L^ VOCATIONS
Béni sois-tu, jour célèbre
Béni sois-tu, brillant Souverain
Béni sois-tu, grand jour
320 Béni sois-tu, jour bienfaisant (?)... Béni sois-tu, jour Lumière sauvée.
Béni sois-tu, jour présent
Béni sois-tu, jour de nos
Béni soit ce jour
i) F. W. K. Mûller, Ein Doppelhlatt, p. 20-22.
130 LES ÉCRITURES MANICIUlENNES
33o Béni soit ce jour
Béni soit ce jour, le désiré
Béni ce grand jout
Jour béni que ce jour où.....
Bénie soit l'heure de ce jour
335 Béni (soit) ce jour du salut
Béni (soit) ce jour du premier
Béni (soit) ce jour, bienfait (des) Elus
Bénissons des Dieux le suprême
Béni, Béni sois-tu, jour
34o Bénissons et chantons
Bénissons le Souverain de
Bénis, Saint et Elu, le
Inviolable est ce jour, favorable
Jour de jeûne inviolable, jour premier
345 Jour inviolable, béni
Inviolable, moi qui vins, Lumière de
Nou'§ obtiendrons de toi l'inviolabilité
Inviolabilité et pitié sont souhaitables
Pardonne-moi des Dieux
35o Pardonnez, ô Dieux
Pardonne-moi, grand Dieu »
Pardonne, Seigneur, mon Sauveur.... ^
Nous voulons t'invoquer, ô mon Dieu, en ce
j Nous voulons t'invoquer, ô Bienfaiteur
355 Gloire à ton nom
Nous voulons te chanter, nous voulons t'invoquer.
Nous voulons te louer, ô Dieu, incorruptible
Béni soit mille fois le Dieu Messie
Pardonnez, Elus, Véridiques
36o Pardonnez, Frères, Elus...,.
Pardonnez, (Membres.^) Auditeurs
Venez, Pardonnez, ô Elus
Venez, Frères."....
Aux affligés est venue l'instruction
365 La nouvelle est venue du plus divin des Dieux....
Pardonne-moi, grand Dieu
Union des affligés, l'un à l'autre
Frères, affligés, Lumières....
Venez, affligés, bénissons
370 II m'a montré son esprit et
Instruction et précepte
Grand est ce jour, choisi
O précepte
O le plus divin des Dieux.....
EGHITURES PUOPKEMENT DITES 131
375 O Dieu brillant, Seigneur Mani
Riche Souverain, heureux et pieux
Souvenons-nous des Frères
Salut, Paix et Joie à
Dieu brillant. Seigneur Mani
3So Jour béni, loué
• Ce jour, ce lundi
Venu est le jour de la joie, le (jour) béni
Venu pour nous est le jour, le (jour) béni
Venu est le jour brillant où
385 Venu est pour moi le brillant
Ecoute ma parole, ô beau
Ecoute ma prière, ô jour
Honneur à toi, jour béni
0 le plus chéri des Etres lumineux
390 — Louanges 6S — ^
Elevez-vous, pleins^ de mérites
Sur l'Esprit de la Lumière, nous voulons
Sur toi. Esprit de la Lumière
Sur l'Esprit de la Lumière, nous désirons.... 395 Pardonnez, ô vous..^..
Pardonnez , Frères
Qu'il soit pensé à toi. Esprit
Tu es venu avec le Salut, Esprit... ^.
Tu es venu avec le Salut, Esprit des Dieux
4oo Tu es venu avec le Salut, Esprit
Tu es venu avec le Salut, Esprit de la Lumière.
Il est venu cet Esprit enchaîné
Il est venu, cet Esprit, délivré
Béni sois-tu, noble .Esprit
4o5 Béni, sois-tu, grand Esprit, le premier
Béni sois-tu. Esprit de la Lumière
Béni sois-tu. Esprit de la Lumière
Béni sois-tu. Esprit libéré (P)
Béni sois-tu. Esprit de la Lumière
4io Bénies soient les âmes....
Bénis tous les affligés
Bénissez, Frères, ces
Béni et loué soit
i) F. W. K. MûUer, Ein Doppelbîatt, p. 26-27.
