UN CRI D'ALARME
Signalons caricaturalement les méfaits de nos vandales au chef étriqué^ marche-briques imprévoyants, démolisseurs à suçoir pétaradant mille fois incongruités antipittoresques* Progressistes à rebours nous exposant aux risées de l'étranger* Il faut créer sensément, non démolir aveuglément* Oui, le règne de nos tire-lignes évoluant en chambre, doit prendre fin* Ah ! s'ils avaient un œil quelque peu sensible, fût-il de verre, même reflétant***
Déplorons les dévastations irréparables.
Rochers de la Meuse, de TOurthe, de TAmblève stupidement éventrés, irrémédiablement saccagés, perdus à jamais* Collines à l'accent doux, dunes aux croupes délicieusement mamelonnées, outrancièrement violées, monuments précieux singulièrement retapés* Virginités exquises gravement menacées*
Soyez respectueux, messieurs les destructeurs patentés, postés en haut lieu en sentinelles spiralées, car, de la dune, du rocher, des tours et des collines, des siècles de beauté vous contemplent*
Oui, la vision se pourrit chez nos croquants de narquoisie !
A Ostende surtout, nos bassins offrent, en un décor prestigieux, une entrée de ville d'intense beauté maritime dépourvue de banalité, et notre vieille tour robuste et fruste, si bellement dressée, enchante les yeux sensibles» Beauté calme et sereine, auréolée de poésie délicate, notre tour ne demande que du lierre pour masquer ses brûlures, mais nos restaurateurs, gratteurs, emplâtreurs à Tœil louche, frotteurs aux pieds levés, sont là guettant»
Et les croque-puces dépourvus d'occiput clament et réclament : « Cela n'est pas joli, il nous faut comme ailleurs des squares banalisés, des monuments en toc, des égouts embouteillés, une plage émaillée de tessons piquants ou hérissée d'innombrables mouchetures de boussiers cantharidés* »
Pauvre Ostende, exposée aux pires dépradations !
Royaume des maussades, des ingénieurs des ponts et des chaussées, des niveleurs étriqués, architectes frigides, Erostrates délirants, ruineurs de sites, tourmenteurs d'animaux, tortionnaires de plantes, la Belgique étalera bientôt une large monotonie hori^onnée de platitudes» Plus d'arbres, plus de rochers, plus de dunes, plus de saillies pittoresques, messieurs les ingénieurs sauront tout raser. Oui, l'on proteste quand l'arbre est touché» Que dire du rocher à jamais détruit ! Un remède cependant s'indique tout simplement» Au long de nos fleuves et rivières de Wallonie, il faut conserver les rochers en ligne de bordure formant décor enveloppant ;
ainsi seront préservées à peu de frais les beautés immenses de nos rivières majestueuses*
Il faut défendre sans retard les dernières et suprêmes beautés du paysage belge ; bientôt, la laideur étendra sur toutes choses son voile terne, et les jours de lumière fuiront tristement devant une nature veule et souillée, morte pour nos joies*