ETABLISSEMENTS BALNÉAIRES
A côté de ces nombreuses sources froides qui, par leur composition, peuvent être employées comme eaux médicinales et comme eaux de table
toni-digeslives, s'en trouvent d'autres qui, joignant à la minéralisation la Ihermalité, son t utilisées à Tusage balnéaire. Chaque source thermale a voulu avoir sa piscine ; de là un grand nombre de petits établissements espacés sur les rives de la Sioule et divisés en deux groupes :
Celui de Méritis et celui des Bordats.
Quatre piscines installées au hameau de Méritis sous le nom de bains chauds, bains tempérés, bains Auguste et bains Julie, constituent ce que Ton nomme les grands bains de Ghâteauneuf.
Le principal établissement de ce groupe contient deux piscines et cinq cabinets de douches rangés autour d'elles. Ces piscines, de 3 mètres de long sur 1 mètre et demi de large, sont alimentées par une source qui, s'échappant des fissures de la roche, donne 180 litres par minute d'une eau à 38*.
C'est à ces piscines connues sous le nom de bains chauds que s'adresse de préférence la clientèle nombreuse des rhumatisants qui fréquentent cette station et qui aime à joindre l'effet de la douche à celui du bain.
Les bains tempérés se composent également de deux piscines alimentées par des griffons donnant 100 litres par minute d'une eau à 36°.
Enfin les bains Auguste et Julie sont deux piscines alimentées à eau vive par des sources à 32* qui jaillissent du sol granitique dans lequel elles ont été creusées. Tel est dans son ensemble l'établissement des grands bains,
Le D' Boudet, dans une étude intéressante qu'il vient de faire paraître sur les eaux de Châteauneuf, fait espérer des améliorations notables dans Tinstallalion par trop primitive de ces sources précieuses. Des captages mieux faits, en augmentant leur débit, permettront de joindre aux piscines un certain nombre de baignoires réclamées depuis longtemps, tant par les médecins que par les malades. Un parc, contigu à rétablissement des grands bains et comprenant toute la presqu'île de Saint-Gyr, offrira bientôt aux baigneurs ses fraîches allées tracées le long de la Sioule sur ces plages verdoyantes qu'encadrent desjochersà pic.
Le hameau des Bordats possède aussi deux piscines, alimentées Tune par la source du Petit-Rocher (27°, 50) et l'autre par celle de la Rotonde (29**, 50) ; ces sources très-abondantes jaillissent en gerbes au milieu des baigneurs et dégagent des flots d'acide carbonîque. Nous avons vu au hameau voisin les bains chauds et les bains tempérés ; ceux-ci sont les bains froids de Châteauneuf.
Le propriétaire de l'établissement du Rocher dont les piscines étaient déjà alimentées par des grifi'ons donnant 80 litres à la minute, vient de découvrir et de capter une nouvelle source assez abondante dont la thermalité (36**) va lui permettre l'installation de bains tempérés à côté de sa piscine fraîche.
156 GHVIEâUiNëUF.
INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
La minéralisation des eaux de Gliâteauneuf, leur thermalité, leur mode balnéaire nous fournissent assez d'éléments thérapeutiques pour tracer ici leurs principales indications. Nous divisons en deux groupes les états morbides qu'elles sont appelées à modifier:
1** Les rhumatismes et les diverses manifestations de laMiathèse arthritique ;
2** Les affections chloro-anémiques et les dyspepsies.
De temps immémorial les sources deChâteauneuf ont été vantées pour leur succès dans le traitement du rhumatisme.
Le D' Salneuve dans son traité des eaux de cette station, le D' Pénissat, inspecteur actuel, dans sa longue pratique, justifient par de*s observations aussi nombreuses que variées cette vieille renommée.
« C'est même, dit le D'Boudet, dans son étude sur Châteauneuf, cette efficacité incontestable et incontestée qui les a sauvées de l'oubli où les eût infailliblement fait tomber leur mauvaise installation ; un assez grand nombre de rhumatisants délaissant des stations plus luxueuses et mieuxaménagées viennent encore y chercher, sinon la guérison, du moins une amélioration notable à leur ^* ' '^ souffrance. » L'élément douloureux du
CHATEAUNliUF. 157
rhumatisme trouve en etfet soit dans la thermalité de ces piscines, soit dans Tacide carbonique qui ^'en dégage, une action sédative assez manifeste pour que toute théorie devienne inutile devant les laits enregistrés par la pratique journalière.
