UNPHISTOIRE QU'ON A DEJA LUE
Sur la route crayeuse qui borde la rive droite de la Seine, au bas de ce coteau dénudé, qui, d'Argenteuil s’abaisse vers Epina;, pour disparaître définitivement à Saint-Ouen, deux hommes, vêtus d’une blouse et d’un pantalon de toile bleue, coiffés l’un d’une casquette de soie noire, luisante et crasseuse, l’autre d’un chapeau de feutre jadis gris, mais aujourd’hui jaunâtre et informe. cheminaient dans la poussière.
Ces deux hommes c’étaient Ginglard et Bouteleux, que rous avons vu paraître si maiencontreusement chez le bossu, le jour où mourait sa mère. En cheminant ils causaient d’une certaine entreprise qui avait fort mal tourné. Ils étaient allés faire avec leur ami Rissolé un tour de promenade, à deux heures du matin, dans un
jardin du côté de Bezons, et le propriétaire, trouvant la liberté un peu grande, avait logé quelques grains de plomb dans les jambes de Rissolé qu’ils avaient eu grand’peine à ramener à Argenteuil. Ils y étaient restés cachés durant deux jours, et le trosième, au matin laissant là le blessé, ils s’étaient mis en route.
Is traversèrent Saint-Denis, arrivèrent vers huit heures et demie à Saint-Ouen et, franchissant le pont sus- M pendu qui conduit dans l’île, s’enfoncèrent sous les grands peupliers et se dirigèrent vers un cabaret d’assez piètre apparence.
Sur les tables et les bancs de bois, maculés de graisse et de vin, qui étaient fichés en terre autour de la maisonnette, sept ou huit individus étaient assis devant un verre de vin blanc ou d’eau-de-vie.
La conversation n’était pas très animée. Bien certainement la plupart de ces hommes avaient le ventre creux.
Ils étaient vêtus de costumes variés à l'infini, mais généralement assez fanés, et représentaient à peu près tous les âges. Deux jeunes gens de dix-neuf à vingt ans, qu’à leur tenue il était facile de reconnaître pour des rodeurs de bals de barrière, affichaient cependant quelques lointaines prétentions à l'élégance.
Sans aucun doute ces huit personnages étaient réunis dans le même but, et non point par hasard, car, à mesure qu’ils étaient arrivés, ils avaient échangé une poignée de main ou un signe de reconnaissance.
Lorsqu'ils virent déboucher Ginglard et Bouteleux, ils poussèrent tous un joyeux hurrah; mais leur désappointement fut grand quand il: s’apperçurent que leurs deux camarades étaient seuls.
— Et Rissolé? demandèrent quelques voix.
— Rissolé ne viendra pas, répondit Ginglard. Il a reçu un coup de fingot dans le bas du dos, il est sur le
flanc. Il m’a chargé d’vous dire de faire présider ln séance par qui bon vous semblerait.
— Ah! diable!... murmurèrent deux ou trois poltrons.
— Sommes-nous au complet? fit inglard en promenant autour de lui un regard investigateur.
— Non, nous ne sommes que dix, mais puisque Rissoli ne peut pas venir, il ne manque plus que...
— Dodophe, dit Bouteleux, à qui l’absence du bossu n'avait pas échappé.
— On peut bien s’passer d’lui, fit Ginglard. Voyons, au rapport! Mais d’abord, où allons-nous nous caser ?
— Entrons dans le bocal, proposa l’un des assistants, il n’est pas prudent de discuter ces choses-là en plein air.
— Pourquoi ?
— Tiens! parce que la rousse se fourre partout et que je ne me soucis pas qu’elle entende.
— Avec ça qu’tu seras bien plus à l’abri derrière ces murs de papier de ce caboulot, fit observer Ginglard. Si les mouches vous pincent, ils vous cernent là-dedans comme dans une souricière... Merci! vive le grand air! on y peut s’déguiser en cerf, à volonté.
— Ginglard a raisoh, approuva Bouteleux. Avant tout, faut pouvoir se la casser. C’est qu’y en a partout de ces mouches... et je n’y répondrais pas qu’parmi nous...
— Qui donc? demandèrent à la fois les neuf hommes en fronçant terriblement le sourcil
— Dame!.. hasarda Bouteleu:. Cherchez qui manque si souvent à nos réunions... qui manque encore laujourd’hui ?
— Dodophe? firent cinq ou six incrédules.
— Ma foi! Quand on voit rater tous les coups dont il n’est pas, — celui de Bezons entr’autres, où c’pauv’Ris-
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solé à failli passer l’arme à gauche... il est bien permis de supposer qu le petit bossu. ..
— Qui est-ce qui parle du petit bosco? Présent! s’écri une voix railleuse.
— Bravo, Dodophe! crièrent à la fois tous les écumeurs. V’la Bouteleux qu'était en train d't’arranger aux p’tis oignons.
Le bossu sauta sur une chaise avec la vivacité d’un singe, se croisa les bras et regarda Bouteleux en face.
