‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 49 sur 135 · FONDATION DE COMPTOIRS NOUVEAUX. BARUTH-LATTAKIEH · texte numérisé non relu

FONDATION DE COMPTOIRS NOUVEAUX. BARUTH-LATTAKIEH

Ainsi ce nouveau projet de détournement du commerce de l’Inde vers la Méditerranée échouait comme les précédents, comme ceux que les Ministres de Louis XIV avaient formés pour pénétrer jusqu’à l’Hindoustan par l'Egypte et la mer Rouge. Il n’en est pas moins vrai qu’au prix d'efforts suivis et intelligents, Alep aurait pu gagner, par une conséquence imprévue de la guerre de sept ans, plus qu’elle n’avait perdu par les guerres des Turcs contre les Persans.

X. — L'activité des affaires dans la Syrie centrale et méridionale détermina les négociants de Seyde et de Tripoli à fonder, dans le voisinage, de nouveaux établissements. Baruth avait été complètement déserté par eux; ils avaient cessé d’y avoir un facteur. Mais un grand nombre de familles, que la tyrannie du Pacha de Seyde avait contraintes à l'exil, avaient transporté à Baruth la filature du coton. Aussi, en 1755, le Consul y envoya-t-il un de ses nationaux, nommé Rozan. Celui-ci y fixa presque entièrement sa résidence, « pour y faire un commerce que personne n'avait fait avant lui. »

Baruth était alors et resta jusqu’à la fin du xvir1e siècle une charmante petite ville, où rien n’avait encore altéré la beauté d’un site admirable. « Une situation agréable sur le bord de la mer, l’air pur qu’on ÿ respire, les jardins qui l’environnent, une forêt de pins plantée au cordeau à un quart de lieue loin de ses portes, en font un séjour délicieux. » Aïnsi la décrira un Français, Venture de Paradis, qui y passera en 1777. À cette date, elle aura été soustraite à l’Emir des Druses; mais tant qu’elle fut en son pouvoir, c'est-à-dire jusqu’en 1775, elle prospéra, au point de l’emporter en population et en richesse sur les autres cités côtières. C’est qu’elle offrait à ses habitants des conditions de vie paisible et lucrative, que, rétrospectivement, Venture dépeint ainsi : « La liberté et la tranquillité dont on y jouit y attirent en foule les chrétiens de la Syrie, qui en font l’entrepôt d’un commerce très florissant. L’esprit de tolérance dont les Druses font profession y établit une parfaite égalité entre la religion mahométane et le christianisme. » A l'agrément de son site, à la salubrité de son climat, Baruth joint donc, jusqu’au dernier quart du xvrire siècle, le renom d’une hospitalité plus douce qu'ailleurs et l’intérêt d’une activité commerciale, principalement entretenue par le trafic de la soie et du coton, ainsi que par la navigation de cabotage, ou caravane. Chaque année, au mois d’août, après la récolte faite dans le Liban, s'ouvre à Baruth le marché public de la soie, inauguré par un divan que préside l’Emir et où est fixé le cours de la précieuse marchandise. La nation française de Seyde ne manque pas d’en prélever sa part, qui se.monte à 600 ou 700 ballots, destinés à Marseille. Le reste passe en Egypte et à Damas. Nos navires marchands, qui font escale à Baruth pour y débarquer le riz de Damiette et les toiles d'Egypte ou y

charger les soies pour Alexandrie, y trouvent un mouillage sûr. Sous tous les rapports, les avantages naturels de la position commencent à faire éprouver quelque surprise de ce que les Français n’en tirent pas plus de parti.

Dans le voisinage de Tripoli de Syrie existait un autre petit port, où les caravaneurs français faisaient fréquemment relâche pour y charger du tabac: c'était Lattakieh. Faute de protection, ils y étaient «trop souvent foulés. » En 1733, le Consul de Tripoli, Le Maire, chargea un de ses nationaux, Izouard, de s’installer à Lattakieh,. de donner aux capitaines les soins dont ils avaient besoin et de percevoir les droits de la Chambre du commerce t. Il avait obtenu pour lui un commandement de la Porte. Déjà Izouard postulait de la Chambre le titre de vice-consul. Mais elle estima que la perception de ses droits et la protection des caravaneurs n’exigeaient pas l'installation d’un agent spécial à Lattakieh. Il fut entendu qu'Izouard ne s’occuperait que de ses propres affaires et ne serait autorisé à faire aucune dépense pour le service de la Chambre. Celle-ci repoussa mainte fois, dans la suite, la même proposition : il semble que le motif de sa résistance fût une pensée d'économie. Lattakieh eût pourtant mérité les frais d'installation et d'entretien d’un vice-consul. « Lattakieh, écrivait le Consul de Tripoli, est une grande ville où il y a beaucoup de Turcs et où il aborde 30 à 35 de nos bâtiments par an. Il arrive fort souvent des querelles et batteries entre capitaines pour avoir la préférénce des nolis. Les matelots y désertent tous les jours et vont à Chypre, y acheter du vin, qu'ils apportent par bateaux à Lattakieh, ce qui cause également des querelles et batteries entre les Turcs et les matelots qui y boivent ensemble ?.» Devant le refus de la Chambre, le Consul prit le parti d'envoyer un drogman à Lattakieh, d'octobre à février, pour le protection de la caravane; mais la Chambre lui refusa encore toute indemnité de déplacement. Ce fut donc le Consul de Tripoli qui continua às’occuper de Lattakieh. En 1756, le Consul d'Alep demandait encore qu’un vice-consulat y fût créé :« Il faut un homme à Lattakieh, disait-il, pour protéger les caravaneurs qui y abordent en grand nombre et recevoir les sommes considérables que les négociants d'Alep, de Tripoli et de la côte y envoient pour l’achat des soies. » Cette requête ne fut pas plus écoutée que les précédentes. Lattakieh demeura sans Consul jusqu’en 1779. À cette date, il fut créé dans cette Echelle un vice-consulat dont un nommé Bourville reçut la charge. Beaucoup de gens pensaient que Lattakieh remplacerait, comme débouché d’Alep, Alexandrette dont l’insalubrité rendait le séjour dangereux. L'expérience n’ayant pas justifié cette prévision, Laidet, Consul de Tripoli, considérait comme probable, en 1790, la suppression du vice-consulat de Lattakieh. Pourtant ce petit port resta toujours et est encore une des Echelles de la Syrie.

1, Mai 1733. 2, 30 avril 1737,

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Les Ecuerces De Syrie ET DE PALESTINE PI VI

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