‹ Les eaux minérales de la FranceChapitre 29 sur 173 · LATE · texte numérisé non relu

LATE

ñe. toute nécessité se départir des exigences chimiques et comprendre dans un cadre distinct toutes les eaux qui offrent ces propriétés.

Le fef n'existe jarhais dans les eaux à l’état de métal pur; il ne s’y rencontre que sous forme de protoxyde.

Ce protoxyde de fer se combine avec divers acides et forme avec eux des sels différents, qui sont alors la GAACLÉMEUUE de ces eaux.

Les acides avec lesquels le protoxyde de fer se Hub le plus ordinairement, sont :

. 4° L’acide carbonique, qui donne naissance au proto-carbonate de fer, lequel constitue les eaux ferrugineuses carbonatées auxquelles se rattachent les eaux ferrugineuses les plus importantes, telles que Spa, Bussang, Pyrmont, etc.

2° L’acide sulfurique, qui produit le proto-sulfate de fer, lequel constitue les eaux ferrugineuses sulfatées ou vitriolées auxquelles appartiennent les eaux de Passy, de Cransac, etc.

8° L’acide crénique, qui, aü contact de l'air, passe à l’état d’a-

cide. apocrénite et qui donne naissance au crénate et apocrénate de fer, lesquels constituent les eaux ferrugineuses crénatées, qui sont nombreuses et le plus souvent associées aux eaux ferrugineuses carbonatées.

. Cette dernière division n’a une bien grande valeur ni en chimie ni en. thérapeutique ; sous ce dernier rapport, comme nous venons de le dire, ces eaux se confondent fréquemment avec les ferrugineuses carbonatées; et au point de vue chimique, l’acide crénique n’a pas été suffisamment étudié pour avoir sur lui quelque notion exacte.

Découvert par Berzelius dans l’eau de Porla, en Suède, l'acide

crénique est un corps incristallisable, floconneux, d’une couleur jaune sale, d’une saveur moins acide qu'astringente. On ne ne l’a guère trouvé que combiné avec le fer et le manganèse, et l’on n’a signalé sa présence, en France surtout, moins après lavoir obtenu pur que d’après certaines réactions signalées par Bérzelius. — Son origine paraît se rattacher à la matière organique, encore assez mal définie, qui se rencontre dans les eaux

104 EAUX MINERALES

minérales, et quelques chimistes, MM. Daubrée et Lefort, entre autres, ayant remarqué, comme M. Filhol, que dans les eaux ferruginenses qui contiennent des réactifs, tels que la potasse, le cuivre, l’arsenic, ete., la matière organique renferme très-peu d'acide crénique, se sont demandé si la combinaison de l’oxyde de fer avec les acides crénique et apocrénique n’était pas le résultat de réactions postérieures, le premier dissolvant étant l'acide carbonique.

Quoi qu'il en soit, c’est le plus ordinairement à l’état de car-. bonate, de sulfate ou de crénate que le fer se rencontre dans les eaux minérales ; mais il ne faudrait pas croire, parce que ces sels sont la caractéristique des eaux ferrugineuses, qu'ils sont en grande quantité et qu'ils dominent les autres éléments minéralisateurs.

Sous le rapport de leur abondance absolue, les sels de fer ne comptent guère que pour une moyenne de 1 à 7 centigrammes par kilogramme d’eau, si ce n’est les sulfates dont la proportion est plus considérable ; ainsi, tandis que Forges et Bussang contiennent 9 centigrammes de carbonate et de crénate réunis, l’eau de Passy, non dépurée, renferme 41 centigrammes de sulfate, et celle d'Auteuil 22 centigrammes.

Au point de vue de leur quantité relative, les sels de fer sont beaucoup moins abondants que les autres principes minéralisateurs ; ceux-ci sont le plus ordinairement des chlorures de $odium et de calcium, des sulfates et des carbonates de soude, de

chaux, ete.

Fort heureusement, tous ces principes sont eux-mêmes en

très-faible proportion, car il est à remarquer que les eaux ferrugineuses sont généralement peu minéralisées, de telle sorte qu'ils sont impuissants à masquer les trois caractères auxquels on reconnait les eaux ferrugineuses et qui sont : 1° le dépôt ocracé ; 2° le goût ferreux ; 3° l’action thérapeutique.

