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POLARISATION DE LA LUMIÈRE

extraordinaire; ces deux vibrations ne sont pas concordantes, elles interfèrent : une clarté, plus ou moins vive, selon la différence de marche, éclaire l'image extraordinaire qui en résulte. La composition de Timage ordinaire est analogue.

1741. ciiirté des deux im«se«. — Ces deux images n*ont pas le même éclat ; car, dans la décomposition effectuée, la vitesse CD n'a pas donné deux composantes égales suivant la droite QQ' et suivant la normale à cette droite; la. vitesse CBnon plus; les deux rayons émergents sont donc composés d'élémenls distribués en proportions toutes difiTérentes; de là vient leur différence d'éclat.

Ces deux rayons renferment d'ailleurs en eux toute la lumière incidente ; cela est évident : car ce n'est que par des transformations ou des communications de mouvement que le rayon incident a donné naissance aux deux rayons émergents; aucune perte de force vive {imv^) n'est possible ; la somme des intensités est donc égale à l'intensité du rayon incident.

1742. Couleurs complémenuilres des imaf^eB* —Un rayon de lumière blanche vient-il à atteindre le polariseur? Chaque rayon homogène est soumis aux transformations que nous venons de faire connaître. Tous subissent les mêmes modifications; les composantes des vitesses» suivant QQ' et suivant la normale CE varient dans le rapport de la vitesse primitive que la vibration possède dans la lumière blanche, et les images obtenues seraient blanches, n'était cette circonstance que, pour les divers rayons, la différence de marche n'est pas la même. D'après la théorie de la réfraction, en effet, la vitesse de propagation du rayon ordinaire et celle du rayon extraordinaire à l'intérieur de la lame mince dépendent de la couleur de ces rayons, et les intensités relatives des rayons diversement colorés émergeant de l'analyseur, intensités qui dépendent des différences de marche, ont des valeurs tout autres, selon la longueur d'onde de la lumière que l'on considère.

Chacune des images, l'image ordinaire, par exemple, renferme une fraction inégale des couleurs qui composent la lumière blanche incidente ; le mélange qui s'effectue produit une image colorée. Quant à l'image extraordinaire, que renferme-t-elle? Toute la lumière qui lie constitue pas la première : elle en est donc la couleur complémentaire.

1745. Ponrqnol lA laine doit-elle, être mlneef — Chaque rayon vraiment simple du spectre solaire a une longueur d'onde invariable quand il chemine dans le même milieu ; mais ce que l'imperfection de notre œil nous conduit à appeler une couleur du spectre se compose en réa- II. 57

lilc de rayons difTérents dont la longueur d'onde moyenne, égale à 0«"»,000620, varie de 0'»»,000645 à O'"'»,000596, si l'on va du bord extrême du spectre au rouge orangé.

Celte remarque explique pourquoi la lame cristalline doit avoir une faible épaisseur. En effet, si la lame est mince, la différence de marche sera à peu prés la même pour les divers rayons qui composent une même couleur, le rouge, par exemple, et rien de ce que nous avons dit n*est à modifier. Mais si la lame est épaisse, si la différence de marche des rayons extrêmes est un nombre considérable de longueurs d'ondulation, tel que 10,000, qui correspond au nombre d'ondulations qui se comptent dans une lame d'air épaisse de 6"™, 20, alors la valeur de la différence de marche pour les autres rayons rouges, différence qui s'obtient en divisant 6,20 par la longueur "k relative au rayon considéré, passera par toutes les grandeurs possibles. On peut le voir en faisant la division de 6«"«»,20 par toutes les valeurs de > depuis 0,000 596 jusqu'à 0,000 020. Chaque image ordinaire ou extraordinaire contiendra des rayons rouges dans des proportions telles que les suivantes :

et ainsi jusqu'à l'unité; ces proportions étant relatives chacune à un rayon rouge de longueur d'onde particulière. De même, chaque image violette renferme du violet dans ces mêmes proportions :

et ainsi des autres couleurs.

