‹ Les éclairages modernesChapitre 2 sur 6 · RÉGULATEUR DE LA PRESSION DES GAZ · texte numérisé non relu

RÉGULATEUR DE LA PRESSION DES GAZ

DE M. GIfiOüD, DE GRENOBLE.

Nécessité d’nne pression régulière. — Inégalités essentielles de la pression et ses effets. — Manomètre. — Pression au brûleur. — Pression du réseau. — Régulateur du réseau. — Tuyau de retour. — Installa tion du légulateur : éclairage particulier. — Petit réseau; grand réseau. — Application du régulateur à l’examen du gaz d’éclairage.

Qu’il s’agisse d’éclairage au gaz ordinaire ou d’éclairage au gaz oxhydrogène, une pression régulière et constante est une condition essentielle de succès et d’économie, voilà pourquoi nous nous sommes fait un devoir de reproduire ici l’article que nous avons consacré dans les Mondes aux excellents régulateurs de M. Giroud.

L’industrie de l’éclairage au gaz est incontestablement une des plus grandes industries des temps modernes, et dans cette industrie si considérable la pression du gaz au sein des canaux extérieurs et des tuyaux de conduite intérieure joue certainement le rôle d’élément capital, au double point de ■vue de la bonté de l’éclairage et de son prix de revient. Nous n’exagérerions rien en évaluant pour la ville de Paris à plusieurs millions les pertes de gaz et de lumière causées

par les inégalités de la pression. Et cependant les régulateurs actuellement établis se comptent par unités, tandis qu’on devrait les trouver partout; et la Compagnie générale elle-même n’a pas abordé sérieusement la solution de ce problème capital.

Nous nous souviendrons toujours du spectacle dont nous fûmes témoin dans une des grandes salles du rez-de-chaussée du Grand-Hôtel de la Paix, alors occupée par une réunion d’actionnaires. Il était trois heures de l’après-midi, les becs de cette salle sombre étaient les seuls allumés dans l’hôtel ; la pression était énorme, les flammes faisaient un vacarme effrayant, leur lumière était fuligineuse, la salle se remplissait rapidement d’une fumée nauséabonde, on respirait avec peine et l’on entendait mal ; chacun, s’il l’avait pu, se serait empressé de fuir.

Comprend-on que dans un établissement aussi colossal, la circulation du gaz soit fatalement abandonnée à elle-même au détriment matériel et moral des personnes et des choses ? Il est temps, grand temps d’apporter remède à cet abus par trop barbare ; et parce que les régulateurs de notre ami M. Giroud sont la solution la plus complète de ce difficile et important problème, nous nous en sommes faits depuis longtemps l’apôtre ardent et zélé. Essayons une fois encore de bien faire ressortir leur nécessité et leur excellence.

Inégalités essentielles de pression et ses effets . — Ue l’usine ou du gazomètre au brûleur, le gaz est sous l’influence d’une multitude de causes de diminution de son élasticité. Entrant dans les canaux sous une pression constante, qui est à Paris, par exemple, de 150 millimètres, le courant d’hydrogène bicarboné, gêné tour à tour par la valve de déipart de l’usine, par les coudes, par les étranglements, par les sections de conduite trop restreintes, par les différences

de niveau, par les robinets de distribution et de service, s’échappe des becs sous une pression qui varie de 2 à 20 millimètres.

Les variations de la pression ont une influence énorme sur la lumière produite, et nous établissons avant tout, comme un premier principe que, pour la combattre, ce n’est pas sur le bec ou brûleur qu’il faut agir, qu’on chercherait en vain un brûleur économique à la fois et insensible aux écarts de pression, qu’il faut absolument chercher en dehors des becs le remède aux variations de la pression.

Lorsqu’un bec est allumé, toute modification de la pression se manifeste à la fois sous trois aspects différents : la flamme change de forme ; la dépense cesse d’être constante; le pouvoir éclairant augmente ou diminue. 11 en résulte que la pression au départ, la pression au bec, la forme de la flamme, son intensité et son prix de revient, sont des quantités tellement liées entre elles, que la variation de la première et de la seconde entraîne nécessairement les variations de toutes les autres, mais dans des proportions variables avec la nature et la disposition du brûleur.

