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REFLEXIONS SUR QUELQUES PEINTRES ET LANCEURS D 'EPHEMERES

Oui, nos peintres à succès mâchent des bluets en l'honneur de Manet. La haine des cathédrales et des tours se dessine toujours.

« Le gras fromage réaliste fleurait bon »^ clament et réclament non sans raison les contrefichistes restés rebelles aux Léliardises-Klauwardées de nos décorateurs minables officiels et officieux, Augustes colorieurs bernardés, tout broermanisés de monochromisme, Raphaëls aux pieds légers, petits Poussins attendant poulet ministériel, Ingristes grisonnant à longues oreilles, sortes deTiepolos tout festonnés d'architectures croulantes, grands faunes, stylistes revêches détestant fines puérilités, avaleurs de cubes pierreux et autres secs-secs ou lignistes fermés à la grande couleur^ Couleur, vie des êtres et des choses, ravissement de nos yeux, enchantement de la peinture !

Chiquenaudons le plus macaroniquement possible nos désorbités de sexe faible, boutiquiers ternes au bec de calmar, cuisiniers dangereux enduits de saccharine, maîtres guillotins de la peinture, éternels bousiers voltigeurs, explorant sans dégoût les gluantes ornières où les impressionnistes de France et de Navarre traînèrent leurs décompositions* Certes, nos lanceurs patentés firent quelque effort pour m 'attirer vers leur milieu centrifuge ♦ L'ambiance d'arrivisme ne me va guère et les combinaisons de nos barnums affairés me laissèrent frigide»

Alors nos diplomates bredouillants, postés en hauts lieux en sentinelles spiralées, cuisinèrent mille sottes embûches fiéleusement seringuées, et, depuis, nos ternisseurs de supériorité me vouèrent une haine de

tourteau en mal de carapace ou de croque-puce rechignant devant maigre brouet idéaliste» Rictus de beaux messieurs étalant râteliers cubiques en chevaliers de la rose effeuillée !

Pourquoi ai-je devancé depuis un quart de siècle^ et dans tous les sens^ les recherches modernes i Cela blesse affreusement nos arrivistes mal assietés. Dès Tabord^ leurs petits yeux argusés^ reluisants d'arrivisme^ braqués vers les gilets, en un vaste clignotement, semblaient refléter des valeurs commerciales, yeux d'abord interrogateurs, puis graduellement inquiets, hostiles, haineux et torves* Défilé triste, convulsionnaires pirouettant lourdement, porchers westphaliens grognons, âmes de calicot semblant rêvasser aux saignées radicales, antibrosseurs portant en leur chétivité la haine du masque, de la lumière et de toute trouvaille non estampillée française.

Faux novateurs bientôt exsangues et livides, en dépit de toutes les irisations, vous rampie2;, essouffés sous vos manteaux de lumière claquant à tous les vents de Bise et d'Orient,

L'hostilité irrémédiable de nos fienteurs d'oseille, complémentée d'inconséquences cramoisies, se dessine nettement. Et de fait les avanies, passedroits, injustices hurlantes, saignées et horions consécutifs me furent prodigués à foison. Besognes de palabreurs marmottants tendant à prouver que l'absent à toujours tort.

Comment respirer dans l'ambiance de nos héliophages

recettes, aigrement constitués, pasticheurs atteints de boulimie, où maints Brandebourgeois,les bajoues emplies du fruit de mes recherches, expectoraient leur haine de couards écrasés par mes méprisantes évolutions ^ Devant l'hostilité de ces maîtres mange-tout, devais-je, comme Louis Dubois, offrir sur un plat mes poumons à rhuissier i

Depuis, nos étriqués jérémiants, livrés aux entreprises des dames et des demoiselles mûres, exposent surtout fleurs et petits chats, exécutés au crayon Raffaelli, crème d'Ostiac, suc de Turcoman pasteurisé, résidu de chiourme flottant entre deux eaux^ Et picturalement parlant, des amateurs de sexe plutôt faible étalèrent impunément leurs boursouflures vaniteuses et leurs vastes maussaderies*

Oh ! les vilainies envieuses de nos courbe-échine mal postures, gargouillant maigre pissat de chaton engourdi !

