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§ * IX5CIIIPTIOXS ASSVRII WI S.
L’étude des inscriptions de la troisième colonne des textes de Persépolis a commencé, pour ainsi dire, avec l’étude des inscriptions perses. Tyschen, MUnter, Grotefend ne les ont point passées sous silence. Ce qui reste de leurs premiers travaux, c'est le soupçon que l'on eut , dès l’origine , que cette écriture pouvait être monogrammatique ; ils étaient dans une bonne voie.
Le sens de l’écriture ne pouvait souffrir de difficulté. Dès que Ton eut, en effet, déchiffré les premiers mots du texte perse, nonseulement les mêmes raisonnements que l’on pouvait faire sur le sens des flèches se trouvaient confirmés; mais, de plus, on pouvait suivre des groupes qui se succédaient dans le même ordre, dans les trois inscriptions, et qui représentaient évidemment des noms propres; ils étaient indiqués dans ces inscriptions, comme dans celles de la seconde colonne, par le clou perpendiculaire.
Les textes isolés que l'on exhumait de la Babylonie n’étaient pas de nature à donner par eux-mêmes des moyens d'investigation , mais il ne fallait pas en négliger l’étude ; la plupart des hypothèses agitées par Hager, sur le sens dans lequel ces monuments devaient être lus, ne pouvaient plus se reproduire. On comprit bientôt que ces pierres gravées, sur lesquelles les pointes de flèche avaient une direction opposée au Sens des
caractères des inscriptions, étaient destinées h produire des empreintes. D’un autre côté, sur le caillou de Michaux, sur les autres monuments de la Babylonie, on voyait les caractères s’allonger, se resserrer, suivant les besoins du texte, à la fin des lignes; quelques caractères même empiétaient intentionnellement sur les marges à droite , tandis que celles de gauche restaient toujours intactes : il était évident que la direction de ces caractères et de cette écriture était encore de gauche à droite. Les caractères avaient enfin la plus grande analogie avec ceux des textes de Persépolis. Les moulages rapportés par M. Lottin de Laval , à défaut des monuments, donnaient la véritable forme des signes et offraient des points de comparaison précieux et faciles. Mais les inscriptions des briques et cette belle inscription deBabylone, découverte par sir Ilarlfort, en différaient notablement; y avait-il là une variété nouvelle, un alphabet ou un idiome nouveau? Ce fut encore Grotcfend qui résolut la difficulté. En examinant un fragment de cylindre rapporté par Ker Porter, et en le comparant à la grande inscription publiée par la Compagnie des Indes, en 1803, il acquit la certitude que, malgré la différence que présentaient certains caractères, ces deux inscriptions devaient être identiques.
Les caractères du cylindre étaient semblables à ceux de Persépolis, et il s’en trouvait, dans lé courant de l'inscription, un certain nombre qui se succédaient dans le même ordre , tandis que d’autres étaient constamment remplacés par des signes plus compliqués. On' eut ainsi la certitude qu’on se trouvait en présence de deux textes identiques , mais de styles différents , bien qu’on ignorât le contenu de l’un et de l’autre.
Grotefend , en se guidant sur la traduction du texte arien, parvint à déterminer quelques groupes qui correspondaient aux
ÉCRUTRES ANARIENNES. 1 07
noms do Cyrus, llystaspe, Darius et Xerxès. Enliii , avec le bonheur qui s’attachait à toutes ses découvertes , il indiqua un groupe qui, sur la grande inscription de la Compagnie des Indes , de même que sur les briques de Babylone , devait contenir le nom de Nabuchodonosor.
En dehors des inscriptions trilingues, les textes de Babylone avaient donc leur part dans ce grand travail , qui devait aboutir au déchiffrement complet des écritures cunéiformes. Il était évident que ces textes n’appartenaient pas à l’ère des Achéinénides ; et si, d'après l’hypothèse de Grotefend, le nom de Nabuchodonosor était bien sur les monuments de la Chaldéc, il était évident que l’on se trouvait en présence d’une nouvelle source de renseignements historiques qui présentaient des échantillons assez étendus.
Les découvertes avaient marché lentement sur le premier système, elles n'avançaient pas sur celui-ci: en 1840, on n'avait encore aucun travail sérieux et pourtant le texte perse était déjà lu cl déchiffré.
La comparaison du texte arien conduisait naturellement à trouver des groupes correspondant aux noms propres, puis aux idées : il est facile, en effet, de décomposer les textes assyriens en petites phrases correspondant, entre des limites certaines, aux diverses phrases d’une inscription de la première colonne. C’est une opération que nous avons indiquée déjà à propos du texte médique, et sur laquelle nous devons insister de nouveau. Tous ceux qui se sont occupés des études assyriennes ont dû débuter ainsi : c’est le point de départ des premiers travaux dont nous pouvons faire l’essai sur le texte de la troisième inscription , que nous avons publiée ( supra , page 39), puisque nous avons déjà la traduction du texte arien et du texte médo-scythiquc.
ECRITURES CUNEIFORMES-
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Le teite perse, pour nous en tenir à celui-ci, est ainsi conçu : Khsayarsa, Khsayathiya, Vazarka, Khsayaliya, Khsayalhiyanam , Daryavahus , Khsayathiyahya , Pulra, Hakhamanisiya.
Il est aisé d’abord de déterminer les noms propres que le texte assyrien comporte, et qui nous sont désignés par la présence du clou vertical.
Au nom de Xerxès , Khsayarsa, correspond le groupe
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nous l’arrêtons avant le dernier signe de la ligne ; car évidemment ce signe ne lui appartient pas, puisqu'il se trouve deux fois dans la deuxième ligne, qui n‘a rien de commun avec le nom de Xerxès , et qu'il se trouve encore à la fin de la troisième ligne qui renferme le nom de Darius, écrit ainsi :
il est encore indiqué, du reste, par la présence du clou vertical. D'ailleurs, ces deux noms Khsayarsa et Dariaus sont essentiellement perses: quelle que soit la langue qui les reçoive pour les transcrire, elle ne peut leur imposer la mémo terminaison. Le dernier signe des lignes 1 et 3 est donc indépendant des noms propres. La dernière
ECRITURES ANARIEÜNE».
ligne, qui commence par le clou vertical, renferme le dernier nom propre de l'inscription, qui correspond au perse Bakhamanisiya ; il faut donc chercher dans le groupe
la transcription du nom perse achéminides.
En dehors de ces noms propres, que nous reste-t-il dans
notre texte ? Un signe à la fin de la première et de la
troisième ligne, et de plus il est répété deux fois dans la seconde ligne, et la seconde fois suivi d’une terminaison particulière; il correspond au mot perse Kchalya de la première et de la troisième ligne , et au mot Kchatya Kchananam de la seconde.
Le signe a donc à lui seul la valeur de roi , et le groupe
ï jC << , celle de rot des rois.
Il nous reste les deux premiers signes de la seconde ligne y* 1 1| ~ pour correspondre au perse Vasarka, grand; et
un signe unique
ïï
pour correspondre au mot Pulra, fils.
Nous avons donc ainsi la valeur de tous les groupes de notre inscription , et la certitude qu’elle contient bien la traduction du texte perse, avant même que nous ne puissions en lire la première lettre , avant que nous ne puissions en comprendre le premier mot.
En répétant cette opération sur les autres inscriptions achéménides , on peut s’assurer que les mêmes signes correspondent toujours aux mêmes mots : roi , grand , fils , et que les mêmes groupes correspondent toujours aux mêmes noms propres. On
ECRITIRE.-. CINKIEUKMES.
peut donc ainsi chercher, dans ces noms propres, des signes qui correspondront aux lettres et qui serviront à lire les autres mots. Enfin on acquit, déplus, la certitude que les mots se terminaient toujours avec les lignes, et que cette manière d’écrire était tellement rigoureuse que c’était la cause pour laquelle les signes étaient plus lâches ou plus serrés à la fin des lignes, suivant l'espace à remplir.
