II. — SALLES D'ASILE FRANÇAISES
Le groupement des divers services nécessaires à l'installation d'une salle d'asile est fréquemment fait suivant les indications de la figure 148.
Le bâtiment s'élève en bordure de la voie publique, combinaison qui a l'avantage d'économiser le terrain, mais qui a l'inconvénient de ne pas isoler suffisamment l'établissement du bruit et du mouvement extérieur. L'entrée a lieu en 1, le vestibule est en 2 et donne accès à un parloir 3, servant de cabinet de travail à la directrice. A la suite, la cage de l'escalier, en 4 la cuisine dans laquelle se font réchauffer ou cuire les aliments que les enfants apportent pour leur nourriture du jour; derrière cette cuisine, en 5 un petit office, dépôt de bois et de charbon, en 6 une salle de repos pour les enfants subitement indisposés, et en 7 des privés intérieurs pour la directrice ou les enfants malades. Toute cette partie du bâtiment est élevée de deux étages renfermant, au premier, le logement de la directrice ; au second, celui des directrices adjointes, prenant tous jour et air sur le préau découvert 10 dans lequel sont placés des privés extérieurs ; le préau couvert se trouve en 9 et la salle des exercices en 8.
La partie la plus importante de l'édifice, celle qui exige les plus sérieuses études et sert de point de départ pour déterminer les autres, est la salle d'exercices 8.
Cette pièce étant destinée à recevoir 120 enfants devra, par conséquent, offrir une surface de 84™, 00 puisque chaque enfant exige ora,7o ; mais la surface de cette salle n'est pas seulement le point délicat et difficile à déter-
Fig. 148.
miner, sa forme n'a pas moins d'importance et ce sont les meubles qu'elle doit contenir, c'est-à-dire les gradins et les bancs isolés, dont les dimensions servent à résoudre le problème. De l'emplacement qu'ils occupent, des dispositions qui leur sont données, dépendent, en effet, la commodité de l'installation et le plus ou moins facile accomplissement des prescriptions imposées. Nous avons déjà vu, à propos des écoles, qu'une pièce plus vaste, mais dans laquelle ne sont prévus ni le nombre ni la place des meubles, ni les dispositions des poêles, portes et fenêtres, est moins commode qu'une salle plus restreinte dans laquelle chaque objet occupe un point fixe, déterminé, disposé à l'avance pour le but qu'il doit atteindre. La salle d'exercices, avons-nous dit, est destinée à
salles d'asile. 345
120 enfants occupant, assis sur les gradins, chacun om, 30, c'est donc une longueur de 36 mètres de gradins qui est nécessaire. Les mettre sur uns seule ligne est impraticable. Nous les supposons répartis sur 6 rangs de chacun 6m, 00 contenant, par conséquent, 20 enfants ; puis, comme il faut tenir compte des deux passages latéraux, om, 40 (ensemble om,8o), du passage central om,6o, c'est en définitive une longueur totale de 7ra,40 à donner aux gradins, longueur qui devient la dimension de la salle en largeur.
Quant à la longueur de cette salle, elle est déterminée par la largeur des gradins réunis et par la largeur des bancs isolés. Chaque gradin aom,^ de largeur, soit 3n\30 pour les six, les bancs isolés ont la même longueur que les gradins (puisqu'ils doivent être occupés par le même nombre d'enfants ayant le même espace de ora,3o) ; puis, comme il faut également tenir compte du passage central om, 70 et des deux passages extrêmes im,40 (soit ensemble pour les trois 2m, 10), nous trouvons en somme, pour la longueur de la salle, 1 im,40 ainsi répartis : largeur des gradins, 3m,30 ; longueur des bancs, 6 mètres ; passage, 2m, 10 ; ensemble, nm,40 qui, multipliés par la largeur 7m,40, donnent 84™, 36, résultat identique à celui obtenu en multipliant le nombre d'enfants 120 par om,7o, surface qui leur est nécessaire.
Maintenant, la surface du préau couvert devant être d'un cinquième supérieure à celle de la salle d'exercices, sera, par conséquent, de 100, environ et, comme sa largeur de 7,40 est connue, c'est une longueur de 1 3™, $0 qu'il sera nécessaire de lui donner.
Quant au préau découvert, sa surface doit être égale à celle de la salle d'exercices et à celle du préau couvert
réunis, soit 200m,oo environ : résultat facile à obtenir théoriquement, • mais que, dans la pratique, les conditions de terrain obligent souvent à modifier, en plus ou en moins, dans les grandes villes, où il n'est pas toujours possible de trouver un emplacement ayant exactement les dimensions désirables.
En procédant comme nous venons de l'indiquer, un architecte suivra une marche logique et raisonnée, il s'évitera tous les mécomptes qui trop souvent sont la conséquence d'une opération insuffisamment étudiée, il n'élèvera pas une classe de grandes dimensions ne pouvant contenir le nombre de gradins et de bancs nécessaires, et ne se trouvera pas entraîné à des dépenses hors de proportion avec le résultat obtenu.
Remarquons que, dans les salles d'asile comme dans les écoles, les cours à angles droits, les bâtiments réguliers couverts par un comble à deux pentes offrent de grands avantages au point de vue économique et facilitent sensiblement la surveilhnce. Mais cette considération, comme celles relatives au chauffage, à la ventilation, etc...., ont déjà été développées et il n'y a pas lieu d'y revenir ici. Quant à l'éclairage, la position des fenêtres dans une salle d'asile n'a pas la même importance que dans une é:ole. Le travail des enfants ne s'effectuant pas dans les mêmes conditions, il importe peu que la lumière vienne de droite et de gauche, pourvu toutefois qu'elle ne vienne pas de face, car dans cette dernière position elle gêne et fatigue promptement la vue.
