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Les églises de l'arrondissement d'Yvetot

Fréquemment envahie parles barbares, cette vallée maritime semble avoir été dt^laissée par nos premiers apôtres, Des pratique.» superstitieuses, des traditions païennes, des croyances druidiques et Scandinaves , vivent encore au sein de cette population simple et illettrée. Les sorciers, les fées, les loups-garous, les gnbelhis et le chnal Bayard ont créance dans le quartier du Bohimf, et les vieillards racontent que l'ancienne rivière de Saint-Valery , sortie des coteaux de Névillc, fut bouchée avec des baiiFs de. laine, parce qu'elle était l'objet d'un cultii idûlfltri'pie.

Saint Vuliu'y. en vKul, |iar>ilt avoir été le premier missioi nuire de celle vulliiu coniiDe du littoral de la Manche. Qui il pénéti'a dans ce pays, il dut trouvtT peu de traces des prédii tiuns (te saint Mellon, dn saint Firniîn, de saintLéger et de d'hommes apostoliques qui l'avalent précédé. L'idolAlne avait] repris son empire, el comme il avait i-enversé l'arbre druidît d'Augusta, il purifia »ans doute le ruisseau de Néville, prostil au culte impur des dériioiis.

M. Guilmeth, qui ne doute de rien, et dont la marche d'autant plus dégagée qu'elle est libre de tout bagage sctenti-^ fique, M. Guilmeth, dis-je, prétend que samt Valéry Tonda un prieuré détruit par les Normands, en 895. Nous sommes loin de nous croire aussi renseigné sur les actes caucliois du saml abbé de Leuconaus. Nous serions trë»-heureux de pouvoir seulement prouver son passage, qui nous tient tant cœur. Ce qui nous rassure, c'est que nous ne sommes pas premiers & parler de ses missions chez lesCaiétes. L'abbé iogne, qui écrivait au siècle dernier, une vie de notre dit qu'il faisait souvent des voyages dans le pays de Caux où les infidètps étaient très-nombreux. « Los bénédictions que ces peuples en reçurent, ajoule-t-il, les obligër<'nt Jt lui marquer leur reconnaissance en faisant bâtir des églises et s qu'ils lui consacrèrent, et en donnant son nom pays les plus considérables de la contrée >. »

La vie de saint Valéry est remplie de fondations d'églises eti chapelles naissant sous ses pas dans les lieux où il avait précl baptisé, guéri des malades et a'ssuscité les morts. C'est que chaque miracle du passé a son éclio dans l'avenir, i nous avons déjà dit ailleurs que les églises dédiées h saint Y^ lery, entre la Somme et la Seuie , nous paraissent les spirituelles de sa parole , el nous sommes heureux de noire opinion appuyée par la tradition normande et la géoj phie picarde. Nous croyons cette idée d'apostolat pli que celle de Duplessis, qui fait émigrer de Leuconaus quelques

aines qui seraient venus fonder ici une colonie sous le nom et le patronage de leur père.

D'autres auteurs ont pensé que Saint-Valery devait son noift aux relitpjes du saint abbé, qui y furent apportées des de la Somme, en 1 197, par une colère de Richard " 'I Valéry. in-<8. Alilicville, 1S2t.

m SUR QOIU^H

i des bordiuH ■d-Cœur-da^^^l

Lion. Mais ccltiï opinion ne. se soutient pus, puisque nous trouvons b iium <le • Sanclurii Valerîcum • dnDs une charte de Kicliard 1", cl celui « d'Ecclesia Sanctî-Vaierici, » dans une charte do Richard U. eti 1026.

A coup sûr ce fut un beau jour pour ce modeste port de mer, tout soumis aux ch&lelains de Néville, tout dévoué h l'abbaye de Fécamp, <[ue l'arrivée du corps glorieux de sou premier apûtre, de cet homme puissant qui avait promis la couronne de France à Hugues Capet, et qui avait ouvert îi Guillaume la route de l'Angleterre. Il y eut tant de joie et tant d'allégresse, que la l'été de cette translation fut célébrée solennellement dans l'église, et qu'un office particulier fut composé exprtïs pour cette auguste cérémonie ' .

