Les eaux-fortes d'Armand Heins (1884-1910)
Son père, Nicolas, né à Bouillon le 24 février 1 824, mort à Gand le 24 octobre 1 908, était d’origine luxembourgeoise 0); il vint s’établir à Gand, où il fut l’élève de l’excellent dessinateur Vander Haert, tout en s’initiant aux procédés de la lithographie qu’il pratiqua dans l’atelier jacqmain. 11 s’installa ensuite pour son propre compte et fut bientôt à la tête d’une maison importante. En 1852, il épousa la sœur du paysagiste Louis De Maertelaere, Thérèse, qui lui donna trois fils et une fille. Le père Heins faisait partie du cénacle gantois, le Kunstgenootschap , où se rencontraient les De Vigne, les Liévin De Winne, les Jules Breton, les frères De Cock et tant
(1) La forme originale du nom patronymique est Heintz. C’est lors du mariage de Nicolas Heintz que l’employé de l’état-civil l’orthographia erronément Heins , graphie qui fut adoptée par le lithographe et ses descendants.
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d’autres bons peintres flamands du milieu du XIXe siècle.
L’aîné des enfants, Armand, manifesta pour l’art de précoces dispositions, et il est aisé de de comprendre que celles-ci furent encouragées et favorisées de la façon la plus large dans un milieu artistique comme le foyer familial. Sous les yeux de son père, il pratiqua assidûment le dessin, puis s’essaya à la gravure lithographique, tout en suivant les cours de l’Académie des Beaux-Arts. Il acquit ainsi une connaissance approfondie des formes en même temps qu’une dextérité remarquable. On peut en juger par la gravure sur pierre : Cheval attelé, qui est un petit “ chef-d’œuvre ”. Dès l’âge de vingt ans, il envoyait des dessins à Y Illustration de Paris, à titre de collaborateur régulier.
En 1879, Armand Heins obtint à l’Académie gantoise le premier prix de dessin d’après le modèle vivant. Une bourse lui permit de faire des voyages artistiques en France et en Italie; il y étudia les chefs-d’œuvre des musées tout en
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jouissant aussi avidement des beautés de la nature, et il bourra ses carnets de notes et de croquis.
A son retour, une exposition particulière de ses oeuvres attira l’attention sur un talent original et prime-sautier que développèrent encore des voyages d’études à Paris, à Amsterdam, à Harlem. En même temps il parcourait, avec une inlassable curiosité, les provinces belges, s’attachant à en noter les aspects pittoresques dans des toiles et surtout des aquarelles, d’une spontanéité et d’une fraîcheur remarquables, autant que d’une sûreté technique peu commune. Les reproductions de son tableau : Y Ancienne Grande Boucherie à Gand et de son aquarelle Attelage de chevaux à Sèvres offrent au lecteur des exemples caractéristiques de sa manière dans ces deux genres de peintures.
Il ne devait pas tarder à mettre à profit les procédés d’expression les plus divers : à côté de la peinture décorative, de la peinture de chevalet et de l’aquarelle, pour laquelle il marqua d’ailleurs une prédilection particulière et constante, il recourut à la lithographie et à la gravure à l’eau-forte,
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sans oublier le dessin au crayon et à la plume. Aussi ses aptitudes le servirent-elles naturellement dans l’illustration du livre. Au milieu de travaux si variés, il ne cessait de collaborer aux labeurs de l’atelier de son père, mettant une note d’art personnelle dans les petits ouvrages d’illustration courante : programmes, menus, réclames commerciales, etc.
Avec le temps, son amour du pays natal ne fit que se développer. 11 avait parcouru la Belgique du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est, des villages zélandais si colorés aux vieilles cités du Nord de la France, des dunes maritimes aux forêts ardennaises. Mais la Flandre surtout parlait à son cœur et à son âme, la belle terre de Flandre, avec ses paysages d’un charme si doux, si tendre, ses coquets et riants villages, ses grandes villes remplies d’héroïques souvenirs. Il ne se borna pas à en exprimer la beauté et la poésie dans ses productions plastiques. Scrutant son passé, il rechercha avec passion les restes d’un opulent patrimoine artistique.
Peinture à l’huile.
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Après avoir recueilli la matière de ses importants albums : Vieux Coins de Gand et Vieux Coins en Flandre, il devint un archéologue convaincu, interrogeant les documents d’archives avec les yeux curieux qui avaient analysé les paysages et les sites, et il ne tarda pas à manier la plume de l’écrivain avec autant de facilité que le crayon, la brosse ou le burin.
Je n’entreprendrai pas de dresser ici une liste même sommaire de l’œuvre considérable et multiforme d’Armand Heins. Je me borne à explorer un domaine particulier de son activité artistique, celui de l’eau-forte.
Une amitié, vieille de près d’un quart de siècle, m’a mis à même de fouiller les portefeuilles de l’artiste, tout en interrogeant le camarade, au cours de longues et familières causeries. C’est ainsi que s’est fait ce catalogue, lentement élaboré au milieu d’autres travaux, et qui comprend la description de deux cents planches exécutées de 1884 à 1910, parfois sous mes yeux. En 1900 parurent deux éditions d’un Catalogue sommaire.