En général, quand la pression augmente, la flamme s’allonge plus qu’elle ne s’élargit ; la dépense croit proportionnellement au carré de la pression ; le pouvoir éclairant croit en général plus vite que la dépense si le bec a un verre; la dépense et l’intensité croissent ensemble dans une même proportion si le bec brûle à l’air libre; enfin, si le bec est construit pour brûler sous forte pression, la dépense augmente en même temps que le pouvoir éclairant diminue. Cette complication de circonstances montre assez combien est entourée de difficultés l’installation de bons régulateurs. Quel bec employer, sous quelle pression faire brûler le gaz pour obtenir telle quantité donnée de lumière

avec la moindre dépense possible ? Il ne suffit pas évidemment de choisir le bec le plus économique, et de le régler convenablement ; il faut l’affranchir après qu’il a été réglé de toutes les variations de la pression. M. Giroud obtient le premier résultat à l’aide du manomètre représenté par la figure 19. A, chambre ihférieure dans laquelle arrive le gaz par un des deux robinets latéraux ; B bassin avec tube E ouvert à ses deux bouts et communiquant avec la chambre A ; D cloche à parois épaisses formée de deux tubes concentriques, inaccessibles à l'eau dans l’intervalle qui les sépare ; F tube latéral fermé par le haut, communiquant avec le bassin B ; G tuyau amenant dans la partie supérieure dii tube F le gaz de la chambre A ; H tige cylindrique destinée à réduire la section vide du tube F jusqu’à ce que la surface totale de l’eau sur laquelle presse le gaz, dans ce tube ou dans la cloche D, soit égale à la section annulaire des parois de cette dernière cloche ; à son centre est suspendu par unie

Fig. 19. Fig. 20.

tge rigide un poids destiné à lui servir de lest et à -assurer

son équilibre vertical; les mouvements de ce poids sont transmis par un fil à une poulie sur l’axe de laquelle tourne l’aiguille destinée à indiquer, suffisamment agrandies ou amplifiées^ millimètre par millimètre, à un vingtième de millimètre près, les variations de la pression.

Nous n’avons pas à nous arrêter ici sur les moyens employés pour mesurer : la dépense à l’heure; l’intensité relative ou absolue de la flamme ; le titre du gaz ou l'intensité correspondante à une dépense donnée, 100 litres, par exemple ; le régime, ou le nombre de litres consommés par bougie ou par unité de lumière, régime progressif quand la lumière croit plus que la dépense, régime rétrograde quand la dépense croit plus que la lumière, régime constant, quand la lumière et la dépense croissent proportionnellement; enfin, les qualités relatives des divers becs. Nous dirons seulement que le bec Bengel et le bec en cuivre sont des becs à régime progressif ; les boutons fendus, des becs à régime constant; les papillons à deux trous, des becs à régime rétrograde.

Pression au brûleur. Le plus simple des manomètres servant à mesurer la pression sous laquelle le gaz s’échappe de l’orifice d’un brûleur est représenté fig. 20. lise compose tout simplement d’un tube de verre recourbé. La colonne d’eau renfermée dans ce tube cède à la pression du gaz, et monte dans la branche ouverte à air libre ; la pression est mesurée par la différence entre les deux niveaux, mais comme la quantité d’eau chassée se partage entre les deux tubes, chaque diminution de pression d’un millimètre se mesure par un demi-millimètre d’eau.

J La première condition du bon éclairage d’une ville est que la qualité du gaz livré par la compagnie soit contrôlée avec toute l’efficacité possible,' afin que les usines de production,

averties à temps, abandonnent aussitôt la voie qui pourrait les conduire à fabriquer dans de mauvaises conditions. Cette question de qualité intrinsèque du gaz écartée, c’est seulement par la constance du volume débité par les brûleurs qu’une ville peut avoir la certitude de recevoir la somme de lumière qu’elle paye; or cette fixité du débit d’un bec dépend uniquement de la pression sous laquelle le gaz arrive à ce bec, et il y a dès lors un grand intérêt à ce que la pression soit du réseau, soit de la conduite intérieure faisant suite à chaque compteur reste aussi invariable que possible.