Cette première opération, si simple qu’elle soit, exige cependant une grande patience ; car la détermination des valeurs que l’on parvient à isoler ainsi est d'autant plus certaine que le nombre des pièces de comparaison est plus grand. II ne faut donc pas reculer devant ce travail fastidieux , que la nature du sujet imposera long-temps encore à ceux qui se livreront à ces éludes, comme le plus sur contrôle des découvertes accomplies et le plus puissant moyen d’investigations nouvelles.
Nous avons vu que certains signes restaient isolés, par l’opération à laquelle nous nous sommes livré, pour exprimer à eux seuls un mot tout entier. Cette circonstance avait été entrevue peut-être par Tyschen et Mtlnter, et la brièveté du texte, le nombre considérable des caractères', leur avaient fait croire à une écriture monographique. Grotefcnd ne s’appesantit point assez sur cette idée, qui aurait pu le conduire à de nouveaux progrès ; il crut seulement que ces signes représentaient l’abriyi du mot exprimé. Mais eût-on trouvé les articulations nécessaires pour exprimer les noms propres, il fallait toujours rechercher quelle devait être l’articulation de ces monogrammes ou de ces mots écrits en abrégé. Dans tous les cas, ce mot était donc à déchiffrer, et bien qu’il fût évident que ce texte ne pût dire autre chose que celui dont on avait la transcription , on fut encore long-temps sans pouvoir le lire ni le traduire.
ECRITURES ANARIENNES.
lit
Le véritable caractère de cette écriture est aujourd'hui parfaitement déterminé. Elle est à la fois syllabique et monogrammatique; elle procède d'une origine hiéroglyphique qui a pu être constatée. Ces monogrammes, images dégénérées des objets dont le nom et le type primitifs avaient disparu , constituaient une difficulté sérieuse dont il est facile de se rendre compte en comparant les travaux des assyriologues à ceux des égyptologues. Les savants se trouvaient, en effet, en présence de ces différents hiéroglyphes dans des conditions qui ont quelque analogie.
Le texte grec de Rosette est très-succinct; il offre ainsi un point de départ très-restreint ; mais, d’un autre côté, il fournit promptement la certitude que le son initial du nom de l'objet représenté donne la valeur phonétique du signe hiéroglyphique. Or, l’objet était reproduit par le dessin avec une exactitude merveilleuse, et son nom se trouvait fidèlement conservé dans la langue copte. Il n’en est pas ainsi de l’écriture assyrienne.
Les textes perses des inscriptions trilingues sont, il est vrai, très-nombreux ; ils permettent d’asseoir les premiers travaux de déchiffrement sur une large base; mais les hiéroglyphes assyriens ont tellement dénaturé l’image primitive, qu’il est h peu près impossible de la reconnaître ; d’un autre côté , connût-on l’objet représenté , on en ignore le nom dans la langue à laquelle on a emprunté les caractères , et dès-lors les difficultés les plus ardues sc dressent devant l'interprète abandonné à lui-même.
En sortant des textes dont on avait la traduction en regard, les égyptologues avaient, pour se guider dans leurs recherches sur ces longues inscriptions qui décorent les palais des bords du Nil , Plutarque et son Panthéon égyptien , Eratosthène et Manéthon, avec leurs dynasties, où les noms des rois sc comptent par centaines ; tandis que les assyriologues se trouvèrent en présence
É('.niTCRES CUNÉIFORMES.
lies nombreux documents exhumés de Ninive , sans guide , sans contrôle ; en présence de divinités dont le nom avait disparu , de rois dont aucun autre texte n'avait conservé les noms.
Enfin l’écriture égyptienne, danssa longue vie, n’offre que des altérations plus ou moins prononcées de la même langue, tandis que l’écriture assyrienne présente les mêmes altérations graphiques , deux styles différents et deux langues encore inconnues qui procèdent du même système.
Les difficultés sont donc immenses: elles ont grandi avec les découvertes. On pouvait à peine les soupçonner, il y a vingt ans, lorsque l'attention se porta plus vivement sur les ruines des empires de la haute Asie. Mais il est indispensable, avant d'aller plus loin , de constater l'état dans lequel se trouvaient alors nos connaissances sur ces anciens empires, et le résultat des fouilles qui ont fait tout à coup surgir de ses ruines l’Assyrie oubliée depuis plus de 2500 ans.
La Babylonie, ou la Chaldée, est située entre le Tigre et l’Euphrate, qui se dirigent du nord au sud, en partant des montagnes de l’Arménie pour se rendre dans le golfe Persique. L’Euphrate roule un volume d'eau considérable dans un lit peu profond, de sorte que la moindre crue suffit pour le faire déborder ; alors il se répand vers l’orient et va rejoindre le Tigre, en suivant la pente naturelle du pays ; ces débordements périodiques ont eu besoin d’ètre réglés, comme ceux du Nil, par la main de l’homme, pour assurer à la terre de Sennaar, d’une fécondité prodigieuse, une fertilité constante. On pressent que les travaux de canalisation seront d’une grande importance pour les habitants de cette terre.
Cependant, si fertile qu’elle soit, le bois semble y avoir toujours
ÉCRITURES ARÀRIBNNES.
manqué, il fallait faire venir, au temps d’Hérodote, les bois de construction des contrées voisines; enfin, la matière première des édifices y fait défaut , la pierre y est inconnue. Pour la remplacer, les premiers habitants de ces plaines furent obligés de pétrir la terre pour faire des briques cuites au soleil ou au feu : Faisons des briques, pétrissons la terre, dirent-ils dés les premiers jours du monde, et construisons une ville (Genèse, XI, 3). Cette ville, c’est Babylone, une des plus anciennes cités dont la Genèse nous ait conservé le souvenir, et qui était une des plus fortes places de la Mésopotamie, lorsque l'Ethiopicn Nemrod aborda sur oes plages. Après cette première mention de Babylone, les saintes Écritures se taisent sur le développement de la grande cité. On sait seulement, par les Grecs, qu’elle devint la capitale de l'empire assyro-chaldéen , lorsque Ninive tomba sous les coups des Scythes. Mais que s’est-il passé dans ce long intervalle? Quels sont les principes qui ont fait vivre et grandir l'empire du second fils de Sem? Les renseignements incomplets que les Grecs nous ont transmis nous faisaient à peine soupçonner l'existence d’une civilisation dont la splendeur s’est révélée pour nous il y a vingt ans à peine.
Lorsque la Bible reprend l'histoire de Babylone , l’empire assyro-chaldéen est au comble de sa prospérité et de sa splendeur ; les prophètes du peuple de Dieu convient l’univers entier à courber la tète sous le joug de Nabuchodonosor , et les Juifs captifs expient dans les murs de Babylone l’oubli de leur loi. Mais cette puissance ne devait pas être éternelle, le peuple juif lime sourdement ses chaînes, et ses prophètes , en même temps qu’ils prodiguent la louange, jettent la menace à la face de la ville superbe.
La prise de Babylone par Cyrus (538 ans avant J.-C. ) . en
ÉcniTl’HES ClVKIFOR*ES.
accomplissant les prophéties du peuple d'Israël , rendit la liberté aux Juifs, et l’œuvre de destruction commença dès-lors pour celte grande cité : le marteau qui avait démoli tant de trônes fut brisé à son tour.
