‹ Les Eaux minérales D'AuvergneChapitre 28 sur 51 · BAINS DE ROYAT A EAU YIYE · texte numérisé non relu

BAINS DE ROYAT A EAU YIYE

Les bains de Royal sont uniques en France : la température de la source, 35° centigrades, et son abondance, 1000 litres à la minute, permettent de les donner tous à eau vive. On ne saurait trop appuyer sur les avantages que présente ce mode balnéaire. D'une part, température constante du bain, quelle qu'en soit la durée; de l'autre, renouvellement incessant, dans la baignoire, de tous les principes minéralisateurs de l'eau. Or, les eaux alcalines mixtes présentent toujours, à côté des sels de soude et de potasse, des carbonates de chaux, de magnésie et de fer, qui ne sont solubles que dans un excès d'acide carbonique; après quelques instants d'exposition à l'air libre, le dégagement des gaz laisse précipiter tous ces sels, qui sont dès lors sans action.

A Royat, au contraire, le malade ne perd pas un seul des principes actifs de la source; chaleur, gaz et sels, tels que la nature les fournit, se trouvent, î\ chaque instant, renouvelés dans sa baignoire ; aucun des éléments constatés par l'analyse ne manque à l'appel.

C'est une supériorité balnéaire incontestable, nonseulement sur toutes ses similaires d'Auvergne, mais encore sur Ems, sa rivale d'Allemagne.

l\ est très-rare de trouver réunies ces deux conditions de température et d'abondance. La Grande Source de Royat, qui débite actuellement 1000 litres, pourrait, d'après les ingénieurs, ew \û\«\xv^

414 HOYAT.

plus de 2,00 ), ces flots d'eau minérale seraient employés non-seulement à créer de nouvelles baignoires, mais encore à augmenter le courant d*eau minérale qui revient à chacune d'elles.

A c6té de ce bain de Royat, si riche et si généreux, s'en place un plus modeste, mais non moins précieux, que l'on appelle bain de César.

A température beaucoup plus basse, 28^, il dissimule si bien son infériorité thermale, grâce à sa richesse en acide carbonique, que c'est à peine si la sensation de froid dépasse quelques minutes. Gomme celui du grand établissement, il est donné à eau courante ; pendant toute la durée de l'immersion, l'eau s'échappe du fond de la baignoire et entraîne avec elle une telle abondance de gaz, qu'en un instant, le corps se trouve couvert d'un véritable peignoir de perles, autant de bulles d'acide carbonique qui, s'attachant aux villosités du corps, forment des milliers de petites ventouses qui excitent la sensibilité cutanée, activent la circulation périphérique, congestionnent la peau et débarrassent les poumons, l'utérus ou le cœur, du sang qui en entrave les fonctions.

L'immersion ne dépasse guère 15 à 20 minutes, mais ce temps suffit pour produire les plus heureux effets. Les femmes, les enfants, tous sujets chlorotiques, anémiques ou nerveux, sortent, de là, modifiés. L'action anesthésique de l'acide carbonique a effacé les douleurs, son action stimulante sur la peau a débarrassé les viscères congestionnés. Les

ROYAT. Ii5

malades sortent légers, pleins d*entrain et de gaielé, et ne se font plus prier pour aller chercher dans les promenades, et même les excursions, les distractions que leur refusaient leurs forces. Le bénéfice obtenu ne dépasse pas d'abord une demijournée, mais au bout de cinq ou six bains, les malaises, les oppressions ne reviennent plus; le remède se renouvelle avant le retour du mal, et vingt-cinq bains, environ, procurent des modifications assez notables de la circulation et de Tinnervation pour afiFranchir, définitivement quelquefois, le malade de ses souffrances.

Ce bain hydrothérapique est surtout d'une application heureuse dans les affections de l'utérus. Que cet organe soit douloureux, qu'il soit même encore altéré, grâce à l'acide carbonique, cet anesthésique et ce modificateur puissant des plaies, les symptômes inflammatoires ont bientôt diminué. Les ulcérations qui avaient résisté à des caustiques, se ferment surtout, quand la puissante révulsion qu'opère l'acide carbonique sur la peau a détruit la congestion passive de l'utérus et de ses annexes.

C'est donc, principalement, comme sédatif que nous recommandons le bain de César, dont la faible thermalité et l'action révulsive constituent une des ressources les plus précieuses de Royat.

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES

La minéralisation si complexe des eaux de Royat d'une part, l'effet physiologique de ses bains à eau

116 ROYAÏ.

vive d'une autre, donnent lieu à des indications thérapeutiques trop nombreuses pour que tous nos efforts ne tendent pas à les restreindre plutôt qu*à les étendre.