— Tu disais donc, canaille?... fit-il d’ur: ton gouailleur et provocant.
La conversation commencée sur un ton semblable ne, pouvait finir que par des coups; mais les amis s ’interposérent. On était réuni pour traiter de choses sérieuses, Le bossu disipa les soupçons en expliquant son absence par la mort de sa mère, et demanda qu’on fit choix d’un président à la place de Rissolé.
— Aussi bien, ajouta-t-il, une fois pour toutes, je ne serai pas fâché de vous dire ce que je pense de notre association et de la façon stupide dont elle est conduite.
A ces mots, les écumeurs se regardèrent avec un étonnement mêlé de curiosité.
Probablement ils n’étaient pas loin de partager l'avis du bos:1, car pas un d’eux ne protesta.
— Soit! s’écria-t-ils à la fois, nommons un nouveau président.
— Îls se levèrent de table, se promenèrent pendant quelques instants, se groupèrent et discutèrent avec animation.
Seul, Adophe était resté paresseusement à sa place.
Au bout de cinq minutes, les écumeurs revinrent, et Ginglard prit la parole en leur nom.
— Mon p'tit Adonis, dit-il, je suis chargé par les camarades de t’annoncer que leur choix s’est fixé sur toi.
— Soit, fit résolûment Adolphe. J'accepte, mais à
condition qu’on exécutera mes ordres sans les discuter, 81 baroques qu’ils puissent paraître. Et d’abord, suivezmoi.
Il prit les devants, les entraîna à travers l'herbe verdoyante, avisa une prairie située au beau milieu de l'ile, et se laissa tomber sur le gazon.
—- Ici, dit-il, nous pouvons causer, personne ne nous entendra, et si, par hasard, des curieux voulaient s’informer de ce que nous faisons, nous aurions tout le temps de les voir veuir.
Les dix personnages qui le suivaient s’empressèrent de faire cercle autour de lui.
Un vous appelle, et vous vous appelez vous-mêmes les Ecumeurs de rivières, mais vous n’avez envisagé jusqu’à présent le but que se proposait votre association que sous un côté ridiculement mesquin, commença 1: bossu. k
Beaucoup de mal pour très-peu ue profit, voilà ce À que vous avez semé et ce que vous récoltez,
Quand vous prenez un bateau dont vous brisez la chaîne, vous êtes forcé de l’emmer à quinze ou vingt À lieues, de le repeindre pour le déguiser, et de le revezdne finalement à vil prix, ÆEh bien! le jeu n’en vaut pas la chandelle. Pour emmener votre bateau, pour le rataper, pour revenir, vous perdez six ou huit jours. Si vous en retirez une soixante de francs, et si vous êtes deux à partager, cela représente pour chacun ue vous une somme de quatre ou cinq francs par jour. Est-ce vrai?
Les écumeurs approuvèrent silencieusement,
— De même, continua Adolphe, quand vous pillez cinq ou six boutiques de pêcheurs dans la même nuit, vous voilà bien avancés! Vous avez forcé dix ou douze cadenas pour emporter quoi?... Huit ou dix fritures de goujons ou d’ablettes, cinq ou six anguilles, autant
—de méchants carpeaux, quelques maigres barbillons. En tout combien? Pas lourd assurément.
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Et quand vous avez décroché trois ou quatre filets qui sèchent, volé cinq ou six chaises de fer qui traînent dans un jardin le long de la berge; quand vous avez escamoté une demi-douzaine de casseroles dans une cuisine, quand vous avez exécuté tous les tours qui remplissent le bissac des rôdeurs de berges, avez-vous fait une belle besogne? Etes-vous contents ?
— Non, répondit à la fois les dix écumeurs.
— Et vous avez raison, poursuivit Adolphe, car vous avez passé une mauvaise nuit, bravé le vent ou la pluie, frisé la détention, sinon Cayenne, pour un mince résultat. Mais je vous le dis, moi: si j'étais d’aplomb sur mes jambes, si je n'avais pas la tête sur le ventre, si j'étais bâti comme vous enfin, j'aimerais dix mille fois mieux travailler !
Les écumeurs se regardèrent interdits.
— Oui, travailler, reprit Adolphe avec assurance. Pour gagner le maigre salaire dont vous vous contentez, je me donnerais moins de mal, et non-seulement je ne risquerais rien, mais je vivais honnêtement. Songez donc un peu à tous les dangers que vous courez chaque jour, chaque heure, chaque seconde: et, si vous Vosez, comparez cette vie de terreurs et d’angoisses à celle que mène l’ouvrier laborieux. Pendant que vous tremblez, il chante; pendant que vous veillez, l'œil au guet, l’oreille tendue, le *œur serré, il dort à poings fermés. Et il gagne autant que vous! Et il jouit d’un bien-être relatif qui lui permet d’avoir une femme, des enfants, une famille, un intérieur! Tandis que vous vivez seuls, tandis que vous couchez à la belle étoile ou dans les carrières d'Amérique.
