MÉMOIRE
Frésenté par VUvêque de Québec au Très Honorable Lord Dorchester, pour répondre au désir qu?a témoigné Son Excellince de savoir si le diocèse de Québec avait encore besoin du secours' de prêtres européens et quel sort on pourrait leur faire.
L'Evêque de Québec voulant répondre aux désirs de Son Excellence, a l'honneur de lui soumettre très respectueusement les observations suivantes :
Il est certain que' depuis la conquête de cette province par Sa Majesté britannique, les ecclésiastiques n'y ont pas été aussi nombreux qu'il aurait été nécessaire pour subvenir aux besoins spirituels des peuples. Le retour de plusieurs prêtres de Ce diocèse en France lors de la conquête, l'interruption des études pendant plusieurs années, la dispersion d'un grand nombre de sujets au siège de 1759, six ans de vacance de l'évêché de Québec, enfin notre séparation d'avec la France d'oii l'Eglise du Canada avait coutume de tirer une partie de ses sujets : voilà probablement les principales causes qui ont rendu le nombre des ecclésiastiques de ce pays si inférieur en proportion à celui des peuples.
Entre les différents moyens que l'on a proposés depuis la conquête pour augmenter le nombre des ouvriers ecclésiastiques dans la province de Québec, Monsieur Briand était d'opinion que l'on fit une application pour obtenir des prêtres français, non pas sans choix et sans distinction, mais seulement des deux maisons de Saint-Sulpice et des Missions- Etrangères. Ces sujets placés en Canada dans les deux séminaires de Québec et de Montréal, auraient été surveillés par leurs supérieurs respectifs, et renvoyés en France par le gouvernement ou par l'évêque dans le cas d'une mauvaise conduite. Le parti que l'on espérait en tirer, était 1° de les employer à la desserte des âmes des deux villes et au soutien
des séminaires ; 2° d'en faire dés professeurs pour les hautes sciences, comme les Mathématiques, la Philosophie, etc.; 3° d'en détacher quelques-uns pour la desserte des missions sauvages de ce diocèse. On a remarqué de tout temps que les prêtres français remplissaient très bien ce dernier objet. En supposant les villes pourvues de la manière qui vient d'être dite, les sujets canadiens suffiraient assez largement pour la desserte des campagnes.
Mais le gouvernement ayant témoigné de l'opposition à admettre en cette province des prêtres nés sous la domination de la maison de Bourbon, on a cessé depuis longtemps de faire des démarches pour en obtenir.
En 1785, un évêque d'Irlande, en accordant le Révérend M. Jones aux désirs des catholiques d'Halifax, offrit des prêtres irlandais pour le secours du diocèse de Québec ; sur quoi feu M. d'Esgly écrivit à M. l'abbé Hussey, à Londres, le priant d'obtenir du ministère britannique la permission de faire passer dans ce diocèse des prêtres irlandais ou anglais, pour remplir les objets ci-dessus énoncés, savoir : l'instruction de la jeunesse catholique dans les séminaires, et la desserte des missions sauvages. C'est probablement en conséquence de cette recommandation que Monsieur Hussey envoya dans le diocèse Monsieur Rodrigue McDonell, qui remplit depuis près de cinq ans la mission iroquoise de Saint-Régis, avec beaucoup de succès et d'édification. C'est encore par ses soins que Monsieur Edmund Burke est venu en 1786 au Séminaire de Québec dont il est un des directeurs, et où il a déjà enseigné deux cours de Philosophie et de Mathématiques.
Les qualités que monsieur d'Esgly demandait dans les ecclésiastiques qu'on pourrait envoyer d'Angleterre ou d'Irlande au secours de ce diocèse étaient : 1° qu'ils fussent munis, de la part de leurs supérieurs ecclésiastiques, de bons témoignages de vie et de mœurs ; 2' qu'ils fussent savant» dans la Philosophie et dans la Théologie ; 3° qu'ils fussent d'un caractère doux, sociable, et uniquement attachés à leurs fonctions ecclésiastiques ; 4° qu'ils fussent capables de mener dans les séminaires de cette province une vie unie, réglée et laborieuse ; 5° que l'évêque eût la liberté de les remercier s'ils ne se conduisaient pas d'une \ manière édifiante. Les avan-
tages que l'on se proposait de leur faire étaient les mêmes que l'on fait ordinairement aux ecclésiastiques de ce pays ; de sorte que ceux des prêtres britanniques qui se seraient fixés dans les séminaires, y auraient été sur le même pied que les autres prêtres déjà incorporés aux dits séminaires ; ceux qui auraient préféré de travailler dans les missions, auraient pareillement eu pour leur subsistance les fruits attachés aux dites missions, sans aucune distinction des sujets Canadiens ou Britanniques.