Il serait presque oiseux de dire que la façade d'une salle d'asile doit être simple, (fig. 149). Plus que l'école encore la salle d'asile est l'abri du pauvre ; une décoration superflue
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est, en pareil cas, un luxe inutile, ridicule et déplacé. Cependant, un asile ne doit pas avoir l'apparence triste, inspirer d'idées pénibles ; il faut, au contraire,qu'il égayé et réjouisse le regard et habitue vite ses habitants à le voir sans ennui et à le retrouver sans dégoût.
Fig. 149.
Le mobilier de la salle d'asile comprend l'estrade, divisée en un certain nombre de gradins, les bancs isolés, les hamacs pour faire reposer les enfants qui se trouvent malades durant le jour, les porte-modèles, bouliers, etc. Nous ne parlons pas, bien entendu, des lavabos, poêles, sièges, etc., qui sont les mêmes que dans les écoles.
Les gradins d'une estrade ne doivent pas avoir plus de 8m,oo de long, ni plus de 6m,oo de profondeur effective (10 rangs). Au delà de ces dimensions, la surveillance de la directrice devient impossible à cause de la difficulté qu'elle éprouve à regarder à la fois le fond et les deux extrémités de l'estrade. La disposition générale de ces gradins est indiquée (fig. 1 $0). La place réservée à chaque enfant est de om,3o; celle qu'occupent le siège, le dossier et les pieds, de om, j $ ; dans les gradins dépourvus de bancs et de pupitres, des bandes noires peintes (afin d'éviter toutes
saillies) indiquent à chaque extrémité un passage de om,40, et au centre un autre de om,6o. Les enfants les plus grands sont placés sur les degrés supérieurs, les plus petits, en bas, près de la directrice et des surveillantes ; les gradins
Fig. 150.
ne doivent donc pas avoir la même hauteur. Le tableau ci-dessous indique la dimension à donner aux degrés, suivant la hauteur à laquelle ils sont placés \ et le nombre de gradins dont ils se composent : Mais cette différence de hauteur entre les gradins oblige les enfants à lever les pieds d'une façon inégale et irrégulière et est par suite cause de chutes fréquentes.
Ier.
Degrés.
bD
Gradin de 5 degr.
'1) M. Uchard, architecte.
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Les estrades sont, en général, établies sur une ligne légèrement courbe : celles établies sur une ligne circulaire ou brisée placent les enfants les uns en face des autres et leur donnent de trop faciles distractions ; en outre, ce qui est plus grave, les extrémités se trouvent hors de la vue de la directrice.
La forme des estrades est des plus simples : une succes-
Fig, 151.
sion de degrés, un petit dossier derrière le siège et, sur ce dossier, une tablette mobile qui s'abaisse ou se relève au moyen d'équerres, de façon à former une table. Une autre estrade plus simple que la précédente est celle (fig. 151); chaque enfanty occupe une petite stalle distincte.
Les bancs latéraux sont placés perpendiculairement à l'estrade, le nombre en est naturellement proportionné à
l'importance de l'asile ; on les fait souvent à stalles, ayant chacune om,3ode largeur etom,22 de profondeur. Le dessus de ces bancs est, en général, formé d'un couvercle mo' bile qui les convertit en coffre, dans lequel se placent divers objets qu'on ne veut pas laisser traîner dans la salle.
Fig. ij2.
Les lambris de revêtement, placés "autour de la salle, ont om,8o de haut ; dans la frise de ces lambris se logent les ardoises surmontées des tableaux de lecture (fig. 1^2).
En avant des bancs latéraux, sont tracés sur le sol, au moyen d'une raie de couleur de om,o$ de largeur, des
SALLES D ASILE
cercles de im,io de diamètre, autour desquels se rangent les enfints pour exécuter divers exercices. Également en avant des bancs latéraux, se placent les
Fig. 15 3.
porte-exemples et les bouliers, destinés à être vus des enfants aux heures de leçons. Les porte-exemples se composent d'un montant vertical, maintenu sur le sol par une vis ; en
avant se trouve un degré sur lequel monte le moniteur pour montrer aux enfants, au moyen d'un bâtonnet, l'exemple fixé en haut du montant fig. (i $3)
Fig. 154.
Le boulier (fig. 1 $4) sert à apprendre à compter aux enfants. Son nom lui vient des rangées de petites boules dont il se compose et qui glissent sur des tringles, de façon à former des nombres et des quantités différentes. Le modèle
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le plus simple et le plus complet à la fois *, se compose d'un socle servant d'armoire, que traverse une tige sur laquelle s'accroche un tableau, incliné à doubles faces et mobile sur son axe de façon à tourner facilement en tous sens.
Les hamacs (fig. 15-5) sont en réalité des couchettes en toile, suspendues aux parois des murs des préaux ou d'une petite salle spéciale. C'est dans cette couchette qu'on dépose, pendant leur séjour à l'asile, les enfants subitement indisposés, ou ceux simplement fatigués.
Ces hamacs peuvent se rouler sur eux-mêmes de manière à occuper moins de place que quand ils sont développés. Notre figure 155 montre un de ces hamacs développés, et dans le haut; à gauche, le même hamac roulé sur lui même.
Ce qui frappe quand on visite nos salles d'asile, c'est de voir leurs directrices les transformer trop volontiers en écoles élémentaires, tandis qu'elles ne doivent servir qu'à
(1) M.Dejean, architecte.
préparer les enfants à entrer plus tard à l'école et à y profiter des leçons qu'ils doivent y recevoir. Ainsi le matériel scolaire est très-complet, très-étudié, très-développé, celui des exercices physiques au contraire est nul ou à peu près, et personne ne songe à remédier ou à modifier un tel état de choses.
Nous allons voir qu'en Angleterre la situation est bien différente.