‹ Les eaux souterraines à l'epoque actuelle: leur régime, leur température, leur composition auChapitre 40 sur 60 · VOLCANS DE DOUE, SALSES · texte numérisé non relu

VOLCANS DE DOUE, SALSES

itaUe t Apennins et sieile. — Bcaucoup de jets d'tiydrogènes carbonés sont connus depuis un temps immémorial dans la haute Italie, sous les noms de terrains ardents, de fontaines ardentes, de volcans boueux, de salses, de salinelles, suivant les conditions particulières de leurs gisements.

Peu de contrées en Europe présentent une aussi grande abondance de dégagements de ce gaz que la région des Apennins qui traverse le Bolonais, le Parmesan et le Modenais, et que MM. Fouqué et Gorceix ont étudiés sur beaucoup de points*.

Aux environs de San-Venanzio, non loin de Barigazzo, il existe une salse composée d'un cône boueux de 25 mètres de circonférence et de 5 à 4 mètres de hauteur, autour duquel étaient groupés onze cônes plus petits, lors de la visite qu'en ont faite ces savants. Tous laissaient échapper par leur sommet de nombreuses bulles de gaz inflammable. L'argile qui les formait était imprégnée de pétrole et le gaz brûlait.

La salse de Sassuolo, avait déjà attiré l'attention du temps de Pline. En 1789, Spallanzani, qui la visita, la décrivit ainsi :

« A un mille au sud de Sassuolo existe, sur un monticule, une salse environnée d'un cordon de terre et de pierres. Elle

^ Anna/es des sciences géologiques.

EâUX poussées par les hydrogènes carbonés. 381

se présente sous la forme d'un cône terreux, haut de deux pieds, terminé par un entonnoir d'un pied de diamètre, d'où sortent par intervalles des bulles de quatre ou cinq pouces de diamètre, qui, à peine formées, éclatent et disparaissent. Ces bulles soulèvent une terre argileuse grisâtre imprégnée d'eau et semi-fluide, qui déborde au-dessus de l'entonnoir et descend le long des parois extérieures. A cette époque, les éruptions de la salse paraissaient très faibles, en comparaison de celles qui étaient survenues dans les temps passés : ces dernières avaient fourni vers l'ouest des coulées de boue, qui s'étaient étendues jusqu'à la plaine où passe la grande route, et elles occupaient une aire d'environ trois quarts de mille de tour. >

Spallanzani retourna à Sassuolo le 12 juillet 1790. Quelques semaines auparavant, la salse venait d'avoir une nouvelle éruption. En 1795, dans un troisième voyage, ce savant trouva la salse principale peu active et réduite à un petit cône.

Jusqu'en 1855,1a salse de Sassuolo resta dans le repos; au mois de juin de cette année, elle fut le siège d'une nouvelle éruption, qui s'est manifestée avec une forte odeur de pétrole. Le 4 juin, à 5 heures du matin, par un ciel pur et serein et une température modérée, une forte odeur de pétrole se répandit dans l'air. Quelques minutes après, une secousse violente, accompagnée d'une détonation semblable à un coup de canon, agita le sol. La secousse se fit sentir surtout à l'est et à l'ouest, jusqu'à Saint-Michel, au delà du torrent de la Lecchia. La détonation fut entendue à Sassuolo, où toutes les vitres des fenêtres tremblèrent. Les eaux du canal furent agitées par un flot qui heurta violemment les barques des bateliers. Une colonne d'épaisse fumée, traversée par des lueurs jaune rouge, s'échappa de la salse au milieu des détonations. Des pierres et de la boue

furent lancées a une grande distance, et une épaisse bouillie d'argile s'-échappa des ouvertures. Les pierres rejetées avec l'argile étaient formées de calcaire marneux, de calcaire cristallin, de macigno, de marne argileuse verte, de serpentine, etc. Ces matières se recouvrirent bientôt de croûtes de sel marin.

 9 heures et demie, une nouvelle détonation, plus faible que la première, se fit entendre. A 6 heures du soir, il s'en produisit une encore plus faible. Elles furent suivies, pendant douze jours, de détonations analogues à des coups de pistolet. La salse continua pendant ce temps à bouillonner, et en appliquant l'oreille contre le sol, on entendait un bruit semblable à celui de l'eau qui coule. La terre, sur le bord de l'ouverture de la salse, présentait à quelque profondeur une température notablement élevée. Le gaz qui s'échappait s'enflammait à l'approche d'une allumette; son odeur loin d'être sulfurée était aromatique. Il ne se produisit pas* de cône et l'ouverture était cylindrique. La matière rejetée se répandit sur un espace presque rectangulaire de 276 mètres de long et de 106 de large. La masse en est évaluée à 10400000 mètres cubes.