La composition alcaline mixte de ces eaux les a fait essayer, dès le principe, contre le rhumatisme nerveux, elles réussissent surtout dans ces localisations viscérales pour lesquelles on ne peut faire appel aui^ ressources que fournit la thermalité.

Si remploi des bains el des douches à haute température est en effet précieux dans les affections rhumatismales des muscles et des articulations, il n*est pas sans présenter des dangers, quand il s*agit d'atteindre des viscères profondément situés. G*est Topinion du savant inspecteur d*Aix, le D' Vidal, qui, dans une visite qu'il fit à Royat, nous disait : « Bien précieuse est la « source dont les éléments chimiques sont assez <( puissants pour combattre le rhumatisme sans « l'intervention du calorique, cet agent quelquefois <( infidèle et toujours si difficile à manier. »

Sans calorique, sans douches, sans étuves, nos eaux, par leur simple minéralisation, nos bains à la température normale du corps, mais alimentés à eau courante, ont modifié souvent les altérations viscérales les plus difficiles à atteindre. La facilité avec laquelle nous avions raison de certaines manifestations arthritiques, qui n'avaient été qu'aggravées par des eaux plus puissantes, nous faisait depuis longtemps chercher la cause de cette spécificité d'action quand la découverte de la Lithine par

ROYAT. i{7

M. Truchot est venue aider la théorie à justifier les succès constants de la pratique.

Les expériences remarquables faites en Angleterre par Andrée lire et Garrod, renouvelées en France par Charcot, Moutard-Martin et d'autres praticiens n'ont fait que confirmer les propriétés qu*a la Lithine de combattre, mieux que tout autre alcalin, les désordres que jette dans l'économie du goutteux Texcès d'acide urique, et de dissoudre les produits tophacés qu'il dépose autour de ses articulations.

Nous sommes cependant loin de croire que c'est à lui seul que revient le succès de nos eaux; nous pensons bien plutôt que nos bains chargés d'acide carbonique, en stimulant les fonctions de la peau, nos eaux alcalines mixtes eu participant aux propriétés des eaux bicarbonatées sodiques, sans en avoir l'efFet dépressif, modifient l'état général du goutteux et portent dans toutes ses fonctions organiques une heureuse réforme. La Lithine peut imprimer aux éléments alcalins de nos eaux une action plus directe contre la goutte, mais, pour être plus en évidence, son rôle thérapeutique a néanmoins toujours besoin d'être soutenu par les effets physiologiques du traitement balnéaire.

Quoi qu'il en soit, la découverte de M. Truchot a été précieuse pour les eaux de Royat, depuis trois ans elle a dirigé vers elles quantité de goutteux qui sont venus, comme nos arthritiques, nous payer leur tribut de reconnaissance. — Les ob-

as IlOYAT.

servations de plusieurs de nos honorés confrères, entre autres celle de notre jeune collègue, le D' Petit, qui s'est, un des premiers, occupé de cette question, sont venues appuyer les prévisions que nous émettions il y a trois ans, en adressant à l'Académie notre mémoire sur la découverte de la Lithine dans les eaux d'Auvergne (1). Médecins et malades peuvent maintenant offrir aux plus incrédules des preuves évidentes de l'efficacité des eaux de Royat, non-seulement dans toutes les affections arthritiques, mais encore dans plusieurs manifestations goutteuses.

Les sujets qui se trouveront mieux du traitement de Royat ne seront pas ceux chez lesquels la goutte sera dans une période d'accroissement et de force qui constitue l'arthritisme sténique de Brown, mais ceux chez lesquels elle entrera dans cette période de décroissance, de dégénération qu'il appelle goutte asténique. Dans le premier cas les eaux alcalines fortes, comme Vichy ou Vais, administrées avec beaucoup de prudence, peuvent porter dans l'organisme des modifications heureuses, dans le second les eaux alcalines mixtes lithinées comme celles de Royat sont de beaucoup supérieures aux premières.

Aussi les malades qui profitent le mieux du traitement sont ceux chez lesquels la diathèse goutteuse, en altérant les fonctions digestives, a déjà imprimé à l'économie cette atonie cachectique

(1) De la découverte de la lithine dans les eaux minérales d'AuNvergne, 1875.

qui se montre si souvent rebelle aux efforts de la thérapeutique la plus rationnelle.

Mais de toutes les manifestations arthritiques, les plus fréquentes, les mieux appropriées à la minéralisation de Royat, sont sans contredit les affections génériques de la peau appelées par Bazin, d'après leur origine, Arthritides.