Dans le cours d’une soirée, la pression varie souvent du simple au double, ou même du simple au quadruple ; mais admettons, ce qui certes n’est point exagéré, qu’une oscillation d’un sixième dans la pression d’un réseau, est l'état normal du meilleur éclairage public au gaz. Un calcul facile prouve jusqu’à la dernière évidence, qu’à Paris où cet éclairage coûte quatre millions, cette variation d’un sixième en moins dans la pression du réseau, oscillation que les employés sont impuissants à conjurer, entraînerait pour la municipalité une perte de 400 mille francs ! Et si la compagnie parisienne consentait à prendre sur elle la chance inverse, c’est-à-dire si elle acceptait comme condition normale une pression d’un sixième de plus que la pression moyenne du réseau, sa perte vraiment énorme serait de plus d’un million de mètres cubes ou de 200 000 mille francs, à 20 centimes le mètre cube.

Pression du réseau. Le consommateur a le plus grand intérêt à ce qu’elle reste constante, car les pressions variables le forcent à préférer les brûleurs à régime rétrograde, qui dépensent du gaz sans donner de lumière, aux brûleurs à régime progressif qui procureraient une lumière deux ou trois fois moins onéreuse. Il est vrai qu’on essaye de corriger

les variations de pression du réseau par le réglage au moyen de la clef du compteur. Mais si la fermeture du robinet est * assez peu prononcée pour ne pas apporter de modifications de pression dans le courant gazeux, elle ne s’opposera nullement à la variation de pression venant du dehors ; si au contraire elle est assez prononcée pour modifier la pression du courant au-delà du compteur, sans supprimer l’influence des variations de la pression de la rue, elle produira l’effet d’une canalisation insuffisante ; il ne sera plus possible d’allumer ou d’éteindre quelques becs sans faire en même temps baisser ou mon ter, tou s les autres.

La régularisation de la pression doit donc s’appliquer d’abord au réseau puis au compteur. De nombreuses séries d’expériences ont démontré jusqu’à l’évidence les propositions suivantes, au point de vue de la pression : 1° Tout conduit commence d’abord par être un réservoir où la pression reste constante, et finit par devenir un canal d’écoulement où la pression est nécessairement variable ; 2° La limite qui sépare ces deux modes de fonctionnement est une question de vitesse, et cette vitesse limite est différente pour les petits et les grands conduits ; 3° Tous les conduits, quels qu’ils soient, sont défectueux ou insuffisants lorsque la consommation exige une vitesse plus grande que celle qui leur permet de fonctionner comme réservoirs ; 4° On peut admettre sans trop d’erreur pour le maximum de consommation qu’un conduit est sûsceptible de desservir 6 becs 4 dixièmes, de 140 litres, par centimètre carré de section ; 5° En ce qui concerne l’émission du gaz on peut formuler la règle suivante : l’alimentation du réseau doit être instant par instant égale à la dépense, et par conséquent la pression doit varier, au départ de l’usine, d’après les besoins de la consommation, de telle sorte qu’elle reste constante

dans tous les conduits fonctionnant comme réservoirs.

Tous les prédécesseurs de M. Giroud, et M. Clegg le premier, semblent s’être conjurés pour faire au contraire que * ls pression soit constante, non pas dans les conduits actuellement, mais à la sortie de l’usine, ce qui est un gros contresens. En réalité le régulateur Clegg et ses imitations sont des instruments construits pour rendre la pression invariable au sortir de l’usine (tout en la laissant varier à son gré dans les conduits pendant la durée entière de l’alimentation), mais que Ton emploie ensuite à la faire varier d’après les renseignements qui apprennent le lendemain seulement ce qu’il aurait fallu faire la veille.

Arrivons enfin à la description des appareils si ingénieux et si efficaces par lesquels M. Giroud a obtenu une régularisation complète.

