INVASION ETRANGERE DANS L'OUEST
Quel sera le caractère national de ces nouvelles provinces de l'Alberta et de la Sasketchewan, qui tôt ou tard domineront la Confédération ?
Seront-elles cosmopolites ou canadiennes ? Hier le royaume des tribus indiennes et des troupeaux de bisons, les livrerons-nous demain à l'étranger, — au Galicien, au Doukhobor, au Mennonite, à l'Américain, au Français, à l'Anglais, — sans sauvegarder les droits acquis, la liberté, l'existence même de ceux qui y furent les pionniers de la civilisation chrétienne et de la nationalité canadienne ?
Si nous voulons que ces poussées formidables d'êtres humains, si différents de race, de mœurs et d'aspirations, deviennent un élément de force et d'unité au lieu d'être une cause de
désagrégation, il nous faut les réunir en un tout compact, et leur inspirer un autre idéal commun que la soif de l'or et le seul désir d'accroître leur bien-être matériel.
En d'autres termes, nous devons donner un corps à cette population, nous devons surtout lui donner une âme ; et il faut que cette âme l'unisse aux races fondamentales qui habitent l'est du Canada.
Il y va non seulement de notre existence comme peuple, mais aussi de la conservation du Canada à l'Angleterre.
Je suis de ceux qui croient que tant que le Canada ne sera pas prêt à jouir de la plénitude de son indépendance — et les événements qui se déroulout à l'heure actuelle nous démontrent la nature des dangers qui nous menaceraient si le parlement canadien pouvait modifier à sa guise nos lois organiques, — c'est sous la tutelle de l'Angleterre que nous continuerons de trouver les moyens les plus efficaces de nous développer et de conserver notre vie nationale.
Le courant d'immigration qui semble vouloir prédominer dans l'Ouest est celui qui part des Etats-Unis. Ce flot nous apporte de nouvelles recrues précieuses par leur intelligence, par leur esprit d'entreprise et par leur adaptation première au sol et au climat de notre continent ; mais elles ne sont peut-être pas les meilleures au point de vue politique et social.
(1) M. Paul Martineau. avocat, ancien échevin, membre de la Commission scolaire de Montréal.
Pénétrés du mercantilisme qui caractérise la nation américaine, ces /immigrants du Sud profiteront plus au corps qu'à l'âme de la nation. Imbus de ce jïngoïsme, de cette foi aveugle dans la supériorité des institutions américaines, que les habitants des Etats-Unis puisent à l'école, ils constitueront un élément? dangereux pour l'intégrité de notre organisation politique.
Tant qu'ils trouveront sur le sol vierge du Canada un aliment à leurs appétits matériels, ils accepteront volontiers les institutions canadiennes et le lien britannique.
Mais viennent les jours de crise économique, ori le commerce sera stagnant, où l' agriculture périclitera, ils ne s'en prendront pas seulement aux hommes publics et aux partis politiques, comme il arrive dans tous les pays de gouvernement populaire ; ils s'attaqueront aux institutions ellesmêmes et à l'état colonial. Oubliant les causes qui les auront poussés hors de la république américaine, ils se tourneront vers elle et verront dans l'union commerciale du Canada et des Etats-Unis, et peut-être même dans l'annexion politique, un remède à leurs souffrances matérielles.