TIBI SILENTIUM LAUS
« Éternel, je me tais; en ta sainte présence Je n'ose respirer, et mon âme en silence Admire la hauteur de ton nom glorieux.
Que dirai -je? Abîmés de cette mer profonde, Pendant qu'à l'infini ta clarté nous inonde. Pouvons-nous seulement ouvrir nos faibles yeux?
« Si je veux commencer à chanter tes louanges, Et que, déjà mêlé parmi les chœurs des anges. Je médite en moi-même un cantique charmant, Dès que pour l'entonner ma langue se dénoue, Je cesse au premier son, et mon cœur désavoue De ma tremblante voix l'indigne bégaiement.
<i Plus je pousse vers toi ma sublime pensée, Plus de ta majesté je la sens surpassée. Se confondre elle-même et tomber sans retour. Je t'approche en tremblant, lumière inaccessible; Et sans voir dans son fond l'Etre incompréhensible. Par un vol étonné je m'agite à l'entour.
« Cessez : qu'espérez -vous de vos incertitudes, Vains pensers, vains efTorts, inutiles études? C'est assez qu'il ait dit : Je suis celui qui suis. Il est tout, il n'est rien de tout ce que je pense. Avec ces mots profonds j'adore son essence, Et sans y raisonner, en croyant, je poursuis.
1 Cette poésie a été découverte à la bibliothèque de la Flèche et publiée par Dom Pitra, bénédictin de Solesmes , aujourd'hui cardinal de la sainte Église romaine. Malgré les traits sublimes qu'elle renfgrme, elle est encore comme inédite. Nous ne perdons aucune occasion de la faire connaître.
« Dieu puissant, trois fois saint, seul connu de loi -même,
A qui je dis sans fin, dans mon amour extrême.
Je suis à toi, Seigneur, et mon cœur est rendu
(Mais quoi! puis-je l'aimer autant qu'il est aimable!) :
Répands dans mon esprit ton Esprit inefTaljle,
Et reçois dans ta paix mon amour éperdu.
« Descends, divin Esprit, pure et céleste flamme, Puissant moteur des cœurs, qu'en secret je réclame; Et toi qui le produis dans l'éternel séjour, Accorde sa présence à mon âme impuissante; Fais-en, car lu le peux, une fidèle amante, Et pour te ijien aimer donne- lui Ion amour. »