À faire les choses, i! faut les dire proprement. Quand on embrasse une profession comme la vôtre, il faut qu’elle rapporte en raison de ses périls. En un mot, si l’on vole que ce soit pour s’enrichir, et non pour végéter mi-
sérablement, ainsi que nous le faisions sous la présidence de Rissolé. Regardez un peu ce qui se passe dans la haute pègre, voyez-moi détaler ces notaires, ces banquiers, ces caissiers... A la bonne heure! Voilà qui vaut la peine!
— Mais que veux-tu que nous fassions? demanda Ginglard.
Le bossu cligna finement son petit œil gris, eut un impercible mouvement d’épaules, et un sourire dédaigneux erra sur ses lèvres.
— Je vais vous le dire, répondit-il d’un ton de condescendance protectrice.
Les écumeurs écoutaient avidement.
— Vous qui sans cesse courez les berges de la Marne et de la Scine, reprit le bossu, vous n’êtes pas sans avoir par-ci par-là quelques connaissances...
— Assurément, affirmèrent deux ou trois voix.
— Quant à ceux qui n’en ont pas, rien ne leur est plus facile que d’en faire. Je ne vous apprendrai rien quand je vous dirai qu’un verre de vin délie généralement la langue la plus rebelle. Done, cultivez les connaissances, faites-les causer, informez-vous sans affectation des gros bonnets de chaque pays que vous traversez. Une indiscrétion, un simple renseignement peut suffire à vous mettre sur une piste que vous pourrez suivre jusqu'aux bout. Vous pouvez apprendre, par exemple, que M. X... doit toucher demain ou a touché hier le prix de vente d’une propriété, les arrérages de ses rentes; que M. Z... a pour quarante ou cinquante mill francs de valeurs mobilières dans son portefeuille. . que sais-je moi?... Mille circonstances.imprévues peuvent se présenter. Æh bien! voilà de quoi il faut savoir profite,, voilà où doivent tendre nos efforts Mieux vaut une expédition fructueuse, accomplie de temps en temps et dans des lieux différents, que ces vols innoni-
brables et fréquents que vous commettez chaque nuit, dont le principal résultat est de tenir la police en éveil et de nous gêner dans l’exercise de notre profession.
Est-ce de votre avis ?
— Certainement fit observer Bouteleux d’un ton bourru; mais tout ça c'est des mots, L'occasion qu'tu veux nous fair’guetter peut tarder à se présenter, Or, pendant qu’on s'croise les bras, il faut manger...
— Et boire, ajouta Ginglard.
Ah! personne ne le sait mieux que moi! s’écria le bossu en secouant douloureusement la tête. Le tout est de ne manger qu’à son appétit, et non d’engtoutir comme Bouteleux ; de boire à sa soif, et non d’entonner et de se soûler comme le fait Ginglard, deux ou trois fois par semaine.
— Bah! Tout ça c’est pas des raisons, grogne Bouteeux. C’est-il ma faute sj j'ai un appétit à dévorer un gigot, deux ou trois litres de haricots et un pain de quatre livres? Non, pas vrai? C’est pas moi qui m’suis ait mon estomac.
— Et moi? fit Ginglard. Crois-tu donc qu’æ soit moi qui m’suis mis une éponge dans l’gosier ?
— Ce n’est pas moi non plus, répondit Adolphe. Si ous ne pouvez commander ni à votre faim ni à votre oif, arrangez-vous pour les satisfaire; mais que ce soit nu dehors de notre association... Je veux qu’il soit bien entendu que vos misérables peccadilles n’auront auun compte, ni la société ni moi n’en devrons être res-
onsables.
— J’m’en fiche pas mal! fit Bouteleux avec insoucian- €.
— Je m’en moque encore bien plus, répliqua le bossu, ar je vous déclar: que, si vous n’acceptez pas mes pro- Positions, non-seulement je donne ma démission de prédent, mais encore celle de membre de la Société des
s. 5 à 3 IGU
— Par exemple! Non! crièrent sur des tons différents les autres écumeurs.
L'œil du bossu brilla d’un éclair de joie sinistre,
— Vous acceptez donc? demanda-t-il.
— Oui, oui.
Seuls, Bouteleux et Ginglard hésitèrent à répondre.
— Et vous? fit Adolphe.
— Et... nous aussi, parbleu! dit Ginglard avec un reste de défiance.
— Alors, que ceci soit bien convenu, dit nettement le bossu : si l’un de vous se laisse prendre en opérant pour son propre compte, il ne mettra en cause ni les Ecumeurs, ni moi.
— C’est convenu.
— Vous savez de quelle peine sont punis les délateurs par leurs camarades de bagne ou de prison. Donc, pas de serments inutiles. Vous engagez votre :» role, cela me suffit.
— Oui, oui, approuvèrent chaleureusement tous les membres à la fois.