Longtemps avant que ce maître eût professé ses doctrines, les alcalins étaient déjà entrés dans la thérapeutique des affections cutanées. MM. Gazenave, Gibert, Devergie les avaient employés avec succès dans leurs services de Saint-Louis. Mais c'est au rénovateur de Tarthritis que revient l'honneur d'en avoir précisé les indications. Sa classification dialhésique çi fait cesser les hésitations dont était entourée cette thérapeutique.

Les Arthritides de Bazin sont divisées en trois classes; ce sont des manifestations cutanées diverses qui répondent, pour ainsi dire, à la jeunesse, à l'âge mûr et à la vieillesse de la diathèse arthritique.

La première classe est composée d'affections passagères, à caractère subaigu, qui ont rarement besoin, pour disparaître, d'un traitement thermal. Dans cette classe, Turticaire et l'herpès circiné nous fournissent seuls quelques observations.

La seconde, qui comprend les arthritides communes ou intermédiaires, présente dans ses caractères les plus tranchés les altérations cutanées de la diathèse arthritique.

i20 HOYAT.

La troisième classe se compose des arthrilides tardives appelées malignes, à cause de leur durée et de la résistance qu'elles opposent à tout traitement local.

Ces deux dernières classes nous fournissent chaque année un très-grand nombre de sujets. De toutes les affections cutanées de nature arthritique^ la plus commune h Royat est sans contredit TEczéma :

Eczéma sec circonscrit de la deuxième classe ; eczéma nummulaire et suintant de la troisième, siégeant aux mains, aux pieds, aux parties génitales et aux régions pileuses. Éruptions ordinairement asymétriques, à formes arrondies, dont la coloration rouge vineux offre des contours bien limités, à siège fixe, à progression lente, donnant lieu à de la cuisson plutôt qu'à du prurit.

A côté des affections vésiculeuses comme TEczéma et l'Herpès successif, viennent les affections pustuleuses comme l'Acné et le Sycosis, des affections squameuses comme le Pityriasis et le Psoriasis, et enfin des affections simplement érythémateuses comme la Couperose et l'Acné rosacée. « Toutes ces 'altérations cutanées, dit M. Bazin, variétés éruptives de ladiathèse arthritique, souvent très-tenaces, récidivent avec une grande facilité, résistent à l'arsenic et ne cèdent qu'au traitement alcalin. » Plusieurs se trouvent considérablement amendées dès la première cure de Royat, et quelques-unes se guérissent même radicalement quand les sujets ont eu la constance de revenir, plu-

sieurs années se soumettre à cette minéralisation. Il y a déjà vingt ans que M. Bazin applique aux arthritides le traitement alcalin de Royat. Le docteur Allard, inspecteur alors de cette station, en recevant ses premiers malades, a eu à enregistrer ses premiers succès. C'est aux écrits et aux efforts de ce maître regretté, si vite enlevé à la science et h ses amis, que Royat doit son avenir. Les observations quMl m'a laissées, comme celles qu'ont pu lecueillir dans leur grande clientèle, mes confrères et amis les D" Basset et Laugaudin, sont venues justifier la confiance que l'illustre médecin de Saint- Louis avait eue, dès le principe, dans cette précieuse minéralisation.

Par sa richesse martiale, mais surtout par ses bains à courant continu , Royat s'adresse à toutes les manifestations morbides qui tiennent à un appauvrissement globulaire du sang. La chlorose et l'anémie trouvent ici tous les éléments les plus pro près à les combattre :

Dans les eaux elles rencontrent des principes alcalins et chlorurés qui ont pour pren^ier effet d'ouvrir l'appétit, d'aider la digestion, de favoriser la nutrition, des sels ferrugineux essentiellement assimilables qui communiquent au sang les qualités plastiques qui lui manquent et augmentent sa richesse, en fournissant, comme dit Gubler, aux hématies l'élément indispensable à leur formation. Plongés dans les bains à eau vive de Royat, les sujets chloro tiques ou anémiques trouvent dans ce

122 KOYAT.

gaz acide carbonique qui les entoure un congestif puissant du réseau capillaire de la peau qui amène une répartition plus égale du liquide sanguin enrichi; un sédatif prompt de tous les troubles nerveux; un excitant énergique de l'activité musculaire et des fonctions organiques.

Chez ces malades les fonctions digestives si souvent altérées sont les premières à subir Fheureuse influence du traitement. Les eaux de Royat appartiennent en effet par leur composition à cette catégorie d'eaux martiales complexes éminemment reconstituantes, chargées à la fois de fer carbonate, de carbonate de chaux, de bicarbonate de soude et de chlorure de sodium qui se rapprochent de la composition du sérum sanguin. C'est à cette heureuse minéralisation qu'elles doivent leur puissance d'action contre l'anémie et la chlorose et leur efficacité dans l'état atonique des voies digestives.