Les eaux de Ghâteauneuf avec leurs principes alcalins (potasse, soude, lithine) et laxatifs (magnésie, sulfate de soude) seraient évidemment propres.à combattre certaines manifestations de la diathèse $50ulteuse telles que ses localisations viscérales et cutanées; mais les observations sur ce sujet intéressant de thérapeutique thermale si nombreuses et «i variées à la station de Royat, sa voisine, se présentent très-rarement ici. Ghâteauneuf n'est guère visité, chaque année, que par des cultivateurs des environs, montagnards robustes passant leur vie dans les champs et leur hiver dans la neige, plus exposés ainsi aux rhumatismes qu'à la goutte. Aussi la clientèle de celte station fournit-elle aux médecins des observations et des applications thérapeutiques restreintes ; mais les rapports déminéralisation qui existent entre ces eaux et celles de Royat nous font croire qu'elles réussiraient aussi bien que ces dernières dans le traitement des affections nombreuses qui se rattachent à la diathèse arthritique.
Ghâteauneuf, dans ces cas, tiendrait le milieu entre les eaux alcalines franches comme Vais et Vichy, et les eaux alcalines mixtes comme celles de Royat ; plus alcalines que ces dernières, laxa-
tives au besoin, elles s'adresseraient aux constitutions qui redouteraient l'action débilitante de Vichy et qui n'auraient pas besoin d'une action aussi Ionique que celle de Royat.
Les cas de dyspepsies, d'anémie et de chlorose, quoique exceptionnels ici, sont cependant assez nombreux, chaque saison, pour justifier les données fournies par l'analyse ; peu d'eaux sont minéralisées plus favorablement pour le traitement des altérations des fonctions digestives.
Alcalines chlorurées martiales et gazeuses, les eaux de Ghâteauneuf sont surtout utiles dans les dyspepsies atoniques, les dyspepsies avec pyrosis chez les sujets anémiques. Essentiellement apéritives elles activent la digestion et favorisent l'assimilation ; aussi en voyons-nous l'exportation prendre chaque jour une importance plus grande.
Les affections qui dépendent d'un appauvrissement du sang, telles que la chlorose et l'anémie, se trouvent, avec leurs nombreuses manifestations, tributaires des eaux de Ghâteauneuf. Véritables lymphes minérales où le fer s'unit à la chaux et au chlorure de sodium, pour mieux s'assimiler, elles procurent souvent une amélioration vainement demandée à des eaux plus martiales ; dans ces cas le traitement interne n'occupe à Ghâteauneuf que le second rang, le premier revient au traitement balnéaire.
Ges bains frais et tempérés, qu'anime un hftiiillonnement incessant de gaz acide carboni-
CHAÏEAUNEUF. 159
que, sont des excitants précieux de la circulation cutanée; ce sont eux qui manifestent le plus rapidement les changements qui s'opèrent chez ces jeunes malades. Les modifications portées à la circulation activent bientôt toutes les autres fonctions organiques; les sujets les plus anémiques, les plus débilités retrouvent Tappétit et les forces. Les promenades dans ces fraîches vallées interviennent alors pour tonifier le système musculaire, et, aidées de cet air vif et pur des montagnes, elles favorisent Thématose, et complètent la cure.
Donc, tant par la composition martiale de ses eaux que par Tabondance de ses sources ; par ses bains gazeux que par ses piscines à toutes les températures, Châteauneuf peut être regardé comme une station privilégiée parmi celles qui réclament le droit de soigner la chlorose.
Ces eaux, qui parleur minéralisation s'adressent déjà aux affections chloro-anémiques et nerveuses, pourraient, croyons-nous, donner lieu àplusieurs autres applications. Leurs rapports avec celles de Royat les rendraient propres par exemple au traitement des affections des voies respiratoires. Les médecins qui les ont étudiées ont cité de nombreux cas de bronchite chronique ou de phthisie commençante qui ont été soulagés par leur usage en boisson ; mais s'il n'existe pas à Châteauneuf une baignoire, à plus forte raison chercherions-nous en vain une salle d'aspiration ou de pulvérisation !
La déplorable installation balnéaire de cette sla-
lion prive donc le médecin du plus grand nombre des applications thérapeutiques qu'indiqueraient la thermalité et la composition de ses eaux. La création dequelques cabinets va enfin permettre le traitement des affections utérines que des douches locales pourraient heureusement modifier.
La balnéation en commun éloigne les jeunes femmes des bains frais à 27° qui seraient les mieux appropriés à leur état. En effet, les bulles gazeuses en s'attachant au peignoir, au lieu de se grouper directement sur la peau, ne peuvent pai activer la circulation cutanée et masquer ainsi la basse températurede ces piscines. Les malades, nepouvants'y réchauffer, les abandonnent pour des bains plus chauds, mais moins gazeux, c'est-à-dire d'une action dérivative et d'un effet tonique moindres.