Babylone essaya plusieurs fois, sons les Achéménides, de relever la tète ; mais chacune de ces révoltes appela sur elle la vengeance des vainqueurs. Darius renversa scs tours, ses murs, ses fortifications gigantesques qui formaient sa défense ; il mit à mort trois mille de ses principaux habitants.
Un peu plug tard, Xerxés continua l'œuvre de son père et ravagea les palais de Babylone. Ilérodote nous apprend qu’il mit la main sur la statue d’or du dieu Nébo (481 avant J.-C.) et sur les trésors du temple de Mérodach. Quand l’empire des Perses s’écroula & son tour, et que le vainqueur d*Arbelles vint se ranger en bataille devant Babylone , les habitants le saluèrent en libérateur et lui ouvrirent leurs portes d'eux-mèmes. L'admirable position de Babylone frappa le Macédonien ; il voulut en faire la capitale de son empire. Aussi, tandis que les palais bâtis par Darius fumaient encore dans Persépolis eB ruine, il essaya de relever les murs des palais , des temples que Darius et Xerxès avaient renversés dans Babylone. 11 employa dix mille hommes, suivant Strabon, pour enlever les décombres, et il mourut sans avoir pu accomplir son projet. Babylone ne devait plus se relever.
Au moment où Démétrias Poliorcète (310 avant J.-C.) en prit possession , il restait encore deux forteresses. Quoi qu’il en soit , Séleucus Nicator qui succéda à Alexandre , abandonna les idées de son prédécesseur et fonda sur le Tigre la nouvelle capitale, Séleucie, à laquelle il donna son nom.
Environ 127 ans avant J.-C., un général parthe ravagea Ba-
ÉCRITURES ANARIENNES. 115
bylone et semble lui avoir porté le dernier coup; car Diodore de Sicile en parle, sous Auguste, comme d'une ville qui tombait en ruines. En effet , 29 ans après J.-C., sous le règne dcCaligula, Babylone était oubliée ; il en est à peine fait mention dans l’expédition dcTrajan et de Sévère en Mésopotamie. Lucien de Samothrace, qui vivait sous Marcus Aurelius, la cite comme une ville dont on allait perdre la trace : effectivement les historiens n’en font plus mention. Du IV*. au X*. siècle de l’ère chrétienne, Babylone est accidentellement nommée dans les auteurs, qui la confondent quelquefois avec Séleucie. UAbréviateur de Strabon (X’. siècle) dit positivement que Babylone était alors déserte. Les auteurs ecclésiastiques la regardaient déjà comme abandonnée depuis long-temps. Eusèbc, saint Jérome, Cyrille d’Alexandrie ne signalent que ses ruines. Ibn Ilankal, géographe persan qui vivait en 917, regarde Babel comme un village, et le voyageur juif Benjamin de Tudela (XII*. siècle) n’ose plus visiter ses ruines, à cause de la grande quantité d’animaux malfaisants qui les habitent. Ce n’est que sous le régne d’Elisabeth, en 1583, queEldred, voyageur anglais, appelle l’attention de l’Occident sur ces gigantesques débris, dans lesquelson devait bientôt rechercher Babylone. Rawolff, quelque temps après, les signale encore, et , enfin, Pietro délia Valle en donne le premier une description (1616) suffisante pour fixer l’attention de l’Occident. Depuis cette époque, un intérêt toujours croissant s’est attaché à ces débris. Nicbuhr, l’abbé de Beauchamp, Rich , Ker Porter , Félix Lajard , etc., nous ont fait connaître tour à tour ces derniers vestiges d’une cité dont les ruines ressemblent à des montagnes.
Babylone a cruellement expié sa grandeur passée : éternel exemple des vanités des choses de la terre, elle a donné son sang et son or à ses premiers vainqueurs. Chacun est venu lui arra-
116 ÉCKITGRES CCNÉirORM».
cher un lambeaa de sa gloire. Tous les mouvements de terrant qui bordent la route de Mahaouil à Bassora , en suivant le cours actuel de l’Buphrate, et qui cachent encore, sous les sables du désert, les débris de sa splendeur, sont exploités, depuis des siècles, comme des carrières, où Séleucie, Ctésiphon, Bagdad et les rares villages qui s’élèvent maintenant au milieu du désert , sont venus tour à tour chercher des briques pour bâtir leurs palais, leurs Biaisons, leurs chaumières.
Mais, au milieu de tout cela, qu’est devenue la première capitale du royaume d'Assyrie , à laquelle a succédé Babylone, cette Ninive fondée par Assur , le deuxième fils de Sem , et dont il est également fait mention dans la Genèse, à l’arrivée du révolté Nemrod sur les bords de l'Euphrate et du Tigre; cette Ninive, que le prophète Jonas a mis trois jours à traverser, en jetant à ses habitants épouvantés l’anathème céleste, qui a suffi à lui seul pour perpétuer son nom dans l’histoire ? Ce nom était en effet tout ce qui restait, il y a 20 ans, de Ninive et de l’empire d'Assyrie. A cette époque , le Gouvernement français, ayant jugé à propos d’établir un consulat à Mossoul , sur la rive gauche du Tigre , non loin de l’emplacement où l'on supposait que Ninive avait pu s’élever jadis , choisit pour remplir ce poste M. Botta, en lui donnant la mission de rechercher les traces de celte ancienne capitale.
Où étaient ces palais , ces temples, apanage des grandes cités ; ces monuments, d’une construction facile dans un pays où le marbre abonde ? Babylone avait marqué sa place sur le sol avec ses briques, mais de Ninive il ce restait rien. C’était une pioche à la main qu'il s'agissait d’interroger la terre, pour savoir ce que les sables du désert et les couches successives de différentes
ÉCRITURES AHARIE55E.S. 117
générations qui , depuis bientôt trois mille ans s'étaient succédé sur les rives du Tigre, pouvaient cacher au monde d’un empire qui comptait au moins quinze siècles de splendeur.
M. Botta entreprit d'abord de fouiller l'emplacement que Rich avait décrit, et qui pouvait être considéré comme l'enceinte de Ninive ; ses premières recherches n'eurent aucun succès ; quelques débris sans valeur sortirent du sol çà et là ; ils n'en étaient pas moins recueillis avec avidité. On eut d’abord le projet d’ouvrir un monticule sur lequel est situé le village de Ninouach; mais les constructions modernes, la mosquée de Nabi-Jounas, qui renferme, suivant les traditions du pays, le tombeau de Jonas, ne permettaient pas de suivre activement les fouilles. Quoi qu'il en soit, le hasard amena sur les lieux un habitant de Kborsabad, petit village situé à quelques kilomètres au nord de Mossoul. Cet homme apprit au consul qu'il y avait chez lui beaucoup de fragments semblables à ceux qu'on recueillait avec tant de soin. Les fouilles recommencèrent sur ce nouveau point, et le résultat a dépassé toutes les espérances. M. Botta a eu la gloire d’exhumer le premier palais assyrien , et de rapporter , avec ces magnifiques échantillons de l’architecture et de la sculpture assyriennes, plus de deux cents inscriptions cunéiformes qui couvraient les murs des palais de Khorsabad. Pendant le cours des explorations, M. Flandin fut adjoint à M. Botta; et la précieuse trouvaille fut copiée , mesurée avec un soin tout spécial ; ce qui pouvait être transporté en Europe fut soigneusement emballé et expédié vers la France. C'étaient des statues de neuf pieds de haut , de gigantesques sphinx ailés, que l'on scella dans des poutres et que l’on fît redescendre le Tigre jusqu'au golfe Persique , en attendant qu'on put en charger un vaisseau.
