‹ Les édifices religieux, XVIIe, XVIIIe, XIXe sièclesChapitre 26 sur 84 · INTRODUCTION (XIX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION (XIX« SIÈCLE

avec leur péristyle d'ordre ionique, leur nef bordée de colonnades, leurs plafonds enrichis de caissons, forment une famille d'églises aussi parfaitement déterminée que les églises « jésuites » du XVII* siècle.

Mais voici que le romantisme va briser la continuité de Tart français. Depuis le xvi* siècle, l'architecture allait s'éloignant de plus en plus des styles chrétiens du moyen âge, pour se rapprocher des formes de l'art antique. Le romantisme, par delà les siècles du classicisme et de la Renaissance, veut renouer avec le passé et ressuciter le style gothique. Chateaubriand, en phrases magnifiques, venait de révéler la prodigieuse puissance sentimentale de nos vieilles cathédrales. Après les avoir beaucoup admirées et décrites, on se mit d'abord à les restaurer, ce qui était fort opportun, puis à les pasticher, ce qui était peut-être moins nécessaire. Certaines de ces copies, les plus travaillées pourtant, comme la basilique de Sainte-Clotilde, montrent que les architectes n'ont pas toujours bien compris l'art qu'ils voulaient faire revivre.

On ne s'en tint pas au gothique. D'autres remontèrent au style roman, au byzantin; d'autres redescendirent vers la Renaissance italienne ; d'autres enfin combinèrent toutes les périodes et toutes les formules.

Le xix® siècle fut trop un siècle d'érudits et de restaurateurs pour être un siècle de créateurs. L'éclectisme a remplacé l'invention et interrompu l'évolution du style classique. L'architecte qui doit bâtir une église ne trouve plus sous ses yeux un type de construction particulier à son temps ; il cherche, dans le passé de l'architecture religieuse, les divers éléments qui lui permettront de satisfaire aux nécessités présentes du culte. Les innovations de l'architecture moderne, l'emploi du fer, du ciment armé, ont été essayés dans les églises les plus

récentes. Il est curieux de constater que même des matériaux nouveaux n'ont pu créer de formes nouvelles. Des arcs de fer et des piliers de fonte continuent à porter des voûtes romanes ou byzantines.

Pourtant, ces églises modernes, en général si peu originales par elles-mêmes, sont souvent d'un heureux efiet décoratif. La plupart ont été construites dans la seconde moitié du siècle, sous le second Empire ou la troisième République : elles entrent dans un vaste plan de transformations et d'embellissements qui s'est poursuivi, dans la capitale, depuis les grands travaux commencés par le baron Haussmann. Les églises importantes, celles qui desservaient les nouveaux quartiers, n'ont donc pas été conçues en elles-mêmes et dans le seul intérêt du culte. Leur emplacement, leur aspect général devaient contribuer à la beauté de la voie publique. Saint- Augustin, la Trinité, Saint- Vincent de Paul, Saint-Pierre de Montrouge, ne sont pas des œuvres bien nouvelles : mais, par leur disposition générale, ces édifices « font bien » au milieu des avenues qui rayonnent autour d'elles.

La situation unique du Sacré-Cœur de Montmartre fera toujours de cette basilique un des plus beaux monuments de Paris.

Enfin, si le xix* siècle n'a pas laissé d'admirables églises, il a du moins orné quelques-unes d'entre elles d'œuvres d'art intéressantes. Pour exécuter de beaux tableaux, le génie individuel suffit. Pour créer un style monumental, il faut la collaboration et comme l'âme de toute une société.

Les artistes du xviii® siècle avaient trop de grâce mondaine et profane et les davidiens étaient trop infatués d'idéalisme classique, pour s'intéresser beaucoup à la peinture religieuse. Les élèves d'Ingres, les romantiques, comme Delacroix, ont^^au

Page 1