de conduite et d'entretien, jusqu'à la porte de chaque souscripteur ' ;
5° La Compagnie fournira sans difficulté une plus grande quantité d'eau à ceux qui en auront déjà acquis, en payant toujours annuellement ladite somme de 50 livres pour chaque muid d'eau d'augmenlation par jour, et les frais dans la proportion indiquée, attendu qu'il faudra lever le pavé et changer le tuyau toutes les fois que la quantité d'eau demandée sera plus considérable.
ORSEnVATIONS
A mesure que les tuyaux de conduite avanceront dans Paris, la Compagnie donnera un avis public à tous les habitants du quartier oîi se fera la pose, de souscrire un abonnement au bureau général de la Compagnie; et dès à présent, tous les habitants du faubourg Saint-IIonoré, depuis la barrière de Chaiilot, celle du Roule et rues adjacentes, jusqu'à la porte Saint-Honoré, sont prévenus que leur abonnement sera reçu du moment de la publication du présent prospectus jusqu'au 1" février "1782 ; mais ils sont avertis que s'ils laissaient passer le tuyau de conduite devant leur porte avant d'avoir souscrit, la dépense qu'une pose particulière entraînerait ensuite exigerait un traitement à part, et beaucoup plus dispendieux pour eux que celui de la pose générale de chaque rue.
Le bureau de la Compagnie est chez les sieurs Périer frères, rue de la Chaussée-d'Antin ; il sera ouvert tous les matins, depuis huit heures jusqu'à midi.
Tel est le mode de distribution très-libéral que la Compagnie des eaux de Paris proposait de substituer aux porteurs d'eau et à la distribution d'origine romaine en usage jusqu'alors à Paris. Ce nouveau système était importé d'Angleterre; il fonctionne encore à Londres et dans la plupart des grandes villes anglaises. Seulement le prix de l'eau n'y est pas réglé par la quantité livrée; c'est le locataire qui est abonné et l'abonnement annuel lui coûte 4 ou 5 p. 100 du prix du loyer de l'appartement.
* Les prix de canalisation, de réfection de pavage, etc., sont très-modérés. Aujourd'hui la prise d'eau seule sur la conduite publique coûte plus cher.
5iG LES ANCIENNES EAUX.
La Compagnie remplaçait les cliâteaux d'eau par des réservoirs qui se rem|ilissaienl la nuit el aux heures de petite consommation, et permellaient de rendre inlcrmillente, suivant les besoins, la distribution de l'eau, qui jusqu'alors avait été continue : les anciennes fontaines de distribution coulaient sans aucune intermittence, la nuit, l'eau s'enunagasinait dans des réservoirs en plomb bien insuffisants; avec des réservoirs comme ceux de Cbaillot, ou pouvait augmenter ou diminuer le service comme on Pentendait. Mais toutes ces améliorations si bien comprises ne se réalisèrent malheureusement que longtemps après.
On voit d'après le prospectus, qu'en 1781 les machines de Chaillot fonctionnaient déjà et que la canalisation était terminée depuis la barrière de Chaillot dans les faubourgs Saiiit-Honoré, du Roule et rues adjacentes, jusqu'à la porte Saint-IIonoré. L'eau de Chaillot fut distribuée pour la première fois en juillet 1782, à la fontaine publique établie par la Compagnie près de cette porte. Des fontaines de distribution furent érigées successivement, à la Chaussée-d'Autin, à la porte Saint-Denis, à l'entrée de la rue du Temple. La Compagnie racheta, au prix de 150000 livres, les fontaines des frères Vachette qui exploitaient un privilège, pour remplacer par dos pompes les anciens puisoirs des porteurs d'eau.
Canalisation. — Les conduites qui distribuaient ces eaux étaient de beaucoup les plus grandes qui eussent encore été posées à Paris. Les tuyaux étaient àbrides et de dislance en distance étaient raccordés par des manchons en bois. Ils avaient été fournis par des fabriques anglaises. La conduite la plus importante, qui se reliait anx l)assins de Chaillot, avait 1 jjicd (0"'525) de diamètre intérieur ; elle suivait la rue de Chaillot, puis, après avoir traversé l'avenue des Champs-Elysées, les rues de Berri et du Faubourg Saint-llouoré jusiju'à la rue Royale. Elle existe encore à partir de l'avciuie des Champs-Elysées.
Arrivée à la rue Royale celle conduite se divisait en deux