C’était déjà plus de documents que n’en avait produit l’empire
H 8 Écurrtmes cuNÉiroaiiu.
des Perses , et il était évident que ce palais qui venait d’étre exhumé ne pouvait être isolé sur le bord du Tigre: on pouvait espérer <le nouvelles découvertes. D’un autre côté, il semblait hors de doute que ce palais n'appartenait pas à la même époque que ceux des Achéménides. Je ne parlerai pas de la forme extérieure du clou , dont la télé était plus forte et la pointe plus déliée; mais l’aspect des inscriptions ne présentait pas les mêmes symptômes : il n’y avait plus trois genres d’écriture , mais un seul qui formait des combinaisons analogues à celles de la troisième colonne de Persepolis, et par conséquent aux inscriptions babyloniennes, tout en offrant des signes qui paraissaient l'en séparer complètement.
En 1 845 , M. Botta avait terminé sa mission et il s’acheminait vers la France avec sa belle collection , ses dessins et les nombreuses inscriptions qu'il avait copiées et qui promettaient de curieuses révélations dès qu'on saurait les lire.
Cependant M. Botta avait initié ül. Layard à ses fouilles, cl lui avait fait part de ses découvertes. M. Layard avait aussitôt compris qu'en ouvrant de nouveaux monticules on devrait retrouver les débris de nouveaux palais , d'autres ruines , d'autres trésors ; aussi , il sollicita des subsides qui lui furent accordés par sir StraffortCanning, et il entreprit pour l’Angleterre de nouvelles explorations dans un monticule, au sud de Mossoul, qui porte le nom de Nimroud: elles eurent le même succès, et M. Layard se trouva bientôt à son tour en présence d’un palais , qui donna également de précieux échantillons de l’architecture et de la sculpture assyriennes, ainsi que de nombreuses inscriptions.
Il était impossible de s’arrêter après d’aussi heureux débuts : l'année suivante , M. Layard fouilla , dans le voisinage du terrain que M. Botta avait voulu sonder d’abord , le monticule de
ÉCRITURES AERIENNES.
Koyundjick ; il fut ouvert et l’on trouva dans ses Ûancs les ruines d’un nouveau palais.
Pendant quelque temps, la France et l’Angleterre exploitèrent à l’envi les ruines de l'Assyrie , et la moisson fut riche et abondante. Un des points qui surtout tentaient les recherches , c’était le fameux monticule , protégé par un village , une mosquée et de saintes traditions. Ce furent les Turcs qui violèrent la tombe de Nabi-Jounas, et qui nous livrèrent les richesses qu'elle contenait. Pendant dix ans , la Mésopotamie fut explorée en tous sens. M. Place termina les fouilles commencées par M. Botta; MM. Fresnel et Oppert furent chargés d’explorer, en 1852, la Mésopotamie pour la France, tandis que MM. Taylor et Loftus l’exploitaient de leur côté. Les renseignements s’entassaient, s’accumulaient de tous côtés; en 1855 , les fouilles furent plutôt suspendues qu’abandonnées ; il fallait mettre de l’ordre dans toutes ces richesses. M. Rawlinson annonça son retour à Londres, et i’envoi d’une quantité considérable de matériaux , des milliers de briques , de tablettes, d’inscriptions, et il demandait un siècle pour les mettre en ordre et les déchiffrer. C’était avec ces briques qu’il s’agissait de reconstruire l’empire d’Assyrie.
Mais on n’attendit pas que toutes ces richesses fussent arrivées pour les étudier, les examiner, les disséquer. Nous sommes en 1845, c’est-à-dire au moment de l’arrivée des premières lettres que M. Botta adressa en Europe sur ses découvertes , et les savants ne possèdent pas le premier mot des inscriptions qui leur étaient annoncées ; on comprenait seulement la nécessité de se livrer avec ardeur à l’étude de l’assyrien des trilingues. Deux textes nous endotinaient.il est vrai, la traduction; mais tout était encore à découvrir et à apprendre , et nous avons laissé entrevoir les difficultés qui devaient surgir devant les recherches. Faudra-t-il encore
ÉC.BITl RF.S CI NÉIFOIUES.
attendre , tous les vingt ans , la découverte d'une lettre nouvelle pour arriver à déchiffrer ce nouvel alphabet où les signes vont se compter par centaines?
M. Lowcnstern a commencé le premier à agiter toutes ces questions; et, on doit le reconnaître, il y avait du courage à aborder ainsi une discussion sans précédents , lorsque le champ de l'erreur était si vaste. Dés que M. Mohl eut publié les lettres de M. Botta , qui annonçaient les précieuses découvertes de Khorsabad , M. Lowcnstern se mit à l’œuvre, et il entreprit de déterminer quelques lettres dans le texte assyrien des inscriptions trilingues, et d’en faire l’application au déchiffrement des inscriptions ninivites (I) ; il essaya de lire le nom que le fondateur du palais avait inscrit sur les marbres. — Une rectification de M. Botta a prouvé que le nom qui avait servi de base aux travaux de M. Lowenstcrn était mal transcrit, et dès-lors qu'il s’était trompé. Toutefois, ce premier travail contient de bonnes observations à recueillir : ainsi M. Lowcnstern comprit que la langue assyrienne devait être sémitique, et il chercha à déterminer la valeur des caractères qui l'exprimaient, au moyen de l’hébreu ou de l’égyptien. Voici son procédé :
Nous savons, par exemple, que la légende quadrilingue du vase dont M. deCaylus a fait connaître les inscriptions contient un cartouche hiéroglyphique dans lequel on pouvait lire le nom de Xerxès. M. Lowcnstern vit dans le signe le repré-
sentant du » hébraïque, que l'hiéroglyphe égyptien traduisait par un jardin , et le copte par le signe qui rappelle à la fois la
(1) Essai de déchiffrement de l'écriture assyrienne, pour servir à Ccxplical on du monument de Khorsabad. Paris
ECRITURES ANARIEWES.
lettre hébraïque et le hiéroglyphe égyptien. Il chercha, dans la forme des caractères, à établir une ressemblance dont le résultat eût été de déterminer ainsi la valeur du signe assyrien,
= sc*.
Des observations analogues avaient présidé aux premiers travaux de Mflntcr, et il avait eu le bonheur de rencontrer deux lettres dont on ne lui a point tenu compte. Les observations dcM. LOwenstem ne le conduisirent h aucun résultat. Il n’y a, en effet, aucun rapport graphique entre ces lettres et celles des autres alphabets.
C’est sur cos entrefaites que sir II. Rawlinson publia le texte perse de l'inscription de Bisitoun , dont nous avons déjà parlé; il raccompagna d’un mémoire sur les écritures cunéiformes en général, et consacra le second chapitre à l'examen de toutes les variétés d’écritures que les inscriptions nouvellement découvertes pouvaient offrir. Il ressort de ce mémoire une classification ingénieuse des différentes sortes d’écritures , groupées suivant les caractères extérieurs qu’elles pouvaient présenter , sans rien préjuger sur le contenu des inscriptions ou même sur la valeur des signes. On voit, par le travail du colonel anglais, qu’il possède une grande quantité de matériaux; il les étudie avec une rare sagacité; mais il n'ouvre point la main pour Taire connaître la base sur laquelle reposent ses premières découvertes.
Malgré les courtes inscriptions que les savants d’Europe avaient à leur disposition , l’année suivante (1847), M. Liiwcnstern publia un second mémoire (1 ) plus précis que le premier: il comprit
(|) Exposé des éléments constitutif» du système de la troisième écriture de Ptrsépoliu
Pari», 1R47.
JG
ÉCniTt RF,3 CtNÉlFORHES.
que ic point de départ du déchiffrement devait se trouver dans la transcription des noms propres perses des inscriptions trilingues, dont le texte assyrien donnait la traduction.