Le premier millième de chacune de ces couleurs se réunissant, du blanc se produit, les 0,002 également, et ainsi de suite; l'image formée par la réunion de tout cet ensemble sera donc blanche elle-même.

1744. Cas partlealiera. — Examinons maintenant quelques cas particuliers. Le polariseur est une tourmaline de coloration peu intense, taillée parallèlement à son axe ÂÂ', ou bien un prisme de Nicol, ou encore un système incolore jouant le même rôle : le rayon extraordinaire seul passe et ses vibrations s'exécutent suivant cette ligne AÂ'. Disposons l'axe* de la lame mince parallèle à cette môme ligne : la vitesse AA' sera transmise sans décomposition à l'analyseur qui, recevant un rayon polarisé, le divisera en deux rayons suivant la loi de Malus. En particulier, si l'analyseur est une tourmaline ou un prisme de Nicol dont l'axe se trouve dans le plan des deux précédents, le rayon émergent aura l'intensité du rayon incident. Le phénomène n'est pas diffèrent quand l'axe de la lame

allcigiienl la vapeur dès la profondeur de 8 mètres; cependanl ils en oui renconirc de plus puissants ù la profondeur

de 58 mètres. Le fer de la sonde tombant de plus d'un mètre, le soffioni surgit avec beaucoup de bruit; d'où l'on peut conclure qu'il existe en ce point des canaux ou réservoirs de

vapeur. Les ouvertures artificielles paraissent avoir diminué le débit des soffionis naturels du voisinage. La pression de la vapeur, dont la température est de 98 à 100 degrés, a été trouvée de 1.1/2 à 1.3/4 atmosphère. Un puits ayant été foré dans la partie basse du périmètre de Travale, à 100 mètres au-dessous des soffionis, la vapeur jaillit avec un bruit formidable d'une profondeur de 59 mètres, entraînant beaucoup d*eau liquide, dont la quantité fut évaluée à environ 700 mètres cubes par vingt-quatre heures. Cette eau ne contenait que peu d'acide borique.

Le lac de Monte Kotondo, dans lequel s'épanchaient des soffionis, a été rétréci, à partir de 1840, par M. Durval père, à Taide de fossés et, dans le terrain conquis depuis lors, on a fait une série de sondages, dans le but d'obtenir des vapeurs destinées à chauffer les appareils évapora loires. La figure 179 est en croquis géologique.

Les lagonis consistent dans une fosse remplie d'eau, ordinairement de 4 à 20 mètres de diamètre, et profonde de 1",50 à 2",50, habituellement très chaude (95** à 95" centigrades). La vapeur y bouillonne (fig. 180), de façon à donner à l'eau l'apparence d'une constante ébuUition et avec assez de force pour élever la surface liquide, comme une colonne de 1 à 2 mètres et même davantage. Qui connaît les phénomènes des geysers s'attendrait, d'un instant à l'autre, à une explosion projetant en l'air toute la masse aqueuse, et laissant à sec le cratère ; mais cela ne se produit pas ici, et cet état se prolonge indéfiniment.

Les soffionis et les lagonis, après un certain temps d'action, ou s'affaiblissent peu à peu et finissent par disparaître, ou cessent soudainement de se manifester. Il arrive alors qu'un nouveau soffioni ou lagoni apparaît à une petite

< D'après une obligeante communication de M. Ch. Durval.

distance. Dans ce déplacement, il semble suivre une règle constante ; du fond de la vallée et des bords stériles et brûlés des torrents Possera et Pavone {fig. 174), les soffionisvont remontant d'année en année vers le sommet de la colline; ceux de Monte GerboH se portant à la direction de Castel- Nuovo et réciproquement, ceux de Caslel-Nuovo se dirigeant en sens contraire ; de sorte que l'on dirait qu'ils tendent à s'unir les uns aux autres pour conquérir le sommet delà montagne, un foyer commun leur servant vraisemblablement d'aliment'. Ce mouvement d'ailleurs s'effectue si lentement que, dans l'espace de cinquante ans, temps d'exis-