Pendant l'éruption le sol se fendit, et dans les fentes, la température était plus élevée qu'à l'air libre. A quelque distance au sud-ouest, deux sources se montrèrent, l'une d'eau salée, l'autre laissant échapper de nombreuses bulles de gaz inflammable. A cette période d'agitation a succédé une longue période de repos.

Le gaz de la salse de Sassuolo est composé principalement de gaz des marais, 98 pour 100, avec un peu d'azote (1,58) et d'acide carbonique (0,56).

Le volcan boueux situé à 11 kilomètres au nord de Girgenti a déjà été cité par Platon et décrit par Strabon. Le nom arabe de Macaluba^ qui lui a été appliqué, a souvent été

EAUX POUSSÉES PAR LES UYDROGÈNES CARfiOfiÉS. 585

étendu aux autres volcans d'air et de boue. Voici dans quels termes en a parlé Dolomieu : < Dans une plaine d'argile qui a 150 pas de long sur 50 de large, on trouve une trentaine de cônes de boue, ayant entre 0",60 et 1 mètre. Chacun porte vers son sommet un petit enfoncement de quelques centimètres, qui est rempli avec de l'eau salée; constamment la surface de ces petites flaques d'eau est agitée par le dégagement de bulles de gaz. Il en résulte sur les flancs du cône de petits courants d'argile délayée par l'eau salée, qui ressemblent pour la forme à de petits courants de lave. Ces éruptions ont donc l'allure de celles de Paterno.

Tandis que, d'après Ch. Sainte-Claire Deville, les salses de Macaluba fournissaient principalement, en octobre 1865, de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné, c'était de l'hydrogène carboné avec de l'azote et un peu d'acide carbonique qui s'en exhalait les 17, 18 et 19 juillet 1866.

En outre, au centre de la Sicile, près de Caltanisetta, les macalube de Terra Pilata fournissaient également, à la même époque, de l'eau salée mélangée d'argile et d'hydrogène carboné pur ou mélangé d'un peu d'azote. Us sont situés sur un petit plateau d'argile crétacée, ayant 250 mètres de largeur, et sont influencés par les tremblements de terre qui agitent la Sicile. Ils sont à proximité des soufrières les plus considérables de l'Europe et non loin de sources de pétrole.

CAMcase I mer Noire et mer Caqpieane. — DcS VOlcaUS pluS

remarquables se trouvent aux deux extrémités du Caucase, d'une part, sur la mer d'Azof et la mer Noire, d'autre part sur la mer Caspienne.

Dans la partie orientale de la Crimée, près de Kertsch, et dans la presqu'île de Taman, le sol est formé de couches tertiaires renfermant du bitume, et spécialement de calcaire avec coquilles marines. Sur une bande de 100 kilomètres de

381 EiUX POUSSËES PAR LES GAZ COMPRIMES.

longueur, dirige à peu près de l'est à l'ouest, s'élève une série de cônes, donl quelques-uns aUeignent 80 mètres de Il au leur.

Lors des éruptions qui sont accompagnées de bruits souterrains et de tremblements de terre locaux, il se dégage

Filî. 1G3, — Ciiili- de Ui pres<|u'i eaiis de bouc; dti points moi H. .tbicli.

des jets d'eau salée et boueuse accompagnée de bitume'. Le gaz consiste principalement en hydrogènes bicarboné et protocarboné.

En 1835, lors de la visite de M. de Verneuil, après trois

' B'»près H. de Vemeiiil. Bullelmdc la Socim géologigiic dt France, i" série t. VII, p. SIS et t. Vin. p. 188.

EAUX POUSSÉES PAR LES Hl-DROGENES CARBONÉS.

jours de bruits souterraïus, il y eut une éruption qui projeta l'eau boueuse à 10 mètres de hauteur. Une éruption, dontPallas fut témoin en 1704, donna 20,000 mètres cubes de boue bitumineuse. Des tremblements de terre lurent ressentis à plus de 250 kilomètres.

A l'extrémité orientale du Caucase , la presqu'île d'Âpscheron (fig. 169) présente des phénomènes du même genre. Le sol (fig. 170) est formé de couches tertiaires, surtout de grès calcarifère, d'argile schisteuse et de marnes, en partie bif^arrées et salifères. Elles sont recouvertes par le dépôt aralo-caspien, principalement formé de calcaire poreux, de sables et de marnes riches en débris de mollusques.

Cette région, connue par sa richesse en pétrole et par ses jets d'hydrogène carboné (feux étemel»), présente des volcans de boue en divers points.

M. Abich en a fait une intéressante étude, à propos d'une lie nommée Kumani, qui a apparu à proximité, sur les côtes de la mer Caspienne, en mai 1861 '.

tuitm-vmim. — Des puits forés, sou-

I il

< Uémoirtê de F Académie de» tCKHtti de Samt-Péteribom-g, VU* série, t. VI. n* &, \ fcO.'i.

