JEAN-FRANÇOIS LELEU
i. Petite commode en bois des Iles, provenant du mobilier royal ( Petit Trianon).
2. Grande commode en acajou, présumée provenir du prince de Condé ( coll . Wallace à Londres).
Leleu fournissait également le prince de Condé. Entre 1772 et 1777, il envoya au Palais-Bourbon et à l’hôtel de Lassay une quantité de meubles valant plus de 60.000 livres. Durant les dix années suivantes, il continua de recevoir des commandes pour les châteaux de Chantilly, de Saint- Maur et de Villegénis, ainsi que pour l’hôtel de la princesse Louise, rue Monsieur h Les archives du Musée Condé conservent plusieurs mémoires de l’ébéniste, où celui-ci donne une minutieuse description des ouvrages qu’il créa pour ces résidences. Au nombre des plus précieux figuraient un bureau à cylindre orné de douze têtes de lion 1 2 et une grande commode offrant des mosaïques à fleurs de lys avec le chiffre du prince incrusté sur fond bleu 3. Outre de pareils morceaux, Leleu exécutait pour ses clients des travaux relevant de l’ébénisterie commune et même de la simple menuiserie. Car cet actif artisan ne dédaignait aucune tâche et se chargeait volontiers de garnir toute une maison depuis les salons jusqu’aux mansardes. C’est ainsi qu’il fabriqua pour le château de Marais, près de Dourdan, un mobilier très divers dont le marquis de Noailles possède à Champlâtreux quelques spécimens, comprenant des pièces en bois de noyer avec une superbe commode de laque polychrome. Leleu entreprit dans les mêmes conditions l’ameublement du château d’Hénonville en Beauvoisis : chez Mmes la baronne d’Ivry, la comtesse Henri de Gontaut-Biron, la marquise de Courcy, née de Nantois, et chez le comte de La Panouse, sont dispersés des ouvrages que le maître livra pour cette demeure. Ses talents furent employés aussi par le marquis de Laborde au château de Méréville 4.
Elu juré de la communauté le 2 août 1774 5, Leleu remplissait encore cette fonction quand Turgot fit dissoudre les organisations professionnelles en février 1776. On sait qu’un édit royal les rétablit cinq mois plus tard. De nouvelles élections attribuèrent alors à notre ébéniste une
1. Arch. du Musée Condé à Chantilly. Compte général de la Construction du Palais Bourbon (1773-1778); Reg. des ordonnances... (1772-1777); Comptes du Prince de Condé, Chantilly, etc. (1775-1787). — Cf. G. Maçon. Les Arts dans la Maison de Comîè, Paris, 1903, p. 1x6, 136, 138 et 139.
2. Arch. du Musée Condé ià Chantilly. Série A.C. cart. 7. Mémoires d'Ouvrages faits et fournis pour S. A. S. Mgr le Prince de Condé, par Leleu, ébéniste, rue et près de la place Royale, 1772 : « Palais-Bourbon. Salon rose. Avoir fourni un bureau à cylindre de 2 pieds 6 p. de long, 18 p. de profondeur, 3 pieds 3 p. de haut. Le corps d’en haut est composé de six tiroirs de bois satiné massif, plaqué en mosaïque, et la tablette ferrée d’une machine faisant jouer l’abattant qui est garni d’un velours vert. Le corps d’en bas est composé de cinq tiroirs en bois d’acajou massif, dont un ovale où est posée la serrure, faisant fermeture de toute la pièce par d’autres machines. Ledit secrétaire est à pieds carrés et angles renforcés. Au-dessous ce sont des consoles en bois d’amarante massif, cannelées en cuivre lisse, les pieds plaqués en bois d’amarante et rose, filets noirs et blancs, les panneaux et l’abattant en mosaïque nuancée... Le corps dudit secrétaire est orné de 4 sabots à boules et feuilles d’eau ; dans les angles des pieds, quatorze bouts de guirlandes à feuilles de chesne ; au-dessous huit doubles feuilles d’eau, les carrés à grains de chapelet, douze testes de lion, une moulure unie pour le pilastre, dix-huit baguettes et fleurons à laurier, six feuilles d’ornemens, dix fleurons à rouleaux. Sur les côtés et devant sont cinq cadres à laurier dans un ovale, dans le milieu un soleil ; pour le carderon
est une moulure à feuilles d’acanthe. Le corps d’en haut, les
côtés ornés de deux demi-cercles de doubles portes à jour. La