Bénissons et louons
4i5 Nous voulons te bénir, Esprit de la Lumière
Bénissons l'Esprit des Dieux
Frères, voyez ce
Frères, venez. Pardonnez
Frères, affligés
lioo 0 Fils de la Lumière, Saints
0 Esprit bienfaiteur, expliquez,.,..
0 Germe noble et magnifique, qui
O âme noble et sauvée, quand
Affligée et sage
à2b Venez, Frères, chantons
Venez, chantons un hymne
Venez, Elus, Saints....^
Venez, Elus (Fils) de la Vérité
Venez, Fils de la Sagesse, vers le Père
43o Venez, louons l'Esprit de la Lumière
Toi qui es digne de louanges....
Nous voulons te bénir. Esprit vivant..,..
A toi, Esprit vivant, dont les cinq
Nous voulons te louer. Esprit de la Lumière
435 Nous voulons te louer, Esprit, bénédiction
A toi la louange, Esprit
Nous voulons te prier, ô mon Esprit captif (?)
Nous voulons te célébrer, Jésus Messie
Nous voulons te chanter, Esprit béni
4/fO Nous voulons te chanter, Dieu magnifique
Je suis l'Esprit, celui qui vit,
C'est moi qui montrai des idoles,.
Je suis l'Esprit béni, qui fus
Je veux te chanter, ô mon Dieu, sauve..*... Mib Noble, intègre et brillant ^ »
Divers autres manuscrits découverts à Tourfan coanplètent heureusement cette table des matières. Ils contiennent des fragments nombreux et parfois importants d'hymnes manichéennes. Et ils peuvent se répartir en séries analogues à celles du recueil de Nichvarîg-rôschan. Plusieurs se rapportent aux « derniers temps )), au « départ », à la séparation « du corps et de l'âme » ^. D'autres formulent des vœux pour de grands
i) F. W. K. Millier; Efn Doppelhjatt...,, p. 27-28.
2) F. W. K. Mùller, Handschr. Rest., p. dg-Ôo, 62-59, 66-68, 77.
personnages ^. La plupart adressent des louanges variées au Père de la Lumière, aux « Grandeurs )> qui entourent son trône, aux Esprits qui l'assistent, aux deux Luminaires, aux Anges qui recueillent les âmes sur les barques célestes et surtout au sage, au brillant, au divin Mani 2. Enfin quelques-uns demandent pardon à Dieu pour les péchés commis ^.
Certains de ces textes liturgiques portent encore leur notation musicale *. Ils étaient destinés à être chantés. Sans doute, le chant se faisait-il avec accompagnement. D'après l'historien Ibn Shinah, Mani aurait inventé le luth ^. Augustin note déjà que les Manichéens aiment beaucoup la musique et qu'ils la regardent comme venue du ciel ^.
Un grand nombre d'hymnes de Tourfan ont dû être composées assez tardivement. Elles supposent un long travail dogmatique, car elles rendent un véritable culte à Mani et même à plusieurs de ses disciples, par exemple à Zakou ^. Quelques-4ines mêmes ont été composées sur place. Elles proviennent d'écrivains ouïgours, car elles célèbrent le prince régnant ou les chefs spirituels qui travaillent à la propagation de la foi dualiste ^. La plupart, cependant, peuvent être traduites du syriaque ou du persan et provenir de la même source que le (' livre d(:s Prières » mentionne chez les Grecs.
Un recueil analogue a, sans doute, existé en chinois. Le traité manichéen de Touen-houang fait adresser à 1' « Envoyé de la Lumitje », cest-à-dire à Mani, une hymne et une prière qui en proviennent peut-être et qui, du moins, doivent s'en ins pirer^. D'après Hong Mai, les adoptes de la Religion de la
i) F. W. K. Millier, Handschr. Rest., p. 78-79. Cf. ihid., 76-77 et 79-80.
2) F. W. K. Mûller, Handschr. Rest., p. 28-29, 47-48, 60-61, 62-65, 70-75, 78.
3) F. W. K. MûUer, Handschr. Rest., p. 5i-52, 61-62*
4) F. W. K. Mûller, Handschr., p. 29, 93.
5) Kessler, Mani, p. 370.
6) De mor. Man., 46.
7) Voir supra, F. W. K. Mûler, Ein Doppelblatt, p. 269, 268, 269, 807, etc.