Enfin, traqué par les suiveurs, je me suis confiné joyeusement dans le milieu solitaire où trône le masque tout de violence, de lumière et d'éclat* Le masque me dit : « Fraîcheur de ton, expression suraiguë, décor somptueux, grands gestes inattendus, mouvements désordonnés, exquise turbulence» »

Protestons, protestons, et sans cesse reprotestons*

Jugeons les maîtres par nous-mêmes :

D'abord le banal hommage à Tart bestial de Rodin, dit le grand vivisculpteur*

Tronçons et tranches débités par Rodin, Antiques abrutis et modernes crétins, Etranges jongleurs à tête de lapin j Pourquoi êtes-vous exsangues ?

Passons aux peintres :

Les compositions inexpressives^ aux aigreurs ostéologiques de Fernand Khnopff^ toujours distinguées et peu distinguées, représentent d'ordinaire des pintades galinacéennes, farcies de fausse distinction» Oiseaux bizarres, sans queue ni tête, amplement machoirdés, mais totalement dépourvus de frontal et d'occiput.

Khnopff manque de souffle, dit-on, mais il se renforce lorsque, lassé des pourpres britanniques, il subtilise finement, en cornemusier séraphique, les tons gorge de pigeonne, ventre de biche, poumons de mulet, postérieur de macaque roséole^ lapis et malachite, cuisse de nymphe émue, eau de boudin, poil de poularde faisandée, vert mallarmé, aspic de hérisson, rose digne, tripes de calfat, azur douillet, blanc dindonnesque, violet pincé de sournoisie, mule du pape, source de Clarisse immaculée, rouge indescriptible, bleu Ensor, jaune théâtral, tête morte de momie, gris archi-béton, rouille de caronade, vert céladon brûlé et volute défraîchie.

Baertsoen, toujours probe et patient, remue les vases et boues fétides chères à Todorat gantois et dessine chichement Tacadémie serpentine des canaux de la cité de Maeterlinck, où nagent des canards académi-

quement palmés» Vision mélancolique d'égoutier typhique surmené»

Courtens croustillonne de crottins croûtonnés ses vastes purées de pois.

Les mouchetures de bousiers cantharidés de Théo Van Rysselberghe égaleraient les photo2;ébrures piestriées de paillettes arlequinées d'Emile Claus^ dit le rempart d'Hachetéene, Grosses lumières paysannes^ sèches découpures sous art lentillaire d'opticien cécitable (Je ne céderai pas mon droit d'aînesse pour son plat de lentilles») Claus a tiré le soleil en bouteille^ clamerait son ami Kamiel Lemonnier, dit le grossecaissier de la fanfare luministe symphonisant sur peau d'onagre des accords redondants» Ce vacarme assourdissant couacqué de concert assourdirait un Laermans»

Laveur de Lys^ écraseur d'Iris^ chatouilleur de rétines bourgeoises^ notre Emiel porte allègrement sur son écu d'Éperons butinés en France^ un Lys noyé dans Lys symbolisant le « Triumphe d'une vachère flemmende embresant et engloutisant ung chivalier franchais se désaltérant dans l'histoire des Éperons d'or» »

Et quand Emiel dit : « Engsor né se pas faire to^ours lé mêmes chosses» Toutes les grands maîtres ils font touzours lé mêmes chosses ; moi^ après mon grand combat des coqs, j'ai toujours fé lé mêmes chosses, mé j'étais bien avec le gouvernement» Demande2; à Kamiel» Il est vrai que Engsor se to^ours promené devant note nez pour la lumière. Engsor dit aussi que je lé trop

regardé en iSSgJe crois qu'il se foute de note poière quand il fé se compochichons relichieux ou révoluchonnaires. Demande2; à KamieL »