Il transcrivit ainsi les noms propres que Grotefend avait déjà déterminés dans les inscriptions trilingues; et, en se guidant sur la nature sémitique de l'i liome qui devait être exprimé par ces caractères, il ne donna aux signes qui formaient ces noms que la valeur des consonnes nécessaires à l'articulation des mots.
Toutefois, en dépouillant les vingt noms propres qu'il avait alors seulement à sa disposition , M. Liiwenstern détermina rigoureusement l’articulation de certaines consonnes qui devaient être transcrites dans le texte assyrien. Mais il s’aperçut que les groupes qui représentaient des noms propres , et dont l’identité était incontestable dans les différentes inscriptions où ils étaient répétés plusieurs fois, présentaient des variations dans la forme des caractères qui les composaient ; il réunit ces différentes variantes des noms propres et il en conclut que les signes qui s’échangeaient ainsi, sans altérer le nom qu’ils exprimaient, avaient toujours le même son ; il fut conduit ainsi à l’hypothèse des homophones.
Les homophones sont des signes bien connus des égyptologues. Ce sont des caractères distincts qui n’ont aucun rapport entre eux, qui procèdent d’une origine hiéroglyphique différente , et qui cependant expriment le même son au choix du lapicide. En présence de ces permutations, et du nombre considérable des signes qu'il paraissait important de ramener dans les limites de l’alphabet sémitique, M. Lowenslern a conclu trop prématurément l’identité du système graphique des écritures cunéiformes , qu’il nomme araméennes, et de celui des hiéroglyphes phonétiques de l'ancienne Égypte.
Dans la même année ( 181-9) , M. de Saulcy fit paraître plu-
ÉCRITURES ANARIKNNES.
sieurs brochures sur les écritures cunéiformes; elles ne témoignent que de son empressement à arriver à un résultat, et nous ne les mentionnerions pas , si M. de Saulcy lui-mème ne les avait trop sévèrement jugées. Nous verrons bientôt qu’il avait seul le droit de les juger ainsi.
M. de Longpérier ne pouvait classer les richesses qui arrivaient dans nos musées sans essayer de les comprendre: il publia le résultat de ses recherches dans plusieurs articles qui parurent , en 18i7, dans la Revue archéologique. C’est lui qui, le premier, signala le groupe comme devant contenir l’équi-
valent du mot grand : il répondait au perse Vasarka, que M. Li)wenstern avait articulé Rabou. M. de Longpérier confirma cette lecture dans les inscriptions de Ninive, et de plus il a, le premier, déchiffré la légende royale, qui se répétait sur plusieurs monuments de Khorsabad , dans l'inscription dite des Taureaux , sur un autel, sur des briques, etc. Il la traduisit ainsi : Palais de Sargon (1), roi grand, roi puissant, roi des bataillons, roi du pays d’Assour.
Cette traduction est restée acquise à la science, et de bonnes lectures sont sorties des travaux de M. de Longpérier ; nous en sommes , du reste , à une époque où la découverte d'une lettre
(!) C’est h: Sargon mentionné dans la Bible, une fois seulement, il cl vrai , pat Isaïe, XX, i.
r.MWHREâ CINEIFORSES.
du plus peut se compter encore. Aussi nous insisterons sur le second signe de l'inscription — TîA , qui ne se rencontre pas dans les noms propres dont on avait la traduction arienne. M. de Longpéricr a lu ce signe Ci , et cette valeur lui a été conservée ; elle a été confirmée par le nom des Cimmériens , •HfTA<K=HT<T , Gimiri[ les fils de Gomer, iaj).La transcription de ce nom s’est trouvée dans les inscriptions de Bisitoun, que M. Rawlinson dérobait aui recherches de ses collaborateurs.
M. Botta ne devait pas tarder à faire connaître, à son tour, le résultat de ses observations (1). Ce n'était pas sans fruit qu’il avait copié ligne par ligne plus de 200 inscriptions. Il s’agissait d’abord de mettre de l’ordre dans ces signes si nombreux et si variés : il en compta 642 différents dans les inscriptions de Khorsabad , et il en dressa le catalogue en les classant suivant le nombre des éléments qui les composent. Quelques-uns de ces signes ne diffèrent, il est vrai, que par des nuances graphiques faciles à apercevoir ; toutefois, ce catalogue renfermait encore plus de signes qu’il n’en fallait pour défrayer les alphabets les plus exigeants. Afin d’en réduire le nombre, M. Botta supprima ceux qui ne présentaient que des variétés graphiques évidentes. Puis, en comparant ces nombreuses inscriptions qu'il lisait si bien des yeux, il s’aperçut que souvent le môme texte était répété plusieurs fois , et qae ces répétitions du môme texte offraient des variétés faciles à constater. Les plus fréquentes roulaient sur la composition des mots. On peut facilement se convaincre de la justesse de celte observation , en transcrivant sur une seule ligne les inscriptions qui commencent par les mêmes caractères, en plaçant les différents textes les uns sous
(4) Le mon unie ni de Ninive, découvert et décrit par M, P.*K. Boita, mesure et dessiné par M. E. Flandin. Texte, p. 203 et suit.
ÉCRITURE!) AERIENNES
les autres , de manière à faire correspondre les signes semblables dans une colonne perpendiculaire ; on voit alors parfaitement les ressemblances et les différences du texte. L’ensemble étant évidemment le même , M. Botta admit que les différences de signes qui se remarquaient dans les groupes qui devaient former les mots étaient des signes de même valeur, en un mot, des homophones, tels que M. Ltiwenstern les avait signalés. Les conséquences de ce principe, dans le déchiffrement d’une langue inconnue, conduiraient promptement à identifier tous les sons et à rendre toute lecture impossible. Malgré cela , M. Botta en restreignit l'application dans des limites telles que le tableau des variantes (I), qu’il a dressé, est encore aujourd’hui d’un puissant secours pour se guider dans les premières investigations que l’on veut tenter à travers tous ces signes si nombreux et si différents.
Le résultat le plus sérieux des travaux de M. Botta fut la démonstration de l’identité des écritures de Vàn, Khorsabad et Persépolis. 11 y est arrivé en appliquant, sur une plus grande échelle, le procédé qui avait conduit Grotefend à reconnaître l'identité des écritures de Persépolis et de Babylone.
M. Botta a été plus loin : cette comparaison des textes lui donna également la certitude que les formes grammaticales étaient les mêmes à Khorsabad et à Persépolis ; formes grammaticales d'une langue encore inconnue , mais bien caractérisées par des différences graphiques saisissables pour l’œil, et dont on pouvait se convaincre en comparant les inflexions des groupes qui formaient des mots avant même que la bouche eût pu les articuler. Mais si la langue de Khorsabad, de Persépolis et de Babylone était la même, les mêmes désinences dans les mots ne se voyaient plus
(I) Mémoire sur l’écriture cunéiforme assyrienne. Paris, 1848. Eilrail du Journal asiatique.
KCHITIBES ClNCiroRHES.
dans les inscriptions de Vàn, bien qu elles procédassent d’un même principe graphique.
Il serait difficile de résumer ici l'analyse de toutes les observations que M. Botta a consignées dans son mémoire; elles reposent sur la comparaison la plus minutieuse des testes. Nous ne pouvons qu’en signaler quelques-unes, à titre d'exemple.
Le signe T«< indique la terminaison du pluriel; quelquefois le monogramme qui précède est répété deux fois.
Le monogramme , roi et toutes ses variétés, donnera :
roi de s rois.
Le monogramme ou .$< , peuple, donnera :
* V \\\ V ' ct «< > peuple* (au pluriel).
Ces noms donnent des dérivés dans lesquels M. Botta a reconnu l'affixc de la première personne.
