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GYMNASE

Les exercices gymnastiques ont acquis chez nous une grande faveur ; c'est un peu affaire de mode, et il faut profiter de ce moment favorable pour les faire entrer dans nos habitudes. Presque tous les collèges et lycées de France sont maintenant munis des appareils nécessaires , et un professeur spécial en enseigne l'usage. Les écoles primaires sont moins avancées sous ce rapport. Il est vrai que, dans celles de ces écoles installées à la campagne, les enfants toujours au grand air, vivent dans un état de liberté presque complète, courent les champs à leur gré, grimpent aux arbres et font de grandes courses ; ils se livrent, ainsi sans s'en douter , à une gymnastique pratique continuelle et peuvent, à la rigueur, se passer des appareils destinés à apprendre ou à régler des manœuvres dont ils font l'équivalent ; mais cette situation n'est plus la même dans les écoles de ville, des grandes villes surtout. Là, tout autant que darts les établissements d'instruction secondaire, les exercices destinés à assouplir le corps, à lui donner de l'adresse et de la force, à l'endurcir à la fatigue et à affermir la santé deviennent non-seulement utiles, mais indispensables;

La force physique constitue, pour ceux qui la possèdent, un avantage considérable dans la vie, et ceux qui en sont

dépourvus doivent trouver, dans les ressources de leur intelligence, des compensations morales pouvant y suppléer. Cette observation est si vraie que l'ouvrier, le soldat, habitués aux rudes labeurs, aux travaux pénibles, ne peuvent cacher le mépris qu'ils ont pour la faible complexion de leurs chefs, incapables de les suivre ou de les imiter. Ce sentiment ne cesse chez eux que le jour où, obligés d'avoir recours pour affronter un danger, ou résoudre une solution difficile, au savoir et à l'habileté de ceux qui les commandent, ils arrivent aisément et promptement, grâce à leur aide, au résultat qu'eux seuls ne pourraient atteindre avec leurs propres efforts.

Au point de vue de la santé générale, les exercices gymnastiques sont encore moins à dédaigner qu'au point de vue du développement des forces physiques : ce n'est pas, en effet, une légère satisfaction que celle de pouvoir éviter, sinon en entier du moins en partie, les maladies auxquelles la nature nous rend sujets, et que de pouvoir arriver à la vieillesse sains et forts, sans être atteints ;par quelques-unes de ces tristes infirmités dont chaque jour nous voyons tant d'exemples autour de nous.

Si la gymnastique ne nous assure pas d'une manière certaine la possession de ces grands avantages, la force et la santé, elle nous permet et nous facilite du moins l'emploi des moyens propres à les obtenir, et c'est à ce point de vue qu'il ne faut rien négliger pour en répandre la pratique parmi les jeunes populations de nos écoles.

Dans les grands établissements scolaires, les gymnases ont donné lieu à des constructions spéciales, élevées dans un but déterminé ; c'est là évidemment une condition des plus favorables, mais qui, par suite de la dépense dont elle

est la cause, ne peut être acceptée quand il s'agit d'écoles primaires au budget restreint, qui, pour rendre les services qu'on attend d'elles, doivent, avant tout, être économiquement conçues ; en pareil cas, les appareils propres à permettre les exercices gymnastiques peuvent, sans grave inconvénient, être installés en plein air dans la cour de récréation, et voici (fig. 29) ceux de ces appareils dont l'usage est le plus fréquent et le plus nécessaire l :

Fig. 29.

i° Un portique, comprenant:

Grande traverse de om, 18 d'épaisseur sur om,20 de hauteur ;

Quatre liens cintrés de om, 10 d'épaisseur sur om, 16 de hauteur ;

Deux traverses des extrémités de om, 16 d'épaisseur chacune sur om,20 de hauteur ;

Quatre planches de plate-forme de om,04 d'épaisseur ;

Deux liens cintrés chacun de om, 1 0 d'épaisseur sur om, 1 5 de largeur ;

Guirlande de cordes passant dans les crochets, om,023 de diamètre ;

(i) Gymnastique pratique Napoléon-Laisné. Dumaine, Paris 1850.

Deux échelles; montants om,07$ de diamètre réduit, om, 40 d'écartement, échelons de om,oo7 de diamètre, espacés de om,2$ pour l'une, de om30 pour l'autre ;

Quatre colonnes de om, 14 de diamètre au sommet, om, 1 5 à la base ;

Douze perches fixes, quatre de om,o6$ de diamètre moyen, quatre de om,oçç, et quatre deom,o4$ ; chacune 4™, 80 de long;

Deux poteaux de 0^18 d'équarrissage au sommet, et omi9 à la base;

Une échelle de corde et de bois, montants en corde de om,022 de diamètre, échelons en bois de om,02$ de diamètre, espacés de om,30 ; largeur entre les montants om,30 ;

Une corde lisse de om,027 de diamètre ;

Une corde à étriers fixes ; corde de om,027 de diamètre, échelons en bois de om,02$ de diamètre, espacés de 0^,30 ;