586 EAUX POUSSÉES PâR LES GAZ GOUPRIMÉS.

vent jaillissants, existent en très grand nombre dans la région pétrolifère de TAmérique du Nord. Les réservoirs où ils aboutissent renferment à la fois du pétrole, du gaz hydrogène carboné et de Teau salée. L'ascension du liquide est provoquée, dans certains cas, non par la simple pression hydrostatique, mais par la force élastique du gaz emprisonné, qui explique leur sortie impétueuse et spontanée par l'orifice des puits récemment ouverts*.

Danà la région à huile de la Pennsylvanie occidentale, à 6 kilomètres de Kane, dans la vallée de Wilson, il existe un jet d'eau et de gaz, nommé Kane Geyser (fig. 171). Un puits d'une profondeur de 600 mètres projette une colonne d'eau et de gaz à une hauteur de 30 à 50 mètres. Elle jaillit périodiquement, à des intervalles qui étaient d'environ 13 minutes pendant l'été de 1879. Le gaz est souvent allumé la nuit, de sorte qu'on y voit associés les éléments antagonistes, le feu et l'eau.

Observation tliéorvjvs.

La démarcation qui vient d'être établie entre les jets d'acide carbonique et ceux d'hydrogène carboné n'est pas toujours bien nette. D'une part, ces deux gaz se trouvent quelquefois associés l'un à l'autre, comme à Paterno, d'après l'analyse de M. Silvestri, et aux environs de Poretta, a Bovi et à Parte, d'après M. Fouqué. D'autre part, l'un ou l'autre gaz peut prédominer suivant l'époque, ainsi qu'on vient de le voir. Les volcans de boue de Turbaco, près de Garthagène, présentent un exemple de ces variations, puisqu'au lieu de l'azote que

^ Daubrée. Substances minéraleSt p. 90.

* Dana, Geology. 3* édition, p. 752, 1880.

EAUX POUSSÉES l'Aa LES HVURÛGÈNES CARUONËï'. 387

Humboldt y avait signalé, on n'y a trouvé plus lard que de l'hydrogène carboné'.

Suivant les remarques de M. Fouqué, les cônes de déjections ne doivent pas être regardés comme un caractère essentiel des dégagements gazeux, auxquels on donne le nom

yig. 171. — Vue du K«De-Gep«r. — D'>pr6s H. Diiii.

de salses. Plusieurs conditions sont nécessaires pour qu'il y ait formation de cônes. 11 faut d'abord que le terrain où se fait le dégagement de gaz soit argileux; car, s'il est pierreux,

' Ces citae», lu nombre de ÏO, ont été nsités, en 1SS5, par It. Tauvert de Ntui. Complet rendiu, XXXVUl, p- 70D.

388 KAUX POUSSSËE PAR LES GAZ COMPRIMÉS.

comme à Barigazzo ou à Pietra-Mala, le gaz sort des interstices des roches, sans entraîner avec lui aucune matière boueuse. Dans le cas où le terrain est composé d'argile dans ses parties superlicielles, il faut encore que cette argile contienne de l'eau. Très souvent le dégagement gazeux est accompagné de naphte et de pétrole et l'eau est salée.

Bien que la température des déjections soit en général voisine de la température ordinaire et qu'elle ne s'élève que momentanément, par exemple pendant l'éruption, ces volcans sont en relation avec les cassures profondes du sol, ainsi que le témoigne leur situation aux deux extrémités du Caucase. Plusieurs auteurs, MM. Charles Sainte-Claire Deville, Abich, Fouqué, ont même cherché à les rattacher aux volcans proprements dits. Il est certain qu'ils présentent des périodes d'activité et des éruptions, ayant quelque analogie, sur une petite échelle, avec celles des volcans, et que parfois il eu sort de l'eau chaude, comme lors de l'éruption de Paterno du 22 février 1866.

Quoiqu'il en soit, le nom de volcans^ (Wulcane)^ qui leur a été donné à cause de leurs éruptions, ne parait pas devoir leur être maintenu. Ce nom volcan, qui dérive du nom de Vulcain, dieu du feu, ne peut s'appliquer qu'à un appareil, dont les produits sont doués d'une haute température et dont le siège est dans des régions chaudes et profondes.

Pour les éruptions boueuses qui se font à peu près à froid, le nom de volcan doit être évité, comme ayant alors une application opposée a son étymologie et pouvant donner lieu, par conséquent, à une confusion regrettable. On aurait tout avantage, à ce point de vue, à changer cette dénomination

* Et en allemand, Schlammwulkane ; M. Gûmbel a employé le nom de Schiamm» SprudeL

EAUX POUSSÉES PAR LES HYDROGÈNES CARBONCS. 589

SOUS le nom cosmopolite de pélozème^ ou bouillonnements de boue ou pélocones (cônes de boue), noms qui rappelleraient simplement leur trait caractéristique et indépendamment de toute hypothèse.

* De iTf).e7, boue et Çim, bouillonner.

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