Mais pendant que l'on prenait toutes ces mesures, les Canadiens se sont insensiblement approchés des Séminaires. La plupart des membres actuels de ces deux maisons sont Canadiens et il s'en présente de nouveaux pour s'y associer. Les classes se sont soutenues par la méthode que l'on a prise de préposer aux humanités et à la rhétorique, tant dans le Séminaire de Québec que dans le Collège de Montréal, de jeunes clercs qui répétaient leur cours d'études en enseignant aux autres. Plusieurs prêtres Canadiens ont successivement enseigné la philosophie et les mathématiques avec applaudissement. Il en est de même de la plupart des missions sauvages gouvernées depuis quelques années par des Canadiens qui ont appris la langue avec facilité, et desservent assidûment.
Ainsi quelque peu nombreux que se trouve le clergé de ce diocèse, il est pourtant vrai que dans la situation présente des choses, des prêtres étrangers ne seraient presque d'aucun secours pour la partie canadienne ; 1° parce que, comme on l'a observé ci-dessus, les Missions Sauvages et les Sémi" naires pour lesquels principalement on avait demandé des sujets européens, se trouvent passablement remplis ; 2° quant aux prêtres britanniques, desquels seuls l'Eglise du Canada pouvait attendre de l'aide, il y a parmi eux, comme partout ailleurs, des sujets très bons et de très médiocres. Leurs supérieurs ecclésiastiques garderaient , sans doute les meilleurs pour leur propres églises. Or, il faudrait une grande sagacité pour en choisir parmi les autres qui nous convinssent et qui s'accommodassent de notre manière de vivre appliquée et laborieuse.
D'ailleurs la diflFérence de langage ajoutée à celle des
mœurs, des coutumes, des usages, ne les rendraît-ils pas peu propres à la desserte des paroisses canadiennes? En&n, il serait peut-être à craindre que ces Messieurs, accoutumés à raisonner librement sur tous les objets de politique, ne fissent quelques impressions désavantageuses sur les esprits- d'un peuple auquel nous avons toujours prêché une obéissance exacte aux ordres du Souverain ou de ses représentants, et une soumission entière à tout système légal de lois, sans examen ni discussion. Tant que les Canadiens n'ont point entendu d'autre politique que celle-là, ils ont donné les plus beaux exemples de soumission et de fidélité envers le gou- -^vernemènt. Il n'était pas rare autrefois de voir des partis assez considérables de milices canadiennes quitter joyeusement leurs foyers, pour aller défendre leur Roi et leur patrie tantôt au Détroit, tantôt à la Belle-Rivière ou aux autres extrémités de la colonie. Si, depuis 1775, cette ardeur s'est ralentie dans certains endroits de la province, si l'on ne trouve pas toujours le même empressement, la même soumission à l'autorité publique, n'a-t-on pas droit de s'en prendre au progrès qu'a fait parmi nos Canadiens l'esprit de liberté et d'indépendance^ amené d'abord par la circulation des manifestes des Anglo-Américains, au commencem.ent de la dernière guerre, et répandu depuis par la multiplication et la licence de nos gazettes et par la liberté des conversations sur les affaires politiques? Quel danger pour nos peuplés s'ils avaient des pasteurs qui favorisassent ces idées ?
