DISTRIBUTION, SECHERESSE DE 1608 A 1G
fontaines particullières qui sont tirées des canaulx et Ihuiaulxpublicqs seront restreintes pour qque (quelque) temps, et jusques à ce que aullrement en ayt esté par nous ordonné » \
Celle sécheresse ne paraît pas avoir été très-grande, puisqu'on ne retrancha pas les concessions, et qu'on se contenta de les restreindre; néanmoins, nous voyons que l'effet s'en fit sentir dans les années suivantes, car aucune prise nouvelle en eau du Pré-Saint-Gervais ou de Belleville ne fut autorisée, depuis le 12 août 4616, jusqu'au 16 juillet 1619. Les brevets concédés entre ces deux dates s'appliquaient à l'eau de la Samaritaine, dont le produit était indépendant des sécheresses ou à l'eau de Rungis, ce qui ne tirait pas à conséquence, puisque l'aqueduc d'Arcueil n'était pas encore en service.
En cette même année 1619 fut prise une mesure qui paraît se rattacher à cette période de sécheresse : il fut ordonné au maître des œuvres de retrancher les concessions des seigneurs qui étaient absents \
Retraiwhement des concessions particulières en 1622, 1625 et 1631. — Le 26 septembre 1622, sur la requête des religieuses de l'Ave Maria, dont la fontaine était tarie, le bureau ordonna le retranchement de toutes les fontaines particulières, c( affin de faire fluer l'eaue aux fontaines publicques de la ville et en la maison et couuent desdictes religieuses de l'Aue Maria. »
* Registres de la ville, vol. XX, fol. 708.
- Ordonnance d'airester les fontaines particuUierres des seigneurs qui sont absenlz.
De par les preuost des marohans et escheuins de la ville de Paris
II est ordonné à Augustin GuiUain M° des œuures de la ville ayant la charge des fontaines d'jeelle de faiie promptement arrester le cours des eaues des fontaines de lad" ville qui fluent es maisons particullières de quelques personnes que ce soient qui sont absens de ceste ville Et a cesle fin fermer les robinets des croisées de fer des regards par", ce qui sera exécute nonobstant oppositions ou appellations quelconques faictes ou a faire auec deffences a touttes personnes d'empescher led' GuiUain en l'exécution de la présente ordonnance Et de faire ouuerture desd' Regardz et robinetz sinon dans vingt quatre heures après le retour actuel en cestc ville de ceulx qui ont lesd' concessions et en la prnce (présence) du s' GuiUain a peyne d'estre decbeus de leur droict. Faict au bureau de la ville le vingt-deuxiesme jour d'aoust mil six cens dix neuf. (Registres de la ville, vol. 22, fol. 58.5.)
Ce relrancliement était ordonné seulement « pour quelque temps et pendant la sécheresse. »
En J623, les concessions particulières furent encore retranchées pendanl deux mois, à partir du il juillet. Voici l'exposé des motifs : « Attendu la nécessité des eaues des fontaines publicques de la ville, à cause de la seicheresse du temps, dont le publicq reçoit grande incommodité, auons ordonné que toulles les fontaines parlicullières, à la réserue des maisons de MM. les ])rinces, de M. de Montmorency, delà maison de relligieuses de l'Ave Maria et des aullres relligions, seront retranchées et remises aux canaux publicqs pour deux moys seulement: enjoinct à Augustin Guillain, maître des œuvres de la ville, d'exécuter promplemenl la présente ordonnance'. »
Les fontaines particulières alimentées en eau de Belleville et du Pré-Saint-Gervais, furent encore retranchées en 1631 . — Le 11 septembre de celte année, le bureau rendit l'ordonnance suivante : « Attendu la grande seicheresse du temps et que par le moyen d'icelle lesfonlaines publicquessont debeaucoup diminuées et altérées dont les habitans de cesle ville reçoivent de grandes incommoditez, a esté arresté que put (pendant) le reste du présent moys et les moys d'octobre et de novembre prochain, les eaues des fontaines duPréS:iint-Geruais eldeBilleuille qui flueiit es maisons particulières seront remises es canaulx publicqs. Et à caste fin que le sieur Lestourneau, l'un de nous escheuins se transportera avec les maistres des œuures d'icelle en touttes lesdictes maisons et icelles fontaines particulières, faire retrancher en sa j)nce (présence) et faire remettre l'eaue esd* canaulx puljlicqs » '.
