Les écoles de Chartres au moyen-âge
Les esprits sérieux attachent de nos jours une grande importance à tous les travaux qui ont pour objet l'histoire des études et des lettres en France. Ils sont curieux de connaître par le détail les vieilles écoles de nos pères.
C'est pour répondre à ce désir que nous avons pris pour sujet de notre thèse les Écoles de Chartres an Moyen- Age,
On connaissait depuis longtemps la grande réputation de Fulbert et d'Ive de Chartres, et l'on n'ignorait pas qu'ils avaient créé autour d'eux un puissant mouvement intellectuel. Le Chapitre de Chartres fut aussi toujours renommé pour sa science et ses richesses. S'il avait été capable de bâtir une cathédrale où tous les arts s'étaient donné rendez -vous, il avait dû aussi entretenir de brillantes écoles, où étaient cultivées les lettres et les sciences.
On le pensait justement, mais on n'avait pas encore approfondi les origines, les phases diverses, le caractère, de ces grandes écoles chartraines. Ce travail prouvera, nous l'espérons, qu'elles méritaient bien d'être mieux connues.
On verra qu'au XP et au XIP siècle elles rivalisèrent avec celles de Paris : elles envoyèrent même à celles-ci plusieurs de leurs meilleurs maîtres. Et, par ce côté, l'histoire des écoles chartrainos intéresse grandement riiistoire de la célèbre Université parisienne. Je dis plus : elle intéresse la France entière : car, à cette époque, ces écoles furent si florissantes qu'elles reçurent des élèves des régions les plus éloignées, et qu'elles imprimèrent partout autour d'elles un courant de doctrines et d'études nettement caractérisé.
Au XIIP siècle et dans la suite, Paris les éclipsa : mais elles gardèrent des vestiges de lem^ ancienne gloire. Et il n'est pas sans intérêt de les suivre encore, plus modestes, plus isolées, mais toujours laborieuses. Nous avons esquissé avec amour tous les détails de leur organisation et de leur gouvernement. Nous avons retrouvé la trace de leurs maîtres, de leurs élèves, de lem^s programmes, de leurs livres, et nous les avons mis en lumière avec tout le soin qui nous a été possible. Nous ne croyons pas qu'aucune autre école ait jusqu'ici une histoire aussi complète que celle-ci, et plus remplie de faits précis. Quand on aura fait ce même travail pour les autres grandes écoles de France, on pourra mieux apprécier, pensons -nous, la vie intellectuelle de notre vieille patrie.
La liste des Sources témoigne que nous n'avons rien négligé d'important. Nos recherches nous ont demandé beaucoup de peine et de temps. Nous serons amplement récompensé de nos efif'orts, si nous apportons, comme c'est notre espoir, un^^ coiiirihiiiinii u\\\o n fliistoire httéraire de la France.
Nous serions ingrat si, en déposanl la plume, nous omettions de remercier les bibhotliécaires et archivistes
de Rome, de Paris et de Chartres qui nous ont beaucoup facilité notre tâche. Nous devons des actions de grâces spéciales à MM. Omont et Auvray, de la Bibliothèque Nationale, à MM. Châtelain et Mortet, de la Bibhothèque de la Sorbonne, au R. P. Denifle, archiviste de la Bibliothèque du Vatican, à M. de Mianville, Président des Conservateurs de la Bibliothèque de Chartres, et surtout à M. L. Merlet, Archiviste d'Eure-et-Loir et Président de la Société archéologique sous les généreux auspices de laquelle nous sommes très honoré et très reconnaissant de publier cette étude. Nous ne pouvons oublier non plus ceux de nos confrères qui nous ont prêté le secours de leurs lumières, et nous devons mettre en premier lieu M. l'abbé Légué, vicaire général, qui nous a donné tout à la fois, avec beaucoup d'abnégation, la première idée et les premiers jalons de ce travail.