Monsieur Briand, qui connaissait parfaitement bien les Canadiens, et qui avait observé pendant son séjoiir à Londres les maximes sur lesquelles se dirigeaient les prêtres catholiques d'Angleterre, ne les a jamais crus fort propres au gouvernement spirituel des peuples canadiens élevés dans des principes tout à fait dissemblables. Monsieur d'Esglis était dans la même persuasion lorsqu'il se bornait à les demander pour professeurs des hautes sciences ou pour missionnaires des sauvages. Les dernières lettres qu'il écrivit en Angleterre à ce sujet tendaient seulement à obtenir des missionnaires britanniques pour la desserte de la Nouvelle-Ecosse, qui fait partie de ce diocèse, ainsi que les îles adjacentes. Cette province, en effet, où les catholiques nombreux sont
presque tous Anglais, Irlandais, Ecossais, ou Âcadiens sachant bien la langue anglaise, ouvre une carrière favorable au zèle des ecclésiastiques britanniques. C'est pourquoi l'évêque de Québec supplie avec instance le gouvernement, de vouloir bien continuer de permettre l'émigration des missionnaires anglais ou irlandais dont la Nouvelle-Ecosse pourrait encore avoir besoin. Cette partie de son troupeau lui est chère comme toutes les autres, et il ne se verrait frustré qu'avec peine de ce seul moyen de pourvoir à sa desserte.
Il paraît que M. Jones, nommé supérieur de la mission de la Nouvelle Ecosse, par fèu Monsieur d'Esglis, a mérité dans cette province la confiance du gouvernement et l'estime des protestants et des catholiques. Son Excellence le gouverneur Parr fit à l'évêque de Québec l'honneur de lui en écrire l'année dernière en des termes fort obligeants. Monsieur Jones a sous ses ordres deux autres prêtres irlandais. Messieurs Phelan et Power, et par ses dernières lettres il paraît en espérer quelques autres ; ce Monsieur est autorisé par l'évêque à examiner les témoignages de science et de mœurs des prêtres qui viennent au secours de sa mission ; mais surtout à s'assurer qu'ils ne soient pas des esprits turbulents capables de répandre dans le peuple des maximes contraires au respect et à l'obéissance dus au gouvernement.
Les missionnaires qui travaillent présentement dans la Nouvelle-Ecosse, ainsi que ceux qui pourraient y être employés dans la suite, n'ont guère autre chose à espérer pour leur subsistance que ce qiie perçoivent les missionnaires préposés aux paroisses du Canada, savoir une légère décimation sur les agriculteurs et de simples obligations volontaires de la part des autres fidèles. Cependant on peut dire, à la louange des catholiques de la Nouvelle-Ecosse, qu'ils paraissent se porter avec assez de zèle à l'entretien de leurs pasteurs, surtout depuis que Monseigneur d'Esglis leur a envoyé, en 1787, une lettre pastoi'ale à ce sujet. Le missionnaire qui réside à Halifax est plus mal pourvu du côté du temporel que ceux qui parcouraient les autres missions.
L'évêque de Québec ose encore serflatter que, dans le cas où des sujets natifs des Iles Britanniques et professant la religion romaine viendraient s'établir en Canada, en assez
grand nombre pour occuper un ou plusieurs missionnaires, le ministère voudrait bien permettre que des ecclésiastiques britanniques passassent en cette province pour rendre à ces fidèles les services spirituels dont ils auraient besoin. Mais il faudrait pour le bon ordre que de tels prêtres fussent obligés de résider dans leurs missions respectives, sans quoi leur ministère ne serait que d'une utilité très médiocre. Quant au sort qu'on pourrait leur faire du côté du temporel, il semble que ce serait à leurs peuples de les faire vivre comme les peuples de ce pays font vivre leurs curés, sauf à donner à ces nouveaux missionnaires, par manière d'aumône, quelque léger secours dans les premières années de leur desserte.
t Jean-Fkançois,
Evêque de Québec.
Québec,-20 mai 1790.
Rièce C, page 59.
ADEESSE
Du comité anglais de secours, insérée en français dans le " Courrier de Londres " du 1er mars 1793.
Lorsque les 'souscriptions commencèrent à s'ouvrir pour venir au secours des ecclésiastiques réfugiés dans les Etats britanniques, il y avait lieu de croire que, dans l'espace de peu de mois, ils pourraient retourner dans leur patrie. Mais les événements ayant fait échouer ces espérances, le comité regarde le Canada comme un asile qui pourrait convenir à beaucoup de ces infortunés.