Régulateur du réseau . — Le cône A, fig. 21 , suspendu à une tige rigide B, et engagé dans une ouverture fixe, livre au gaz un passage d’autant plus grand qu’il est plus abaissé au centre de l’ouverture. Dans les deux directions du courant, l’effort exercé de haut en bas par le gaz sur le cône, s’exerce en même temps de bas en haut contre le fond de la cloche C de même diamètre que le cône, mobile avec la tige B et lutée dans un bassin fixe D plein d’eau. N

Dans le petit bassin D, situé au-dessous de la cloche C et solidaire aussi des mouvements de la tige B, plonge un tube fixe E de même section que la base du cône. Ramené dans ce tube E fermé à son sommet, le gaz inférieur au cône exerce sur la portion mobile de l’appareil deux pressions égales et de sens opposés, sous le cône et sur la section d’eau du bassin D renfermée dans le tube E.'Le gaz du réseau de consommation est ramené séparément sous la cloche E au moyen d’un tuyau dé retour , partant d’un point où la cana-

lisation fonctionne comme un réservoir; ce ga^ exerce sous la cloche F un effort qui soulève le cône ou le laisse descendre, diminuant ainsi l’alimentation ou l’augmentant, aussi souvent que la pression dans le périmètre éclairé n’est pas rigoureusement contrebalancée par le poids P. Les ruptures d’équilibre résultant de l’immersion variable des divers tubes dans les bassins sont d’ailleurs corrigées soit au moyen de deux petits réservoirs extérieurs fixés à la cloche F, mobiles avec elle, et alimentés par des

tubes formant siphon, soit par un seul réservoir fixe dont le siphon plonge alors dans le bassin mobile D.

Le poids entier de la portion mobile est supporté par un flotteur G, immergé dans un bassin placé à la partie la plus élevée. De cette manière le petit bassin D, les tubes métalliques, la tige et le cône placés au-dessous font l’effet d’un lest puissant, et le système mobile, constitué à l’état d’équilibre indifférent sur le passage du courant qu’il s’agit de régler, cède aux plus minimes variations de la pression, comme le ferait l’aréomètre le plus délicat.

Lorsque le, régulateur est placé dès le départ, sur une conduite suffisante, ce qui a presque toujours lieu pour les petites consommations, le réservoir commence presque sous le cône du régulateur ; sa tige de suspension (fig. 22) peut servir de tuyau de retour. Et quoique alors tout se passe dans l’intérieur de l’appareil lui-mème, c’est néanmoins le gaz du

Fig. 22. Fig. 23'.

réseau de consommation qui, ramené sous la cloche à la

quelle le cône est suspendu, - devient le seul moteur et de la cloche et du cône. La régularisation n’est pas aussi parfaite ; il existe une variation constante de près d’un millimètre entre la pression du plein éclairage et celle de l’éclairage restreint à quelques becs seulement ; à moins qu’on ne rétablisse les tubes de compensation, fig. 23.

Lorsque le régulateur doit agir directement sur un conduit insuffisant, comme cela arrive toujours pour les grandes usines, le tuyau de retour part du réservoir et revient aboutir sous la cloche motrice.

Dans ces conditions, la longueur du trajet peut quelquefois empêcher que les altérations de pression survenues en ville soient reportées à l’usine avec la promptitude nécessaire.

On échappe à cet inconvénient en réduisant d’abord le tuyau de retour à des proportions minimes, en le branchant en ville sur le réservoir, et le ramenant dans l’appareil (ûg. 24) sous la cloche E, à parois épaisses, et qui débouche dans un bassin A. Pénétrant sous cette cloche, le gaz du tuyau de retour la soulève jusqu’à ce que son poids, augmenté de celui qu’elle prend dans son émersion, fasse équilibre à la pression du gaz, que nous supposerons être celle sou s laquelle on veut faire marcher la consommation du réseau. Quand cette pression vient à changer, la cloche E s’élève ou s’abaisse; son mouvement se transmet à un axe qui porte des aiguilles isolées électriquement, en communication avec les pôles d’une pile et pouvant glisser à frottement très-doux sur le cadran métallique installé au-dessus de la cloche. Lorsque les aiguilles sont horizontales, elles reposent sur deux lames d’ivoire qui isolent les deux moitiés du cadran, et le courant électrique est interrompu. Mais, dès que la pression change, le mouvement de la aloche C fait passer les aiguilles sur les

deux demi-cercles métalliques, dont l’un est relié à l’usine, l’autre à la terre; le courant se trouve interverti à la fois et transmis à un rouage, flg. 25, placé à l’usine au-dessus du