La plupart des troubles fonctionnels et nerveux de l'estomac se trouvent naturellement tributaires de ces eaux éminemment digestives et toniques ; aussi les gastralgies, les dyspepsies douloureuses, les dyspepsies acides, se rencontrent-elles fréquemment à Royat où elles sont promptement modifiées par les principes alcalins gazeux de ses sources.

Mais c'est surtout dans les dyspepsies atoniques où par suite de la paresse de l'estomac le bol alimentaire forme un poids qui, après chaque repas, anéantit les forces du malade et donne lieu à ces amas de gaz qui constituentla dyspepsie flatulente,

que le traitement de Royat est supérieur à celui des eaux alcalines franches. La tonicité imprimée à réconomie par ces bains stimulants, par celte minéralisation chlorurée alcaline se reflète bientôt sur toutes les fonctions physiologiques. Le sujet atteint de dyspepsie atonique voit diminuer chaque jour la lenteur de ses digestions, et se dissiper le malaise qui les accompagne ordinairement.

La dyspepsie boulimique, la dyspepsie pituiteuse avec régurgitation involontaire, le vertigo à stomaco ixso avec ses symptômes alarmants sont autant de névroses des fonctions digestives. Ces troubles fonctionnels si fréquents chez les sujets anémiés et nerveux trouvent toujours dans la tonicité qu'imprime aux tissus organiques le traitement thermal un sédaiif plus prompt et plus sûr que tous les antispasmodiques appelés à les combattre.

Les dyspeptiques ressentent vite en général Tinfluence des eaux de Royat, en quelques jours les douleurs s'apaisent, Tappétit se réveille. L'acide carbonique agit à la fois comme anesthésique sur la sensibilité exagérée de la muqueuse et comme stimulant sur les fonctions digestives. Il est aidé dans ces effets par des principes alcalins {potassey soude, lithïne), qui, pris à doses modérées, comme l'a démontré Claude Bernard, augmentent la sécrétion du suc gastrique et en doublent la puissance dissolvante.

Sous l'influence de cette excitation, le fer, la chaux et les autres principes toniques de notre

in UOYAT.

minéralisation sont entraînés dans la circulation sans réveiller du côté de Testomac l'intolérance qui en avait précédemment fait suspendre l'emploi; enfin le chlorure de sodium, cette base de tous les liquides de l'économie, vient par sa présence compléter cette lymphe minérale si précieuse pour régénérer les organes débilités par une nutrition insuffisante.

Le premier efî'et des eaux de Royat est donc d'exciter l'appétit et de faciliter la digestion ; mais cette amélioration assez vite obtenue, à l'aide du traitement nouveau, ne se maintiendrait pas, si d'autres agents ne venaient lui prêter leur puissant concours ; nous voulons parler des bains à eau vive qui régularisent les fonctions de la peau ; des promenades sur les montagnes, de la vie et de l'exercice fiu grand air, qui activent l'hématose, favorisent les combustions, et réveillent l'appétit et les forces chez les sujets qui en sont depuis longtemps privés.

L'analogie de composition a depuis longtemps fait comparer les eaux de ROYAT à celles d'EMS. MM.Rotureau,Durand-Fardel, leBret, Barault,Gubler, ont signalé dans leurs écrits les rapports nombreux qui les unissent. Mais jamais ce parallèle n'a élé le sujet d'une plus intéressante communication que celle qu'a faite, cette année, à la Société d'hydrologie le D' Labat. Dans un travail consciencieux ce savant hydrologue, qui a consacré plusieurs années h étudier les eaux de l'Allemagne, a retracé de main de maître les analogies nom-

ROYAT. i25

breuses que présentent ces deux stations, tant au point de vue de leur minéralisation que de leurs applications thérapeutiques.

Nous regrettons que le cadre de cette brochure ne nous permette pas de citer quelques-uns des passages intéressants de cette étude comparative ; mais il ressort de sa lecture que Royat justifie de plus en plus chaque jour le titre d'Ems français, que, douze ans avant la guerre, lui avait donné, dans son grand Traité des eaux minérales (T Europe^ notre savant maître le D' Rotureau.

Les différents auteurs qui ont écrit sur les eaux minérales d'Ems signalent tous comme applications thérapeutiques spéciales les suivantes :

Affections des voies respiratoires: laryngites chroniques, bronchites catarrhales,phthisie pulmonaire;

Affections utérines, métrite chronique, catarrhe utérin, troubles de la menstruation ;

Affections nerveuses : palpitations, spasmes, hystérie, etc.