— Alors, causons, continua le bossu. Je ne suis occupé déjà de réaliser le nouveau plan que j'ai conçu. Mais, je dois vous en faire Vaveu, je n’y ai pas gand mérite. C’est grâce aux circonstances — que je vrus recommande tant de ne pas négliger — que j'ai relevé une indication précieuse, Un de mes amis, en me faisant le récit de ses malheurs, m'a suggéré l’idée que je vais vous soumettre. Je ne vous propose pas de vou: raconter cette histoire : elle n’est pas gaie, j'arrive donc.
— Pourquoi pas l’histoire ? interrompit un écumeur.
C'était un de ces jeunes gens, assez jolis garçons tous deux, qui étaient mis avec plus de recherche que les autres, et qu’au premier aspect on reconnaissait pour des coureurs de bals publics.
Il est à remarquer que ces misérables ont tous été
affublés par leurs amis et amies des surnoms les plus tendres,
Celui-là s'appelait Clef-des-Cœurs,
— Pourquoi pas l’histoire ? insista-t-il, Nous sommes bien à l’ombre, en Plein air, douillettement assis sur l'herbe. . . Que l’un de nous se détache pour aller chercher une douzaine de cervales, trois pains fendus, cinq où six litres de vin, et, pendant que nous déjeûnerons, Apollon nous Poussera son petit drame. Nous serons toujours mieux qu'à l'Ambigu. Ca vous va-t-il ?
— Bien parlé, ma petite Clef-des-Cœurs, approuva Ginglard. Allons, la main à la poche, vous autres.
Il fit la collecte générale, ct se disposa à aller chercher les provisions,
— Viens-tu avec moi, toi, ch! Bouteleux ? cria-t-il ensuite,
— Tout d'même, répondit l’écumeur, que la ;iorspective du déjeuner avait subitement radouci.
Ils s’éloignèrent, pendant que le reste de la bande se livrait dans la prairie à de joyeux et bruyants ébats.
Immobile, triste et pensif, le bossu les regardait, ou plutôt semblait les regarder, car il ne Jes voyait pas. Ses Yeux atones se fixaient dans de vide avec une persistance étrange.
Au bout d’un quart d'heure, Ginglard ot Bouteleux (taient de retour avec les provisions tant attendues.
Aussitôt chacun reprit sa place. En un clin d'œil toutes les mâchoires ge mirent à l’œuvre.
Adolphe n'avait pas bougé. Sans demeuré absolument étranger aux préparatifs dont il était témoin, il y avait assisté avec la plus complète indifférence,
— Eh bien! quéqu'tu fais ? demanda Ginglard. Tu ne bouffes donc pas ?
— Non! je nai pas faim, lui répondit le bossu.
— Alors, pousse-nous ton drame, comme dit la p'tite
Clef-des-Cœurs, et vas-y gaiement, mon Apollon du Réverbère !
— Qui sait? dit tristement le bossu, elle vous intéræ#sera peut-être, cette histoire, c’est celle de bien des pauvres diablee qui nous ressemblent...
I1 secoua résolûment la tête comme pour prendre un parti, et commença en ces termes:
“Il y a vingt-trois ans à peu près, derrière le Panthéon, dans une maison d’apparence plus que modeste, tout au fin fond de la rue des Postes, demeurait une lingère nommé Marianne Martin.
“ De près ou de loin, vous avez tous vu ou connu des ouvrières; vous savez avec quelle peine inouïe la femme qui ne veut pas se vendre, parvient à gagner sa vie. Il est prouvé que cela est possible, m’a-t-on dit; mais au prix de quelles privations!... vous ne vous en doutez pas!...
“ Cependant Marianne Martin réussissait à joindre les deux bouts, puisque après trois années de travail assidu l’orpheline pouvait encore sans rougir songer à son père et à sa mère, que le choléra avait emportés à quinze jours de distance l’un de l’autre.
“Elle avait vaillamment séché ses pleurs, afin de manier plus lestement son aiguille. Elle était estimée des patrons qui l’employaient, respectée de ses voisins, aimée de tous ceux qui l’approchaient.
“ Elle avait dix-neuf ans, l’âge difficile pour les jeunes filles que tourmentent la solitude et la misère. Elle était jolie comme un cœur. Les veilles, les privations, les chagrins, surtout, n’avaient pas encore altéré son teint fleuri ni figé le sourire qui découvrait l’émail de ses dents nacrées,
“ Dans la même maison que Marianne, presque-porte à porte, continua Adolphe, demeurait un jeune étudiant,
qui, après avoir longtcin,;; suivi les cours de droit, venait enfin de se fair. recevoir ave at.
< C’était un dou creux ieunc homme, à la parole mielleuse, au regard mélsncoïque, à la tenue simple et correcte, qui paraissait travailler avec acharnement, car il menait une vie régulière et irréprochable.