, mon royaume ( Sarroutiya).
, mes peuples (Maltiya).
ES# est l’affixc de la première personne.
Ces formes se voient à Persépolis, dans des textes dont on a la traduction perse. Faudrait-il croire qu'elles changent designitication dans des textes dont on n'a pas la traduction sur le monument même ? Évidemment, non. Elles conserveront donc leur valeur bien déterminée quand on les retrouvera à Khorsabad.
On les retrouve, en effet, à Khorsabad et à Babylone; mais à quelle langue appartiennent ces articulations grammaticales ? C’est, en effet, par les désinences qui caractérisent la grammaire que l'on peut apprécier le caractère d'un idiome, avant même d'en connaître tous les mots. Or, ces désinences se voient, se
ECMTt'RES ATIARIBN5ES.
saisissent, et dès-lors, il faut bien le reconnaître, on peut déjà les apprécier, et elles ont une apparence sémitique incontestable. Aussi M. Botta, en comparant les mômes mots, qui se représentaient dans le cours des textes avec des formes différentes, se prononça pour le sémitisme de la langue ainsi exprimée à Babylone , à Persépolis et à Ninive ; un mot surtout le frappa , c'est le groupe qui renferme le pronom de la première personne. Il était parfaitement désigné par la structure des inscriptions trilingues. Après l'invocation ordinaire, à Persépolis, Darius parle toujours à la première personne. Or, à la place où l’on doit trouver le pronom je ou moi, le texte assyrien présente
If
. Les lettres déterminées par les quel-
ques noms propres dont on disposait, permettaient déjà d’articuler le mot A NK ; et, dès-lors, on fut bien tenté de l’assimiler à l’hébreu ’2iN,et d’y trouver une preuve de plus du sémitisme de la langue qui se cachait encore sous des caractères inconnus.
Nous avons déterminé le signe royal sur les inscriptions trilingues et sur les briques de Babylone. Les recherches de M. Botta l'ont conduit à constater que ce signe était remplacé par des signes correspondants qui nous permettent de voir le même mot écrit indifféremment:
à Persépolis ;
sur les briques de Babylone ;
à Khorsabad et à Persépolis ;
H r TT~
à Khorsabad ;
ECRITURES CUNEIFORMES.
« à Khorsabad et à Vàn ;
enfin, par deux signes
à Khorsabad et à Per-
sépolis.
Cette dernière forme, composée de deux caractères, correspond, à Persépolis, au même mot perse que l’idéogramme royal. Or, s’il est impossible de découvrir à priori, dans une langue idéographique, la prononciation d'un idéogramme, on comprend qu'on pourra en avoir la prononciation dès que l'on aura trouvé l’articulation des signes qui le remplacent ; mais c’est cette articulation qu’il s'agit de chercher.
Celte patiente assimilation des caractères d’une écriture inconnue et des formes grammaticales d'une langue, ou plutôt de langues encore inarticulées , a été pleinement justifiée par la suite. Il est constant aujourd’hui que toutes ces écritures procèdent du même système graphique. On peut lire et comprendre les inscriptions assyriennes de Persépolis, de Babylone et deNinive, tandis que, s’il est possible de lire les inscriptions de Vân, la langue qu'elles expriment reste à découvrir.
Les essais de M. de Saulcy devaient bientôt porter leurs fruits. Il ne s’agissait pas, en effet, de chercher à deviner ces inscriptions ; il fallait d’abord les lire, et les inscriptions achéménides donnaient un point de départ certain pour arriver à déterminer divers caractères par la comparaison des noms propres perses que le texte assyrien avait reproduits. M. de Saulcy publia , le 1 4 septembre 1849, un mémoire autographié sur les inscriptions achéménides, dans lequel il entreprit non-seulement un essai de transcription , mais en outre un essai d'interprétation et d'analyse des textes assyriens. La première inscription qu’il prit pour sujet de ses études est celle de l’Elvcnd, qui était alors connue par les
ÉCRITURES ANAR1ENNES. . 1 2'J
copies de Schulz, de MM. Coste et Flandin , et enfin par celle de M. Texier. Après avoir comparé ces trois textes , il parvint facilement à s'assurer des erreurs de transcription qui auraient pn égarer ses recherches sur la forme de quelques caractères , et il réussit promptement à séparer le texte assyrien en petites phrases correspondant mot pour mot au texte perse. Le résultat d'une analyse aussi minutieuse fut la lecture et la traduction du premier texte assyrien, qui ait été traduit avec un commentaire à l'appui pour justifier les valeurs attribuées à chaque signe, ù chaque mot. Cette traduction est restée acquise. Aucun travail ultérieur n’a infirmé l’interprétation de M. de Saulcy , et les recherches qui l’ont suivie ont pu la prendre comme une base solide , qui permettait de se porter en avant.
Les valeurs que M. de Saulcy attribue aux caractères assyriens sont alphabétiques. Lesémitisme de la langue dont il donne la première traduction et qui lui parait de plus en plus évident, à mesure qu'il avance dans ses recherches , semble lui imposer l’obligation de trouver dans l’écriture un alphabet en rapport avec le génie de la langue . et par conséquent en rapport avec cet alphabet de vingt-deux lettres qui paraissait être l’apanage exclusif des Sémites. Toulefoisquandon lit, avec l’attention qu’il comporte, le mémoire de M. de Saulcy, on comprend l’embarras qu'il éprouve à donner aux signes qu’il transcrit des valeurs purement littérales. La transcription du groupe que nous lisons aujourd’hui si facilement
RA BU l'
lui cause un embarras sérieux. En lisant les pages 6 et 7 du mémoire, on sent que l'auteur est obsédé par l'inhérence des voyelles
ÊmiTCRES CCNÉIFOBSIES.
qui doivent donner le son aux articulations consolidantes. Le syllabisme de l'écriture assyrienne est en germe dans sa pensée , et il cherche à le justifier dans le démembrement des signes, comme si dans la composition de ces signes si nombreux il pouvait se trouver des caractères formés, à la manière des signes de l'écriture éthiopienne, par un caractère constant exprimant la consonne, et un appendice figurant la voyelle avec laquelle elle doit s’articuler. M. de Saulcy tente l’application de ce principe sur les signes - et 9°' doivent évidemment
renfermer la voyelle ou. Les plus patientes recherches avaient déjà démontré la vérité de cette vocale inhérente aux deux signes. Se trouverait-elle par hasard dans la partie commune ^ ? La démonstration ne put justifier cette hypothèse, et le syllabisme expira avant d’avoir pu être articulé.
La première traduction de M. de Saulcy est restée avec une valeur réelle , bien que ses procédés de transcription ne lui aient encore fait connaître que le squelette des mots.
Cependant ce premier mémoire fut suivi d'un second (27 novembre 1849), dans lequel M. de Saulcy aborda les autres inscriptions achéménidcs que l’on avait à sa disposition ; la transcription marche toujours par les mêmes procédés , avec une exactitude pour ainsi dire mathématique, en suivant pas à pas le texte perse, et en démontrant de plus en plus la certitude du sémitisme de la langue assyrienne.
