PEDRILLO
Le jeune et joyeux Pedrillo Jetait ses chansons à la brise, En fumant son cigarillo Au galop de sa mule grise.
Il en avait pour tous les goùls; Aussi faisait-il folle rage :
Grands et petits approchaient tous , Quand il passait dans un village.
11 chantait au vieil Hidalgo, Pour le roi don Fernand , Castille !
Puis réservait un fandango Pour la rieuse jeune fille.
Il faisait beau voir Pedrillo Jeter ses chansons à la brise, En fumant son cigarillo Au galop de sa mule grise.
Apprenait au contrebandier Une curieuse ballade; Et , tour de force du métier , Il déridait jusqu'à l'alcade !
Composait des airs langoureux Pour Messeigneurs de la Grandesse :
- rA — Non, personne nentendait mieux Le doux langage de tendresse.
Voilà quel était Pedrillo Jetant ses chansons à la brise, En fumant son cigarillo Au galop de sa rnule grise.
Savait les légendes des saints .
Qu'il gardait pour les monastères :
Sainte Ursule pour les nonnains , Et saint François pour les bons Pères.
Et pourtant cet heureux garçon Fut atteint par la jalousie ; Dès qu'il connut ce noir soupçon , Son existence fut flétrie.
Pour cette raison Pedrillo Ne jetait plus rien à la brise , En fumant son cigarillo Au galop de sa mule grise.
Tantôt pleurait le triste amant , Au nom seul d'Inès l'infidèle , Et tantôt son œil flamboyant Lançait une vive étincelle.
Enfin un soir il attendit Un bel officier de la reine , L'heureux rival ; puis l'étendit, D'un coup de stylet , dans l'arène.
Depuis , le jeune Pedrillo Jette encor ses chants à la brise ,
En fumant son cigarillo Au galop de sa mule grise.
Couvert d'un large sombrero , Il semble narguer la justice :
Il vit en fier bandolero , Sans crainte du dernier supplice.
Qu'est-ce, dit-il , que le danger Pour un fils de la noble Espagne?
Et lorsqu'on a pu se venger.
Vienne le gibet ou le bagne !
Mais las ! le pauvre Pedrillo Jette des soupirs à la brise !
Comme un vieillard de Muiillo .
Sa longue chevelure est grise!