Le gouvernement ayant accueilli ce projet, pour concourir à en faciliter "l'efiEet, le comité a envoyé faire les recherches et les préparatifs nécessaires ; et l'on peut espérer que bientôt on leur aura trouvé des lieux de sûreté et d'asile. Il est certain cependant que, sous quelque point de vue qu'on envisage la chose, on aura besoin de fonds considérables, et
il n'est que trop vrai que ce qui reste en main est à peine sufiBsant pour fournir à quelques semaines. On a certainement déjà beaucoup donné; mais le comité ne peut, s'empêcher d'observer que plusieurs personnes riches et d'un caractère respectable semblent avoir arrêté leurs contributions, dans la pensée que la souscription était suflâsante pour le moment, et dans l'intention d'attendre qu'elle fût presque épuisée. Quoi qu'il en soit, le comité prend la liberté d'assurer ces personnes que le moment est venu, et que leurs charités ne peuvent arriver plus à propos.
Le caractère anglais ne peut se présenter que sous son vrai jour aux yeux des autres nations, lorsqu'elles apprendront que près de trois mille de ces étrangers ont été soutenus, pendant plusieurs mois, par les contributions volontaires de quelques particuliers. Ces actes de^bienfaisance ont heureusement prouvé que ni le préjugé national, ni la dififérence des opinions religieuses et politiques, n'ont pu arracher du cœur des Anglais le sentiment de la vraie charité chrétienne.
Ne laissons donc pas ternir le lustre d'une action si vertueuse, en ne persévérant pas jusqu'à la iin. Achevons ce que nous avons commencé. Ne permettons pas que ceux que nous avons soutenus jusqu'ici, et auxquels nos bontés ont donné de flatteuses espérances, soient réduits au plus affreux désespoir, et périssent sous nos yeux, manquant du nécessaire, tandis que tant de riches habitants de ce royaume peuvent y suppléer d'une très petite partie de leur superflu.
Animés de ces sentiments, sensiblement touchés des preuves journalières de la reconnaissance et des malheurs de ces victimes de leur conscience, ne leur voyant d'autre espoir que dans la continuation de ces œuvres qui les ont soutenus jusqu'ici, nous hasardons avec confiance encore une fois de nous adresser à nos concitoyens compatissants, et de les supplier de nous fournir des secours assez abondants pour mettre le comité en état de pourvoir à leurs besoins actuels, et pour faire face aux frais de leur transport et de leur établissement dans la partie du monde qui leur sera destinée.
Pièce D, page 64.
MÉMOIRE DE Mgr DE LA. MARCHE
Envoi de trois ecclésiastiques et d'un laïc au Canada, aux ' frais du gouvernement d'Angleterre.
L'objet de leur mission est :
1° De faire connaître dans cette contrée plus particulièrement les malheurs et le courage des ecclésiastiques victimes de leur attachement à la foi catholique, apostolique et romaine, et de leur fidélité à leur prince légitime ; et par là disposer favorablement les habitants du pays, soit catholiques, soit protestants, à l'égard de ceux que la générosité anglaise, après les avoir soutenus en Angleterre pendant plus de six mois par des secours puissants, désire d'aider par des moyens plus puissants encore à se procurer une existence permanente dans l'exercice de leur sainte religion.
2° De se faire connaître eux-mêmes d'une manière avantageuse aux habitants par une piété édifiante et une régularité constante, ainsi que par leurs connaissances ecclésiastiques et littéraires, et par la douceur et l'aménité de leur caractère ; en même temps par leur attachement au roi et au gouvernement sous lequel ils vivent, et leur éloignement pour toutes les idées archi-monarchiques et anti-royales, qu'ont malheureusement adopté dans ces derniers temps même les ecclésiastiques vertueux. et inviolablement attachés à leurs principes religieux.
3° De faire connaître aux habitants que la classe d'hommes qui peut, au printemps prochain, aborder ces contrées, y vient sans doute dans l'espérance de pouvoir s'y procurer quelques avantages fixes et permanents par la suite, mais que les mêmes hommes sont également animés du désir de se rendre utiles sous tous les rapports, spécialement sous le rapport de la religion, qui fut toujours le principal objet de leur étude, de leiir dévouement et de leur zèle. On peut compter que des hommes qui ont sacrifié leurs biens, leur repos, leur aisance, plutôt que de trahir leurs devoirs et leur
conscience, ne viendront habiter une terre étrangère qu'avec des dispositions de désintéressement et de paix. La plupart seront très propres à l'enseignement et seront disposés à se dévouer à l'éducation de la jeunesse et à l'instruction publique et particulière.