Flg. Iï9. — Cunpe du terraip dos safllaiiis ptts du lillage de Honlc-Roloado, départemc Vollerra.— Tp, argile plioci'np; T^, cal cuire elKbistea ÉocÈnesjCr, terraincrilicé ; L û, Ecrpentine.D'aprJ^a M.CJi.Ihirval.

tence que compte l'industrie boracifère, on n'en peut encore absolument rien conclure relativement à l'emplacement futur des établissements.

L'apparition des soffionis et des lagonis est précédée de phénomènes remarquables. Parfois des bruits souterrains se font entendre; la terre s'échauffe progressivement jusqu'à devenir brûlante, perd toute végétation et se colore diversement par l'arrivée d'efflorescences; des crevasses s'ouvrent en diverses directions, et alors, un choc accidentel, le passage fortuit d'un homme ou d'un animal, suffisent à faire jaillir la vapeur emprisonnée. Il peut être dangereux de se promener sans précaution et sans guide dans les

environs, et le souvenir de tristes événements doit tenir l'attention éveillée. D'ailleurs le craquement se produit parfois spontanément, et dans ce cas, une partie plus ou moins étendue du sol est lancée en l'air. Une fois l'entrée ouverte, le jet de vapeur continue, ou seul ou accompagné d'eau, qui alors s*accumule à Tentour et forme un lac (lagoni).

Malgré l'idée qu'ils évoquent généralement de roches fondues, dérivant essentiellement de la voie ignée, les volcans représentent avant tout des sources d'eau.

Partout l'eau en vapeur est le produit principal de leur activité.

Les canaux par lesquels cette eau parvient dans l'atmosphère aboutissent en général à une montagne qui se distingue par son isolement, au lieu de se rattacher à d'autres pour constituer une chaîne avec elles. D'ordinaire, cette montagne possède une forme conique plus ou moins régu-- Hère dont le Cotopaxi, dans la Cordillère de la Colombie (fig, 181), et le Mayon ou volcan d'Albay, dans l'Ile de Luçon (fig. 182), peuvent donner une idée.

Un autre trait distinctif consiste dans l'excavation, en forme de coupe ou cratèrcj qui les termine par en haut.

Les dimensions des cônes volcaniques sont très variables, ainsi que le montrent les mesures suivantes :

* Repetti. Happorl à V Académie des Georg.^ 185j.

va EAUX POUSSÉES PAR l,A VAPEUR.

. Vulcano (Lipari) -iOS inMres.

Stromboli (id.) 925

llekia (Islande) 1624

Etna (Sicile) 3313

Pic de Ténériffe 5716

Terror (glaces antarctiques! 5800

Mauna-Loa (Hawaï) 4135

Gunung-Dempor à Sumatrn 4222

Grand Ararat 5157

Sangay (Quito) 5225

Popocalepeit (Mexique) 5410

Klinlschew-Ktga (Kamlschatka) 5500

Ootopaxi (Quito) 5940

Aconcagua (Chili) 6834

Gualaiieri ou Sahama (Bolivie) 6990

Plusieurs de ces hauteurs sont sujettes à varier, à la suite des éruptions, qui peuvent démolir ou exhausser le cône terminal.

Les volcans actifs, dont le nombre dépasse 500, se rencontrent à des longitudes très diverses et sous les latitudes

< H. Th. Woir Cl togie, 1f)7S].

1 rfcemment donné une vue intéressante IJahrbiirh fur .tfim

les plus différentes. Habituellement ils s'élèvent en îles du fond de TOcéan ou à très peu de distance du littoral.