Fig. 24. Fig. 25.

régulateur. Le moteur de ce rouage est un poids de quelques kilogrammes qui commence à agir lorsque le courant électrique soulève une détente placée sur l’axe du volant, en même temps qu’il agit sur un petit embrayage conique adapté à Lun des axes ; alors, selon le sens du courant dans le fil de la ligne, la vis ou crémaillère à laquelle est suspendue la valve équilibrée s’élève ou s’abaisse pour ouvrir ou fermer le passage du gaz. Un second fil aboutissant à une sonnerie placée dans l’usine complète cette disposition. Si, par un accident impossible à prévoir, la pression subit tout

à coup un écart brusque, de 2 à 3 millimètres par exemple, le courant abandonne le rouage ; la sonnerie d’alarme retentit jusqu’à ce qu’on soit venu corriger la variation de pression dont l’aiguille indique le sens, et que le rouage n’a pas pu maîtriser avec assez de rapidité. Pour corriger sur place l’effet de la variation de pression, il suffit d’augmenter ou de diminuer le poids placé sur la cloche. La précision du régulateur ainsi disposé ne laisse absolument rien à désirer. Partout où il est installé, à Orléans, par exemple, et à Saint- Étienne, les becs s’allument et s’éteignent tous sans que l’aiguille du contact électrique fibandonne le bord supérieur ou inférieur de la plaque d’ivoire isolante. Le rouage a l’avantage précieux de rendre le régulateur complètement automatique, mais on peut s’en passer et manœuvrer à la , main la valve équilibrée dès que la sonnerie retentit, dans le sens indiqué par l’aiguille.

Le tuyau de retour joue le principal rôle dans le bon fonctionnement des appareils régulateurs. 11 transmet instantanément à l’usine les renseignements qui sans lui arriveraient un jour trop tard; éliminant tous les accidents de circulation, il va puiser le gaz en un point où le réseau fait office de réservoir, et prolonge ce réservoir jusque dans l’usine. Aussi sa longueur ne doit pas en général dépasser 600 mèfres, et sa section doit être au plus un centième du diamètre de la cloche sous laquelle le gaz est ramené.

Lorsqu’il s’agit d’un éclairage d’abonné ordinaire, le régulateur se place à la suite du compteur, fig. 26 ; on suppose, bien entendu, que la canalisation forme réservoir à partir du compteur, et le tuyau de retour est alors placé dans l’intérieur du régulateur.

• Dans le cas d’un petit réseau, fig. 27, alimenté par une usine, le tuyau de retour devient à l’usine le moteur de la

valve de départ ; et quand sa longueur est de plus de 6 à 700 mètres, il convient de le faire aboutir en ville sous le manomètre à courants électriques.

Si, sur un grand réseau, on veut rendre le régulateur automoteur, il suffit, fig. \ 0, de disposer sur la valve un rouage mis en mouvement par l’électricité qui l’ouvre ou la ferme selon le sens du courant transmis. L’emploi du régulateur télégraphique n’apporte jamais aucun trouble dans l’alimentation du réseau, il ne crée jamais l’insuffisance d’alimentation, et ne l’accroît pas quand elle existe; il permet au contraire de constater le mal, de le circonscrire avec certitude et de le faire cesser sans excès de dépense.