Subordonnés aux autorités légitimes par devoir, par principes et par leur éducation, ils seront tous soumis à la juridiction des supérieurs ecclésiastiques et civils, ils seront dans la main des évoques, et le moindre signe de leurs désirs sera un ordre pour eux ; leur voix sera pour tous la voix de la Providence, qu'ils seront toujours prêts à écouter et à suivre pour s'acquitter des emplois auxquels on les appellerait et auxquels ils seraient jugés propres et utiles.
4° Comme ils sont destinés, dans le cas oii la Providence, secondée par le gouvernement anglais, les conduirait en grand nombre en Canada à travailler de leurs propres mains, et à demander à la terre de répondre à leurs travaux par des productions propres à prolonger leur subsistance, les envoyés annonceront qu'on ne devra amener en général que des personnes saines, et dans la force de -l'âge ; qui n'ayant, quand la chose sera possible, aucun désir de s'enrichir, d'acquérir des propriétés et de laisser des héritages, ils sont déterminés, sous la conduite des évêques et des supérieurs qui seraient choisis parmi eux, à mener la vie des anciens Pères du désert, à se délasser du travail par la prière, et à n'interrompre la prière que pour le^ travail, il s'agirait donc de former leurs établissements par communautés, dont le nombre d'individus serait pi'oportionné à l'étendue de tei-rain qui leur serait indiqué et destiné pour leur établissement et pour leur culture. ,
5° Quelque nombre qu'il puisse se présenter pour passer au printemps au Canada, on ne présume pas que les premiers bâtiments puissent en transporter beaucoup plus de deux cents. MM. les envoyés se concerteront avec le gouverneur, l'évêque, les supérieurs et les officiers civils du lieu, tant sur l'acte provisoire qu'il conviendrait de leur préparer au ihoment de leur arrivée que sur la fixation du nombre des communautés que pourrait former le nombre de 200 personnes qu'on supposerait arriver ensemble à la même époque. Conviendrait-
il de les diviser par corps de 20, de 30, de 40 ou de 50 ? Après avoir déterminé le nombre de divisions, il s'agirait de choisir et d'indiquer à chaque division le local, le terrain convenable pour jeter les premiers fondements de leurs établissements,
6° MM. les envoyés, en attendant l'arrivée de leurs confrères s'occuperont à prendre, soit en conférant avec les chefs, tant ecclésiastiques que civils des villes de Québec et de Montréal, soit avec les habitants assemblés dans les villes ou dispersés dans les campagnes, tous les renseignements et toutes Jes connaissances qui pourraient les rendre utiles à leurs confrères sous tous les rapports possibles, ainsi que pour rendre un certain nombre de ces services utiles aux habitants du pays, s'il y a lieu.
7° Comme il est possible que les malheurs qui n'accablent pas moins la noblesse que le clergé, ne laissent plus ni à l'un ni à l'autre aucune espérance du côté de leur fortune et de leur patrie, l'envoyé laïc qui se trouve joint aux trois ecclésiastiques pour aller avec eux, par New- York en Canada, doit se rendre avec eux à Québec où il conférera avec le gouvernement sur les moyens qu'il y aurait à employer pour faire accueillir soit dans le Bas, soit dans le Haut-Canada, les colonies d'émigrés qui pourraient, dans le cours du printemps, ou pendant l'été, venir chercher un asile, et des moyens d'établissement dans quelques-unes de ces parties, il prendra le plus promptement possible des connaissances sur l'étendue des ressources que plusieurs familles nobles, avec leurs suites, pourraient espérer dans le Haut-Canada, et il fera en sorte d'obtenir du gouverneur des lettres de recommandation auprès des commandants et officiers du roi à Kingston, et dans toute cette partie, afin de se mettre en état de donner, par la voie la plus courte, les renseignements les plus sûrs qu'il pourra recueillir sur toutes ces parties de l'Amérique Septentrionale ; et, dans le cas où il apprendrait que quelque colonie d'émigrés fût disposée à passer dans quelque une de ces contrées, soit en même temps, soit après les ecclésiastiques, et ferait en sorte de se mettre à même, par lui ou par ses amis et ses parents, dans ce pays, de se rendre utile aux arrivants. Les envoyés «cclésiastiques, en s'occupant principalement de leurs confrères, ne négligeront pas non plus d©
prendre les connaissances qui pourraient être utiles aux émigrés laïcs dans le Bas-Canada, etferont leur possible pour donner des renseignements utiles à tous par un couirier qu'ils solliciteront auprès du gouverneur, pour donner, s'il se peut, de leurs nouvelles par le paquebot qui partira de New- York les premiers jours du mois de mars.