8) Voir F. W. K. Millier, Handschr. Rest., p. 78-79.
9) Chavannes et- Pelliot, Journ. Asiat., 1911, p. 586-589.
Lumière <( prient à sept moments » ^. Selon le témoignage de Tsong-Kien, ils tiennent des assemblées auxquelles beaucoup de gens assistent (c soi-disant pour des pratiques de confession et pour des invocations au Bouddha » ^. Une liturgie si régulière suppose un Rituel précis.
Le Khouastouanift. — Des « pratiques de confession » .auxquelles Tsong Kien fait allusion et des Hymnes pénitentielles qu'énumère la table des matières du manuscrit de Nichvarîg-rôschan, on peut rapprocher le Khouastouanift découvert à Tourfan et à Touen houang, dans lequel les Auditeurs manichéens font l'aveu détaillé de leurs fautes pour en implorer le pardon.^. Le document se divise en quinze sections soigneusement numérotées, dont chacurîe passe en revue une catégorie spéciale de manquements et se termine par une même fçrmule de repentir. Les disciples de Mani's'y accusent des fautes qu'ils ont pu commettre :
i) en reniant Zervan, le Bien suprême, oii son fils Khormuzta, l'adversaire de Smnou ou du Démon,
2) en offensant le « Dieu du soleil et de la lune )>, dont la vigilance recueille les bons éléments tombés au pouvoir 4es Puissances mauvaises,
3) en s'attaquant à ces débris de la substance spirituelle qui animent les diverses parties 4u monde matériel,
i) Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., igiS, p. 3^8. Cf. Fliigel, Mani, p. 98, « le commandement des quatre prières (pour les Auditeurs?) ou des sept prières (pour les Elus ?) ».
2) Chavannes ef Pelliot, Journ. Asiat., igiS, p. ^363.
3) Voir W. Radloff, Chuaslanijt, das Bussgehct, der Manichâer, Saint- PéterslKiur*?, 1909, jn-8°, YI-5t pactes ; du même, Nachtrage zum Chuastuanit, Saint-Péterbourg, igii, dans les Izvestiya ImperatorskoX Akademii Naiik, in-/i", p^ 8G7-89G ;
A von Le Coq, Chunstuanift, eine Siindenbekcnninis der nmnichâischen Andliorcs, (jc-jnnden in Turfan, dans les Abhandlungcn de l'Académie des sciences de Berlin, 1912, in-4°, hS pages ;
et surtout du même, D^ Slèîn's turkish Khwastiianift jrom Tun-huang, dans le Journ. oj ihe Roy. Asiat. Soc, 19T1, p. 277-3114.
'Je tite ce dernier travail, on donnant les cor>t'r>r>c p\ V« lisfnes du manuscrit de Touen -houang:.
4) en méconnaissant les Bourkhans, ou Envoyés du ciel, et les Elus chargés de continuer ici-bas leur œuvre salutaire,
5) en torturant les « cinq genres d'êtres vivants », hommes, quadrupèdes, volatiles, poissops ou reptiles, dans lesquels l'Etre divin demeure emprisonné,
6) en commettant un des « dix genres de péchés » auxquels on peut se laisser entraîner, par « pensées, paroles ou actions »,
7) en adoptant de fausses croyances ou en pratiquant des rites diaboliques,
S) en négligeant les deux Principes, les trois Moments ou les quatre Sceaux,
9) en enfreignant les dix comniandements qui règlent l'usage de la bouche, du cœur, de la main ou de l'ensemble des organes,
10) en ne s'acquittant pas, comme il convient, de la louange qui est due h Zervan, au Dieu du soleil et d^ la lune, à l'Esprit puissant et aux Bourkhans,
11) en ne distribuant pas aux Elus les sept aurnônes prescrites par la Loi pour la libération des éléments divins,
12) en n'observant pas fidèlement les cinquante jeûnes annuels (ceux du dip:ianche),
i3) en p'agsistant pas aux « oraisons » du lundi, 011 se fait la confession des pccjiés,
i4) en ne sanctifiant pas les ipois de la pénitence par des bonnes œuvres,
i5) enfin en se laissant aller à toutes sortes de négligences quotidiennes, dans les pensées, dans les paroles ou dans les actes.