Le plus souvent ils sont assez rapprochés les uns des autres et constituent des séries linéaires. Une remarquable rangée de volcans coupe les deux hémisphères. Commençant à l'extrémité méridionale de l'Amérique, à la Terre-de-Feu, elle longe toute la bordure occidentale du continent jusqu'au détroit de Behring; elle traverse Tocéan Pacifique par l'archipel des lies Aléoutiennes, puis se dirige vers le sud, à travers le Kamtschatka, le Japon, les Philippines et les Moluques; là, elle se divise en deux branches, presque à angle droit, l'une s'étendant dans les îles de la Sonde, Java et Sumatra, jusqu'aux lies Andaman ; l'autre dans la terre des Papous, les archipels de Salomon et des Nouvelles-Hébrides et jusqu'à la Nouvelle-Zélande.

Dans toutes les régions du globe, la vapeur d'eau constitue le produit le plus abondant et le plus constant des éruptions volcaniques. Elle est aussi le moteur de leurs éruptions, grâce à l'énorme tension que les températures souterraines lui ont fait acquérir*.

Dès le début de l'éruption, la vapeur d'eau sort par torrents, entraînant des débris de toutes grosseurs, qu'elle a arrachés dans son trajet souterrain. Sa sortie n'est pas continue, mais intermittente, et elle se fait par énormes bouffées successives. ïl en résulte bientôt une colonne nuageuse, s'élevant verticalement et s'épanouissant dans les hautes régions de l'atmosphère, sous forme d'un pin d'Italie, suivant l'expression de Pline. Cette colonne est souvent noircie fortement par les déjections solides, cendres et lapillis,

* C'est une assertion qu'a émiçe Poulett-Scrope, dès 1825, dans son ouvrage classique sur les volcans.

410 EAUX POUSSÉES l'Ait U VAPEUH.

dont elle est mélangée , surtout au commencement de l'éruption.

La hauteur de cette colonne estsouventtrèsconsidérable, lorsqu'elle n'est pas emportée ou dissoute par les courants aériens.

Lors de l'éruption de 1822, le panache du Vésuve formai!.

fig. ita. — Le HiTon ou lolcan d'Alboy, dnns I'ILp io Lui^iin, d'après H. t'lng>?niDiir àta minei fleuri Abclla v Casiric^. Son altîdude est deiîjl niHrp9*.

d'après Monticelli, un cylindre parfait d'environ trois mille mètres de hauteur qui, à sa partie supérieure, se courbait en parabole en se dirigeant du cdté de Naples, suivant une disposition imposante que l'on a souvent reproduite. M. Th. Wolf estime à huit ou dix mille mètres la hauteur de la colonne de vapeur du Cotopaxi, lors de la grande éruption du 26 juin 1877. La figure 181 représente cette montagne à son état habituel. La figure 182 montre le Mayon avec le

• Tramartioiu of the *eumologir,at Soriely of Japon, I. V, p. 23.

panache de vapeur caractéristique. Plus récemmenl, le 5 juillet 1880, lors de son intrépide ascension du Chimborazo, M. Whymper aperçut un commencement d'éruption du Cotopazi. Une colonne de fumée noire comme de l'encre s'élevait, avec une immense rapidité, jusqu'à plus de six mille mètres au-dessus des lèvres du cratère. A cette hau-

teur elle était entraînée par un vent d'est, à angle droit de la direction primitive (fig. 183).

Très souvent la lave vient se déverser au dehors, soit par les flancs de la montagne, qui est ordinairement crevassée, soit par son sommet. L'élévation à laquelle elle monte, dans certains cas, sous l'impulsion de la vapeur, témoigne de la forte tension de celle-ci. Par exemple, au sommet de l'Etna, c'est-à-dire à 5000 mètres d'altitude, l'ascension de la masse fondue correspond à une pression d'au moins 1000 atmosphères.

Les exhalaisons ou fumerolles qui sortent de la lave, jusqu'à solidification complète, c'est-à-dire pendant des années entières, sont souvent riches en eau.

