LOUIS CRESSON
Fauteuil Louis XV à décor de rinceaux et palmes, (i inc. coll. Jacques Doucet).
MATHIEU CRIÆRD.
Commode Louis XV peinte en camaïeu vert et garnie de bronzes argentés. (collection particulière).
CUCC1 (Domenico) \ dit Dominique Cuccy, fameux ébéniste et bronzier italien, natif deTodi, près de Rome; mort, vraisemblablement à Paris, vers le mois de septembre 1705. Appelé en France par Mazarin, aux alentours de 1660, — date à laquelle il pouvait avoir une trentaine d’années, — Cucci prit bientôt une place éminente dans la pléiade d’artistes qui concouraient à l’embellissement des palais de Louis XIV. Il était logé aux Gobelins, où Colbert l’avait installé dès la fondation de cette manufacture consacrée à la fabrication des meubles de la Couronne En novembre 1664, six mois après son mariage avec la fille du peintre Gougeon, il reçut des lettres de naturalisation faisant l’éloge de ses travaux pour « les grands cabinets d’ébène, sculture, mignature, pierreries, orphèvrerie et autres ornemens » destinés aux maisons royales2 *. L’artiste venait alors d’entreprendre, pour la galerie d’Apollon au Louvre, deux chefs-d’œuvre que les documents de l’époque dénomment les Temples de la Gloire et de la Vertu* . C’étaient de splendides armoires dans le goût florentin, ouvrant par des volets comme un triptyque et décorées à l’intérieur avec une richesse inouïe. Des tables soutenues par six termes à bustes d’atlantes leur servaient de support, et elles avaient pour couronnements des groupes de bronze doré qui montraient Louis XIV conduisant le quadrige du Soleil au-dessus du temple de la Gloire, tandis que Marie-Thérèse symbolisait la Vertu sous la figure de Diane menant un attelage de quatre cerfs4. Ces meubles grandioses ont malheureusement péri comme toutes les ébénisteries du même artiste. Dès 1747, ils tombaient en ruine, et le Garde-meuble les donna au Muséum du Jardin du Roi, pour l’intérêt que leurs pierreries pouvaient encore offrir dans une collection de curiosités.
Peu après l’achèvement de ce travail, Cucci commença les magnifiques ouvrages connus sous le nom des Cabinets de la Paix. En bois d’ébène incrustés d’étain, chargés de cuivres précieux, couverts de lapis, de jaspe et d’agate, ils formaient des portiques à colonnes de marbre, que surmontait un fronton orné des armes royales. Ces portiques encadraient les statues assises du monarque et de son épouse, auxquels le sculpteur avait donné les attributs de Mars et de Minerve. Derrière les volets, dans des niches de lapis, d’autres figures de bronze doré représentaient quatre Héros escortant le Roi et quatre Vertus accompagnant la Reine. Les deux meubles étaient portés par des cariatides qui personnifiaient les principaux fleuves du monde s.
Entre 1670 et 1684, l’artiste créa, pour les grands et petits appartements de Versailles, plusieurs morceaux analogues, parmi lesquels un somptueux cabinet destiné à la chambre de Louis XIV. Il produisit encore des armoires, des piédestaux, des boîtes de clavecin. Toutes ces pièces offraient des cuivres admirables que Cucci modelait et ciselait lui-même dans son atelier des Gobelins. Il était d’ailleurs attaché au service des Bâtiments non seulement comme ébéniste, mais aussi comme fondeur. A ce dernier titre, il exécuta la merveilleuse balustrade de l’escalier des Ambassadeurs à Versailles et entreprit plus tard de renouveler toutes les gar-
1. Bibliographie : A. de Champeaux, Le Meuble, t. II, p. 43 et suiv. ; Id. Dict. des Fondeurs-Ciseleurs ; — E. Molinier, Hist. générale des Arts appliqués à l’Industrie, t. III, p. 47 et suiv. —
Jal. Dict. crit. de biographie et d’histoire, p. 461 ; — H. Vial,
A. Marcel et A. Girodie. Les Artistes décorateurs du Bois, t. I, p. 128-129.
Les Ébénistes du X VIIIe siècle.