“Marianne avait répondu pendant trois ans à ses saluts respectueux, parfois même elle avait échangé avec lui quelques politesses banales. Par les voisins, et les voisines, par le concierge, quoiqu'elle n’eut pas beaucoup le temps de bavarder, elle avais appris que M. Alfred était un jeune homme de bonne famille. D’après sa manière de vivre, on Supposait que ses parents ne lui faisaient guère plus de cent cinquante francs de pension par mois.
“ Cela n’indiquait pas une fortune considérable, Aussi, comme M. Alfred n'avait Pas un seul créancier, on s'accordait à reconnaître que ce garçon avait beaucoup. d'ordre. Enfin, il n’était ni beau ni laid.
“ Toutes ces qualités, un peu négatives, au milieu desquelles personnes n'avait distingué un seul défaut, étaient précisément ce qui le recommandait le plus aux yeux de Marianne. Elle ne lui reprochait qu’une chose : elle ne lui trouvait pas le regard franc.
“Peu à peu, cependant, à force d’entendre faire l’éloge de ce jeune homme, cette première impression s’étfaça.
“ Du reste, leurs relations n'avaient jamais franchies les bornes étroites qu'exigent les convenances entre voisins qui se rencontrent dans l'escalier deux ou trois fois par jour. Peut-être ne seraient-ells jamais allées plus loin, si les malheurs de l'orpheline s'étaient arrêtés à la perte de son père et de sa mère, à sa solitude, à sa pauvreté.
“Mais quand limpitoyable malheur s’acharne sur
une victime, il fait largement les choses: vous allez en juger.
Un jour d’hiver, Marianne était allée rendre son ouvrage au magasin pour lequel elle travaillait. C’était un peu loin, car ce magasin é ait situé, rue de la Paix; mais il payait plus cher que les autres, l’ouvrière y trouvait son compte.
“ Ainsi qu’elle l'avait fait cent fois déjà, elle avait laissé son poële allumé, pour trouver sa chambre bien chaude à son retour. Quelle fatalité développa l’incendie dans ce nid laborieux de jeune fille? On ne le sut jamais au juste.
“ Lorsqu'on s’en aperçut, les flammes s’échappaient déjà par la porte et par la fenêtre de la mansarde. Quand les pompiers les enfoncèrent, le mobilier de la pauvre petite fille était en cendres, ou n’offrait plus que des tisons informes ou carbonisés.
“ Elle revint juste à temps pour assister à cette ruine complète. Rien n’avait été sauvé, rien!
“ Elle pleurait à chaudes larmes, lorsqu'une main discrète se posa timidement sur son bras.
“__ Pardon, mademoiselle, dit en même temps une voix insinuante, ne vous désolez pas ainsi, de grâce! L'accident dont vous venez d’être victime est cruel, mais il n’est pas irréparable.
“ Comment, monsieur? s’écria la jeune fille stupéfaite en reconnaissant Alfred.
“__ Ayez la bonté de m’accompagner, mademoiselle, je m’expliquerai plus clairement.
“ Marianne le suivit, de plus en plus étonnée.
T1 Ja fit entrer dans sa chambre, dont il eu soin de laisser la porte ouverte. :
& Comment trouvez-vous cette mansarde? demanda-t-il.
& Ravissante, monsieur, dix fois plus jolie que la mienne : mais que m’importe!... d
“— Il vous importe plus que vous ne pensez, mon enfant, car si vous le voulez, cette chambre est à vous.
“Marianne se redressa fièrement ct se dirigea vers la porte.
“ Alferd l’arrêta d’un geste respectueux.
“ Vous donnez à ma pensée un sens injurieux qu’elle est loin d’avoir, reprit-il Aujourd’hui que je svis avocat, mon père consent à m’ouvrir sa maison, à me faire partager les affaires de son cabinet, à m’en laisser plus tard la direction absolue. Je vais donc quitter cette chambre dans quelques minutes et je ne la réoccuperai jamais. Voulez-vous me rendre un service ?
“— Lequel ?
“ C’est de substituer votre nom au mien comme locataire et d'occuper cette chambre à lavenir.
“— Volontiers, monsieur; mais je nai plus de meubles!
“— Trouvez-vous done qu'il n’y en a pas assez?
— Mais ils sont à vous, monsieur ,se récria l’ouvrière. k
— C'est vrai; seulement, puisque je n’en ai plus besoin...
%— Il faut les vendre,
— J'y avais bien songé, fit Alfred. Devinez combien ce voleur de marchand m'a offert de cette pièce ?
“— Je l’ignore, monsieur.
— Deux cent cinquante francs, mademoiselle, à peine ce que ce lit m’a coûté. Aussi Savez-vous ce que j'ai résolu de faire, si vous ne les acceptez pas ?
“ Pas encore.
“— Je vais en faire dans la cheminée une flambée capable d'allumer un second incendie.
“— Mais, monsieur, c’est insensé !
“— Que voulez-vous ? j'aime mieux cela que de laisser à ce juif la satisfaction de me voler si impudemment.
“Alors Alfred prit une chaise et l’éleva en l'air, prêt à la briser sur le parquet.