La prodigieuse abondance des menus matériaux qui sont amenés par l'éruption est aussi une preuve dans le même sens. Elle est telle que le ciel en est souvent tout à fait obscurci. Lors de l'éruption du Krakatau ou Rakata, du 27 août 1883 (fig. 184), à 10 heures du matin, l'obscurité était complète. D'après un des témoins : « le soleil, étant au-dessus de notre tête, pas la plus petite lueur du ciel, pas la plus petite trace lumineuse diffuse à l'horizon. Et cette affreuse nuit a duré dix-huit heures. Le navire le Loudon se trouvait condamné à rester sur place, devant le péril qui l'attendait. »

Le 28 août, à 500 kilomètres à l'ouest du détroit de la Sonde, le navire le Salazie reçut un orage violent, accompagné d'éclairs et de coups de tonnerre effrayants : après quelques minutes d'intervalle, l'eau fut remplacée par du sable qui aveuglait les voyageurs et, bientôt après, par une poussière blanche et impalpable, de telle sorte qu'au point du jour, le navire semblait couvert de neige.

Après l'éruption, un énorme dépôt de ces matériaux incohérents recouvrit le pays. Son épaisseur, sur 15 kilomètres de rayon, était de 20 à 40 mètres et quelquefois de 80. Deux îles, Stears-Eiland et Calmeyer-Eiland, formées par ces déjections prirent naissance. En quelques heures, un immense barrage flottant, formé par des pierres ponces, fermait la baie ; sa longueur était d'environ 30 kilomètres sur une largeur de plus de 1 kilomètre et une profondeur de 4 à 5 mètres, soit 150 millions de mètres cubes de projectiles.

M. Veerbeck estime que le volume total de sable et de cendre de ce formidable cataclysme s'éleva à 18 kilomètres

VOLCA?JS ET SOLFATARES. 413

cubes. Quelque énorme que soit ce volume, il est encore dépassé par celui que vomit le Timboro ou Tambora, en 1815, volume qui était au moins de 150 kilomètres cubes.

Lors de l'éruption de l'Etna, de 1865, d'après M. Fouqué, l'un des six cratères actifs a détoné pendant cent jours, à peu près toutes les quatre minutes, en donnant chaque

;. ISI. — Vue [lu Krakalau,

fois naissance à une épaisse colonne de vapeur d'eau, ayant environ 4000 mètres carrés de section et 500 mètres de hauteur et correspondant à un volume d'eau liquide de 10 mètres cubes. Les six cratères fournirent donc 22 000 mètres cubes d'eau par jour, soit environ 2 millions de mètres cubes pendant la durée totale de l'éruption.

D'ailleurs les pluies torrentielles que provoquent souvent

les nuages engendrés par Téruplion, sont également une preuve de la grande quantité d'eau qu'elle apporte.

Toutes caractéristiques qu'elles soient, les éruptions sont, pour la plupart des volcans, un état exceptionnel, dont la durée est incomparablement moindre que celle du repos.

On sait que lors de sa mémorable éruption de Tan 79, le Vésuve était depuis bien des siècles à un repos si complet que les habitants traitaient de légendes le souvenir des anciennes éruptions. Depuis lors, il y en a eu un grand nombre et de très récentes. Le volcan de Tile d'Ischia, l'Epomeo, n'a pas donné d'éruption depuis 1502.

Comme exception à ces intermittences, on peut citer l'activité permanente du Stromboli, qui, avec des intensités variables, persiste depuis plus de deux mille ans, avec un bain de lave en ébullition permanente. Ce petit cône est connu, depuis l'antiquité, des navigateurs qui considèrent sa colonne comme un pronostic du temps, servant à la fois de baromètre et d'hygromètre.

Lorsque les volcans ne sont pas dans le paroxysme de l'éruption, ils ne sont pas complètement inactifs : le plus souvent ils exhalent de la vapeur d*eau, reconnaissable au panache qui les surmonte (fig. 181). D'après M. Whymper, l'imposant Colopaxi, lorsqu'il tenta de l'escalader en février 1880, lançait constamment de l'eau, mais d'une manière très inégale; les 18 et 19 février, sans projeter de pierres, la vapeur s'élevait en un jet d'une grande violence, en bouillonnant du fond de l'abime.

