TROISIÈME LIEUTENANT-GOUVERNEUR DE MANITOBA
L'Hon, Joseph Cauchon fut préposé à l'administration de la Province de Manitoba en Décembre 1877. Il avait fourni une carrière polilique bien mouvementée et bien particulière. Pendant plus de trente ans, il s'était fait remarquer dans les différentes enceintes des Parlements Canadiens: avait été ministre d'Etat à différentes reprises et sous différents régimes. Agé de plus de 60 ans, et après les luttes si vives qu'il avait soutenues, il était appelé à se reposer dans le calme de l’atmosphère où doit vivre un Lieutenant-Gouverneur constitutionnel. Dans sa nouvelle position, l’'Hon. M. Cauchon agit avec tant de modération et d’impartialité qu'il sut se faire estimer de tous, même de ceux qui avaient redouté de Jui voir prendre les rênes du Gouvernement. Il portait avec lui l'autorité et le prestige que de fortes études et une longue expérience avaient attachés à sa personne, comme expert en droit constitutionnel. Il utilisa cet avantage en donnant à l’'Acte de Manitoba une interprétation conforme à l’idée qui l'avait fait naître.
M. Cauchon était à Ottawa, lors des troubles de la Rivière-Rouge, lors des négociations et de l'admission de la nouvelle Province dans la Confédération. Il suivit toutes ces questions avec tune grande attention et un vif intérêt. Il s'était trouvé mêlé dans la solution de l'irritante question des écoles séparées dans Oniario, dans le paisible arrangement de celle de Québec. 11 eut sa part dans les débats qui agitèrent le
Canada à l’occasion des écoles du Nouveau- Brunswick. Plu-
sieurs fois, il a parlé devant moi, comme “devant d’autres, du service important qu'il se félicitait d’avoir rendu au Gou-
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vernement de l’'Hon. M. McKenzie, ‘par üne suggesiion qui a préservé ce Gouvernemerit dü vote adverse, dont il était menacé par rapport aux écoles du Nouveau-Brunswick. M. Cauchon réclamait la paternité de la résolution que M. McKen:zie proposa aux Communes pour référer cette question au Comilé Judiciaire du Conseil Privé d'Angleterre, et par là même, se débarrasser du danger qui menagçait l'existence de son Gouvernement. Plusieurs amis des écoles Catholiques du Nouveau-Brunswick ne virent pas le danger dont la résolution les menaçait, et pour une raison ou pour une autre, la résolation fut votée par la majorité du Parlement Canadien. Le Gouv rnement McKenzie était sauvé, mais les écnles élaient sacrifiées. M. Cauchon, en racontant ce qu'il regardait comme un tour de force politique, dont le mérite est douteux, ajoutait :
Cela a été possible au Nouveau-Brunswick, parce que là, il n’y avait rien dans la loi qui protégeät les écoles Catholiques, mais la chose est bien différente ici, puisque la loi de Manitoba et les conditions de l'entrée de la Province dans la Confédération défendent nos écoles contre toute tentative hostile.
Les opinions de M. Cauchon sur l'interprétation à donner
à l’Acte de Manitoba ‘eurent une application pratique et officielle au cours de son administration. En Décembre 1878, il y eut des élections générales; pendant la campagne électorale, on voulut baltre en brèche le Gouvernement, au sujet des imprimés en langue française. Le Premier Ministre n’oublia ni ses promesses, ni les prescriptions de la constitution ; il fit face à l'orage, et malgré elle, fut réélu et maintenu au pouvoir. D'un autre côté l'opposition se fortifia d'hommes nouveaux et qui n'étaient certes pas sans ambition.
Le 1e Février, 1879, le troisième Parlement ouvrit sa première session, Le 7, l’Assemblée Législative s’ajourna jus-