Notre grand Kamiel doit répondre : « Je ne sais que dire d'Ensor toujours aimé des jeunes^ il ne doit arriver, ce serait dangereux pour notre école^ Beau tempérament de peintre, certes ♦ Nous avons tout fait, Maus, Picard et moi, etc», etc», pour maintenir cet anglais rétif, toujours saboté, dans le terreau gras, plantureux, puriné et coulant de nos beaux peintres flamands ; non, non, wallons veux-je dire ! Mais il en sort toujours et demeure inclassable» Demandez à Claus» »

L'assiétisme gobeur, un tantinet prétentieux, d'Oleffe indispose maint peintre» On ne refait pas du vieux neuf, les raccommodages transpirent toujours. Oleffe serait un iriseur d'assiettes, rinceur de vieilles bouteilles, restaurateur de vaisselle surannée, plongeur sec, ensorisé.

Je n'ai jamais goûté les sujets de notre génial sculpteur Constantin Meunier, mineurs étriqués, superficiels, ternis, mercurisés, plombés, surtout aurifiés, aux yeux d'étain, aux côtes de mailles, accentués d'un arsenal enclumeux, blindé, tout casserole de vague ferraille sonnant creux, vaste mensonge métallique, sortes de chinois mal embouchés, hommes noirs à culs de plomb, grisoutés crochetables ; bêtes de fours, fumistes et fourneaux et autres maréchaux ramollis forgeant mollement d'irréprochables casques à mèches.

Rechiquenaudons les négociants serviles. Plume---

oisons onctueux, méchants ânes rouges* Blonds sueurs de faussetés grasses, nordistes perfides Lemmenisés de frais, ces robins atténuent fort poliment mes fraîcheurs et angles picturaux.

Etalons en plein et philosophiquement nos revendications et tant mieux si elles fleurent quelque orgueil semblant téméraire.

Résultats définitifs et probants :

Mes recherches continues, aujourd'hui auréolées, soulevèrent les haines de mes suiveurs escargotés.

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perpétuellement dépassés. Comment expliquer les appréciations d'un Lemonnier, Mauclair, etc.;^ puisque j'indiquai, il y a trente ans, bien avant Vuillard, Bonnard, Van Gogh et les luministes, toutes les recherches modernes, toute l'influence de la lumière, l'affranchissement de la vision.

Vision sensible et clairvoyante, non devinée par les impressionnistes français demeurés brosseurs superficiels, imbus de recettes très traditionnelles. Certes, Manet, Monet révèlent quelques sensations, combien obtuses ! Mais leur effort uniforme ne permet guère d'entrevoir les découvertes décisives.

Condamnons les procédés secs et répugnants des pointillistes déjà morts pour la lumière et pour l'art» Ils appliquent froidement et méthodiquement, sans sentiment, leur pointillage entre leurs lignes correctes et froides, n'atteignant que l'un des côtés de la lumière, la vibration, sans arriver à donner sa forme. Le procédé, trop restreint, défend d'ailleurs d'étendre les recherches. Art de froid calcul et d'étroite vision, combien déjà dépassé en vibration. !

O triomphe ! le champ de l'observation devient infini et la vision libérée, sensible au beau, se modifiera toujours et discernera avec la même acuité les effets ou lignes où dominent la forme ou la lumière.

Les recherches étendues sembleront contraires. Les esprits bornés demandent des recommencements, continuations identiques. Le peintre doit refaire ses

petites œuvres et condamner tout au delà ! c'est Tavis de certains censeurs étiquetant, classant nos artistes comme mollusques parqués. Oh ! les mesquineries odieuses avantageant les routiniers de Tart ! Devant les pauvres d'esprit, le peintre pleinairiste ne peut entreprendre une composition décorative, le portraitiste doit le demeurer à vie !

