ARMAND LAVERGNE
Discours de M. Armand Lavergne, député de Montmagny aux Communes, prononcé à Montmagny le dimanche
17 septembre 1905.
Monsieur le Président (1), Mesdames, Messieurs,
Vous vous rappelez qu’aux élections générales de novembre dernier, je vous disais : “Soyez sur vos gardes dans le choix de votre député, nous avons déjà eu à Ottawa des questions nationales, il peut s’en présenter de nouvelles. N’importe quel jour peut surgir un problème semblable à celui que nous avons vu au Nouveau-Brunswick, au Manitoba et ailleurs, problème qui sera pour nous d’une importance vitale. Il est nécessaire que vous envoviez, pour être votre mandataire, quelqu’un dont vous soyez sûrs, qui n’ait qu’un intérêt dans un moment de crise, celui de conserver intact, comme sien, le patrimoine national.”
Le sentiment que j’exprimais alors, vous l’avez ratifié en m’envoyant une seconde fois représenter Montmagny, à la Chambre des Communes.
Je ne croyais pas alors que j’aurais à mettre sitôt à exécution l’engagement que nous avions pris ensemble.
La session s’annonçait courte et calme : la Providence qui mène les hommes, qui s ’ agi ter» t entre ses mains, en avait autrement décidé.
( 1 ) M. Léger Martineau, maire de Saint-François et préfet du comté de Montmagny.
A peine le Dis, cours du Trône était-il lu que la Chambre et le pays se> trouvaient précipités daus une de ces périodes difficiles, et dangereuses dont souvent dépendent l’avenir et même l’existence d’un peuple. Sur la question qui s’agitait alors j’ai cru de mon devoir, en certaines circonstances, de m’éloigner de mon parti, parce qu’au dessus des partis se trouve la nation plus grande, au-dessus de leur discipline les principes de liberté et de justice que vous m’avez envoyé défendre et représenter.
Comme votre représentant, ai-je eu tort, ai-je eu raison ?
C’est à vous de le décider . et c’est pourquoi je viens Aujourd'hui rendre compte de ma conduite.
Mais ce dont vous ne, doutez pas, mes amis, c’est de ma bonne
foi !
Ce dont vous êtes convaincus, c’est que j’ai cherché à servir mon pays, comme mon. honneur et ma conscience m’ enseignaient à le servir, puisque j’ai dû quelquefois briser les liens chers et forts qui m’unissaient à mon parti, et que même, comme plusieurs l’affirment, j’ai dû sacrifier le capital que mon avenir politique pouvait me réserver.