La ville de Saint-Valery fait son apparition dans l'histoire, au miliou des chartes de l'abbaye de Fécamp. Celte cité, aujourd'hui importante, n'était d'abord qu'un modeste satellite du grand monastère qui défricha et civilisa le canton des Plains. Aus.si c'est dans les vastes replis de ses archives que nous trouvons la naissance et l'histoire de l'église et du port. Une autre puissance toutefois pesa sur le port de Saint-Valcry, appelé tout d'abord le port naval, ftavail ou nararre. Cette autorité féodale, c'était le chiUeau de Néville, élevé il la source de la rivière, et qui commandait en maître le havre et la vallée. C'est chose curieuse fi remarquer que, pour défendre toutes nos vallées maritimes, nos pères y avaient assis de puissantes forteresses. A Ëtretat c'est le chAteau et le fort de Fréfys&é, h Fécamp le château de ValmonI, k la Durdeiit celui île Cany-Caniel, il Saint-Valery c'est le cbAleau de Néville, il Veuies celui de Blosse\'ille, k la SaAne celui de Longueil, h Dieppe le château d'Arqués, fi l'Yére celui du Baile de Criet , et k la Bresle le château d'Ru.

Les châtelains de Néville ne firent sentir leur puissance sur le PoTtrSavnrre, que par des bienfaits et de saintes fondations. Dn moins c'est tout ce qui est resté de leur passage ; un hôpital, une maladerie, un tribunal, un couvent, des obits et des verrières,

Leur libérable les porta Ei ajouter aux grands biens de l'abbaye de Fécamp, le bénéfice du port de Sainl-Valery. Robert de Néville, par une charte de 1237, céda aux moines les droit» blllvc, H-» ilfs SninU.

et coutumes qu'il avait sur le port et havre de Saint-Valery* € In portu et habulo in suâ villa de Sancto-Valerico * . » C'est ainsi que cette puissante abbaye devint souveraine et maîtresse de tous les ports et havres de la côte, depuis Veules jusqu'à Etretat, de sorte que ce n'était que sous son bon plaisir que Ton pouvait pêcher k Fécamp, à Yport, à Étretat, aux Dalles, k la Durdent, à Veules et à Saint-Valery.

Déjà l'abbaye possédait à Saint-Valery des hommes , des maisons et des édifices, surtout dans le quartier du port, du côté de Saint-Le^er. <r Domos et a?dificia propè habulum versus sanctum Leodegarium 2. » A force de recevoir, ce grand monastère avait acquis tant de biens fonds à Saint-Valery, que du 20 au 28 juin 1791, le district de Cany en vendit, comme domaine national, pour une somme de 60 à 70,000 francs 3.

L'église de Saint-Valery, en sa qualité d'une des plus antiques propriétés des moines de Fécamp, fit partie de l'exemption dont l'abbaye aux trois mitres était si fière. C'est peut-être à cette possession primitive qu'il faut attribuer la mission merveilleuse que la tradition locale attribue à saint Léger, pendant son exil à Fécamp. Toutefois les premières chartes où nous voyons figurer Saint-Valery, sont celles que le Père Dumoustier inscrit en tête des titres de Fécamp, les chartes de Richard I" et de Richard II. Dans la première le duc restitue : « Sanctum-Valericum » et dans la seconde son successeur confirme la possession de la « villa quœ diciturSancti-Valerici cum ecclesiâ. » Les bulles et les diplômes de l'exemption ^ ont si bien confirmé ces donations que jamais, dans la suite des siècles jus(ju'à la destruction de l'ancien régime, la moindre contestation ne s'est élevée sur le patronage et la collation de ce bénéfice.

Quant au monument, il s'en faut de beaucoup qu'il date de si loin. Nous en attribuons la nouveauté monumentale aux ravages dont il fut victime, lors de l'occupation anglaise et de l'invasion bourguignonne. Saint-Valery fut pris par les soldats de Henri V en 1 422, déli\Té par les Français en î 432, et repris par nos ennemis en \ 433. Soulevé l'année suivante, avec tou-

' Carlulaire de Fécamp, p. 40. ~ ' Cartulaire de Fécamp, p. 60 et 101. — * Domaines nation. Arcb. dép — * Bulle de Célestin III. — Neustria pia, p. 243. — Charte de Hugues d'Amiens. — Ibid., p. 247. — Recueil de dom Beaunicr, t. 11, p. 684.

tes les coraRiunes de Caux, il fui contruiiit, i^n 1 437, de subir la loi du duc d'York, dont il ne fut eiitittrement délivM quVii li*9. Mais en U7i, le terrible Charles-le-Témëraire, cet incendiaire couronné, brôla Saiut-Valery , comme il avait brûlé Eu. le Follet, Arques, AuITay, Longueville et tout le pays de Caux. Pendant ces assauts et ces incendies successils la pauvri! église devint un théâtre de combats et un centre de ban-icades.

Ruinée par tant de (guerres, elle fut renouvelée par la ferveur réformatrice du \\i' siècle. Aussi chez elle tout est df. ce temps, et le soleil de la restauration se leva sur sa léle aveu le règne du Père des lettres. Toutefois on n'en lit pas une merveille. Toute la construction est en grës du pays. Les ti'oïs ne& sont séparées l'une de l'autre par sept arcades ogivales. Les voûtes, qui sont tombées ou qui peut-être n'ont jamais été faites, viennent d'êlre complètement rétablies cette année aux frais de la fabrique et par le zèle de M. le curé. Le trésor u consacré fi ce grand travail, qui dure depuis deux ans, une somme de 16,000 fr., fruit de longues économies. L'architecte chargé de conduire le travail est M. Bai'tbélemy, l'architecte de la cathédrale et du diocèse de Rouen. Cet habile maître des œuvres a pratiqué ici le système de voûtes dont il est l'inventeur, et qu'd a déjà employé aux églises d'Oissel, de Sainl-Aubin-Jouxte-Bouleng et delà Neuville-Champ-d'Oisel. Il consiste h composer le tond et même les arceaux des voûtes avec des briques de plAtre, cuites dans un four, moulées et pétries ii l'avance avec de l'ocre jaune, ce qui leur donne la teinte de la pierre. Ce procédé, ingénieux et économique, a Vilvautage de produire des voûtes légères et solides, élégantes et peu coûteuses.

Le chœur est éclairé par trois fenêtres, dont celle du fond a été rebouchée par un tableau représentant une Assomption. L'autel et le tabernacle, en marbre blanc, s'élèvent sur des dégrés de marbre noir.

Des deux collatéraux, l'un est dédié k la Sainte-Vierge , l'autre ii saint Valéry, de chaque crtté sont sept grandes fenêtres, que les vieillards ont encore connues garnies de vitraux, aussi ricties que ceu\ de Bloseeville. 11 ne reste plus, hélas! que des fragincnlE dont nous avons péniblement deviné les ~^ta. Près l'autel de Saint-Valery était une Pentecôte ou Des-

tenu du SaiiU-Efiirit. Plus bas nous Imuvonsle Baptême dfiJésutjHir aainlJcan, cequp l'on reconiiult kla légende suivante: « Hic est titiiis meus 'tilectiis in qw viihi betiè cofnpUicui. • A cûW ^tail une Transfiguration, dont il ne reste plus que In lète du Christ, Elie et Moïse. Elle est en costume de Carnic, il a le nianleau brun sur le dos e( la cuuiontie cléricale sur la tt^te. Nuise lient dans ses mains les tables de la loi , sur lesquelles la naïveté de nos pères a écrit : « Un seul Dieu tu adoreras. ■

La tour carrée du clocber est placée il l'angle nord du portail de l'ouest, quatre colonnes la supportent. On remar^iue j.ur les cbapitoaus les inscriptions et les monogrammes qui suivent : « avk kei rk (nnster] ihs (Jbesusj salvatox. L'an mil v" kti fat fiùct. B

Les agitations du Protestantisme et de la Ligue Turent funesleâ Jt l'églises de Saint-Valery, comme à tant d'autres. De Cliatles et ses royalistes visitèrent cette ville et l'église dans les nombreuses excursions militaires qu'ils firent dans le pays de ('.aux, alors couvert de soldats. Dans ce temps on assiégeait tous les bourgs, on se battait dans taules les plaines. Saint- Valery eut sa page de misère et de douleur datis ce long drame politico-religieux, qui finit par la conversion du Béarntùs. Après cette crise jamais peuple ne fui plus al lacbé fi la dynastie de Henri IV que ces bons marins catholiques qui avaient combattu au nom de leur Dieu contre te meilleur dcK rois.

La pauvre église de Saint-Valery eut encore une autre dévastation, celle de l'impiété philosophique. A la Révolution elle devint une salpétrièrc comme tant d'autres. Les deux collatéraux étaient remplis de cuves, ii la place du maltre-autel étaient <leux chaudières : une pompe était placée près de l'autel de la Sainte-Vierge.

Les armoiries et la ceinture funèbre qui se voient encore autour de l'église de Saint-Valery, nous rappellenl un trait curieux de la vie des seigneurs-patrons honoraires de cet(e église, les Bréauté, cbAlelains de Néville.

Dans les premières années du règne de Henri IV, Pierre de Bréauté, jeune encore, puisqu'il avait à peine vingt ans selon 4|uelques historiens, passa en Hollande et dans les Pays-Bas, ))nur y combattre les Espagnols, contre lesquels il avait sucé nue haine native. Au siège de Itois-le-Duc il délia le gouverneur de se batire en duel avec, lui, avec chacun 21 compagnons

d'armos. Le délî étant nccepté te cunihal eul lieu sûus los murs <lt'. la ville ; mais le lAclie gouveineur s'était donné garde d'y paraître, llrêauté, couragiiiix comme un lion, s'étult jeté dans m^lée et avait abattu trois clieviiliers, quand un coupdocmioii, parti des renijiapts de Bois-le-I)uc. épouvanta sa troupe el lit fuir ses 21 compagnons. Resté seul sur le champ de bataille, il tînt télé k tout le monde, jusqu'à ce qu'épuisé de; force il se rendit prisonnier avec les bonm^urs de la guerre. Mais l'ignoble gouverneur le lit assassiner entre deux ponts, le 5 février 1600, A cette nouvelle toute la Normandie fut dans le deuil. On composa sur ce béros des complaintes et des chansons, (]ue l'on répèle encore dans le pays de Cau\. Son frère Adrien passa en Hollande pour le venger, mais il ne put que ramener le corps (le son frère, qu'il déposa d'abord dans l'église de Saint- Valery où on lui lit un pompeux service. Après être resté (Quelques jours dans une chapelle funèbre, tendue de noir, on le porta fi Néville où il fut inhumé auprès de ses aieux, dans le grand caveau du chœur.

Saint-Valery-cn-Caus , appelé autrefois Salnt-Valery-fes- Plains [Sanctus-Vnlericus-in-Plauîsj, ayant toujours fuit partie àe l'csemption de Fécamp, nous sommes privés sur celte cure d«s renseiguemenls statistiques d'Eudes Rigaud. Le pouillé de n38 donne il la ville 7a0 feux, et les Visites du vicairegénéral deFécampdisent que vers 1710 on y comptait 1,500 couiuiuuiaiits, desservis par douze prt^tres séculiers.

Cette petite ville, encore aujourd'hui très-chrétienne, fut toujours très-pieuse et adonnée à toutes les pratiques de la religion. C'est ce qui fut cause que pendant le cours dn dernier siècle elle fut travaillée par l'hérésie régnanle, qui avait envalii les villes et les bourgs du voisinage, tels que Dieppe , Veules, Ourville, Néville et Fontaine-le-Dun. Un pamphlet, de f 764, imprimé en Francf, mais sans lieu d'impression, ni uom d'imprimeur, nous apprend que M. G. de Saint-Pierre, curé de Saint-Valery à cette époque, trempa dans les machinations de la secte. Voici il (pielle occasion.

Le père Berruyej, jésuite célèbre , avait fait paraître son Ui»toire du peuple de Dieu, qui fut tiensurée à Rome même. Dfts son appmlion, ce livre se trouva très-répandu h Rouen et dans tout le diocèse. Il y était patronné et activement recominmidé par des prilres cl d« laïques, amis de l'auleur, origi-

— lunaire de Roueu. Daos ce grand centre etclésittsll(|ue, le père Iterruyer avall enseigné, prêche, confessé, pendant plusieurs années, et s'y était fait bon nombre de disciples et de partisans. On citait, parmi les plus zélés, le célèbre Itrbaiii Robinet, ncaire-général et réformateur du bréviaire de Rouen, doul il avait composé les hymnes. Aussi les ouvrages du bon père étaient-ils répandus k Rouen plus que dans toute aulrc v\\le du royaume, et l'on allait jus<|u'à dire qu'ils y avaient élé imprimés et réédités •.

Grand nombre de curés s'alarmèrent de ses doctrines et se liguèrent contre lui. Le 3 Juillet 1763, ils adressèrent il M*' de La Rochefoucauld, une Requemle pour obtenir la censure de ses ouvrages. Cette pièce fut signée par 56 curés du diocèse, soulevés et animés par M. Charles-Louis Lenfant, curé de Saint- André de la Porle-Cauchoise, k Rouen. Plusieurs hrttres, datées, les unes de Dieppe, les autres de NeufchAtel, amenèrent de nouvelles adhésions.

Sans se laisser influencer jiar celte imposante manifestation presbytérale, le cardinal-archevêque adressa aux 78 signataires plusieurs lettres qui ne les satislirent pas. Le prélat s'expliquait mais il ne condamnait point. Mécontents de ces mesures, qui ne remplissaient pas leur but, les curés, au nombre de fii, firent, l'aimée suivante, une nouvelle levée de boucliers. Dans cette secondo requête ils enveloppaient dans la même censure les ouvrages du P. Hardouin, jésuite non moins célèbre, mais plus systématique encore que le P. Berruyer.

Nous ignorons d'une manière précise comment se termlnu cette aifaire, très-grave alors, mais à pi'ésent fort oubliée. Le faclum qui nous la fait conjiallrc ^, ne nous en révèle pas l'issue. Cepejidant nous avons lieu de croire que la fin n'en fut pas brillante pour tout le monde. M. Lenfunt. l'auteur de cette manifestation et le meneur de l'afTaire, fut forcé de quitter momentanément sa paroisse, qu'il admhiisirait depuis cinquante ans, et de se retirer en Hollande. Il en revint cependant pour mourir h Rouen, oii îl eM décédé le 21 féiTier I77i. Mais U avait donné sa démission depuis quelques années ^.

' RfijurêU de* eurii Ju diaiiât dt Aoum. — ' Bequale dti Curé* du dioekt (le Roue» à tetir arehevéque. puur lui demander Ui ffiuurr du P. Bemiyer. jitvile. — Iii-I2 de ISI fit;es, en France, 1761. — ' IHel. hùt.etentit/utdia Homme* Uluilrei ilt la Knrmandie pw Aniirt V»«\u\tt.

Ce M. Leufant était un hardi prédicateur, car un jour jirëchant fi la cathédrale de Rouen, devant le cardinal de Satilx- Tavaunes, il eut le front de dire qu'autrefois les éttlques étaient d'or et avaient des crosses de bois, mais qu'aujourd'hui les crosses étaient d'or et les évéques de bois, ci; qui avait mécontenté le prélat.

Du reste parmi ses adhérents et les signataires de ses protestations, nous trouvons en première ligne M. G. de Saint- Pierre, curé de Saint- Valéry, et seize autres de l'arrondissement d'Yvetot. Dans le nombre nous citerons les curés de TonnovUIe, de Bourville, de Saint-Silvain, d'AjiglesqueYille-la-13ras- Long, d' A n ger vi 11 e-1 a-Martel, de Saint-Nicolas de Vcules, et le doyen de la collégiale de Motte ville.

