ACTE DEUXIÈME
LA MARQUISE
Pas précisément, mais je serai consultée. Il s'agit de ma filleule.
SERGINE, Tirement.
Clémence?
LA MARQUISE
Vous voulez dire mademoiselle Charrier.
SBRGINE.
Et vous prêleriez les mains à cette alliance monstrueuse, vous!
J'avoue que je n'en vois pas bien la monstruosité.
SERGINE
En vérité, Madame, vous perdez le sens moral.
LA MARQUISE
Vous vous oubliez, monsieur de Sergine 1
SERGINE
Non, Madame. C'est vous qui avez besoin d'élre rappelée À vous-même. Quoi ! ce titre de marraine, cette autorité maternelle, vous l'emploieriez à jeter la noble enfant dans les bras d'un homme taré ?
LA MARQUISE
Rassurez-vous ; je n'en ai pas envie. C'était une épreuve. Je sais maintenant ce que je voulais savoir.
SERGINE
Et quoi donc?
LA MARQUISE
Vous aimez Clémence.
SEIIGINE, troublé.
Moi 1 OÙ voyez-vous cela ?
L\ MARQUISE
Ne fùt-cc qu'à votre emportement quand je veux la marier. C'est la première fois que vous me parlez durement, Albert. Je ne vous en veux pas, mon pauvre ami, mais n'allons pas plus loin. L'heure de la séparation a sonné. Je vous relève de vos serments et vous rends votre liberté.
8ERGINE.
Mais je n'arcepte pas cette rupture. Songez-vous?..
LA MARQUISE
A ce que dira le monde? Je renonce au monde.
SERGINE
Vous renoncez? Non Charlotte! quand votre supposition serait fondée, et elle ne l'est pas... je ne vous abandonncais jamais! — Ne vous avais-je pas prié tout d'abord de ne pas vous mêler du mariage de Vernouillet? Est-il étonnant que j'y aie mis plus de vivacité quand j'ai su qu'il s'agissait de la sœur de mon meilleur ami? Vous êtes une enfant. Je n'aime et ne puis aimer que vous.
LA MARQUISE
Soyez sincère, je vous en supplie, soyez brutal. J'aime mieux vous perdre que vous tenir de votre compassion. . . de votre charité. Je m'attendais à une résistance généreuse, vous me la deviez; mais vous voilà en règle avec votre conscience; vous en avez assez fait pour le devoir. . .
SERGlNE.
On n'est quitte avec le devoir qu'après l'avoir rempli. Mais il n'a rien à faire ici.