Ce retranchement fut de bien courte durée , car , dès le 5 mars suivant, le bureau rendit cette nouvelle ordonnance : « Attendu l'affluance des eaues qui sont à présent es sources
' Hpgisires de la ville, vol. XXIV, fol. 16.
* Rpgieires (le la ville, II. 1S05, vol. XXIV, fol. 119.
s RegisU-es de la ville. II. 180"., vol. XXVI, fol. i\(i.
DISTRIBUTION. ANNEES HUMIDES. 1055-1660. à05
des fontaines cleBelleuille et du Pré-Saint-Geruais, auons ordonné que les fontaines parliculières qui ont esté couppées de notre ordonnance dès le moys de septembre dernier, à cause de la grande sécheresse du temps, seront restablies » '.
Les années sèches ont donc été très-nombreuses de 1608 à 1652 :-Ie cours des concessions privées fut suspendu cinq fois entre ces deux dates ; pendant ces vingt-quatre années, les sources de la ville et par conséquent la Seine se sont rarement élevées à leur débit moyen, et sont presque toujours restées au dessous.
J'en trouve une preuve très-remarquable dans l'arrêt du conseil du 5 octobre 1625, relatif à un nouveau partage des eaux de Rungis : « Le Roy s'étant fait représenter les brevets et lettres de concessions et les requestes de plusieurs personnes de communauté, tendant à ce qu'il pleut h sa dicte Majesté leur en
concéder quelque partie , procédant à nouuelle distribution
des dites eaues (de Rungis), ta?it de trentes poulces que lesdicts entrepreneurs sont tenus fournir par le dict bail que des vingt poulces qu'ils prétendent avoir de surplus » '.
Les sources qui alimentaient l'aqueduc d'Arcueil débitaient donc alors cinquante pouces d'eau ou 960 mètres cubes en vingtquatre heures. C'est ce que Girard et tous les ingénieurs qui lui ont succédé dans le service des eaux de Paris ont depuis considéré comme le débit moyen de l'aqueduc. Jusqu'à cette date, il y avait pénurie, car on ne comptait que sur trente pouces d'eau \ Lorsqu'on fit le partage des eaux de Rungis, en 1654, le jaugeage des sources donna soixante pouces quarante-cinq lignes ; elles étaient alors en crue assez forte.
Longue période d'années humides. — A partir de 1652 com-
' Registres de la ville, II. 1805, vol. XXVI, fol. 450.
^ Registres de la ville, H. 1802, vol. XXV, fol. 20.
^ Voy., pour tout ce qui concenie les sources irArcenil, p. 40 et 41, et p. 171 et stiiv.
mence en cffel une série d'années exlraordinaiiemenl liumidcs; malgré l'exagéralion du nombre des concessions, qui furent accordées avec une profusion que n'aiu\iil pas justifiée le régime des sources, s'il avait été plus exactement connu, on ne se trouva plus, jusqu'en 1760, dans le cas d'avoir recours au retranchement des fontaines particulières, dont on avait fait un si large usage dans les siècles précédents.
Cette période d'années humides se termina par une série de grandes crues de la Seine, qui commencèrent en 1649 et dépassèrent tout ce qui a été constaté depuis 1741 jusqu'à nos jours, savoir : crue de 1649, dépassant de 1°,16 la crue du 17 mars 1876, et de 0'",21 la crue du 3 janvier 1802, la plus grande du dix-neuvième siècle. Crue du 25 janvier 1651, dépassant de 1",55 celle de 1876. Crue du 27 février 1658, la plus grande connue, dépassant de 2", 31 celle de 1876 '.
J'ai dit ci-dessus qu'à chaque grande crue du fleuve correspond une grande crue des sources de la ville, qui soutient leur débit bien au-dessus de la moyenne, souvent pendant plus d'un an. On est donc certain que, de 1649 à 1660, ces sources ont toujours dépassé de beaucoup le débit moyen. C'est ainsi qu'on constata très-rigoureusement que le débit des sources trouvées par Bocqucl vers 1651, s'élevait à vingt-trois pouces quatre-vingt-dix-neuf lignes (460 mètres cubes en vingt-quatre heures'). J'ai démontré que, dans une année très-sèche, leur débit était tombé à 9 mètres cubes en 24 heures. L'aqueduc d'Arcueil, dont le débit total est descendu le 1" septembre 1859 à 242 mètres cubes ou à douze pouces soixante-quinze lignes % donnait, d'après le jaugeage effectué en 1656, par une commission dont Francini faisait partie, quatre-vingt-quatre pouces ou 1612 mètres cubes en vingt-quatre heures'. Je dois faire remarquer
' Voy. t. I", |). 30(1.