Mais les mêmes préoccupations reviennent dans la pensée de
M. de Saulcy ; la transcription des signes
ne le satisfait pas; « le signe 3^ , dans lequel, dit-il (page 6),
semblent entrer deux éléments ^ et ne forme certainement
ECRITURES ANARIUNXES.
qu’une seule lettre : les textes moulés sur les originaux , et rapportés par M. Loltin de Laval , prouvent que ces deux éléments doivent être réunis ainsi < < pour être lus. Celte lettre assyrienne était-elle donc syllabique? Je suis bien tenté de le croire. Il en est, du reste, de ce signe comme du signe final du nom de Darius lequel doit être considéré comme concret. »
Ces observations étaient profondément vraies ; on sait aujourd'hui que le signe — est syllabique : il exprime la syllabe bou , et le signe <<,— exprime également une syllabe, mais une syllabe composée, c'est-à-dire qui renferme deux consonnes et une voyelle , vus. — Il suffisait à M. de Saulcy de généraliser cette idée pour avoir constaté un des principes les plus importants de l’écriture assyrienne; mais avant que ce principe fût definitivement reconnu , celte bizarre écriture devait présenter des difficultés bien autrement embarrassantes, et pourtant nous n’en sommes plus à l’époque où il fallait dix ans d'études pour constater deux lettres de plus dans les alphabets cunéiformes.
Quoi qu’il en soit, les autres inscriptions assyriennes aebéménides analysées par M. de Saulcy donnèrent pour résultat la détermination de cent vingt caractères assyriens. L'articulation consonnante est, en général, restée acquise à ces caractères; ceux qui seront reconnus plus tard comme formant des syllabes simples paraissent déjà déterminés. Telles sont , parmi les lettres qui composent le nom de Darius,
lu aujourd'hui im ri ia vus,
CCmiURF.S Ct.NEIFORMF.S
tes troi- premières; niais le dernier caractère, avec quelle consonne pent-il s'articuler? Cet exemple suffit pour indiquer une difficulté qui doit encore coûter bien des travaux.
Les savants qui depuis ont exploré ces textes se sont largement servis des premières déconvertes de M. de Saulcy, et les résultats de leurs travaux ont suffisamment prouvé la bonne voie dans laquelle M. de Saulcy était entré. C’est en suivant ses traces que tous les progrès ultérieurs ont été accomplis.
Ces progrès ont été rapides; car, en I8L9, la plupart des inscriptions trilingues sont traduites, et l’on n’attend plus, pour avoir un nouveau sujet d’études , que le texte de Bisiloun que le colonel Rawlinson possédait seul. A cause des nombreux noms propres qu’il renferme, il devait apporter de précieux renseignements, elle colonel gardait le silence, lâchant à regret une mauvaise transcription d’un paragraphe insignifiant, lorsque la France lui livrait tous les textes de Ninive, lorsque M. de Saulcy répandait à profusion ses premiers, ses précieux travaux. Il est constant qu’ils furent envoyés, au moment de leur publication, au colonel Rawlinson, alors en Perse, par les soins de M. de Mohl , et à. M. Luzatto, à Pavie , par ceux de M. Munk (1).
Les recherches continuaient en Europe. Le D'. Ilincks, professeur à Dublin, abordait à son tour les inscriptions assyriennes. Il est d’accord sur les découvertes antérieures ; pour lui , les inscriptions de Persépolis, de Khorsibad et de Dabylone ne présentent que des variétés graphiques et procèdent du même système. Il reconnaît , comme Grolcfend , le nom de Nabuchodonosor sur les briques de Babylone , et il en donne la transcription.
(i) Lettre de M. de Suulcy à M. Prisse d’Avenncs, du 15 juin 1852. (Elirait de la lUvue orientale.)
ECRITURES ANARIKNNES.
Il est ainsi écrit sur les briques :
Sa transcription en caractères modernes donne :
NABU CU DUR RI U SSUR.
Dès cette première lecture, on comprit que les noms propres assyriens étaient formés du nom d’une divinité et d’une formule précative adressée à cette divinité, dans le genre des noms arabes, grecs et romains, qui renferment le nom de Dieu : Abdallah, Théodore, Adéodate, etc., et que nous avons même conservé en français dans le nom de Dieudonné.
Mais ce qu'il y a de plus important dans les travaux du D r . Ilincks, c'est la découverte d’un principe dont M. de Saulcy n'avait signalé que des faits particuliers. Il donne , dans son Mémoire , l’explication des principes du syllabisme de l’écriture assyrienne, et, en généralisant ce principe, il trouve la possibilité de faire disparaître un grand nombre de signes que l’on croyait homophones, parce qu’ils renfermaient la même consonne avec des voyelles différentes. Toutefois, ce nouveau progrès devait être encore expérimenté avant d’ôtre admis comme une loi de l'écriture assyrienne.
Enfin leD'. Ilincks lut également quelques-uns des noms royaux gravés sur le palais deKhorsabad.entr'autres celui de Sennachérib,
Les études étaient en progrès de l'autre côté du détroit.
134 ÉCR1TIHES CUNÉIFORMES.
Les inscriptions trilingues paraissaient alors pouvoir être articulées , cl l’on se prononçait de plus en plus pour le sémitisme de la langue assyrienne. C’était la tendance vers laquelle les esprits paraissaient portés. M. Stcrn, professeur de mathématiques à Goettingue , écrivait à E. Burnouf que l’assyrien ne pouvait être lu qu’à l'aide des idiomes sémitiques; et E. Burnouf, qui avait appliqué avec tant de bonheur ses études sur les langues indogermaniques aux inscriptions de la première espèce , se sentait arrêté quand il voulait appliquer les mêmes procédés aux inscriptions de la troisième colonne : il en pressentait, il en comprenait le sémitisme, et il indiquait cette voie à ceux qui, moins timides que lui , voudraient tenter de nouvelles explorations sur ces idiomes.
Malgré l’opinion d’un juge aussi compétent, la question, pour être définitivement résolue, avait besoin d’être expérimentée. M. Luzatto s’était déjà prononcé à priori pour le sanscritisme de la langue assyrienne. 11 entreprit de prouver sa thèse par la transcription et l’explication des inscriptions que l’on pouvait alors le plus sûrement expérimenter; il en déduisit des principes dont il essaya l’application aux inscriptions de Khorsabad et de Vân. M. Luzatto n’ignorait pas les travaux de ses devanciers, et c’est après avoir examine leurs opinions qu’il persista dans la sienne et chercha à la justifier.
Quant au genre d’écriture qu’il a sous les yeux , « il considère qu’elle n’est ni figurative, ni symbolique, ni anagrammalique, ni syllabique ; elle est phonétique ; les sons ont un ou plusieurs caractères. Ces caractères sont des homophones , tels que M. I-owenstern les avait reconnus ; ils se lisent de gauche à droite ; mais, quant à la langue , toutes ces écritures assyriennes qui paraissent présenter des différences à Vàn , à Khorsabad , à Baby-
ÉCRITURES AERIENNES,
MB
lonc et en Perse, n’expriment qu’une seule et même langue , qui a pu subir les changements que le temps apporte aux idiomes les plus stables , et cette langue appartient , tant par sa grammaire que par son lexique, h la grande famille des langues indo-européennes, en tète desquelles se trouve le sanscrit (1). »
Cependant, un des caractères les plus saillants de la langue dont on cherchait la souche devait se trouver dans le pronom personnel dont on voyait la place , que M. Lhwenstern et M. Botta avaient désigné et que M.dc Saulcy avait traduit. M. Luzatto ne pouvait le passer sous silence, et ce n’est qu’à l'aide des efforts les plus inouïs qu’il parvint à donner à ce mot , dont les consonnes étaient dessinées, une apparence sanscri tique qui le défigura entièrement et qu’aucune lecture ultérieure n’a sanctionnée. M. Luzalto ne reconnaît , dans les quelques lignes qu’il traduit, qu'un mot parfaitement sémitique; c’est le mot Rabu, queM. Lowcnslern avait déterminé le premier, le seul qui fut bien lu alors.