Voici comment on doit procéder pour bien assurer sa marche. On choisit pour maximum de pression celle qui est ordinairement observée au point où doit s’embrancher le tuyau de retour, et l’on dispose les organes du régulateur de manière à les faire fonctionner sous ce maximum. On diminue ensuite chaque jour la pression d’un demi -millimètre seulement, tant que le réseau ne cesse pas d’être par-

faitement servi ; et Ton s’arrête à la limite de pression ainsi déterminée par tâtonnement. On fait chaque soir l’allumage entier sous cette pression, et quand on est certain que tous les brûleurs sont ouverts, on relève la pression d’un dixième, sans secousses, en procédant par fractions de millimètre,

Fig. 27.

de cinq minutes en cinq minutes. De cette façon l’éclairage acquiert dans le réseau une plénitude très-satisfaisante pour les consommateurs et très-avantageuse pour l’usine.

Il est des circonstances où, pour compléter l’action des régulateurs de réseau et des régulateurs de conduite intérieure ou d’abonnés, par exemple, lorsque l’éclairage a lieu à la fois à divers étages ou avec plusieurs espèces de brûleurs, il devient nécessaire d’adapter sous chaque brûleur un petit robinet de barrage appelé niveleur, dont la clef n'est mobile qu’au moyen d’un tourne-vis, et qui sert à

donner irrévocablement à la flamme la dimension précise dont on a besoin. Avec le secours de ces niveleurs, un seul régulateur, placé par exemple au rez-de-chaussée d’une maison, règle sans peiné tous les becs des divers étages, quelque différents que ces becs soient entre eux, et de telle sorte qu’à durée égale les dépenses soient toujours exactement les mômes.

Fig. 28.

En résumé, l’emploi des régulateurs permet d’abord de donner aux bons brûleurs, aux becs à basse pression, la préférence à laquelle ils ont droit, en même temps qu’ils réalisent une économie que l’expérience et les faits prouvent être de 15 à 20 pour 100; et qu’ils font disparaître les variations dans les dimensions de la flamme, à la fois désagréables et causes d’une dépense ou perte appréciable. Nous l’avouerons, nous ne comprenons pas l’éclairage au

3gk

gaz sans le double régulateur du réseau et de l’abonné.

A la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, l’éclairage au gaz n’a été tolérable que depuis que, sur notre proposition, M. Giroud y a installé son régulateur. Avant cette installation les becs dansaient, sautaient, devenaient menaçants et fumeux ; l’huissier des séances ne pouvait pas quitter un instant sa canne d’allumeur, et il avait à peine le temps de passer d’un bec à l’autre pour les calmer. Aujourd’hui tout est tranquille, c’est à peine si, dans le cours d’une longue soirée, il devient nécessaire de corriger la flamme de un ou deux becs, et l’économie de gaz est considérable.

Nous croyons devoir signaler, en finissant, une application importante et intéressante d’un petit régulateur Giroud, mis en relation avec un bec bougie. L’orifice d’écoulement est toujours le même, la pression à l’orifice ne varie pas, e£ par conséquent les volumes dépensés dans l’unité de temps sont toujours égaux. Donc si le pouvoir éclairant de la flamme du jet vient à changer, ce sera, parce que la composition chimique du gaz aura cessé d’ètre ce qu’elle était. La flamme du bec à un seul trou, ou bec bougie, possède, en effet, la propriété de s’allonger ou de se raccourcir considérablement, soit à volume égal débité, lorsque la qualité du gaz change, soit à qualité égale du gaz, le volume fourni venant à changer. Il résulte des expériences de MM. Audouin et Bérard que la flamme d’un bec d’un millimètre, équivalente à une bougie lorsqu'elle a 10 centimètres de longueur, doit avoir 15 1/2 centimètres de longueur pour que l’intensité de la flamme devienne double. Choisissons le moment où le gaz vérifié au moyen de l’unité admise, et qui est celle de la flamme d’une lampe Carcel brûlant 42 grammes par heure, a le pouvoir éclairant règlementaire, et plaçons