- Voy. p. 160 et .siiiv.
' Voy. p. 171 el suiv.
* Voy. p. 164.
DISTRIBUTION. FONTAINES. PUBLIQUES 1610-1660. .o07
que ce jaugeage de Francini cadrait avec celui que fit son père en 1654; en effet, on obtint alors, pour le débit total de l'aqueduc 60 pouc. 45 lig.
Ajoutant le produit des sources de Bocquet, 25 99
On arrive exactement au chiffre retrouvé en 1656 84 pouc. »
Bonamy et, après lui, Girard, ont prétendu, non sans raison, que le partage des eaux d'Arcueil avait été fait avec une profusion inconsidérée. jNéanmoins, on peut dire, pour la justification des ingénieurs très-distingués de cette époque, qu'ils agissaient d'après des observations embrassant trente années. Aujourd'hui, bien peu d'ingénieurs pourraient justifier leurs propositions par une aussi longue série d'observations.
Ces considérations préliminaires étaient indispensables pour l'intelligence de ce chapitre ; je reprends l'histoire de la distribution de l'eau en suivant le même ordre que dans les chapitres précédents.
Fontaines publiques.
Fmtaine du Louvre. — Henri lY avait établi les pompes de k Samaritaine pour fournir au Louvre et au jardin des Tuileries l'eau qui, avant la construction de celte machine, était dérivée des fontaines publiques; néanmoins, d'après un plan remontant à 1694, celte eau n'alimentait plus alors que le jardin des Tuileries'.
C'est peu de temps après sa construction que la Samaritaine cessa de donner de l'eau au Louvre. Le roi Louis XIIÏ, ou plutôt sa mère, Marie de Médicis, ayant manifesté le désir d'avoir au Louvre une fontaine alimentée par les aqueducs de la ville, sans doute parce que l'eau de la Seine était peu potable, le bureau obtempéra à ce désir, et fit dresser le devis des travaux
« Voy. chap. XI, p. 227 et 253.
508 LKS ANCIENNES EAUX.
(l'une coiuluilc parlant de la fonlainc du Tirouer cl aboulissanl au Louvre.
Les travaux furent adjugés à l'extinclion de la chandelle, le 15 juillet 1610, au profit du sieur Voisin. Ils furent exécutés aux frais de la ville, suivant l'usage admis, lorsqu'il s'agissait d'une concession faite à un haut personnage'.
Restauration de l'aqueduc de Saint-Martin. — Le 1 7 novembre de la même année, on l'éitéra l'assignation faite, le 14 octobre 1600, au grand prieur du Temple et aux religieux de Sainl- Martin-des-Champs, de comparaître au premier jour pardovanl le bureau de la ville, « pour voir ordonner qu'ils seront tenuz de
satisfaire à la sentence donnée le seizième octobre mil six
cens, par laquelle de leur consentement ils ont été condampnez à faire trauailler aux Ihuiaulx de leurs fontaines et à l'ordonnance du vingl-huitièsme novembre mil six cens sept, à eulx signiffiées Sinon qu'ils seront iiriucz de la jouissance et commodité de l'eaue, laquelle eauc sera réduicte etmiseaux canaulx des fontaines publicques de ladite ville »\
Les registres de la ville ne contiennent aucune pièce qui établisse que le grand prieui- et les religieux de Sainl-Martin-des- Champs aient tenu compte de cette mise en demeure: l'inscription du regard Saint-Martin, que j'ai reproduite page 128, prouve le contraire ; d'après celte inscription, c'est en 1653 qu'ils ont restauré leur aqueduc, et que l'eau de la source y reprit son cours habituel, interrompu pendant longlem])s.
Entretien des fontaines publiques. — C'est vers l'année 1611 que je Irouve le premier exem[)Ie d'un vérilable travail d'entretien des aqueducs et des fontaines prescrit par le bureau.
' Registres de la ville, II. ITO."», vol. XVlll, fol. 22S.
^ Cette mise en demeure est une nouvelle preuve que r;i(|ueihic S:iinl-M.nliu éliiil si'ii^iré de celui de Belleville jusque dans l'iulérieur de la ville. Registres de la ville, II. 17!)j, vol. XVIII, loi. '286.