Il est une sorte de demi-activité, dont la solfatare do Pouzzoles peut servir de type, et qu'atteste une émanation continue de vapeur d'eau, accompagnée d'hydrogène sulfuré et de quelques autres substances. Le nom de cette petite montagne est devenu générique et s'applique à d'autres sources continues de vapeurs, jaillissant également de cra-

tères ou dans leur voisinage, tels qu'on en voit à Vulcano, à Milo, au Demavend, à la Guadeloupe, à la Réunion, à Java, au Chili et ailleurs. Leur association aux montagnes volcaniques les distingue des soflionis, dont il a été question plus haut et qui sortent, non de cratères, mais de simples fissures profondes.

A part les solfatares les plus répandues et qui ont ordinairement leur siège dans des cratères, il en est d'une autre catégorie, que M. Domeyko a très bien fait connaître au Chili*. Ces dernières sont latérales, c'est-à-dire placées sur les flancs de grands cônes volcaniques.

Les faits remarquables qui se rapportent à l'origine des solfatares de cette catégorie méritent d'être rapportés avec quelques détails, à cause de la lumière nouvelle qu'ils jettent sur les phénomènes qui nous occupent.

La solfatare de Cerro Azul, au Chili, dans le grand massif trachytique des Descabezados, s'est ouverte tout récemment dans une gorge profonde, entre deux montagnes volcaniques et à la limite méridionale du massif des deux Descabezados. Le 26 novembre 1847, à la suite de bruits extraordinaires ressemblant à des détonations ou à des mugissements et qui continuèrent le lendemain, la montagne de Cerro Azul, du côté du nord, apparut en feu. Quinze jours après, deux gardiens de troupeaux trouvaient le passage qu'ils suivaient d'habitude obstrué par d'énormes blocs, qui exhalaient des fumées épaisses, au milieu desquelles on apercevait des flammes. Le phénomène eut lieu à des altitudes comprises entre 3000 et 1650 mètres, sur une longueur de 8 à 9 kilomètres.

Dans toute son étendue, la solfatare se compose d'énormes blocs trachytiques fracturés, a arêtes vives, soulevés et

« Annales des Mines, V série, t. IX, p. i(58, 1870.

entassés tes uns sur les autres, et formant des monceaux, qui ont 80 à 100 mètres de hauteur au-dessus du so]. Du milieu de ces monceaux on voyait sortir, sur toute la longueur de ta solfatare, d'innombrables fumerolles et, de temps eu temps, des jets plus élevés de vapeur, accompagnés de bruits et de projections de pierre. Mais on n'y a pas trouvé de matières fondues, ni de projections de lapilli, de ponce ou de cendres volcaniques, que les volcans actifs du Chili rejettent dans leurs éruptions. Tout annonce que la solfatare

s'est ouverted'un seul coup, sur une crevasse longitudinale, formée dans la croûte trachytique du massif et produite par le dégagement violent de la vapeur d'eau.

En 1877, il y avait quatre années qu'elle était complètement éteinte; elle ne dégageait plus traces de fumées, ni de vapeurs; mais elle conservait à peu près la configuration el la hauteur qu'elle possédait à l'époque de sa formation.

C'était, vu à une certaine dislance, un solide de forme assez régulière, que représentent les figures 185 et 186.

Si l'on jette maintenant un regard sur la carte (fig. 187)

VOLCi-NS tT SOLFATARES. il?

OU y voit indiquées, fiutour du grand lïiassif tmngiilaire que dominnut deux énormes cônes volcaniques à cratères éteints, outre celle dont il vient d'être question, quatre autres sollalares qui ont les mêmes caractères et sans doute la même origine. Ces solfatares ne montrent plus que les traces d'autant de soupiraux ou crevasses latérales {respiraderos ou canaux de respiration), qui à diverses cpoqucs se sont ouvertes sur les ilancs du massif, peut-éti'c par suite de l'obstruction du vulcaJi.

