‹ Les eauxChapitre 246 sur 310 · DISTRIBUTION. — FONTAINE DE L'ÉLÉPHANT · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION. — FONTAINE DE L'ÉLÉPHANT

— Cette fontaine est ainsi nommée, parce que Mars et Hygie y son représentés en demi-ronde bosse, sans doute en raison du voisinage de l'hôpital militaire.

Le 27 mars 1807, M. Bralle, ingénieur hydraulique en chef, autorisé parle Ministre à traiter de l'acquisition de la portion de terrain devenue nécessaire pour la nouvelle fontaine, termina l'affaire en payant entre les mains des sieur et dameCloud, propriétaires, la somme de 3600 francs \

Ce petit édifice, un des plus lourds de cette époque de mauvais goût, fut achevé peu de temps après cette acquisition. Il est placé dans une sorte de retraite rectangulaire ménagée dans l'alignement de la rue, en face de l'hôpital militaire du Gros-Caillou.

Fontaine de la Bastille ou de V Éléphant. — D'après un décret du 16 mars 1808, deux fontaines devaient être érigées, l'une sur la place de la Concorde, l'autre sur celle de la Bastille. Un crédit de 200 000 francs fut d'abord affecté à cette double construction, mais un autre décret du 20 juillet suivant réduisit le crédita 120000 francs.

La fontaine de la Bastille devait avoir la forme d'un éléphant gigantesque, idée bizarre à laquelle l'Empereur tenait tellement, que la première pierre de l'éditice fut posée en présence des autorités et de l'administration municipale de Paris, le 2 décembre 1808, jour anniversaire de son couronnement. Voici la copie d'une lettre qu'il écrivait sur ce projet :

Madrid, 21 décembre 1808.

Monsieur Cretet, j'ai vu par les journaux que vous avez posé la première pierre de la fontaine de la Basiilie. Je suppose que l'Éléphant sera au milieu d'un vaste bassin rempli d'eau, qu'il sera très-beau et dans de telles dimensions qu'on puisse entrer dans la tour qu'il portera; qu'on voie comment les anciens s'y plaçaient et de quelle manière ils se servaient des Eléphans En-

' Archives nationales, F'--IOO.") (liasses). — La fontaine de Mars porte le n° 93 de la carte.

(i-.iî LES ANCIENNES EAUX.

voyr/.-moi (aussi) le plan de celle (l'aulrc) fontaine qui représciileia une belle galère Irircme (celle de Deraetrius, par exemple) qui aura les nicines dimensions que les Irirèmes des anciens. On la placerait au milieu d'une place publique ou dans tout autre endroit pour reinbellissemcnt de la capitale. L'eau jaillirait tout autour. Vous sentez qu'il faut non-seulement que les arcliitecles fassent des recherches pour la construction de ces deux fontaines, mais (ju'ils se mettent d'accord avec les antiquaires et les savans, afin que l'Eléphant et la galère donnent une représentation exacte de l'usage qu'en faisaient les anciens. Mon intention est de me servir de l'eau de l'Ourcq pour embellir le jardin des Thuilei ies par des cours d'eau et des cascades, et les Champs-Elysées et leurs environs par d'immenses pièces d'eau qui soient aussi grandes que le jardin des Thuileries, et sur lesquelles il puisse y avoir des bateaux de toutes les espèces. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ayt en sa sainte garde.

Signé : NAPOLÉON.

En 1809, M. Alavoine, arcliitecle, fut chargé par le dirocleur •général dos musées, le chevalier Denon, de la rédaction du projet de celle fonlaine ; un petit modèle fui exécuté, d'après le dessin qu'il en lit, par MM. Monlony et Bridant. La construclion d'un grand modèle fut ordonnée en 1812.

Le 22 juin 1814, le total de la dépense faite sous la direction du chevalier Denon, pour la confection du modèle de l'éléphant cl l'établissement desateliers et machines, s'élevait à 155 069 fr. 58, selon les comptes réglés et remis au ministère. Pour achever la fontaine, il restait à dépenser 450000 francs.

Les événements ultérieurs (1814-1815) firent abandonner ce projet de fonlaine conçu par Napoléon 1". On doit peu regretter que ce singulier monument soit resté à l'étal de projet'.

