AQUEDUC ROMAIN DE CUAILLOT
L'ancien égout de la rue de Boulainvilliers est construit, au moins entre la villa de ce nom et la rue de l'Assomption, dans la nappe d'eau de l'argile plastique; nous avons du diriger un des branchements de cet égont dans la rue de l'Assomption pour assainir les propriétés riveraines dont les fondations étaient noyées dans cette nappe d'eau.
Nous avons trouvé l'argile plastique à des altitudes plus grandes encore en construisant l'égout du boulevard Beauséjour, le long de la villa Montmorency.
Auteuil est donc en grande partie bâti sur ce terrain et c'est à la nappe d'eau de l'argile plastique qu'il doit ses beaux ombrages.
Ainsi il y avait autrefois à Auteuil des sources importantes qui jaillissaient à une altitude suffisante pour être dérivées vers Lutèce. Quelques-unes de ces sources sont ferrugineuses, mais plusieurs donnent une eau complètement douce. Elles ont été bien diminuées dans les temps modernes par les travaux de fondations des édifices érigés aux points d'affleurement de l'argile plastique, et surtout par les égouts construits en partie pour absorber ces eaux souterraines, qui rendaient le séjour d' Auteuil insalubre. On peut donc, sans faire des hypothèses plus ou moins contestables, comprendre comment la conduite forcée de Chaiilot était alimentée; elle avait certainement son origine dans la nappe d'eau de l'argile plastique d' Auteuil.
Mais que devenait-elle à partir de la place de la Concorde, au centre de laquelle se trouve le dernier repère de l'aqueduc? Nous retombons nécessairement ici dans les hypothèses.
M. de Caylus se borne à dire : « Cet aqueduc fournissait de l'eau à ce côté de la ville ; ce qui donne encore une preuve de son augmentation du côté du Nord. » Cela est incontestable : pour qu'un travail de celle importance ait été entrepris, il fallait ou qu'un quartier de la ville, ou qu'un groupe de riches villas eût débordé sur la plaine de la rive droite de la Seine.
M. Jollois est plus explicite; il fait remarquer que la partie connue de la conduite forme presque une ligne droite. 11 admet qu'à partir de la [ilace de la Concorde, le tracé se dévie un peu pour se diriger vers le Palais-Royal. Voici ce qui, à ses yeux, justifie cette hypothèse. Eu novembre 1782, on a découvert deux bassins d'origine romaine aux deux extrémités du jardin de ce palais. Le bassin de l'extrémité méridionale a été trouvé à trois pieds {0"',91) au-dessous du sol; l'altitude des bords devait être voisine de 53 mètres. Sa forme était celle d'un carré de vingt pieds (6'", 50) de côté. Le bassin septentrional s'étendait dans toute la largeiu' du jardin entre le café de Foy et le passage Radziwill ; il était donc beaucoup plus grand que l'autre, mais il n'a été mis à découvert que sur une petite étendue.
M. Jollois suppose que c'est dans le bassin du sud que se dirigeait l'aqueduc de Chaillot, ce qui est possible et même très-probable, puisque l'altitude des bords permettait certainement à la conduite d'y pénétrer, et que ces deux bassins étant destinés à recevoir de l'eau, on ne voit pas quel aqueduc, si ce n'est celui de Chaillol, aurait pu les alimenter.
La conduite était évidemment forcée. Elle avait son origine à Auleuil, entre la rue de l'Assomption et la place d'Auleuil, à une altitude qui s'écartait peu de 40 mètres. Si elle débouchait au Palais-Royal à l'altitude 55 mètres, sa charge totale était de 7 mètres. Sa longueur étant de 5500 mètres et son diamètre de O^jlS, la charge par mètre était de 0", 00127, ce qui correspond à un débit de 0'",18 par seconde, et de 554 mètres cubes en 24 heures.
Les sources d'Auteuil, lorsqu'elles étaient vierges, pouvaient fournir ce volume d'eau. 554 mètres cubes d'eau par 24 heures suffisent à l'alimentation d'une population de 5 à GOGO âmes ou à •un riche groupe de villas.
Les deux bassins du Palais-Royal n'étaient ni des réservoirs ni des châteaux d'eau : ils sont à une trop basse altitude pour cela; il est probable qu'ils appartenaient à un établissement thermal