Encore devant ces pauvres, Tadorable fantaisie, fleur céleste de rosée, inspiratrice du peintre créateur, doit être bannie sévèrement du programme artistique»

Oui, j'ai sacrifié à la déesse vermeille des vermeilles et des songes, nécessité complémentaire indispensable à l'artiste, mais crime impardonnable aux yeux de quelques bons apôtres classeurs de renommées bourgeoises ♦ Alors, mon nom fut rayé de leur liste de novateurs amis»

Une consolation ! Oui, des cubistes citent les angles du « Lampiste » (1880) et les lignes du « Liseur » (1881) en précédents importants ; de même nos luministes citent les fines lumières de la « Mangeuse d'huîtres » (1882), des « Enfants à la toilette » (1886), et nos jeunes peintres libérés reconnaissent l'importance de mes recherches multiples dans les voies variées du beau»

Oui, avant moi, le peintre n'écoutait pas sa vision ! Ces constatations me tranquillisent et j'accepte, indifférent, l'incompréhension tracassière d'un Maus (toujours mal entouré), l'erreur d'un Mauclair, les hésita-

tions amoindrissantes des Picard, Van Offel, Hellens, Taveuglement outrancier d'un Lemonnier, les dénigrements systématiques de certains peintres voués à Toubli, irrémédiablement*

Mais n'aggravons pas les sensibilités glauques de nos céphalopodes très encreux*

Quelques exceptions s'indiquent* Il faut louer la mentalité spéciale de M» Fierens-Gevaert, Torganisateur macaronisé et prudent de nos salons à l'étranger, très jalousé par quelques pile-f aciers sans revers* M* Fierens-Gevaert, toujours enveloppant, étale volontiers des projets parfois perfectibles*

Les gibbosités phrénélogiquement houppées de M. Jean De Mot vaguement m'intéressent ; ses évolutions de Riquet en beauté demeurent sympathiques*

Pour montrer son beau ne^, maître Destrée, sur un socle perché, flaire son potage ; maître Beernaert, par l'odeur alléché, lui tint à peu près ce langage : « Hé ! bonjour, monsieur de d'Estrée, comment va Gabrielle i Que nous sommes bien nés ! que vous me sembler veau ! Que mon nez est joli ! Que le vôtre est beau ! »

Maître Edmond Picard fait de moi dans « Psuké » un philosophe désabusé* Che2; M* de Phocas, Jean Lorain savoure mes masques crus* Dumont-Wilden tortillonne agréablement .son bec tordu et garance* Gustave-Max Stevens me montre de jolies rousses très annelées* Maurice des Ombiaux, ex-révolutionnaire en toc, m'appelle « monsieur », tout en mariant l'éclat de ses

rosettes multicolores aux chatons irisés de ses chevalières ♦ Sulzberger rachète aimablement les articles de son père. Théo Hannon, en ami spirituel et mordant, garde une dent de morse vraiment : prenons vite le mors aux dents. M. Verlant, pour me caler, m'attache aimablement des poids morts, tels Evenepoel, Oleffe et ses copains. M. Paul Lambotte, redingote de noir comme Carton de Wiart, sourit âprement, découvrant ses crocs blancs, indice de sympathie et spectacle touchant. Certains disciples d'Apelles, chanteurs et musiciens, portent devise : « Piano touche, tableau retouche » et comme chiens de Jean de Nivelles ils fuient quand on les appelle.

Et maintenant, vive Tart décoratif, autre besoin du moment ! Citons les œuvres célébrés par M. Van Zype, dit le sage évolueur, ci-devant défenseur des grasses et sirupeuses coulées flamandes, aujourd'hui chantre attitré de nos conformistes secs.

