ÉTUDE GÉOLOGIQUE DE LA RÉGION DE "SIERCK
Que ne donnerait pas le savant, l’hydrologiste, pour percer d’un œil scrutateur les profondeurs de la terre et lire dans les strates successives de son écorce l’origine, la formation et les destinées des sources merveilleuses qui viennent surgir à sa surface. Plus modestement, nous ne pouvons aujourd’hui que reconstituer, d’après les données de la géologie, le trajet mystérieux et pourtant bien étudié des ondes souterraines qui ramènent de leurs aventures profondes les richesses thérapeutiques contenues dans la profondeur.
C'est qu’en effet notre eau de Sierck est une eau de retour qui, d’après la classification de mon maître le Dr P. Blum‘), est venue de la surface, d’où elle s’est infiltrée dans la profondeur et remonte au jour chargée d’éléments minéraux.
Les eaux de Sierck sourdent au pied d’une colline, nommée Stromberg, de 310 mètres de hauteur, des glaises avec gypse qui forment la base du Muschelkalk. Elles appartiennent à la nappe dont les eaux sont utilisées à Mondorff et à Rilchingen. Les couches successives du Stromberg sont les mêfnes que celles qu’on rencontre
1) Do Paul Blum: Précis pratique d'Hydrologie thérapeutique. P. 34.
dans la profondeur du trou de forage à Mondorff. Sur la carte géologique établie par le Docteur Léopold van Werwecke (feuille de Sierck), nous constatons que le Stromberg est dans sa plus grande partie constitué par des formations du Muschelkalk. En effet, nous y voyons à peu près 50 mètres de calcaire coquillier noueux, environ 100 mètres de Muschelkalk moyen qui contient une inclusion importante de gypse. En dessous de cette couche, la plus importante, nous trouvons dans les 30 mètres de Muschelkalk inférieur qui repose sur le grès et qui se trouve au niveau de la Moselle. Au bord de ce fleuve il y a du devonien.
Monsieur Emile d'Huart a fait une étude très approfondie sur l’origine des sources de la région et il écrit dans son livre « Les eaux minérales luxembourgeoises » ces lignes instructives 1) :
«L'existence de toutes ces sources (Mondorff, Sierck, Appach, Kœnigsmachern, Rettel, Rilchingen) dans la région mentionnée sur une étendue relativement petite est due sans contredit aux nombreuses fractures, cassures, dislocations et failles qu’on y rencontre. Les failles surtout jouent un rôle éminent dans la génération des sources formées par les eaux souterraines profondes.
«Ces dernières, encaissées entre des couches imperméables, ne pourraient certainement jamais arriver à la surface, malgré le pouvoir ascensionnel qui les anime, si les fractures géologiques ou des dislocations quelconques ne leur permettaient de sortir du bassin qui les contient.
CUn simple coup d’œil sur la carte géologique — établie d’après les données de la carte synoptique des
1) Pages 19-21.
failles de terrain mesozoïque du Grand-Duché du Luxembourg et de la Lorraine par le Dr L. van Werwecke et les indications de la carte d’Etat-Major — nous montre d’ailleurs que toutes les sources de la région considérée se trouvent sur des failles bien définies au point de vue de leur position et de leur direction, à l'exception toutefois de celle de Born pour laquelle les conditions d’écoulement ne peuvent pas être démontrées directement.
«C’est ainsi que la source de Mondorff est située sur la faille qui part de Mance, passe parRodemachern, Mondorff, Wasserbillig pour se perdre dans la lisière du Trias à son intersection avec la Kyll; la source de K œnigsmachern est placée sur la faille Ilingen-K œnigsmachern-Conz, qui est sensiblement parallèle à la première, longe à partir des environs de Beurig-Saarbourg la lisière du dévonien, pour se terminer au Nord de Trèves, à sa rencontre avec la Ruwer; la source de Niederkontz (Sierck) est située sur la faille Niederkontz- Born, qui se perd dans le dévonien à son intersection avec la Sarre. Une autre faille très intéressante passe par Gorze, la batterie du canal à Metz, St-Julien, Gelmingen et se perd un peu plus au Nord dans le Trias.
Un peu plus à l'Est se trouve la faille Boulay-Tcherchen sur laquelle on a découvert une source thermale aux environs de Boulay. Toutes ces failles sont, comme nous l'avons fait remarquer précédemment, sensiblement parallèles entre elles et suivent la direction Nord- Est-Sud-Ouest. Celles qui nous intéressent le plus sont les failles de Mance-Mondorff-Wasserbillig et de Iilingen- Kænigsmachern-Conz. Elle intercepte une gigantesque tranche de terre, large d’environs 12 km., qui s'étend depuis Mondorff-Borg au Sud jusqu'aux rivières déjà
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mentionnées, la Kyll et la Ruwer au nord. Cette tranche de terre est déchirée à l’intérieur, surtout dans sa partie septentrionale, par de nombreuses cassures d'importance secondaire qui ont amené une perturbation complète dans tout le système stratigraphique. A la suite de l’effort suprême qui a donné lieu à toutes ces fractures, toutes les couches ont subi un rejet puissant vers le haut sur le côté gauche de la ligne médiane des failles, tandis que le rejet a eu lieu vers le bas à droite de cette ligne.