Nous venons de passer en revue les richesses de Châteauneuf. L'abondance de ses sources, la variété de leur composition, la gamme de leur thermalité nous font certainement regarder cette station comme une des plus remarquables, nonseulement du groupe de l'Auvergne, mais presque de la France entière. 11 est h déplorer que ces richesses soient entre les mains de paysans qui ne veulent ni les exploiter ni s'en dessaisir, cariln\*st pas de stations qui puisse être plus utilement fréquentée, plus sérieusement recommandée par le médecin et qui, grâce à son installation balnéaire, se trouve aussi dépourvue de tous ces riches baigneurs qui fréquentent aujourd'hui nos thermes.
GHATELGUYON
<IIi(Mi)ii) dû fer du I*oarbonnais. station de Riom, trajet de 7 kilomètros, en omnibus ou en voiture.
TOPOGRAPHIE
Près de Riom, au pied d'un monticule que surmonte une croix et où s'élevait jadis le château féodal de Guy III, duc d'Auvergne, ù 400 mètres au- <lessus du niveau de la mer, est bâti un village de près de 2,000 habitants qui porte encore le nom du manoir à l'ombre protectrice duquel se sont élevées ses premières maisons : c'est Châtelguyon, plus connu aujourd'hui par ses eaux que par ses souvenirs historiques.
Du haut du village, la vue domine d'un côté celte plaine riche et plantureuse des environs de Riom qu'accidentent des collines entièrement couvertes <îe vignes; de l'autre, elle voit se dérouler une •chaîne de hautes montagnes, alternativement tapissées de bruyères fleuries et de pins au sévère feuillage. Chacun de ces monts a eu son histoire, -et le château de Ghazeron perdu dans les nuages, le donjoh menaçant quoique mutilé de ïournoël rappellent encore des jours de deuil ou de gloire à
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ceux qui, avec insouciance, en gravissent les flancs escarpés.
Au bas du village coule le Sardon ; ses eaux reçoivent dans leur cours des sources minérales qui se trahissent à Tœil par des bulles nombreuses de gaz. Ce mélange rend l'eau du ruisseau assez minéralisée pour que les villageois puissent seuls, par suite d'une certaine tolérance de Testomac, en faire impunément usage. On était autrefois forcé d'apporter de Riom Teau destinée à la table des baigneurs; un aqueduc amène maintenant à Ghâtelguyon l'eau de la montagne.
Des travertins cîilcaires et ferrugineux emprisonnent dans . la vallée d'innombrables sources chargées d'acide carbonique. Couché sur le sol, on les entend, à certains endroits, bouillonner sous l'oreille. Celles qui alimentent l'établissement sortent au point de jonction du terrain primitif avec les terrains tertiaires.
Trop nombreuses pour être analysées séparément, elles ont été groupées sous le nom de sources du Réservoir ; elles fournissent àelles seules plus de 400 mètres cubes d'eau par jour, quantité qui pourrait être de beaucoup augmentée si l'importance croissante de la station le rendait nécessaire ; il suffît en effet de creuser jusqu'à la couche de porphyre qui se trouve sous le sol pour en faire jaillir des sources minérales.
La température de ces eaux varie de iA à 35**. Claires, limpides au sortir du griffon, elles ne
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tardent pas au contact de Tair à se troubler et à déposer un sédiment ocreux qui s'attache aux parois des baignoires et y forme un revêtement de la dureté du marbre.
ÉTABLISSEMENT
L'établissement qu'a fait construire M. Brosson est situé au milieu d'un parc arrosé par le Sardon : c'est un élégant chalet qui renferme vingt-deux cabinets garnis de larges baignoires en lave ou en stuc; plusieurs de ces cabinets sont munis d'appareils à douches. Du fond de chaque baignoire s'élance le jet d'eau minérale qui doit l'alimenter. Le bain peut être ainsi ou animé par un courant d'eau thermale qui y entretient une température constante de 33 à 34**, ou surchaufTé à l'aide d'eau minérale traversée par un serpentin de vapeur. Deux piscines à eau courante, un service de bains de pieds et de douches complètent l'aménagement balnéaire de cet établissement, dont nous avons à critiquer les petites dimensions peu en rapport avec la fortune future de ces eaux appelées à un plus grand avenir.
TABLEAU
CHATELGUYON.
ANALYSES
Analyse des sources de Gh&telguyon
par M. Lefort (1863).
POUR UN LITRE D'eAU MINÉRALE.
souacB
DEVAI..
souncB
DBS BAINS.
SOURCE DU BOCHBB
SOURCB BAKSB
Température
Bains
Densilé à 15"» C
Acide carbonique libre
Chlorure de sodium
— de potassium
— de magnésium. . . .
— de lithium
Bicarbonate de soude
— de chaux
gf
indices
indices
indices
indices
gf
indices