Les peintres stylistes décorateurs les plus en vue nous présentent des êtres décharnés, livides, barbouillés, ossifiés, aux cheveux filasses, semblant issus d'un bocal de formol, amas de tripes violacées, résidus de clinique. D'autres figures bizarres promènent des charpentes pachydermiques semblant bourrées de noix. D'étranges bourrelets accentuent les charmes de beautés fessues et glapissantes. Certains êtres singuliers accroupis en un vautrement semblent miauler des airs à la lune. Des centaures gingembrenés exagèrent leurs ruades. D'autres

encore^ parcheminés, flasqueux, pleins de son, confits, iodés, glaireux, crasseux, dansent lourdement aux sons de musiques barbares» Une oursonne goulue surlèche ses potaches emmiellés. Des porchères rêveuses, nues comme vers, mais en odeur de sainteté, étalent des appas couenneux et des truies au groin humide exagèrent des bedaines en voie de crevaison* Des dieux légumiers, artichauts ognoformes, carottiers tuberculeux, sylvains étroniformes baissant avec effort les noires voûtes de leur dos se renvoient posément d'aigres signaux, tandis que leurs compagnes, suaves haricotières, gazouillent à Tunisson en langage de zéphir, au grand dam des dieux marins et des frêles navires ficelés de nœuds gordiens.

Sous le rayon nacré d'une lune impudique, un angelet rosé arrose une rose d'un filet de rosée et des jolis cocos moins rosés, mais plus rosses, contemplent finement des lunes moins irisées.

Enfin, littérairement, saluons les drapeaux d'art pur, surtout ceux infiniment pittoresques de nos bons lourdeaux flamands et braves diables anciens, arborant pavillons cocasses, pompeux, griffus, crochus de Phnosie, candides, lionnes de Flandre, troudeballisés de Bourderie, plaisants, gaufrés, surchauffés, gras, coulants, plastronnes, gueules sur gueules.

Louons caricaturalement les visionnaires largement chromophages, au chef orné d'un cygne immaculé* Ils sauront découvrir sur le champ plat des expositions quelques fleurettes graciles et pures. Alors, reconnaissants. nos chercheurs méconnus porteront sur Técu notre vieille devise toujours jeune : « Les suffisances matamoresques appellent la finale crevaison grenouillère» »

LE SALON DES ECRIVAINS-PEINTRES (i)

Enfin, nos critiques d'art veulent réaliser»»*»

A nous, les peintres, la belle revanche»

Oh ! les bafouillages amusants de nos Erostrates de la plume en mal de brosse ! Turlututu, allons y gaîment» Il faut bien s'amuser un brin, mais nos pontifes, bonnes et grands lamas autoritaires et prétentieux ne seront pas contents»

J'attends d'atroces vengeances de lèche-plumes exaspérés : maussaderies rancunières, mises à l'index, vieilles dents, passe-droits, excommunications majeures et mineures, et toutes les vilaines suites d'un conflit, même momentané, entre gens de plume et de pinceau»

Soyons vaillant en toute chose, et les platitudes intéressées de quelques courbe-échine de la peinture me laisseront indifférent ; mais l'inexpérience appliquée de nos bourreaux intellectuels dépasse les limites connues» Sauront-ils jamais symphoniser leurs cris aigus de coucous en gésine i L'expérience, cette fois, est concluante»

Egratignons sensiblement l'épiderme délicat de nos

(i) Avril-Mai 1908. Salon où les critiques d'art exposèrent leurs œuvres aux critiques des peintres.

pâles vomisseurs de comptes-rendus, mais la noble plume de ces messieurs s'enlise ici en de lourdes pâtes généralement malpropres. Où trouver quelques belles éclaboussures profondes et noires d'encre sympathique, quelques grandes lignes cursives fusant en éclats constellés d'une plume intelligente i Non : partout, lourdeur, horreur monotone et d'informes constellations expectorées par des plumitifs borgnes déchirent partout la vue.

Oh ! Ce souci enfantin de caler toutes choses étroitement ! Ce dédain absolu pour la nature morte ! Le paysage sans air est dominant ; aussi les vues de Phnosie et du pays de Mesquinie, où des verts démesurés semblent vus dans l'œil d'une vache. Vraiment, il faut bien le reconnaître, les culbutes et reculbutes de nos tortionnaires au chef picturalement étriqué désopilent les rates les plus réfractaires.

