TOAST
J'ai rhonneur de connaître deux de Rudder : Tun est maître-écrivain, l'autre maître sculpteur^ Dans le doute faut il s'abstenir i
Ici, je soupe en coloriste entre une faunesse rouge d'émotion et une sirène à l'œil pers et vert^
Maigre menu! Pain gris, soupe verte, algues saumâtres, viande blanche, choux rouges, choux blancs, choux verts, rappel des nobles couleurs italiennes, comme dessert de belles oranges rebondies de Valence, étalées sur fines dentelles de Valenciennes, le tout arrosé de bière brune et de vin bleu. Mais je chante et je bois avec vous pour aimer de Rudder le plus coloré, le plus imagé, le plus sympathique de nos écrivains, ou de Rudder le plus immaculé, le plus anti-caraïbe de nos maîtres sculpteurs, et je crie: Vivent deux de Rudder, deux grands frères jumeaux devant l'art.
Vive de Rudder, c'est un nom bien porté !
i6 avril 1920,
TOAST A OLEFFE
Auguste Oleffe : D'où nous vient cet homme débonnaire, trappu : du Nord, de Scandinavie, de Russie rouge ou blanche i Danois, Frison né coiffé. Normand sûrement» Il a su peindre les pôles irisés, les aurores boréales. Il a péché la crevette, dessalé le hareng, huilé des sardines, goudronné les thons ♦ De vieilles enluminures le représentent botté jusqu'au col, harponnant des cétacés, harcelant des phoques, taquinant des morses, dépouillant des veaux marins et autres ! Je Tai vu, portant une morue colossale ou chiquenaudant un ourson effaré. Plumant des pingouins, écaillant des sirènes, bouffant des huîtres. Ses pieds sont palmés.
Oui, c'est là son physique.
Sa peinture évoque les monuments, vivement colorés aux fonds givrés de l'étrange Nord ! les beaux jouets diaprés de la grande Russie.
Alors, sa charmante compagne et collaboratrice dévouée, beauté fluette de carnation finement nuancée d'ambre, gentille, menue, un tantinet esquimaude, bijou gracile, aimable fleur charmeresse, embellissait le coloris du beau peintre.
Ah! vous êtes heureux^ Oleffe^ vous et votre compagne, tout parfumés des nobles couleurs de la mer*
A Ostende, en regardant vers Touest, je distinguais, au temps clair, une longue ligne ténue à Thori^on : Nieuport !!! Il y avait là un beau peintre : lui aussi contemplait la mer avec délices» Cette communion me touche profondément, mon cher Oleffe»
Vers Test, un hori2;on moins étendu barrait ma vue ; là également un jeune peintre ignoré travaillait tout près du grand phare ; hirsute, jaune et blond comme Oleffe, ce peintre ignoré jetait à la mer ses tableaux incomplets, sacrifice digne des anciens* Il symbolisait alors Teffort jeune, incompris: je nomme Constant Permeke, modeste entre tous* Mais bien des jeunes souffrent pour Tart* Il faut les animer profondément*
Je lève mon verre au beau peintre Oleffe, mon grand voisin d'Occident et pour rattacher tout à la mer au modeste Permeke, mon voisin d'Orient* Aussi à vous, les jeunes frères de lutte.
Ah ! le réconfort est grand et, à l'exemple d'Oleffe, je bois aussi aux chercheurs de l'Effort* Soyons grands et profonds comme la mer* Elle, notre grande consolatrice du Nord*
Les vents du Nord et de l'hiver nous apportent la joie et les rajeunissements* C'est du Nord que nous vient la lumière et de l'Orient nous vient la couleur*
Hurrah ! pour Oleffe, peintre puissant, homme du Nord ! Homme libre* Vive la liberté !