Il faut ajouter que des phénomènes, semblables à ceux qui

ont eu lieu à la naissance cl pendant toute l'époque d'activité de la solfatare de Cerro Azul ', se sont reproduits, bien qu'à de grands intervalles de temps, sur d'autres points de la chaîne méridionale des Andes. Ainsi il est connu qu'en 1845, aux approches du volcan éteint deSan José (lat. 53° 40'), d'une altitude de C008 mètres, on entendit, à plusieurs lieues de distance, des bruits épouvantables qui venaient de cette

1. If. Doiiic)ko u'a pas rcculii Jefanl li:a tjli^'ui's de truU voviiges successifs pour bUivi'e kii jiliascs de celte £011311111!.

lis EAUX POUSSÉES PAR LA VAPEUR.

cordilliéro. Il so forma une crnvasse dans la direction du volcan, vers la valli''e de Jcso, où passe Iccheniiii de Mcndoza; d'énorracs tas de pierres et de rochers brisés turent rejetés et envahirent la vallée. Pendant longtemps ces décombres exhalèrent des fumées et de la vapeur d'eau, sans

Ediello:

irKSenlée* par des hachures. — llipréi H. Domcyka.

qu'il y eût le moindre indice d'éruption et d'activité au cratère du volcan.

Ces phénomènes indiquent l'origine et servent à expliquer la formation des rangées de conglomérais traehytiques, qu'on voit souvent former des crèles allongées et saillantes, sur des pentes, peu accidentées d'ailleur-s, des montagnes volcaniques.

La solfatare de Chillan, que l'un connaît aussi sous le

nom de Cerro (ou Cerrito) de Azufre, peut être prise comme type de solfatares latérales permanentes.

En face de la ville de Chillan, chef-lieu de la province de Nubie (latitude 36** 48% et un peu à l'ouest de la ligne de séparation des eaux, dans les Andes, s'élèvent, l'un à côté de l'autre, deux cônes volcaniques nommés Volcan Nuevo de Chillan et Nevado ou Volcan Viejo de Chillan. Une figure du massif sera donnée plus loin. Le sommet cralériforme du Nevado atteint la hauteur d'environ 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer. De ces deux volcans, le Nevado paraît être éteint depuis un temps immémorial, taudis que son voisin, le Volcan Nuevo, a produit le 2 août 1861 des éruptions de laves, accompagnées de matières incohérentes et de cendres, que le vent emportait à plus de 50 kilomètres de distance. En général, ce groupe volcanique et les montagnes qui l'environnent se composent de roches trachytiques, de même espèce que celles du massif des deux Descabezados. A la base du cône du Volcan Viejo, dit le courageux auteur de la carte géologique du Chili, M. Aimé Pissis, jaillissentde nombreuses bouffées de vapeur connues sous le nom de Vulcancitos (petits volcans). Parmi les bouffées intermittentes, qui rappellent sur une petite échelle les geysers d'Islande, les plus notables se trouvent près de l'établissement des bains et occupent le fond d'une cavité conique qui paraît avoir été produite par une explosion. La vapeur qui s'en dégage presque continuellement s'arrête par moment : on entend alors un bruit sourd ; puis survient une forte projection, qui élève à quelques mètres de hauteur une colonne d'eau bouillante, avec des sifflements. Bientôt arrive un nouveau temps de repos et le même phénomène se répète par intervalle de quelques minutes.

Une solfatare, tout à fait semblable à celle de Chillan,

existe a deux degrés de latitude plus au nord, près de la base du volcan éteint Tinguiririca, dont le sommet s'élève à 4478 mètres au-dessus de la mer; elle porte aussi le nom de Cerro de Azufre. Ses vapeurs marquent 90" à Torilice de sortie.

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