Oui, notre gros phraseur sympathique récalcitrant, Camille Lemonnier, s'attarde à mimer les plus considérés des suiveurs de « Vie et lumière ». Les peintres de ce cercle, séquelle irisée, s'abîment vraiment dans un marais de décomposition. Oh ! le bâclage intempestif de nos arrivistes multicolores, gogorigos au bec d'azur, aux serres de rapaces, saluant de cris aigus le triomphe de la décomposition, et nos peintres à succès pourront tranquillement inscrire sur leur écu : « Lumière dessous, lumière dessus, lumière partout*.. »>

Hélas ! trois fois hélas ! ! ! Depuis Boulenger, Dubois,

Artan, Monsieur Lemonnier n'a plus découvert un peintre.

Admirons avant tout les personnalités libérées d'influence et les vrais chercheurs^ mais Tart des précurseurs est généralement amer et violent, parfois revêche ; il faut le gober en purgatif violenta

Toujours, et c'est de règle, les produits sucrés des Fagerollés seront appréciés par le gros public suiveur moutonnier»

Malheur aux novateurs, ennemis de Sainte Routine !

Ils subiront éternellement les dédains des esprits calés et ventrus, le dépit des lanceurs d'artistes et des protecteurs désorientés» Les bavures huîtreuses des scaphandriers désossés, l'indifférence des amateurs séduits par les manières faciles de nos pasticheurs pirouettants.

Les peintures de Monsieur Camille Lemonnier reflètent les décompositions avancées ; il faut être juste, cependant et signaler certaines études moins obtuses mais d'aspect lunettiforme»

Les réussites trop cherchées de Monsieur Fierens- Gevaert éveillent spécialement l'attention» Surveillons de très près l'épanouissement de ce tempérament gonflé d'idéal. Ses ébats artistiques de jongleur preste, rompu aux pires difficultés, exaspèrent maint partisan des écoles naturalistes, ceux de la vraie école flamande surtout. Louons sans réserve ses compositions hardies, son Guignol décoré par Sneyers surtout. En habile

compère, Monsieur Fierens-Gevaert nous montrera, sans doute, un Guignol plus important décoré par les adeptes de la renaissance artistique» Pourrons-nous savourer au théâtre ou au Kursaal d'Ostende les guignolades si réussies des artistes de Tart nouveau enguignolés et contents i Monsieur Fierens-Gevaert veut lancer aux quatre vents de Tesprit les négations picturales, architecturales et officielles de « TArt nouveau du XX siècle »> et glorifier le génie inventif et destructif du Belge» Tâche ingrate, rude besogne, écrasant fardeau, cuisine dangereuse, mais savante, de fricassier visionnaire et génial ou de bonne à tout faire»

Et maintenant, tirons le rideau et dissimulons Téclosion du grand art régénéré» Et en avant la musique pour le grand art imaginé et pondu par Fierens, dit le tombeur du réalisme»

Max Elskamp, ouvrier attentif et discret, polit et repolit sans cesse ses bois, avec amour, en souricier furtif et menu»

Dumont-Wilden nous promène en des milieux contournés : paysages maritimes, tristes, informes, louches, pommadés, lissés, timides, hantés par des oiseaux patibulaires au bec tordu et garance» Nous préférons son impression de Mars, d'allures plus belliqueuses, mais d'un faire tâtonnant, ânonnant même» J'aime moins la dune, agrémentée d'un toupet herbeux, où mille choses informes se devinent i hochets singuliers, plumets significatifs, queues de saurets plantés drus,

carapaces de crustacés pince-sans-rire, crottes carrées de baudets rachitiques, petits lapins tambourinants, champignons moustachus, etc»

Robert Sand, comme Madame Danse, sait varier agréablement ses effets de pointe»

Sander Pierron, honnête et consciencieux, garde ses qualités»

La peinture de Maurice des^Ombriaux est bien à lui.».