“— Parlez, mademoiselle, faut-il commencer mon bûcher ?
“ Arrêtez, s’écria involontairement Marianne.
€— Vous acceptez donc ?
“ J’accepte... J'accepte... fit l’ouvrière avec embarras. Cela dépend.
“— Comment? demanda Alfred.
“— Le marchand, dites-vous, vous a offert deux cent cinquante francs... répéta Marianne pensive.
“— Oui, mademoiselle.
“ Eh bien ! donnez-moi la préférence et le temps pour vous payer...
“— À quoi bon? Qu’ai-je à faire d’une semblable misère ?
“— Tant mieux, monsieur ! mais je n’accepterai qu’à cette condition, je vous le jure! Si vous n’y souscrivez pas, faites vos fagots, j’y mettrai le feu moi-même.
“ Alfred la regarda, tout déconcerté. Il ne s'attendait évidemment pas à tant d’énergie.
“— Soit, répondit-il enfin. Que votre volonté soit faite, mademoiselle! Vous trouverez ici — non pas tout ce qu’il vous faudra certainement — mais l’indispensable.
“Voici les clefs des armoires, ajouta-t-il en lui remettant un trousseau.
“Il s’inclina légèrement et se dirigea vers la porte.
“ — Arrêtez! fit Marianne. Ne voulez-vous pas que je vous signe une reconnaissance de la dette que je viens de contracter avec vous.
“— Pourquoi faire? se défendit-il. Entre honnêtes gens, la parole vaut mieux que l'écrit.
“ Marianne ne savait comment remercier ce généreux bienfaiteur.
“— Ah! monsieur; balbutia-t-elle. Tant de confiance..., de désintéressement.. quand, tout à V’heure, j’étais ruinée, sans espoir... Vous le voyez, les expressions me manquent pour vous témoigner ma reconnaissance. Je désespère de pouvoir m’acquitter envers vous.
“— Qu'il ne soit plus question de cette babiole, interrompit Alîred. Je svis heureux d’avoir pu rendre service à une personne qui le mérite autant que vous. pléter mon œuvre. Il manque ici une foule de choses Aussi, je suis certain que vous me permettrez de comqui vous sont nécessaires et que vous ne serez pas en état de remplacer de longtemps; je parle de linge de corps, de robes, d’outils nécessaires à l’exercise de votre profesion. Ayez donc la bonté d’accepter encore ce billet de cent francs.
“ Et, comme l’ouvrière faisait un geste de dénégation :
“— Ce sera cent francs de plus que vous me ‘devrez, s'empressa-t-il d'ajouter.
“— Mais, monsieur, objecta Marianne, peut-être ne serai-je jamais en état de me libérer de cette énorme créance !
“— Ne vous en occupez pas, mademoiselle, nous sommes jeunes tous deux, nous avons le temps.
“— Cependant, monsieur, il est impossible que je reste votre obligée sans que vous ayez une garantie quetconque.
“— Vous y tenez? fit Alfred. Eh bien! Je consens avec votre permission, à ne pas perdre de vues mes intérêts.
“— A la bonne heure! s’écria joyeusement Marianne.
“— Je reviendrai donc de temps en temps m’informer de votre santé, et m’assurer que mon petit capital fructifie entre vos mains laboriouses.
“L’ouvrière n’avait pas prévu cette conelusion bien simple du marché qu’elle venait de faire. Elle rougit
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imperciblement. Mais comment refuser à un créancier de cette espèce l’autorisation de contrôler l'emploi des fonds qu’il a avancés ?
“— Comme il vous plaira, monsieur balbutia-t-elle.
“Il salua profondément et sortit.
“ Marianne ouvrit les armoires: elles étaient pleines de draps, de serviettes, de mouchoirs, etc; elle fit une ravide inspection de son nouveau mobilier, et acquit bientôt la conviction qu’elle avait fait une affaire d’or.
“ Ce qui la préoccupait le plus, c'était les visites que M. Alfred avaient annoncées. Pourtant, un mois s'était écoulé déjà, et non-seulement il ne s’était pas présenté, mais il n’avait pas donné signe de vie.
“ Elle gyait à grand’peine mis un louis de côté, lorsque M. Alfred se présenta enfin. Sa visite fut courte, discrète. Après avoir longtemps refusé, il accepta cependant le léger à-compte que l’ouvrière lui destinait.
“ La jeune fille était profondément touchée d’une conduite si admirablement pure. Elle ne pouvait s’empêcher de songer à ce bienfaiteur désintéressé dont l’image la poursuivait partout.
“Quant à lui, sous cette apparence indifférence, il étudiait patiemment le visage de la jeune fille, et traduisait aisément les impressions qui s’y réflétaient. Il étaient aimé: il le devinait bien.
“Marianne avait fini par se rendre à l’avis unanime. Elle ne voyait plus en lui l’homme à qui elle devait tout : son bien-être, son repos, sa vie même. Le défaut qu’elle avait eru jadis découvrir en lui s’était effacé.