Quand ces caractères font défaut, il en résulte la prédominance de quelque élément minéralisateur, lequel devient alors la caractéristique de l’eau et lui assigne une autre place.

Des gaz se rencontrent aussi dans les eaux ferrugineuses et

leur impriment parfois des caractères parfaitement distincts : ainsi, l’eau de Cransac, qui contient de l'acide sulfhydrique, est tout à-la fois ferrugineuse et sulfureuse.

Avant d'étudier les propriétés médicales des eaux ferrugineuses, 1l nous reste à faire connaître un point important de leur histoire chimique, nous voulons parler du degré de fixité du fer dans ces eaux. Cet objet est d’une haute valeur ‘et l’on doit bien connaître la source à laquelle on s'adresse, car le fer n’a d'action thérapeutique que lorsqu'il est introduit dans le sang, et il n’est absorbé par le tube digestif et par la peau qu’à Pétat de dissolution.

Le fer n’est tenu en dissolution dans l’eau que par l'acide carbonique ; quand la quantité de ce gaz devient insuffisante, le protoxyde de fer, mis à nu, s’oxyde au contact de l’oxygène de l’arr et passe à l’état de péroxyde, qui est insoluble et qui se précipite.

Or donc, pour déterminer le degré de fixité du fer dans une eau minérale, 1l faut savoir la quantité d’acide carbonique que contient celte eau et la rapidité avec laquelle-se dégage ec gaz. L'expérience a, en effet, prouvé que l’absorption de l'oxygène de l’air qui donne lieu à la décomposition des eaux ferrugineuses, est en rapport intime avec le dégagement de l’acide carbonique; par conséquent l’eau qui, pour une quantité déterminée de protoxyde de fer, renferme la plus grande proportion d'acide carbonique, est celle qui aura le plus de fixité, en admettant toutefois que, dans un temps égal, 1l se dégage une quantité égale d'acide carbonique.

Mais le temps dans lequel une quantité déterminée d’acide carbonique se dégage dé l’eau n’est pas le même pour-toutes les sources acidules: il varie en raison de la proportion des sels solubles, de sorte que l'acide carbonique se dégage d'autant plus rapidement de l’eau que celle-ci renferme ces sels en plus grande abondance.

L’abondance de l'acide carbonique dans les eaux ferrugineuses a encore l’avantage de les rendre agréables au goût et supportables à l'estomac. Les eaux ferrugineuses, sulfatées sur-

106 | EAUX MINÉRALES b ‘

tout, privées de ce gaz, ont une saveur répugnante et sont indigestes. +

Comme on le voit, il y a quelque importance à bien choisir la source ferrugineuse dont on veut faire usage, et, si l’on ne peut être fixé sur la quantité d'acide carbonique qu’elle contient, il faut s'informer des moyens employés pour prévenir le” dégagement de l'acide carbonique, l'absorption de l'oxygène de l'air, et par suite, la Pré RenEn du fer et la décomposition. de l’eau.

Action thérapeutique des eaux Fee an à — Les indications thérapeutiques des préparations martiales sont si formelles et si connues, qu'il y aurait quelque puérillité à nous y étendre longuement. Cependant, il est à remarquer que l’action des eaux ferrugineuses prises à leur source, a une supériorité incontes-. table sur les préparations martiales fournies par la pharmacie. A cette excellence des eaux ferrugineuses naturelles, il est deux motifs : 1°1es combinaisons sous la forme desquelles le fer se rencontre dans les eaux minérales, porte ce cachet de perfection dont la nature s’est réservé le secret et que l’art est impuissant à reproduire, même dans ses détails les plus grossiers ; 2° les conditions hygiéniques au milieu desquelles s’administrent les eaux ferrugineuses sont si heureusement appropriées aux maladies qui réclament l'usage du fer, que sous leur seule influence les symptômes les plus graves s’amendent, et que sans elles peut-être la médication martiale échouerait. Les établissements thermaux appartenant à la classe que nous examinons ici, peuvent dire combien, chaque année, de malades, après un usage infruc-* tueux des préparations pharmaceutiques de fer, recouvrent en peu de temps une santé qu'ils croyaient à jamais perdue.