Grégoire le Roy aborde résolument, en touche-à-tout curieux et informé, les genres les plus divers» ^ Georges Ramaekers demeure inquiet et spontané» ï1 Fernand Séverin, voué aux rochers luxembourgeois, nous fait tomber de surprise en surprise»

Mentionnons spécialement les dessins de notre grand Van Lerberghe»

^ Il faut citer les œuvres variées et méritoires de MM» Bâcha, Angenot, Kufferath, trop musical, Renard, Vierset, Wéry, tous honorablement connus dans les milieux artistiques et littéraires»

M» Octave Maus, toujours bien avisé, nous livre des vues et choses prises à l'étranger» Il faut bien cumuler un peu ! Admirons l'ingéniosité de nos critiques madrés, d'expression française à Bruxelles, d'expression flamande à Paris ; nos écrivains peintres, à l'inverse du caméléon, abandonnent prestement la couleur du milieu» Ils y perdent même, nos bons esthètes, les notions des complémentaires» Il faut louer résolument les évolutions à tous crins de Monsieur Maus, ses roses venimeux, ses

bleus pinces assez délicats, Tenflure énorme de ses verts, ses jaunes irrités, ses rouges prétentieux, gamme variée et riche chantant sur un monde suraigu le triomphe de la libre esthétique

Mais chacun a trouvé son peintre» Camille Lemonnier gobe un luministe belge et les grands morts» Fierens- Gevaert Tart de demain, Tidéal, Guignol et les gosses. Dumont-Wilden, les dames, demoiselles et amateurs bien peignés» Charles Tardieu, les nullités imposantes» Octave Maus, les Français, et son ami Théo Sukberger, les têtes pressées» Solvay, les légumes indigestes» Hannon, les aquarellistes et aquafortistes légers» Edmond Picard, en ami avisé, sent d'où vient le meilleur vent d'art» Van Zype célèbre les réactionnaires au jus de chique» Joly enjolive et magnifie toutes choses, Emile Verhaeren apprécie Taccent rouge et violent» Khnopff écrit en anglais pour atténuer ses confrères inquiétants»

Ces messieurs ne sortent pas de là, et voilà besogne singulièrement simplifiée» Ne dérangeons guère la quiétude symétrique du critique mijotant dans son jus» Tant pis pour Tartiste, s'il n'est conforme» La non conformité lui vaudra milles claques sournoises» Ces Messieurs ne sauront le classer, s'il devance trop allègrement son époque, ou, plutôt, l'époque de la brosse polie

Auront-ils un beau geste, nos princes et larbins de la critique i Sauront-ils tolérer quelques lignes de franc langage pittoresque i Oui, sans doute !

Messieurs les critiques et vous^ mes confrères messieurs les peintres^ saure2;-vous gober paisiblement^ en frères ennemis, ma vieille devise toujours jeune ^ Et sur ce, je vous tire ma révérence, vous souhaitant bonne brise dans vos hilarants voyages vers les pays de Narquoisie»

Les suffisances matamoresques appelent la finale crevaison grenouillère ♦ Il faut rigoler un brin. Mille excuses.

LE SALON DES MARINISTES — Ostende 1901 —

Signalons le franc succès du premier salon organisé au KursaaL Succès obtenu grâce à Télimination de quelques confitureries bichonnées de nos prêtresses de Flore^ répugnants produits d'amateurs de sexe faible, de vieux mercantis décavés, d'apporteurs de vieux neuf bafouillant trente-six bourdes ♦

Resignalons allègrement les vitupérations glaireuses de certains éliminés, évolueurs sardinéens, marinistes en chambre, enragés brosseurs d'huîtres entrebaillées et de citrons défraîchis ou gobeurs de merlans-volant coUodionnés»

Méprisons, les jérémiades de ces tritons essouflés, cancres venimeux à Tâme noire, éternels ratés noyés de fieL Dénigreurs méduséens clamant à tous les vents d'ineptes revendications, aigres piailleries de coucous en gésine^

Les exposants étaient treize. Peleton sacré glorieusement auréolé et de belle endurance artistique.

