ARCHEVECHE DE SAINT-BONIFACE
Saint-Boniface, le 13 octobre 1905.
A Monsieur Jules-Edouard Prévost, directeur du journal l’“Avenir du Nord’’. Cher Monsieur,
On m’envoie le numéro du cinq octob re courant ( jeudi ) de votre journal, et j’y Ü9 avec étonnement dans un article intitulé “L’intransigeance de Mgr Langevin’’ et signé “Jep’’, une assertion absolument fausse que je suis obligé de démentir.
Voici le passage en question dans l’article précité :
“Or, voici ce que oes messieurs (sir Donald Smith, MM. Alphonse Desjardins et A. -R. Dickey) étaient prêts A, accepter, au nom fie ta minorité catholique et
d’ ACCORD AVEC L’ARCHEVEQUE DE SAINT-BONI FA CE, comme règlement DEFINITIF de la question.”
J’OPPOSE UN DEMENTI FORMEL A LA PARTIE DE L’ASSERTION QUI ME CONCERNE. JE N’AI JAMAIS EU MEME L’IDEE D'ACCEPTER LES PROPOSITIONS DES TROIS HONORABLES DELEGUES DU GOUVERNEMENT D’OTTAWA, en 1897, au commencement du carême. Voici, du reste, ae que j ai dit à sir Donald Smith, maintenant lord Strathcona, qui est venu me voir, dans mon palais épiscopal, à Saint-Bon if ace.
“CHER MONSIEUR, JE CONNAIS TRES BIEN VOS PROPOSITIONS CON¬ CERNANT LE REGLEMENT DEFINITIF DE NOTRE QUESTION D’ECOLES ET J’AI LE REGRET DE VOUS DIRE QU’IL M’EST IMPOSSIBLE DE LES ACCEPTER PARCE QUE CE SERAIT UN ABANDON DES DROITS- SACRES DONT JE NE SUIS QUE LE GARDIEN . JE NE ME RECONNAIS PAS LE POUVOIR DE DISPOSER AINSI DES DROITS SCOLAIRES DE LA MINORI¬ TE CATHOLIQUE.”
L'honorable monsieur, avec sa courtoisie ordinaire, m’a répondu qu’il n’oserait pas insister et il s’est retiré en s’excusant de m’avoir demandé une chose que je ne pouvais pas accorder.
Voilà, cher monsieur, la vérité.
D’ailleurs Lord Strathccina (Sir Donald Smith) est encore plein de vie, à Londres, et vous avez, près de vous, à Montréal, l’honorable Alphonse Des jardins qui a procédé avec tant de délicatesse dans cette affaire. ; veuillez donc les consulter et leur demander si j’ai accepté leurs propositions.
Votre correspondant “Jep” a donc avancé une FAUSSETE et cette FAUS¬ SETE est doublée d’une CALOMNIE ODI EUSE. En conséquence, j’attends de votre gen t i 1 ho mine r i e l’insertion de mon DEMENTI FORMEL dans votre journal afin que vos lecteurs, amis de la vérité, sachent ce qu’il faut penser de la DE¬ CLARATION MENSONGERE du Sieur “Jep”.
Me permettrez-vous, monsieur le Directeur, d’ajouter un mot?
Est-ce bien l’idée de M. “Jep” de qualifier de “beau geste” toute réclamation en faveur de la justice lorsqu’elle n’est pas suivie d’un résultat immédiat et qu’elle devient par conséquent inutile pour le moment? (1)
A ce compte-là la protestation des Papes contre la spoliation des Etats Pontificaux en 1870, ne serait qu’un “beau geste” parce qu’elle n’a eu jusqu’ici aucun résultat. “Beau geste” aussi je suppose, l’appel du Divin Malîltre sur la croix, alors qu’il tendait les mains vers un peuple qui criait contre lui et qui se moquait de lui? “Beau geste” encore le ‘"non possumus” des apôtres mis à mort, quand même, pour la foi du Christ?
AI. “Jep” peut insulter à son aise P archevêque de Saint-Boniface qui n’est qu’un homme mortel et impuissant, mais il n’empêchera pas la cause de la minorité catholique dans l’Ouest canadien d’être immortelle, et ce qui la tient en vie, cette grande et sainte cause de la liberté religieuse et politique, c’est le “non possumus” des apôtres qui aiment le Canada plus que leur vie et qui aiment Dieu plus que le Canada.
Ce sont les “beaux gestes” de nos pères ne servant qu’une idée chrétienne, et qu’un drapeau, celui du Christ et de la patrie, qui ont accompli lies merveilles
(1) “L’Avenir du Nord” avait comparé Mgr Langevin et M. Bourassa à deux mousquetaires préférant les beaux gestes aux résultats pratiques. — Note du “Nationaliste”.
L’OPTNION nu CLERGE ; L'ATTITUDE DES PARTIS
appelées par l’histoire “Gesta Dei per Francos” — les faits et les gestes de Dieu par les Francs.
En vous remerciant à l’avance, M. le Directeur, de vouloir bien insérer cette lettre dans votre journal, je demeure votre compatriote tout dévoué,
(Signé) ADELARD, O.M.I.
Archevêque de Saint-Bonifaoe.
Mgr LEGAL
Déclaration publiée quotidiennement pendant un mois dans le “Canada”: