ACTE QUATRIÈME
VERNOUILLET
Mademoîselle Taffetas n'y est pas maltraitée.
H E N lu .
Beaucoup mieux qu'elle ne mérite. Ce n'est pas une ariisto, c'est une simple espiègle.
VERN OUILLET.
Tiens! j'avais cru troilver une occasion de vous être agréable.
HENRI
Très reconnaissant de l'intention, Monsieur ; mais puisje savoir à quoi je dois une bienveillance que je ne crois mériter en aucune lacon?
VERNOUILLET
A l'amitié respectueuse que je porte à M. votre père. C'est un homme dont toute la vie est un exemple et un conseil: il m'est plus cher encore par le bien qu'il me fera faire que par le bien qu'il m'a fait. Malheureusement pour moi, par la hauteur même de sa position il échappe à ma reconnaissance ; je me dédommagerai en la reportant sur vous tout entière, si vous me le permettez.
HENRI
Monsieur... (a part.) Je ne peux pourtant pas le rudoyer.
Je mets mon journal à votre disposition. Si vous avez quelqu'un à-servir...
HENRI
Je n'ai personne. *
VERNOUILLET
Tant pis, Monsieur, tant pis. A propos, faites-moi le plaisir de me donner un renseignement. Vous connaissez, m'a-t-on dit, un jeune musicien nommé Paul Tremblay?
HENRI
En effet, c'est un de mes amis.
VEKNOUILLET.
Il m'est recommandé : on m'a raconté qu'il donne des leçons de piano pour soutenir sa famille. C'est très intéressant, mais ce n'est pas assez. A-t-il du talent?
HEÎSRI,
Beaucoup. Il a écrit un magnifi([ue opéra sur un librello dont l'auteur est aussi pauvre et aussi obscur que luimême, et il se ronge li s poings sur ce chef-d'œuvre qui n'obtient pas même d'audition.
VERN OUILLE T.
C'est bien; votre recommandation me suffit. Je ferai entendre sa musique chez moi, et j'inviterai le directeur de lOpéra'.
HENRI
Ma foi, vous ferez là une bonne action.
VERNOIILLET.
On le jouera, je vous en réponds. Si le directeur ne veut piis s'exécuter à l'amiable, jo le ferai mettre en demeure par le feuilleton.
HENRI
D'autant plus qu'il y a de bonnes choses à lui dire.
VERNOUILLET, lui prenant le bras.
Voulez-vous faire l'article vous-même?
HENRI
Ce n'est pas mon état; mais enfin, de deux choses l'une: ou rOpéia n'est pas une institution nationale, et alors il ne faut pas lui donner de subvention; ou c'en est une, et alors il doit aider à l'éclosion d'une école française en ouvrant se; portes au.x jeunes gens.