Malheureusement ce n'était pas la première fois que la subtile et austère hérésie des derniers siècles donnait signe de vie tians notre pauvre arrondissement d'Yvetot. En 1713 et 1744 avait eu lieu, en France et dans toute la chrétienté, la publication de la fameuse constitution Unigenilm de Clément XI . Le 3 avril 1714, M»"' Claude d'Aubigné, archevêque de Rouen, avait, par un mandement, ordonné à tous les curés de sou diocèse d'en faire, en chaire, la lecture fi leurs paroissiens. Le plus grand nombre s'y était soumis ; mais plusieurs avaient résisté, secrètement d'abord, publiquement ensuite. Pendant les années 1713 et 1716 un déluge de lettres des curés k leur archevêque, inonda la province. Monseigneur, après beaucoup de patience et de longanimité, fulmina, contre ce faisceau d'erreurs , une condaamation solennelle et écrasante.

Les curés de Barville, de Saint-Denis-d'Héricourt, d'Ocqueville, de Sasseville et dcGrainville-la-Teinturière, avaient osé âcrire, par la voie de la presse, ft celui qui était leur juge dans la foi :

« Nous déclarons h Votre Grandeur que nous n'avons pas fait lecture de la Constitution h nos peuples, de peur de leur donner une pierre au lieu de pain, et un serpent au lieu de poisson i que nous y trouvons des propositions qui paraissent contraires à l' Écriture-Sain te et h la tradition; qu'elle nous parait anéantir la puissance de Dieu sur la créature, l'eliicacité de la grAce, la nécessité ^ les elfets de la foi, de la ehadiHruîro les règles si sagement établies par

I*M saint» Canons pt par les instructions ilc saiul Charles, tOH-J rkani la pénitence ■. •

Le ti mars 1717. Monseigneur leur adressait la réponse suivante, dans un mandement qu'ils (îtaicnt ti^tms <Ic lire )i leurs paroissiens :

«Après avoir lu avec attention les Iftttres imprimées des curés i de Barville. de Saint-Denis. d'Ocqueville. de SassevîUe et de j Grainville-la-Teinturiére, nous condamnons les susdites lettres | comme contenant plusieurs propositions fausses, téméraires, | erronées, séditieuses, scandaleuses, injurieuses au Saint-Siège {j et It l'Ëpiscopat, et en particulier h notre mandement et k | notre^inslruction pastorale; tendant k diminuer l'autorité de I l'Églii^e, à affaiblir et it annuler les condamnations portées j par elle contre le Jansénisme; en conséquence défendons, j sous peine d'excommunication, encourue par le seul fait, de j lire ou retenir lesdites lettres. »

La fin de ce sii^cle, si troublé par l'hérésie jansénienne, devait i^tre liien autrement a^tée par la persécution constitu- j tionnelle et philosophique. Lorsque, sur les ruines de la n narchie. l'Assemblée Législative eut prononcé, le 36 ao&t 1 792, 1 son décret d'exil contre les prêtres non assermentés, lorsque \ les massacres de septembre curent retenti, comme un coup 1 de tonnerre, d'un bout k l'autre delà France épouvantée, alors 1 tous les prêtres, fidèles à leur conscience et <t l'Eglise, émigré- 1 rent en masse vers l'Angleterre et les pays étrangers. Ceux du ] diocèse de Rouen s'embarquèrent sur trois points principaux | du rivage, les ports du Havre, df Dieppe et de Saînt-Valery- ' en-Caux. Quelques-uns profitèrent du paquebot h voiles qw J fiiisait un service bi-hebdoraadaire entre Dieppe et Brigthens-J tone [aujourd'hui firiglilon^, mais la plupart se jetèrent h la I hAlc dans des barques de pécheurs, dont les patrons se dé- | vouaient pour eus, Tous ces pauvres prêtres partaient munis I d'un passeport du district, avec 36 livres d'argent monnayé et I une cbétive provision de linge. Ils s'embarquaient au milieu I des malédictions de la populace, et il fallait voir les ho.ttien l elles crociieteurs injurier ces hommes inoffensiis, qui quït-l .aient, les larmes aux yeux, une terre où ils avaient pris nais- 1 gance, et qu'ils avaient arrosée de leur sueur. Les honnAtesJ gens n'osaient pleurer qu'en secret, et si quelqu'un faisait des I

■ Mdmiimient tl htUrucUoH piuloraU dt M.il'ÀtAigné.iia 13 manl7l7. j

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vœui pour eux, ils ne pouvaient les entendre. Quel^ufi^s lîiiitles scutenient s'empressaient (le se confi'sser à eux, iJuns la provision d'un prochain martyre.