C’est que le fer, partie constituante du sang, rendue par l’ab=. soption à la circulation générale, porte à toute l'économie la force, la tonicité et la vie. Toutes les affections dues à à Pappauvrissement de ce fluide que Meckel appelait de la chair roulante, sont bientôt amendées par la reconstitution du liquide, et tous les symptômes si nombreux et si variés qui leur font cortége disparaissent comme par enchantement. Que cet appauvrissement

a. DE LA FRANCE 107 ait été amené par des pertes copieuses, par des chagrins, par une nourriture insuffisante, ou qu’elle soit le résultat de la constitution lymphathique poussée à l’extrême; en un mot que ces affections soient l’anémie, ou la "éléreee tous ces accidents qui les suivent, protées insaisissables qui parfois déjouent la sollicitude la plus éclairée du médecin; tous ces accidents, disons-nous, s’amendent, s’effacent et disparaissent

-à mesure que l’hématose devient plus active, plus plastique et plus colorée.

… Les fièvres intermittentes, par l’hypertrophie du foie et de la rate qui les accompagne, altèrent- évidemment la circulation de la veine-porte, et participent aux bénéfices des eaux martiales, comme les affections précédentes auxquelles, à ce point de vue, les fièvres des marais peuvent être comparées.

Enfin, pour en finir avec les névroses dues à une altération de l’hématose, les dyspepsies et surtout les gastralgies qui sont sous l’empire de cette cause, cèdent rapidement à l'usage des eaux ferrugineuses.

Les organes qui manquent de ton et qui languissent dans une débilité fâcheuse sont promptement relevés par les eaux martiales, qui en même temps arrêtent les hémorrhagies passives, et, s'il s'agit des organes génitaux de la femme, ramènent les menstrues à leur type normal, et tarissent les ne blanches, dont l'abondance fait le Co des personnes qui en sont atteintes. C’est ainsi que les eaux ferrugineuses ont quelquefois triomphé de la stérilité. Elles ont dans ce cas un double avantage : elles tonnifient la matrice dont la débilité laisse échapper le germe, et elles tarissent la leucorrhée-dont les mucosités, amoncelées dans le col de lutérus, enlèvent au

sperme tout passage. ;

Par les mêmes motifs, la blennorrhée chez l’homme, ces écoulements intarissables, suites de blennorrhagies mal soignées, ou entées sur des constitutions lymphatiques, se tarissent fréquemment aux eaux ferrugineuses, et, circonstance précieuse, se tarissent pour ne pas revenir plus tard.

Comme on le voit, le cadre des affections qui trouvent aux

eaux ferrugineuses amendemement et guérison, est tout à la fois parfaitement limité, un des plus vastes et des plus précieux. C’est là que la médecine rencontre ses triomphes les plus certains et les malades les plus grands bienfaits ; mais plus qu’en toute autre station peut-être, il faut ici que les indications soient précises, et il serait dangereux plus qu'ailleurs de faire de la médecine d'à peu près.

Principales sources ferrugineuses. — Andabre, Auctoville, Aumale, Auteuil, Barbotan, Bonne-Fontaine, Bourrasol, Bussang, Campagne, Cassuéjouls, Casteljaloux, Charbonnières, Château- Gonthier, Crèches, Dinan, Forges, Forges-sur-Briis, Gournay, Lac-Villers, Laïfour, Lamalou, Mâcon, Martigné-Briant, Montlignon, Nancy, Neyrac, Oioun-Sekhakhna, Orezza, Oriol, Passy, Pornic, Porta, Provins, Rançon, Rennes, Rieu-Majou, Rouen, Ruillé, Saint-Christophe, Saint-Denis-les-Blois, Saint-Hippolvted’'Enval, Saint-Julien, Saint-Pardoux, Sainte-Madeleine-de-Flourens, Segray, Sulizhach, Sylvanès, Versailles, Watweiler.

Page 1