Ces diverses affections sont certainement celles qui attirent chaque année à Royat un plus grand nombre de baigneurs. Les effets remarquables du traitement thermal d'Auvergne justifient pour nous mieux encore que ne peut le faire l'analyse, l'analogie qui unit la source française à sa sœur d'Allemagne.

Les affectioïîs des voies respiratoires ont été en effet les premières à révéler la valeur thérapeutique des eaux de Royat. Alors qu'une simple buveU^

i26 EOYAT.

indiquait le voisinage de cette puissante source Eugénie, qui, à elle seule, maintenant, alimente à eau vive 85 baignoires, les habitants de Glermont et les villageois des environs venaient déjà, chaque matin, traiter avec quelques verres d'eau leurs rhumes et leurs catarrhes.

C'est surtout comme modificateurs des affections pulmonaires chez les sujets lymphatiques et chloroanémiques que le professeur Gubler place au premier rang les thermes de Royat. « L'Eau de Royat, « dit-il, analogue à celle d'Ems, sera employée avec « succès dans les affections des voies respiratoires, « dans les altérations pulmonaires et surtout dans a ces états diathésiques qui président à la forma- « tion des tubercules. »

« Dans les affections des organes de la respiration, dit Rotureau, comme le catarrhe pulmonaire chronique, Tasthme ne reconnaissant pas pour cause une lésion organique, la pneumonie, la bronchite, la laryngite et la pharyngite chroniques et môme subaiguës, l'action curative des eaux de Royat, administrées à Tintérieur, se rapproche de celle des eaux d'Ems. A cet égard, je mettrais en première ligne la station française, dont l'eau en boisson a tout autant d'efficacité que ces dernières dans les états pathologiques sus-indiqués, et qui possède, en plus, des salles d'aspiration, qui font surtout alors la partie la plus active et la base d*un traitement inconnu à rétablissement de l'ancien duché de Nassau. »

L'aspiration constitue, dans ces cas, la partie

importante du traitement. Les séances d'inhalation procurent aux malades un si prompt soulagement, un si grand bien-être, qu'ils sont toujours portés à en augmenter la durée.

La salle d'aspiration n'est pas en effet un sudatorium, comme le pensent quelques médecins, la température de celle de Royat n'atteint jamais celle du corps et oscille entre 22 et 27 degrés. Les malades qui ne trouvent pas cette chaleur suffisante peuvent, en montant sur des gradins disposés au fond de la salle, chercher la température qui leur convient le mieux.

D'après les expériences faites par Jules Lefort, au Mont-Dore, si nous considérons chaque atome de cette vapeur comme une eau minérale complète, on se rendra compte de la rapidité de son action, surtout si on mesure le vaste champ d'absorption que lui offre la muqueuse pulmonaire. Mais celle minéralisation est puissamment aidée dans ses effets par d'autres agents dont personne n'osera contester l'heureuse influence.

L'acide carbonique, toxique à haute dose, est un sédatif précieux de l'excitation .pulmonaire quand il se trouve mélangé à l'air dans une faible proportion. C'est le cas de nos salles d'aspiration d'Auvergne, L'atmosphère qui entoure chaque malade, composée de vapeurs mélangées d'acide carbonique, a perdu une grande partie de son oxygène, et c'est précisément à la diminution de cet excitant trop énergique des bronches malades que les baigneurs doivent le calme qu'ils y trouvent.

La vapeur d'^au elle-même est loin d'ôtre là inutile ou indifférente. Ses propriétés émoUientes corrigent ce que les gaz et les sels auraient de trop actif pour les bronches, et sa douce chaleur, en les pénétrant, établit entre eux une parfaite harmonie.

Ainsi donc :

Diminution du principe excitant, Toxygène ; intervention d'un milieu émollient, la vapeur d'eau ; d un agent sédatif et même anesthésique, l'acide carbonique ; tout concourt dans ces salles à aider l'effet topique des vapeurs minérales ; tout se réunit pour porter dans les voies respiratoires un état de calme et de détente. Véritable repos relatif si doux, si utile pour des organes qui, malades ou non, ne peuvent jamais en prendre.

Les salles d'aspiration constituent donc pour nous un mode de traitement d'une efficacité incontestable. Tous les malades qui les fréquentent ne s'en vont pas guéris, c'est vrai, mais il n'en est pas un qui n^en retire un prompt soulagement, qui n'y revienne 1 année suivante avec une confiance nouvelle.