L'essai de M. Luzatto est certainement empreint du caractère le plus sérieux qu’un essai malheureux puisse offrir. S'il s'est trompé sur les points les plus importants, c’est en cherchant consciencieusement la vérité, et sa tentative n’a pas été infructueuse pour l’avenir; l’expérience a été trouvée suffisante et aucun essai nouveau n’a été sérieusement tenté depuis, pour lire l’assyrien avec des valeurs littérales ou pour l’interpréter avec le secours des langues indo-germaniques. Nous allons voir, au contraire, que le syllabisme et le sémitisme de la langue assyrienne vont de plus en plu? se caractériser, à mesure que les transcriptions et les lectures deviendront plus nombreuses et permettront de lire plus de mots et d’en contrôler les inflexions grammaticales.
(I) Élude » lur le* inscriptions assyriennes de Pers/polis , Uumadan , Vûn et Khorsabad. Padoue , 4850, p. 207.
FXRIÎl'BES CUNEIFORMES.
Nous avons dit que l'on pressait déjà depuis long-temps le colonel Rawlinson de publier le texte assyrien de Bisitoun ; les instances devenaient plus vives, et cependant ce n'est pas le premier travail que le colonel ait publié sur les documents assyriens : nous trouvons, en effet, dans les Mémoires de la Société asiatique de Londres, de 1850, une dissertation sur les écritures de Babylone et de l’Assyrie, et la traduction d’une inscription qui recouvre un monument bien curieux, bien précieux, connu sous le nom d’o&élisque de Nimroud. Cette traduction, du reste, n’est accompagnée d’aucune transcription , d'aucun commentaire , et ne porte avec elle rien de ce qui peut en asseoir la valeur scientifique que nous ne voulons pas contester ; mais l’absence de toute analyse nous oblige à classer ce travail parmi les documents qui peuvent témoigner des progrès du savant colonel , sans apporter aux autres les moyens de le contrôler ou , au moins , de profiter de ses recherches.
Sur ces entrefaites, M. de Saulcy, continuant scs travaux, était arrivé à se convaincre que plusieurs textes de Khorsabad reproduisaient la même inscription ; il reconstruisit ainsi la longue légende qui raconte , en cent cinquante lignes , les principaux événements du règne du fondateur du palais de Khorsabad ; il y appliqua les valeurs que scs études sur les inscriptions trilingues lui avaient fait découvrir, et il put ainsi lire et traduire quatre-vingtseize lignes de cette curieuse inscription. Immédiatement, le colonel anglais proposa une traduction du môme passage, dans des termes peu différents. Cette nouvelle tentative de M. de Saulcy prouva qu’on pouvait déjà étendre les recherches au-delà des inscriptions trilingues ; c'!e prouvasurtout qu'on pouvait comprendre le sens général des inscriptions ninivilcs à l'aide de quelques groupes idéographiques qui forment des points de repère que
KCMTLRKS ANARlErtîlES.
l’on peut suivre sur ces lentes. Nous pouvons en avoir la preuve en rapprochant clc ceux que nous avons déjà indiqués les textes assyriens publiés par M. Layard , qui avait fait, après M. Bolla , de si précieuses découvertes sur les bords du Tigre.
Les idéogrammes compris dans les inscriptions trilingues nous permettent de constater que toutes ces inscriptions commencent par une formule dans laquelle le nom du roi est suivi des titres royaux qui peuvent se traduire ainsi : roi grand, roi puissant, roi des bataillons , roi du pays (TAssour.
Chaque nom royal est indiqué par un monogramme qui le précède et suivi delà formule, plus ou moins complète, que nous venons d’indiquer.
Le premier nom royal que l’on trouve en tète des inscriptions n’est pas toujours le même ; il varie suivant les monuments; et comme il désigne toujours le nom du fondateur du monument , il n’y a rien de surprenant que ces palais exhumés sur plusieurs points différents, qui présentent pour quelques-uns des nuancos d’architectures bien distinctes , n’aient pas été construits par le même roi. Mais ce roi nomme souvent un ou plusieurs de ses ascendants comme nous l’avons vu par la généalogie de Darius , dans les inscriptions trilingues. Seulement, à Ninive, chaque ascendant est accompagné de la formule qui rappelle également «es titres royaux. Nous avons, d’un autre côté , un signe certain
qui représente l'idéogramme de la filiation n , et qui ne
peut avoir de valeur syllabique lorsqu'il précède un nom propre dont la présence est indiquée par le clou perpendiculaire. Ce signe se présente dans les monuments ninivites de la même manière que dans les monuments trilingues, où il correspond au perse Puthra , et nous le traduisons par fils de.
f'18 ÉCRITURES CrNÉrroRKES.
Avec ccs premières données, l'inscription suivante n'offrira aucune difficulté :
i? <xt « i «(<-
Et nous pouvons la lire aisément ainsi :
Maison grande ( palais) de ON tel.
«I«f< >- , ROI DES LÉGIONS, ROI DU PAYS D’aSSOCR,
| y , fis d’un tel ( roi des logions, roi du pays d'Assour),
J y , fils d’un tel (roi des légions , roi du pays d'Assour ).
Par cette inscription , nous avons la certitude d’une génération de trois rois qui ont régné, de père en fils, sur le même pays. La formule qui renferme les titres ne présente que des signes don» les inscriptions trilingues ont donné la traduction ; il ne peut donc y avoir de doute que sur la transcription des noms royaux.
Mais ici la difficulté est grande : nous avons vu, par le nom de Nabuchodonosor, qu’il y avait quelque chose qui entravait la lecture des deux premières syllabes. Dès qu’on eut un certain nombre de noms propres assyriens à sa disposition , on s'aperçut que ces noms renfermaient le plus souvent le nom d’une divinité, et une formule précative dans le genre de celle que nous avons indiquée. Or, le nom de la divinité est rendu par un idéogramme et quelquefois aussi la formule précative; et, comme ces noms peuvent se présenter sous des formes différentes , on
ECRITURES ANAR1ENNES.
|»eiisa que l’on ne pouvait être sur d’en avoir l'articulation véritable que lorsque l’on se trouvait guidé par quelque transcription élrangèrc, grecque ou hébraïque , qui les exprimât phonétiquement. Mais la filiation des personnages ainsi indiqués, leur ordre , leur relation n’en subsisteront pas moins. Si nous les désignons, pour les besoins de l'identification , seulement par les noms de Sardanapal, Anaku Mcrodach, Adramelec, nous en aurons assez pour fixer les termes d'une généalogie dans laquelle il sera plus facile de se reconnaître que si nous avions désigné ces rois par les noms de Primus , Stcundus et Terlius , que nous aurions pu leur appliquer et leur conserver toutes les fois que nous aurions rencontré, dans des textes, les groupes qui les représentent.
Nous aurons ainsi , pour la traduction de notre inscription :
PALAIS DE SARDANAPAL , ROI DES BATAILLONS, ROI DU PATS D'aSSOUR, El LS D’ ANAKU MER0DAC1I, ROt DES BATAILLONS, UOI DU PAYS d'aSSOIR, FILS DADRAMELEC , ROI DES BATAILLONS, ROI DU PAYS D'ASSOUR.
Sur h« briques d’un autre palais , découvert à Ninive, on lit l’inscription suivante :
«cTTf *t-« I « « —
W sa
dans laquelle il n’y a que le premier nom royal d’inconnu, qui est évidemment fils do celui qui commence l’inscription précé-
ECRITURES CUNEIFORMES.
dénie , ainsi qu'on peut s’en assurer par l'examen de la troisième ligne qui présente le groupe de Sardanapal précédé du signe de la filiation. Si nous acceptons, pour la transcription de ce nouveau nom royal , le nom de üivanubara, nous aurons ainsi :
DIVANUBARA , ROI GRAND ,