Un trapèze-bâton de om,90 de long, cordes de om,020 de diamètre ;

Corde à support, de om,027 de diamètre ;

Deux perches vacillantes, de om,o4 de diamètre moyen ;

Une corde à nœuds, de om,027 de diamètre ;

20 Un cheval de bois ;

30 Une échelle à sauter ;

40 Des barres de suspension ;

50 Des perches à sauter ;

6° Des poignées brachiales avec planches élastiques ;

70 Des haltères, etc., etc.

Mais une installation de ce genre, l'achat et l'entretien qu'elle exige, joints aux frais de construction, présentent parfois une charge trop lourde pour une pauvre commune rurale ; on peut en ce cas simplifier les choses et les ramener

à des limites qui les rendent accessibles aux ressources les plus modestes.

La figure 30 indique comment il est possible d'établir un gymnase dans de semblables conditions.

Fig. 30.

Une traverse, appuyée sur deux montants faisant fourche, forme un portique en bois brut, auquel sont suspendus les appareils suivants :

Une échelle en bois grossier ;

Deux perches vacillantes retenues à leur extrémité par des cordes ou des écrous en fer ;

Un trapèze ;

Deux cordes lisses ;

Une corde à nœuds ;

Un mât formé d'une grosse branche d'arbre.

Il serait bien à désirer qu'un gymnase de ce genre fût installé dans toutes les écoles publiques ; tout incomplet qu'il est, il peut encore rendre de grands services, et ce n'est certes pas la dépense qu'il occasionne qui pourra arrêter une administration municipale.

Une condition indispensable est de creuser sous le portique, c'est-à-dire sous l'emplacement destiné aux exercices, un fossé de om, 1 $ à om,20 de profondeur, que l'on remplit de sciure de bois, ou mieux de copeaux de liège. Cette couche, destinée à prévenir les accidents occasionnés par les chutes,doit être bien damée, et le fond du fossé laissé en terre sans être revêtu de ciment ou de bitume, afin de ne pas convertir le fossé en cuvette, dans laquelle les eaux pluviales s'accumuleraient sans pouvoir s'écouler.

Il faut enduire de goudron la partie des bois cachée sous terre, prolonger cet enduit jusqu'à om,2$ au-dessus du sol et peindre le reste à l'huile après l'avoir soigneusement mastiqué.

Le bois à employer pour la construction du portique est de préférence le chêne ; on peut cependant, pour bien des pièces, remplacer le chêne par du sapin du Nord ; quant aux appareils, il y a avantage à employer le frêne pour les montants d'échelle, les perches fixes, les perches vacillantes et les perches à sauter, et le cornouiller pour les échelons d'échelles de bois ou de corde, et la barre du trapèze.

Les Anglais attachent une bien plus grande importance que nous au développement des forces physiques et matérielles. Chacun sait quelle part considérable prennent dans la vie des étudiants aux universités les luttes de toutes sortes. The cricket, the Foot-ball, theBoating, the Sparing constituent plus que des jeux; ces exercices ont parfois pris le pas sur les études scolaires et passionnent les élèves et leurs famillesau moinsautant queles travaux purementintellectuels.

Chacun, de l'autre côté du détroit, veut pouvoir se défendre et se protéger soi-même sans le secours d'un policeman : il faut, pour cela, être fort et adroit, et si la

^s^tea^Mw

Fig. 31.

gymnastique à elle seule ne procure pas ces avantages, elle contribue singulièrement à les développer et à aider les dispositions naturelles.

Aussi, — non contents de se servir des appareils semblables ou analogues à ceux dont nous venons de parler, (fig. 31) et dans lesquels les montants, les traverses et en général toutes les parties pour lesquelles nous employons le bois, sont construites en fer, — les Anglais de toutes classes se livrent avec une ardeur dont il nous est difficile de nous faire idée à tous les exercices physiques, qu'ils poussent souvent jusqu'à l'excès. Les enfants des écoles publiques font de longues promenades, luttent ensemble au pas ou à la course ; ils s'endurcissent à la fatigue et, sauf dans la population rachitique des affreux quartiers de Londres, de Birmingham, de Glascow et de quelques autres grands centres industriels, les enfants du peuple, en Angleterre, ont l'apparence plus robuste, plus vigoureuse, que les nôtres, semblent en un mot être plus healthy (avoir l'air de bonne santé) ; il est juste d'ajouter que bientôt le vice 'national de l'Anglais, l'amour du vin, l'ivrognerie poussée à ses dernières limites, prend le dessus et a promptement détruit ces belles promesses.

C'est à ce développement peut-être exagéré des forces brutales de l'homme qu'il faut attribuer la facilité avec laquelle tout Anglais, gentleman ou homme du peuple, est prêt à l'attaque ou à la défense, à recevoir ou à donner,

surtout à donner des coups. Mais entre cet abus de la matière et notre dédain pour elle, il y a un terme moyen à adopter, une sage mesure à observer.

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