Les affections du larynx chez les sujets sanguins, nerveux, excitables, trouvent difficilement ailleurs qu'en Auvergne un traitement thermal efficace. Les eaux alcalines mixtes les décongestionnent, les soulagent, les guérissent même, sans jamais les irriter.

Celles que nous rencontrons le plus fréquemment sont l'angine catarrhale diffuse chronique si bien

ROYAT. i-29

décrite par notre très-honoré maître, le professeur Lasègue ; les laryngites chroniques simples ou catarrhales avec hypérémie ou hypertrophie de la muqueuse, avec altération ordinaire de la voix, gêne de la gorge, donnant lieu habituellement à une petite toux expulsive au hem des Anglais; enfin Tangine granuleuse de Chomel, ou glanduleuse de Guéneau de Mussy; malgré sa chronicité, quand cette affection est encore récente, elle se trouve souvent améliorée par un traitement'qui ne s'applique pas seulement à modifier la muqueuse, mais qui tend à combattre la diathèse qui rappelle si sbuvent cette affection chez les sujets qui s'en croient débarrassés.

Les affections nerveuses ont avec les affections chloro-anémiques trop de liens de parenté pour que leur traitement par les eaux toniques de Royat ' ne semble pas aussi rationnel que par quelques bains qui ne doivent qu'à leur longue durée leurs propriétés sédatives.

Nous voyons chaque année augmenter à Royat le nombre de ces malades : hypocondriaques dont les préoccupations incessantes troublent l'existence ou entravent les fonctions digestives; anémiques chez lesquels quelques palpitations nerveuses du cœur accompagnées d'un peu de souffle à la base, donnent lieu aux craintes les plus vives et font trop souvent recourir à la digitale; hystériques avec leur cortège de symptômes bizarres; enfin tous les malheureux qui présentent quelques-uns de ces

troubles divers qu'entraîne le manque d'équilibre entre le système nerveux et le système sanguin. Tous ces sujets plus ou moins anémiés trouvent dans les bains toniques de Royat un effet sédatif remarquable qui en quelques jours leur rend le calme et le sommeil.

L'insomnie peut être en effet rangée parmi les troubles nerveux qui trouvent à Royat la sédalion la plus prompte. Que la privation de sommeil soit la conséquence de chagrins profonds, ou d'un travail de cabinet trop soutenu, qu'elle ait été amenée par un état congestif du cerveau, par une préoccupation constante, ou par d'autres causes, elle ne tarde pas à céder au traitement balnéaire et aux conditions nouvelles dans lesquelles se trouve le sujet.

Nous voyons chaque saison quelques-uns de ces malheureux privés de sommeil depuis plusieurs mois, ayant essayé, sans succès, les hypnotiques les plus puissants : opium, bromure de potassium, retrouver ici le calme du jour et le repos de la nuit. Nos bains sédatifs et toniques sont aidés dans leurs effets par cet air vif et pur de nos montagnes qui décongestionnent le cerveau et calment le système nerveux en activant le jeu des muscles et des poumons.

Les affections nerveuses trouvent dans ce bain tiède, à température constante, un agent sédatif précieux. Les bains longs de Royat sont calmants sans être jamais débilitants, car le courant qui

maintient leur température renouvelle sans cesse leur minéralisation. L'acide carbonique qui anime celte eau est à la fois un sédatif de l'irritation nerveuse pouvant aller jusqu'à l'anesthésic, et un stimulant puissant de la circulation cutanée qui décongestionne les centres nerveux. Le bain chargé d'acide carbonique remplace avantageusement l'hydrothérapie, et si nous ajoutons à son efl'et à la fois sédatif et stimulant l'action tonique de ces eaux chlorurées ferrugineuses, les promenades sur ces montagnes élevées ou dans ces vallées ombreuses où l'air est frais et oxygéné, nous n'étonnerons personne en mentionnant les heureux résultats que nous obtenons chaque jour dans le traitement des affections nerveuses.

Le traitement de l'aménorrhée, de la dysménorrhée, de la métrite chronique et du catarrhe utérin donne à Royat comme à Ems les meilleurs résultats, et si les observations sont moins nombreuses dans la station française, c'est que le public médical n'a pas, croyons-nous, suffisamment apprécié l'avantage que présentent souvent les eaux alcalines mixtes gazeuses.