“Elle trouvait son regard timide et non plus faux. Elle ne le jugeait plus hypocrite, mais réservé.
Aussi ne s’effraya-t-elle pas, quand, au bout de trois mois, tomba des lèvres d’Alfred le premier mot d'amour. Elle s’effraya d’autant moins qu’en même temps que ce premier mot s’échappa celui de mariage.
& Seulement, Alfred regrettait, disait-il, de n’être pas libre, d’avoir un père qui rêvait pour lui une position brillante, qui n’hésiterait pas à sacrifier le cœur de son fils devant une question d'intérêt. Il fallait donc agir avec la plus grande prudence, et attendre le moment favorable pour amener à composition ce père rébarbatif.
& __ Vous voyez d'ici le thème, reprit Adolphe, après quelques secondes d'interruption. Inutile de vous dire comment la séduction eut raison d’une âme naïve, crédule et aimante.
“ L'histoire de ces turpitudes est invariablement la même : les moyens qui la préparent ne diffèrent pas seulement. Ce n’est que dans les souffrances de la victime qu'on trouve quelques variantes à cet éternel refrain de la chanson humaine.
& Au bout de quelque temps, mère avant que d’être épouse, Marianne mit au monde un fils.
& Elle cût regardé cette honte comme un bonheur si ce fils avait eu un nom, si le séducteur avait accepté franchement sa paternité; mais au contraire à mesure que s'était avancée la grossesse de la malheureuse, son amant était devenu plus froid, et avait de jour en jour espacé les visites qu'il faisait autrefois régulièrement à sa maîtresse.
& Lorsqu’enfin la délivrance fut proche, il prétexta d’un voyage indispensable que nécessitaient les affaires de son père et les siennes. Il accusa le sort, la fatalité, maudit bien haut ce contre-temps odieux, mais il partit, ou plutôt il feignit de partir.
& Dans tous les cas, le résultat fut le même : le lâche ne revint pas!
“ Quinze jours se passèrent, Marianne n’avait pas même reçu un mot d’excuse où de consolation. Cependant, elle avait foi encore dans ce misérable. Elle se rappelait ce qu’il avait fait pour elle. Elle ne pouvait pas se
figurer, en relisant les lettres qu'il lui avait écrites, que cette comédie de bienfaisance n'avait été jouée par l’hibile hypocrite que pour préparer plus sûrement le léshonneur d’une Pauvre fille. Elle se souvenait de ses Promesses, de ses serments, Elle avait précieusement recueilli les larmes que ce Tartufe avait versées à l'idée que la volonté paternelle était le seul obstacle aux félicités qu’il ambitionnait.
“Au bout de trois semaines, comme elle été toujours sans nouvelles, elle prit la plume.
“ Pas de réponse.
“Elle saisit son enfant dans ses bras et ge rendit au domicile d'Alfred. Ce concierge était certainement prévenu et avait été grassement payé. Il répondit que ni M. Alfred, ni son père n'étaient à Paris, qu’il ignorait combien de temps durerait leur absence, mais qu’il ne les attendait pas de sitôt.
“En disant ces mots, il referma brusquement la porte de sa loge. Le rire cynique et railleur dont il avait accompagné ses explications inspira à Marianne un premier soupçon, et lui fit craindre que ce concierge n’obéît à une consigne.
“Elle rentra chez »ile dans un état de doute terrible. Cependant elle se refusait encore à croire à tant de scélératesse. Elle écrivit encore,
“Toujours pas de réponse.
“ Elle résolut de savoir à quoi s’en tenir. Elle confia son enfant àune voisine, s’habilla avec autant d'élégance que lui permettait sa modeste garde-robe et se rendit de nouveau chez son amant.
“ Cette fois, elle passa fièrement devant le concierge, et gravit les deux étages qui conduisaient à l’appartement.
“— Monsieur Alfred ? demanda-t-elle au domestique qui vint lui ouvrir la porte.
“ Celui-ci l’examina avec défiance.
“Je ne crois pas qu’il - soit, répondit-il. Je vais m’en assurer, Veuillez me donner votre nom ?
€— Madame Bernard, répondit sans hésiter Marianne, qui lui jeta le pre nier om venu.
“ Le domestique la laissa dans l’antichambre, et revint au bout de quelques instants.
“— M. Alfred est absent, dit-il, mais son père y est. C’est la même chose. Donnez-vous la peine d'entrer.
“Marianne le suivit. Son cœur battait bien fort.
“Elle se trouva en présence d’un homme vieux, sec, au regard dur et sévère.
“ Asseyez-vous, dit-il.
“ Puis, quand le domestique se fut éloigné :
“Vous n’êtes pas Mme Bernard, dit-il brutalentgnt. Vous vous nommez Marianne Martin, vous êtes lingère et vous habitez rue des Postes. Enfin, vous avez eu un enfant de mon fils, qui a commis avant celle-là d’autres sottises. Est-ce exact ?