8° Après que chacun aura fait à Londres les emplettes de ce qui lui est nécessaire pour son départ, le surplus des fonds doit être mis en commun entre les mains de M. l'abbé Des" jardins qui pourvoira aux besoins de chacun, autant que les fonds pourront suflBre. Comme ils sont les précurseurs d'ecclésiastiques qui doivent vivre en communautés, et y apporter l'esprit de désappropriement, ils doivent en donner'l'exemple en le pratiquant.
On observe que le gouverneur de Québec peut se trouvera Montréal, où il se rend en différents temps. Il y a des lettres écrites au consul de New-York pour accueillir les envoyés et leur faciliter le voyage à Montréal, où ils seront accompagnés de lettres de recomaiandation, et à Québec, au gouverneur, qui leur communiquera les instructions qu'il aura reçues du gouvernement.
Ces Messieurs seront, à Montréal, au séminaire de Saint- Sulpice, et, à Québec, au séminaire des Missions-Etrangères, où ils seront accueillis ainsi qu'auprès des évêques pour lesquels on leur donnera des lettres.
9° MM. les envoyés sont invités à faire un journal exact de tout leur .voyage et de tenir des mémoires précis de toutes les observations qu'ils pourront faire et de toutes les connaissances sûres qu'ils auront et qui seront relatives à l'objet de leur mission.
10° Ils n'oublieront pas combien il serait à souhaiter de porter les habitants à des genres de culture qui pourraient les occuper pendant l'hiver. La culture du chanvre et du lin est la plus propre à atteindre ce but. Ces MM. ne doivent négliger aucune occasion de faire parvenir de leurs nouvelles à M. l'Evêque de Saint-Pol de Léon.
Comme revêtu des pouvoirs de Messeigneurs les Evêques, commissaire apostolique en Angleterre, nous permettons à MM. Desjardins, Eaimbeau et Gazel, prêtres français députés
en Canada, de bénir les ornements qu'ils emportent pour célébrer la sainte messe, s'il est possible, dans leur route, et leur accordons, pendant la traversée, jusqu'à New- York, d'entendre les confessions de toutes les personnes qui se trouvent à bord du bâtiment, et leur donnons tous les pouvoirs que MM. les Evêques d'Angleterre nous ont permis de communiquer.
(Signé) t J- Fks.. Ev. de Léon.
Londres, le 8 décembre 1792.
Messieurs,
Pièce E, page 64.
DUNDAS 1 DESJARDINS, Etc.
(Traduction)
Whitehall, 10 décembre 1792.
Vous trouverez sous ce pli une lettre adressée au lieutenantgouverneur du Bas-Canada, et aussitôt que vous aurez reçu la mienne, vous devrez vous hâter de vous embarquer sur le paquebot de Sa Majesté en destination de New-York. A votre arrivée en Amérique, vous vous rendrez auprès de Sir John Temple, agent de Sa Majesté, qui recevra les instructions nécessaires afin de vous procurer tous les secours dont vous pourrez avoir besoin pour continuer votre voyage jusqu'à Québec, ou tout autre endroit du Bas-Canada où résidera alors le lieutenant-gouverneur, et vous ne perdrez pas une minute pour lui remettre la lettre ci-dessus mentionnée, et pour vous entendre avec lui sur les sujets divers qu'elle traite. Je suis. Messieurs,
"Votre très obéissant serviteur,
Henry Dundas, Messieurs Desjardins, Jean- Marie Baimbault, Gazel et LaCorne.
Pièce F, page 65.