Les eaux sulfureuses ont été jusqu'alors préférées en France pour le traitement des affections utérines. Cependant l'étude diathésique du sujet doit seule, dans ces cas, éclairer le médecin et déterminer son choix. « Dans le traitement de la métrite chronique, dit le professeur Gubler, l'état général prime souvent la lésion locale et Ton doit

i32 ROY AT. •

se préoccuper de modifier ou de reconstituer Féconomie plus encore que de réduire la congestion utérine. » G* est basé sur ces principes, qu'ont défendus avec tant d'autorité par leurs leçons et leurs écrits, les D" Pidoux, Guéneau de Mussyi Bazin et autres, qu'un médecin distingué des hôpitaux, hôte habituel de Royat, le D' Martineau vient de publier un nouveau traité des affections utérines. La recherche des principes diathésiques, qui ont concouru à la lésion, y éclaire le diagnostic et dicte seul le traitement. Des observations nombreuses nous permettent sur ce point d'être très-affirmatif ; favorisé, depuis quelques années, d'un grand nombre de ces malades, nous n'avons eu, à quelques exceptions près, qu'à enregistrer des succès*, et nous savons que nos confrères les plus autorisés, entre autre l'Inspecteur et notre ami Laugaudin, ont eu, comme nous, de nombreuses occasions de justifier ce point de rapprochement entre la station française et la station allemande.

Si les bains d'Ems attirent chaque année un si grand nombre de ces malades, pourquoi Royat n'aurait- il pas le même succès? ses bains ont sur ceux de sa rivale une supériorité incontestable : donnés à eau vive, ils offrent, à côté de cette constance de température, un dégagement incessant d'acide carbonique qui, par l'excitation de la peau, décongestionne l'utérus et diminue, chaque jour, l'engorgement périphérique consécutif à une altération plus ou moins longue de cet organe.

Action dérivative à marche continue, action ànésthésiqueet sédative, action détersive et cicatrisante: tels sont les effets des bains gazeux à eau vive. Si nous rapprochons ces effets de l'action fondante des eaux alcalines, de Faction antistrumeuse et cicatrisante des chlorures et des ferrugineux, nous aurons à regretter que les bains de Royat n'aient pas encore été assez employés dans les affections des femmes arthritiques, nerveuses, excitables, car ils seraient, à notre avis, souvent bien préférables aux bains sulfureux, qui conviennent spécialement aux natures molles et strumeuses.

Comme nous venons de le voir, les indications thérapeutiques de Royat sont nombreuses; nous avons cherché à les restreindre plutôt qu*à les étendre. Aussi nous n'avons parlé ni des affections des voies urinaires, ni de la Glycosurie, qui sont tributaires de la composition alcaline de nos eaux; nous n'avons rien dit non plus du Diabète, qui nous donne chaque année des espérances de guérison. Cependantces eapxbicarbonatées, ces bains animés, ces promenades dans les montagnes, en fournissant les éléments du traitement le plus rationel de cette affection, rendent compte de l'amélioration prompte qui se produit chez ces malades.

Mais l'effet des eaux alcalines lithinées de Royat dans les manifestations arthritiques d'une part, celui de ses bains à eau vive dans les affections chloro-anémiques et nerveuses de l'autre, donnent déjà lieu à des indications thérapeutiques trop

i34 ROYAT.

nombreuses pour ne pas nous en contenter, surtout si le lecteur, grâce à son titre d'Ems Français, se rappelle que Royat revendique, comme la station allemande, la cure des affections utérines et des altérations des voies respiratoires chez les sujets nerveux, prompts à se congestioner, impressionnables au froid comme aux températures élevées.

Chemin de fer de Lyon jusqu'à Condes ; là un omnibus prend les voyageurs pour Saint-Nectaire et les y conduit en une heure et demie.

TOPOGRAPHIE

A 40 kilomètres de Clermont, à deux heures de la station de Coudes, est un village de mille habitants, que Ton nomme Saint -Nectaire. Bâti sur un plateau élevé, il domine un vallon d'un aspect sauvage, au fond duquel jaillissent de tous côtés des sources bouillonnantes que Tœil peut suivre dans leurs cours aux dépôts ocreux qu'elles laissent sur leur passage. On en compte plus de quarante, toutes différentes par leur température et presque uniformes par leur minéralisation. De ces sources, huit ou dixseulement sont utilisées au point de vue médical ; les trente autres sont généralement destinées aux pétrifications, qui forment, en toute saison, l'industrie artistique et lucrative de la localité.

Si le vallon de Saint-Nectaire, bordé par des montagnes nues et arides sur la droite, couvertes

d36 SAINT-NECTAIRE.

de pins d'un vert sombre sur la gauche, ressemble peu aux riants coteaux qui entourent nos principales sources minérales d'Auvergne, le touriste et le baigneur n'ont qu'à franchir les murailles sévères dont la nature a entouré ses richesses hydrominérales, pour rencontrer de tous côtés des sites pittoresques et de riants paysages.