“€— Oui, monsieur, répondit résoläment Marianne.
— Eh bien! Que mt voulez-vous ? #
“— Mais, monsieur... balbutia la jeune mère déconcerté.
“— Quoi ? reprit-il impitoyablement. Venez-vous réclamer de lui les promesses qu’il vous a faites? Espérez-vous réellement l’épouser ? Me prenez-vous pour un Cassandre, et vous imaginez-vous que je vais tout bonnement vous conduire à l'autel et bénir votre union? Non, n'est-ce pas? Alors, pourquoi venir le relancer jusqu'ici? Trouvez-vous qu’il n’a point fait assez pour vous? Essayez-vous de me persuader que vous avez été sa dupe? N’avez-vous pas accepté un mobilier de mille ou douze cents francs? Et d’avance encore!
“Marianne était si étonnée d'entendre un langage semblable qu’elle ne trouvait rien à répondre.
€ Vous le voyez, continua le père d'Alfred, mon fils m'a tout conté. Tout à l’heure, il vous a reconnue par la porte entrouverte et m’a prié de vous recevoir. J’y ai consenti, mais à 1 condition que ce serait le première et la dernière fois, Ainsi finissons-en., Formulez vos exigences. Sculement, je vous préviens que si vous n'êtes pas raisonnable, nous ne nous entendrons pas,
“La pauvre fille le regardait, hébétée. Elle ne pouvait pas en croire ses oreilles.
<— Voyons, fit-il. Voulez-vous mille francs, deux mille francs?... 11 me semble que voilà quatorze mois de bonheur bien payés: un mobilier de douze cents francs, deux mille francs espèces, sans compter ce qu’Alfred à dépensé Pour vous en babioles, en parties fines. total cinq mil: francs environ. Eh bien! ma chère, si ses SUCCesseut,, vous en donnent autant, dans vingt ans d'ici vous aurez environ quatre ou cinq mille francs de rentes...
“Et tout en lançant cette ignoble plaisanterie, il déposa devant Marianne deux billets de mille francs.
“Elle me répond rien, pensait-il, done elle accepte, Il ne voyait pas qu’elle suffoquait de douleur, de honte et de rage,
“La vue de cet argent jui rendit pourtant quelque énergie. ;
“Elle se leva, plus blanche et plus pâle qu’une statue, et sans daigner prononcer une parole, l’œil see, le regard plus indigné que méprisant, eile quitta le cabinet de ce père digne d’un tel fils.
“Adolphe s'arrêta. Un sourire amer errait sur ses lèvres. Mais bientôt il releva la tête avec une résolution farouche. Cependant, ce fut d’une voix plus rauque et plus émue qu’il continua :
“ Vous devinez ce que devinrent Marianne et son malheureux fils. Le chagrin, le désespoir, eurent un résul-
tat funeste. S'ils ne tarirent pas le sein de la pauvre mère, ils vicièrent sans doute le lait dont elle nourissait le petit être, car elle avait mis au monde un enfant bien constitué, et cet enfant devint peu à peu malingre, difforme même.
“Un peu plus, ricanna Adolphe, il se serait métamorphosé en une caricature ridicule, comme moi, il aurait fini par avoir sa bosse, par être l’objet de la risée publique, par passer pour une sorte de magot, qu'un caprice de la nature avait introduit dans la vie humaine.
“Et cependant la mère usa sa santé, épuisa ses besoins, pour faire de cet enfant un homme, pour le mettre en état de gagner sa vie. Si elle n’y réussit pas complètement, elle parvint du moins à se faire adorer de lui. Depuis cinq ans que l’infortunée était incapable de manier l'aiguille, c’est ce fils, tout faible et tout contrefait qu’il soit, qui a soutenu-et nourri sa mère, jusqu'au moment où épuisé par les souffrances, elle s’est éteinte dans ses bras!
“ Ce jour-là, mon désolé camarade a juré de venger ga mère. Elle lui avait caché le nom de son père; mais, grâce à certaines lettres qu’il a retrouvées, il l’a découvert, et il me l’a dit, parce que je lui avais offert de l'aider dans sa vengeance.
“ Eh bien! Ne trouvez-vous pas que ce serait justice, en même temps que profit pour nous, que de châtier et de dépouiller un tel homme?”
—Ah! bougre oui! jura Ginglard, que les écumeurs approuvèrent d’un geste.
— Alors, cherchez et trouvez, fit le bossu d’une voix stridente. Cet homme se nomme Morinval, il est riche, et il possède quelque part, au bord de l'eau une magnifique propriété.
— Au bord de l'eau? répéta Bouteleux. En ce cas,
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il ne sera pas difficile àrefiler, et pouvu qu’il ne Tasse pas de nous ce que le bourgeois de Bezons a fait de Rissolé...
— Dites-moi seulement où il demeure, interrompit le bossu avec un geste de menace, et je me charge de lui tailler des croupières.