Saluons Constantin Meunier, le Puget mélancolique des borains, le maître incontesté des mineurs ankylosés

et cracheurs de suie sympathiques. Il faut louer sans restrictions ses grès flammés magnifiant nos marins tatoués, raccornis, aux mufles d'empereurs de la décadence.

De Baertsoen de rutilantes eaux-fortes illuminaient la cimaise : un moulin fantasmagorique âprement silhouetté, des eaux grasses où miroitent de très vieilles maisons. Excellentes eaux-fortes vigoureusement griffées, mordues, creusées, entaillées, égratignées, ébarbées, grattées, crottées, lavées, poncées, remordues, retouchées, retroussées.

A. Marcette, l'un des organisateurs du salon, était représenté par des coques vertes agrémentées de touches décoratives et des coins maritimes d'Ostende oii les accents lumineux accrochent cheminées et agrès et piquent de points étincelants jusqu'aux oreilles de nos braves loups de mer. Citons un mystérieux clair de lune, notation discrète enveloppée de lumière.

De Théo Hannon, des vues du vieil Ostende exécutées vers 1880, très fines études où les bleus doux, les gris éteints voisinent spirituellement. Bouquet subtil et délicat, chantant la beauté ingénue du vieil Ostende, aujourd'hui disparu, hélas ! Pauvre vieil Ostende, livré aux déprédations d'architectes boiteux à la vue basse. L'absence de procédés roublards accentue le caractère des œuvres de Hannon et les sympathies inclinent vers lui tout naturellement.

Notre excellent aquarelliste, Maurice Hagemans, le

doux laveur de moutons^ nous a montré ses modèles préférés gravissant une dune automnale très originalement lavée d'encre. Admirons sa magnifique plage où peinent des gens de mer,

H, Staquet^ Téminent président de la société royale des aquarellistes belges^ caresse volontiers des bonnes femmes émergeant de délicietises pénombres. Joyaux du salon, ses intérieurs chaudement coloriés font songer aux rutilences ambrées des vieux maîtres flamands.

Les imprécisions voulues de ce maître coloriste captivent étrangement les rétines intelligentes,

Victor Uytterschaut rend merveilleusement le chatoiement de la mer du Nord, lamée d'opales, ou enjolive de main de maître ses ourlets de satin blanc. Ce franc coloriste demeure sans conteste le plus irisé, le plus prismatique, le plus aqueux de nos aquarellistes,

H, Cassiers allume de feux nacrés ses marines délicates émaillées de joliesses tenues et charmeresses. Rendons hommage à ce fluidiste fervent, Tun des princes de Taquarelle belge.

De A, Lemayeur, des marines robustes bravement enlevées et des quais d'Ostende ensoleillés et vibrants.

De Halle, Tartiste hirsute et volontaire, d'accortes Zélandaises, pataugeant dans les bourbes de Walcheren, des rues humides de Katwijk et des barques échouées à la Panne, œuvres enveloppées d'atmosphère savoureusement embrouillardée,

Permeke croque toujours prestement des bateaux croustillants.

A. Musin représente la marine mouvementée chère à Gudin et Francia. Décidément, nos marinistes aiment polir la mer, mais pourquoi confectionner imperturbablement de singuliers esquifs ficelés de nœuds gordiens i

Enfin, salon intéressant et varié»

Un résultat significatif ! La bienveillance gouvernementale est acquise aux expositions ostendaises et les principales oeuvres du salon des marinistes ornent actuellement notre musée communal. Félicitons Ernest Verlant, Tintelligent et perspicace directeur des Beaux- Arts.

Rendons hommage aux membres de la commission directrice et spécialement à MM. Heuschling, directeur du Kursaal, De Puydt et Daveluy,les dévoués secrétaires.

Félicitons cette fois le bourgmestre Pieters, président d'honneur

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