Saint-Nectaire est composé de deux parties : la partie haute et la partie basse. Au sommet du plateau, que domine un ancien château, est le village. Il abrite ses maisons derrière les hautes murailles de son antique église byzantine consacrée à saint Nectaire, ce contemporain de saint Austremoine, qui partagea avec lui la gloire d'avoir converti à la foi chrétienne les descendanlsdesArvernes. Au-dessous se trouve l'établissement du mont Cornadore, qui, avec le groupe de maisons qui l'entoure, prend le nom de Saint-Nectaire le Haut, pour le distinguer de Saint-Nectaire le Bas , composé non-seulement des établissements connus sous le nom de Bains Boette et Bains Romains, mais encore de quantité de petites maisons semées dans la plaine. Leurs toits couverts de briques rouges tranchent agréablement sur le vert tendre de la prairie qui tapisse le vallon. Chacun de ces toits rustiques abrite une source dont les eaux, à la sortie du sol, dégagent avec bruit l'excès d'acide carbonique qu'elles renferment. Plus modestes que leurs rivales, dont elles possèdent toutes les vertus, elles se contentent d'enrichir sur leur passage l'industriel

SAINT-NEGTAIUE. i37

qui, négligeant leurs propriétés curalives, préfèreutiliser leurs sels pétrifiants.

L'industrie artistique qu'ont fait naître en Auver*gne les propriétés incrustantes d'un grand nombre' de ces sources est trop répandue aujourd'hui, pour que nous n'en disions pas un mot. Le lecteur, curieux de connaître le mode opératoire, le trouvera décrit dans le chapitre consacré aux eaux de- Glei^« mont.

LTABLISSEMENTS.

La station thermale est composée de trois établissements balnéaires; celui de Saint-Nectaire le Haut, appelé établissement du mont Gornadore, et ceux de Saint-Nectaire le fias appelés Bains Boette et Bains romains. Une assez grande distance sépare: rétablissement-dû haut de ses deux rivaux du bas^., Ils s'efforcent, pour attirer les baigneurs, de se surpasser les uns les autres, et méritent également, par la richesse et l'abondance de leurs sources, les faveurs du public.

L'établissement du mont Gornadore, placé au bas^ de la colline sur laquelle est bâti le village, se trouve protégé par elle des vents sauvages qui soufflent dans ces montagnes. 11 se compose de trente cabinets de bains précédés de vestibules et munis de douches et d'appareils d'irrigation à températures graduées. Il est alimenté par deux sources^ celle du mont Gornadore, qui luifournit79,0001itres d'eau en vingt-quatre heures, et celle duRocher qui

en débite 15,000. La première a une température de 41° et la seconde de 43°,7. Outre son aménagement balnéaire, cet établissement possède un service de bains de pieds, de douches et de bains d'acide carbonique, des appareils de pulvérisation avec douches oculaires, laryngiennes et autres.

Trois autres sources, moins importantes, servent de buvettes. A rétablissement du mont Gornadore est joint un hôtel qui reçoit la plupart des baigneurs qui suivent le traitement thermal de Saint- Nectaire le Haut.

Les Romains avaient donné la préférence à Saint- Nectaire le Bas ; les sources y sont plus riches et plus chaudes. Là se trouve la buvette de la source Rouge, la plus ferrugineuse du groupe. Là sont les Bains Romains, ainsi nommés à cause des vestiges que ces conquérants avaient laissés dans le sol et qu'on a découverts lors de la construction de rétablissement actuel. 12 baignoires en béton sont installées dans des cabinets munis de douches ; deux sources concourent à leur alimentation ; la source Mandon, très-chargée d'acide carbonique dont la température (37*) convient parfaitement à l'usage balnéaire, et la source ferrugineuse de la Coquille.

L'établissement Boette renferme également 12 cabinets de bains et de douches, des bains de pieds, ainsi que les autres aménagements balnéaires de l'établissement du mont Gornadore ; il est alimenté par la grande source Boette qui sort du sol

SAINT-NECTAIRE. d39

à 46"*, et la source Sainte-Gésaire qui en a 40. Les douches de cet établissement sont les plus chaudes et les plus puissantes delà station de Saint-Nectaire. Les eaux de Sainte-Gésaire et celles de la Coquille ont à Saint-Nectaire une grande renommée pour le traitement local des affections oculaires et utérines. Des douches vaginales alimentées directement par la source intermittente de la Coquille donnent alternativement un jet de gaz et un jetd*eau minérale à 26\

Page 1