« De cette manière le Keuper de droite est descendu au niveau du calcaire coquillier de gauche et le calcaire coquillier de droite s’est affaissé jusqu’au niveau du grès bigarré de gauche. On comprend aisément que ces mouvements ont imprimé aux différentes assises une pente rapide de la droite vers la gauche. Si l’on ajoute la pente générale vers le sud et le sud-est que les couches géologiques du Jura et du Trias accusent dans ces régions, on arrive à conclure que les eaux contenues dans le massif compris entre les failles Mondorff-Wasserbillig et Koœnigsmachern-Conz doivent nécessairement se rassembler dans la partie sud-ouest de ce massif, aux environs de Mondorff et peut-être au delà. »
Ensuite l’auteur démontre que le bassin d’origine de ces sources luxembourgeoises et lorraines se trouve dans un massif élevé de l’Eifel à l’ouest du Hunsruck, et il continue : «C’est là — au massif de l’Eifel — que les eaux se rassemblent et s'accumulent dans un bassin immense avant de commencer leur marche souterraine mystérieuse vers Mondorff. Elles s'engagent par les pentes et fissures si nombreuses du massif eifélien, dans la direction sud-ouest, et arrivent dans leur marche
descendante sur le flanc du grès bigarré contre lequel s’adosse l’eitélien. Elles continuent leur route sous forme de ruisseau dans le sens de la déclivité des couches imperméables qui les supportent, dissolvent les roches solubles qu’elles trouvent sur leur passage et cheminent dans le bassin compris entre les 2 failles Mondorff- Wasserbillig et Koœnigsmachern-Konz, tantôt en remontant, tantôt en descendant, tantôt en tournant vers la droite, tantôt en obliquant vers la gauche, toujours dans le sens de la résistance minima des matériaux qu’elles rencontrent, sous l’action propulsive des cinquante et plus d’atmosphères qui dirigent leur mouvement, jusqu’à ce qu’elles trouvent une issue pour sortir au dehors.
« Il est évident que leur voyage souterrain doit s’effectuer dans toutes les parties entre deux couches imperméables.
« En présence de cassures, fractures, dislocations et perturbations multiples qui troublent si profondément la stratigraphie intérieure du massif considéré, elles se buttent contre les différentes couches du système triasique dont elles lèchent les parois.
«Elles traversent les fractures qu’elles rencontrent sur leur passage et s’approprient ies parties solubles . de leur remplissage.
«C’est ainsi que, richement chargées des principes minéralisateurs empruntés aux différents étages des formations avec lesquelles elles sont venues en contact, elles vont se rassembler d’un mouvement continuellement descendant sous les couches imperméables qui les
recouvrent, dans les profondes galéries souterraines
OR
du grès bigarré, où la sonde est venue les atteindre en 1846, issue au dehors.
«La plupart de ces sources rejettent des quantités notables de gaz qui les maintiennent en continuelle ébullition et qui sont formés en majeure partie par les gaz indifférents de l’air.
« Sauf l’hélium, qu’ils renferment, ces gaz tirent leur origine directement de l’air athmosphérique. Ce dernier est entraîné par les eaux de pluie dans les profondeurs de la terre, où il est privé de son oxygène par son passage sur les roches réductrices. Si, par exemple, il vient en contact avec la pyrite de fer Fe S? répandue dans un terrain calcaireux, celle-ci s'empare de son oxygène en se transformant en sulfate de fer facilement soluble et en acide sulfurique qui, à son tour, décompose le carbonate de calcium en mettant de l’anhydride carbonique en liberté et en donnant lieu à la formation de sulfate de calcium. L’anhydride carbonique ainsi produit se combine aux carbonates alcalino-terreux et les solubilise sous forme de bicarbonate. A la suite de l’action de l’eau sur le sulfate ferreux en présence de l’oxygène et du bicarbonate alcalino-terreux, il peut se former en outre du sulfate de calcium et de l’hydrate ferrique. Ce dernier est tenu en solution par l’anhydride carbonique résultant de la double décomposition.
«C’est ainsi que la présence des gaz dans les sources considérées s'explique facilement par une action chimique résultant de la réaction de l’eau fortement chargée d’air sur les roches qu’elle rencontre sur son passage dans les galeries souterraines qu’elle traverse. Il serait possible néanmoins de ia ramener à une manifestation de nature volcanique de l’ordre de celles qui ont
donné lieu aux mofettes si fréquentes dans les régions caractérisées par les roches éruptives. »