sur le régulateur le poids nécessaire pour que le bec bougie d’un millimètre donne le 7 e 1/2 de la lampe Carcel. Le bec et le poids du régulateur restant les mêmes, nous constaterons que la hauteur de la flamme varie d’un jour à l’autre de plusieurs millimètres, sans aucun doute, parce que la composition chimique et le pouvoir éclairant absolu du gaz viennent à changer. En mesurant cette variation d’après cette donnée, qu’une intensité double de l’intensité primitive prise pour unité correspond à un allongement de 55 millimètres, on obtiendra sensiblement le même résultat qu’avec les moyens d'analyse optique ou chimique les plus parfaits. En outre, parce que l’observation prouve que les changements dans la qualité du gaz n’influent pas sur les rapports entre les intensités lumineuses des becs , et que le bec bougie donne toujours le 7 e 1/2 du bec type Bengel de 20 trous, rqglé à 105 litres à l’heure, on peut déduire l’intensité d’un bec quelconque de la comparaison avec le bec bougie brûlant comme il a été dit plus haut.

De cette manière, la simple mesure de la hauteur d’une flamme sortant d’un trou invariable de 1 millimètre de diamètre, en mince paroi, sous une pression constante de 10 millimètres, assurée par un régulateur très-simple, donnera, avec toute l’approximation qu’on peut désirer dans la pratique, le pouvoir éclairant d’un gaz et l’intensité lumineuse d’un bec quelconque. C’est une solution facile d’un problème très-compliqué.

— Qu’il nous soit permis de consacrer les quelques lignes dont nous pouvons disposer encore au bec athermique en cristal de M. Hippolyte Monier, le plus avantageux sans contredit de tous les becs d’éclairage au gaz ordinaire , représenté fig. 29 : W base du panier en cristal, formée da deux moitiés terminées par des ciselures fines; T couronne

du panier; S sommet du panier; A chambre annulaire en porcelaine noircie ; C brûleur en terre de pipe; V cheminée

cylindro-conique ; NP globe en forme de chapeau chinois pour les becs de luxe. Lorsque sur deux compteurs identiques on installe d’une part le bec Monier, de l’autre un bec quelconque, et qu’après avoir égalisé les deux lumières au photomètre, on compte les marches des deux aiguilles, on croit rêver; on serait tenté de penser qu’il existe au sein de chaque compteur un lutin qui retarde avec complaisance l’aiguille en relation avec le bec Monnier, qui accélère méchamment l’aiguille de la dépense du bec rival quelconque. La différence se manifeste si promptement, et elle est si énorme que tous ceux qui l’onl constatée ont été saisis d’étonnement. Des milliers d’expériences de labora-

toires, des essais tentés sur la plus large échelle, la pratique de chaque jour pendant plusieurs années, s’unissent pour démontrer de la manière la plus éclatante que le bec Monier mis en parallèle avec les becs les plus vantés, donne la même lumière avec une économie de gaz de 13 pour cent sur le bec type Bengel, de 2» pour cent au moins sur tous les autres becs, quelquefois de 35 et 40 p. 100. En outre, la flamme du bec Monier est aussi tranquille que celle des meilleures lampes Carcel ou modérateurs. Il n’y a plus d’ombre portée au-dessous, parce que la lumière est transmise à travers le cristal transparent. Le gaz condensé et chauffé par son passage à travers les trous, de grandeur et de nombre convenables, du brûleur en terre de pipe, est .entièrement consumé. La cheminée, de forme excellente, cylindrique à la base, doublement conique au sommet, emménage parfaitement le triple courant d’air qui afflue vers le brûleur : la provision d’air n’est ni trop forte, ni trop faible ; il n’y a pas de fumée, et la flamme ne se colore pas à la base de cette teinte bleue qui annonce une combustion par trop intense; elle prend, au contraire, une légère teinte rouge ou jaune caractéristique d’une très-grande intensité lumineuse. On réalise, en un mot, et le maximum de lumière et le maximum de chaleur, on éclaire le plus possible, on chauffe le moins possible. Même après que le bec est depuis longtemps allumé, on peut toujours saisir la cheminée avec les doigts sans se brûler. Le bec Monier est toujours propre parce qu’il est en verre ; il n’est jamais envahi par les mille insectes ailés que la lumière attire, et c’est à peine si la poussière peut y pénétrer.

Page 1