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Gravant sur pierre dès 1875, le jeune artiste avait bientôt songé à faire de l’eau-forte. Mais personne autour de lui ne pratiquait cet art et ce fut dans un manuel Roret qu’il fut réduit à puiser les indications nécessaires à ses premiers essais. Les résultats ne furent guère satisfaisants : les recettes du livre donnaient un vernis trop épais. Cependant, à force de chercher, l’autodidacte arriva, vers 1 884, à surmonter les difficultés. Avec une joyeuse fébrilité, il couvrit de nombreux cuivres, en général de petite dimension, de croquis d’animaux faits au Jardin zoologique, ou de figures dessinées d’après nature aux séances du soir du Cercle artistique et littéraire, l’association qui avait groupé en 1880 le Kunstgenootschap et la Société littéraire gantoise. Une de ses premières planches, le Torse de vieillard (n° 1 de ce catalogue), fut exécutée au Cercle même. 11 y a dans ces premières gravures des pages charmantes, telles A Terneuzen (n° 14) et la Ferme ardennaise (n° 45).
Bientôt la main s’affermit, la technique devient
Attelage de chevaux a Sèvres.
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plus sûre : Le quai du Rosaire, à Bruges (n° 53), A Huy (n° ,65), la Vue de Bouillon (n° 88), Le quai aux Herbes, à Gand (n° 90), révèlent un graveur en pleine possession du procédé, et capable de rendre de la façon la plus heureuse ces admirables sites urbains. 11 en est de même des paysages, tels : Dans les Dunes de Knock e (n° 74), Dans les Dunes, au Zoete (n° 93), et des belles études de fauves et d’autres animaux, comme le majestueux Vieux Lion (n° 46), Le vieux Cheval (n° 48), les charmants groupes de Singes (n° 68) et de Jeunes Ours (n° 77), Singes et Coq (n° 80), Chevreaux et Pélican (n° 76), et les attelages Sur la route de Portici (n° 95).
La manière alors s’élargit, et aux dessins minutieux et fouillés, parfois un peu précieux, de cette première période, succèdent à partir de 1889 des planches plus vigoureuses, expressives, colorées, vivantes: A Ville d ’Avray (n° 103), A Assendelft (n° 1 1 2), Cour de ferme, à Lemberge (n° 1 1 5), le Berger d’Ostie (n° 1 1 8), la Cage
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aux Singes (n° 1 26). Le graveur ne craint pas d’aborder les planches de très grand format : L'Entrée de la Grotte de Pausilippe (n° 136), par exemple, et la magistrale Famille de Lions (n° 137). Un moment il paraît attiré vers des notations de figures féminines. Mais c’est encore le sol patrial qui lui fournira ses plus belles inspirations: A Mariakerfae, près d’Ostende (n° 1 37), Le vieux Pommier (n° 162), L’Église de Knocke (n° 1 7 3), Les Granges sous la Neige (n° 180), La Lys à Astene (n° 186), Le Chemin boueux à Balegem (n° 198) sont des estampes savoureuses, solides, d’une valeur durable.
Quoiqu’il se soit surtout servi de l’eau-forte pour noter des impressions personnelles, Armand Heins n’en a pas moins aussi traduit avec bonheur des œuvres d’autres artistes. Sa nature prime-sautière ne peut guère s’astreindre à un labeur patient et prolongé, mais son habileté et sa souplesse lui permettent de donner des transpositions colorées de ses modèles, dont il rend avec intelligence les caractéristiques expressives. Ce sont des planches
Chemin dans les dunes a Coxyde.
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de belle allure que Y Allégorie de la fécondité, d’après Jordaens (n° 123), entreprise à la suite d’une commande du Gouvernement belge, ou les reproductions exécutées pour la Société royale des Beaux-Arts de Gand : Veille de Fête, d’après G. Kuehl (n° 78), Devant la Mer, d’après Paul Rink (n° 193), Le Verre de Venise, d’après J.-E. Blanche (n° 199) et Le Goûter, d’après Lucien Simon (n° 201).
Notons aussi les deux reproductions d’œuvres d’Albert Baertsoen, l’esquisse Au Bord de la Digue (n° 128) et le tableau Au Bord de la Tamise (n° 135), si curieuses par l’original rendu des touches particulières du peintre.
L’artiste a réuni un choix de ses eaux-fortes en deux albums de dix planches chacun : Etudes d’animaux et Etudes de paysages (Bruxelles, Dietrich et Cie), mais la composition de ces albums diffère d’exemplaire à exemplaire; aussi n’est-il pas possible d’en faire la description.
Il me reste à déclarer que j’ai noté dans ce
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catalogue les états des planches pour autant que j’ai pu en rencontrer des épreuves dans les cartons de l’auteur. Je ne pouvais songer à visiter les cabinets d’estampes et les collections particulières pour rendre cette description complète, et je laisse volontiers aux amateurs le soin d’apporter à ce catalogue des compléments ou des rectifications. 11 m’aura suffi de dresser un inventaire qui permette à la fois d’identifier et de classer des planches isolées, et d’apprécier l’ensemble de l’œuvre d’Armand Heins comme graveur à l’eau-forte. Sa variété et son intérêt ont été récompensées officiellement, d’ailleurs, par une médaille au Salon des Beaux-Arts de l’Exposition universelle de Paris de 1900 (section de gravure), comme elles ont été reconnues à maintes reprises par d’autres distinctions honorifiques et par des articles flatteurs de H. Hymans, Pol de Mont, etc.