JEAN-HENRI RIESENER
Grand bureau en marqueterie, exécuté en 1769 pour le roi Stanislas II de Pologne (colt. Wallace à Londres). 2. Grande commode en marqueterie, provenant du comte de Provence. (Musée Coudé à Chantilly).
vence, le comte et la comtesse d’Artois, Mesdames Adélaïde et Victoire, le duc d’Orléans, le duc de Penthièvre. Toute la haute société se fournissait chez lui. La duchesse de Brancas, une ancienne cliente d’Œben, le chargeait d’exécuter des « ouvrages précieux d’ébénisterie et de divers marbres 1 » ; le duc de Praslin lui demandait des bureaux, des commodes, des consoles 2 ; le duc de La Rochefoucauld des tables mécaniques3 ; le duc de Biron des pièces ornées de cuivres à son chiffre4; et quantité de personnages, comme le comte de Buffon 5 et le fermiergénéral Grimod de la Reynière6, lui faisaient embellir leurs hôtels et leurs châteaux. Joignant à son activité prodigieuse des habitudes d’ordre et d’économie, Riesener amassa rapidement une fortune évaluée à près d’un million. Sa femme était morte en 1776, lui laissant un fils unique, Henry-François Riesener, qui devait se faire connaître comme peintre de portraits. Après sept ans de veuvage, l’ébéniste du Roi convola en secondes noces avec Marie-Anne Grezel, fille encore mineure d’un bourgeois de Paris.
Depuis lors son étoile commença de pâlir. On prétend que la discorde se mit bientôt dans le ménage et que les démêlés de l’artiste avec sa seconde femme assombrirent le reste de ses jours7. Un fait plus certain, mais encore inédit, c’est qu’il ne tarda pas à se brouiller avec l’administration du Garde-meuble. En 1785, le Roi, alarmé par la détresse du Trésor, exigea des réformes dans le fonctionnement et la comptabilité de ce service. Or Riesener, très convaincu de ses mérites, avait des prétentions que l’intendant général jugeait « excessives, même ridicules 8 ». On usa de moyens rigoureux afin de l’empêcher de surfaire ses prix. Il dut signer un cahier de soumissions, avec l’engagement de s’y conformer pour les articles ordinaires, d’établir un devis préalable pour les autres commandes, et d’accepter toutes les expertises qui seraient jugées utiles en vue de fixer la valeur de ses travaux 9. Le maître ne subit pas sans résistance cette mise en tutelle. Aussi fut-il évincé peu à peu par son confrère Beneman. Le montant de ses fournitures, déjà fort réduit en 1786, tomba les deux années suivantes au-dessous de 1.500 livres10. Cependant il conservait encore toute la faveur de la Reine, qui était trop grande dame et femme trop frivole pour marchander ses fantaisies.
1. Annonces, Affiches et Avis divers, 1770, p. 257: Vente des meubles et effets de feue Mme la duchesse de Brancas.
2. Ibid., an VI, p. 1272 et 1294 : Vente publique des meubles et effets de M. Choiseul, rue Grange-Batelière. — Cf. Vente San-Donato, Florence, mars 1880, n° 1086.