Cet ordre ne semJDle pas bien rigoureux. Après la première section qui traite de Zei'vaji et )a seconde qui se rapporte au Diejj des deux grands Luminaires, c'est-à-dire au Christ « vertu et sagesse » du Père, la troisième devrait parler de l'Esprit puissant ou du Démiurge, dont l'action se manifeste d^nsl'air, sur la terre et à tfavers les eaux, plutôt que des éléments dont il s'est servi pour accomplir son peuvrc. Comme la quatrième concerne les Bourkhans ou Messagers divins, qui sont au nombre de quatre (Bouddha, Zoroastrc, Jésus et Mani) et comme
la cinquième énumère « cinq genres d'êtres vivants », on peut soupçonner à la base du document certaines combinaisons arithmétiques maintenant à peu près disparues. Tandis que les cinq premières sections ont trait à la cosmogonie, au « commencement » des choses, les quatres suivantes envisagent plutôt la condition présente de l'homme pécheur placé au (( milieu » des temps. On peut en dire autant de la 15°"°, qui reproduit en partie la 6°"^ et la 9™^ et qui ne vient, sans doute, en dernier lieu que parce qu'elle a paru offrir une vue d'ensemble. Enfin, les cinq autres se rapportent puttôt aux moyens qui doivent être employés pour la libération des âmes, iC^in » ultime du cosmos. A tous ces points de vue, le rédacteur paraît utiliser un texte plus ancien dont certaines nuances lui auront échappé.
Un fragment d'une autre Confession manichéenne a été retrouvé à Tourfan ^. Il contient la (in de la seconde section et le commencement de la troisième. Le croyant y parle tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Et il y demande pardon à Dieu d'avoir peut-être convoité la possession de maisons, de meubles, de vignes, d'esclaves pu de troupeaux, d'avoir peut-être aussi mal agi envers (( un autre Manichéen véridique, décharné, lumineux » 2, envers un (( lieu dédié au Bouddha Cakya Mouni », envers le monde animal, ou de s'être laissé aller à de mauvaises pensées. Le sujet ne s'accorde guère avec celui des deux parties correspondantes du précédent formulaire. Le Confiteor manichéen pouvait donc varier.
Plusieurs Confessions de Bouddhistes laïques ont été également découvertes à Tourfan ^. Elles offrent beaucoup de traits communs avec celles des Manichéens de la même région. Entre les unes et les autres, il existe un rapport étroit de dépendance. Or, les premières sont, sans nul doute, les plus anciennes. Une
i) A. Von Le Coq, Eine Sundenhekenntnis der Manichâischen Auditores gepinden in Turfan, p. 27-28, cf. p. 36-87, dans les Ahhandlungen de l'Académie des sciences de Berlin, 1910.
2) Cf. Augustin, De util., cred, 36 a esangues oorporibus ».
3) F. W. K. Millier, Uigurica, II, p. 76-79 ; Sundenhekenntnis der huddhischen Laienschw ester Utrât, p. 84.-89 ; Sundenhekenntnis der Laienschw ester Qutlugh nehst Tochter und Sohn.
Confession bçuddhique apparaît déjà vers le milieu du second siècle ^. Les disciples de Mani n'ont fait ici que copier ceux de Cakya Mouni. Le fait n'a rien d'étonnant en un pays où la religion ne s'est établi et accrue qu'aux dépens du Bouddhisme. Peut-être Augustin a-t-il connu quelque texte du même genre d'une inspiration plus strictement manichéenne. Et peutêtre s'en est-il inspiré au cours des Confessions, dont l'accent s'acorde étrangement avec celui du Khouastouanift ^. Une de ses lettres nous montre les Auditeurs s'agenouillant devant les Llus dans l'attitude de la prière, pour recevoir l'imposition des mains, signe sensible du pardon de leurs fautes ^. Déjà l'auteur des Actes Archelai nous décrit une scène analogue^. Mais ces données sont trop vagues pour permettre aucune conclusion.
i) F. W. K. Millier, Uigurica, II, 89 (Anmerkung) .
2) Voir surtout la conclusion du Khouastouanift.
3) Epist., CGXXXVI, 2.
6) Act.f Arch,, 9.