La fontaine Égyptienne, ou par abréviation V Égyptienne, 1808-1810. — Cette fontaine fut construite en vertu du décret du 2 mai 1800, sons la direction de Hralle. On eut la singuhère idée de faire copier par Beauvalct la belle statue en marbre pentélique du musée du Capitole, trouvée dans les ruines de la

* Archives nalionales, F'5-885.

DISTRIBUTIO}*. — FONTAINE DE LiV PAIX, 1810. G37

villa Iladriana près de Tivoli, et qu'on suppose représenter Antinous; cette statue ne porte d'autre costume que la coiffure et la pagne caractéristiques des Egyptiens. On a placé dans chacune de ses mains un vase d'où sort un filet d'eau, ce qui permet de remplir deux seaux à la fois.

La copie de Beauvalet ne manque pas de mérite, mais la fontaine est peu remarquable. Elle renfermait autrefois un château qui a été supprimé.

La fontaine égyptienne est encore en activité; elle est située rue de Sèvres, contre l'extrémité de l'hospice des Incurables, du côté de la rue Vanneau. Les 89 mètres de terrain nécessaires à son établissement furent cédés au gouvernement le 19 mai 1806, par l'administration des hospices, à laquelle il fut accordé en échange une concession perpétuelle de 12 lignes d'eau'.

L'abréviation du nom de cette fontaine a donné lieu à une singulière méprise : l'employé chargé de faire l'épure du château d'eau, trompé par cette désignation V Égyptienne, a pourvu Antinous de formes féminines; tout le monde sait que le favori d'Hadrien n'était pas une femme\

Fontaine de la Paix, 1806-1810. — Le décret du 2 mai 1806 prescrivait la construction d'une fontaine sur la place Saint-Sulpice ; elle fut commencée dans le cours de cette année, sous la direction de M. Destournelles. Cet architecte étant mort en 1807, les travaux furent achevés, vers 1810, par M. Voinier.

Dans la liasse des archives où il est fait mention de cette fontaine, on trouve la lettre suivante d'un anonyme, communiquée par M. de Montalivet, ministre de l'intérieur, au directeur des travaux publics de Paris : Parmi les fontaines récemment faites, « la plus ridicule est celle de la place Saint-Sulpice; à cet égard, l'opinion n'est pas partagée; aussi celui qui l'avait commencée

' Ai'i'i'lr (lu inliiislrc iL; riiitéi'iciir (In TiO octolji'i^ ISifl. — Arrliivns nalioii;ilcs, I''''-1005 (li;isses).

- Fnniaiiie Égyptienne, n° 90 do la carte.

élanl décédé, son successeur, trouvant le projet si déplacé, resta plus d'un an sans la continuer, et il lui fallut des ordres précis pour l'acliever. Depuis que la place se trouve très-agrandie par la destruction de plusieurs maisons, celte fontaine est mille fois plus ridicule et déshonore le goût du beau ' . . . . »

Cet édifice, si maltraité par l'écrivain anonyme, a été transporté, il y a déjà plusieurs années, au milieu du marché Saint- Germain. 11 a été remplacé sur la place Saint-Sulpice par une fontaine monumentale qui sera décrite dans le volume suivant de cet ouvrage.

Je n'ai pas trouvé d'autres documents sur les fontaines construites de 1806 à 1810. Cependant, toutes celles qui sont indiquées dans le décret du 2 mai 1800, et même celles qui devaient simplement être restaurées à la suite du long abandon dont il a été question ci-dessus , furent mises en service entre ces deux dates. C'est ce que prouve la pièce suivante.

Foîitaines exécutées en vertu du décret du 2 mai 1806. Situation des travaux au 28 décembre 1810. — Le tableau suivant a été dressé par le bureau des bâlimenls civils, en réponse à diverses questions du ministre de l'intérieur :

Les l'ontaiiies construites ou restaurées sur les dessins cl sous la direclion immédiate de l'ingénieur en chef hydraulique sont celles ci-après désignées, et elles ont coûté, savoir :

Fil.

1° La fontaine érigée sur l'emplacement de l'ancienne forteresse du grand Cliàlelet (fontaine du Palmier) 148 598,00

2° Celle construite rue Saint-Dominique, au Gros-Caillou, en face de l'hôpital de la garde impériale 78 510,00

5° La fontaine de la pointe Saint-Eustache, entre les rues Montorgueil et Montmartre 28 472,00

4° Celle de la place des Trois-Maries, quai dit de l'École. . 49 OG^,flO

A reporter 274 445,00

' Archives iialioiuilcs, F'^-iS87.

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