M. l'îJibé Bouïc, alors ouré i)c Beuzevillette, i:t mort d<;puis curé de Haulot-Saint-Sulpice, dans le récit qu'il nous a laissé de son émigration, raconte qu'ayant connu, le G septembre , le décret de proscription , il demanda dès le lendemain son passe-port au district de Cany, où il fut accueilli par une grêle de pierres. Puis il se rendit immédiatement a Saint-Valeiy avec trente confrères, dont deux étaient plus <|u' octogénaires. On les lit attendre toute une nuit, pendant laquelle l'émeute ne cessa de gronder autour de leur demeure. Le lendemain 8 septembre, jour de la Nativité, plus de i.OÔO personnes couvraient les quais pour voir partir ces pauvres confesseurs de la foi. (Juelques-uns des spectateurs pleuniittnt et priaient, mais d'autres juraient, blasphémaient et poussaient des hurlemiMits atffeux. On prétend que i& canaille était soldée et qu'elle tenait k gagner son argent. Avant de descendre dans le navire on fouilla leurs valises et leurs personnes de la manière la plus indécente, puis on les laissa aller h la grice de Dieu, au gré des vents et des mers.

Heureusement un spectacle bien dilférent les attendait do l'autre côté du détroit. Débarqués h Ëast-llurne, petite rade entre Drightou et Newbaven. dans la soirée du 9 septembre, ils y furent accueillis avec une bonté et unecordialiU- exquises. Les personnes riches du pays, réunies en ce moment pour la saison des bains, vinrent h la rencontre des prêtres émigrants, »e les partagèrent onlr' elles. Des dames poussèrent la charité jusqu'à jyrettdre som le bras les deitx octogénairrs ateugles et à let conâttire chez elles, avec vingt de leurs confrères ' .

Le jour mCme, il était arrivé de Dieppe, un bateau chargé rie prêtres, si bien qu'ils étaient 90 dans le village, qui en fui CRConibré. Cependant aucun ne resta sans asile et sans soins. Les châtelains , les ministres anglicans eux-mèmeii, allaient chercher des prêtres, et vei-saient, en les voyant, des larmes de compassion.

Par un effet tie sa divine volonté, la Providence avait changé

' Lttvoifaga de mon rjiUrt Âitgleterrr fl ilaiu la Payt-Biu Autnekifm , aimA-i tT«2 n iTtl3, pnr M. l'abbé Buuïc. 2 vol iri-l", «h. — chez H. L«m«lll«ur, A Roaen.

en ca'ur de frères, le eosur de nos éternels eiiiieiiiis, et les IViiiivais eux-mêmes, <iui avaient sucé, avec le lait, la liaiiie du nom anglais, sentaient, il la vue de ce spectacle, luinber leurs préjuytis el on )>ouvaieut fi peîue croire leurs yeux. Toutes les letlit», tous les mémoires des prêtres émigrés sont unanimes dans les éloges donnés à l'hospitalité anglaise. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici le passage d'une lettre véritablement apostolique, écrite à son cliei- troupeau, par l'abbé Clifilel, curé de BellevIllc-sur-Mer, exilé pour la foi.

V Vous avez pu savoir, N. T. C. F., et la postérité la plus reculée appreudra avec admiration quelle a été notre arrivée chez les peuples de la Grande-Bretagne. Nous n'étions pas encore descendus sur le rivage, et déjà, plusieurs, toucbés jusqu'aux larmes par la seule idée de la persécution sanglante qui nous dispersait, accouraient oSrir les nécessités de la via !t ceux d'entre nous dont les facultés trop modiques n'auraient pas suffi il leurs nécessités. Ce n'est point une ville, une seule province qui a montré ce zi-'le et cet cinpressemeul k nous secourir, l'Angleterre tout entière a voulu avoir droit à notre juste reconnaissance. En peu de jours on a vu des souscriptions abondantes s'établir dans toutes les contrées de oc vaste royaume, pour satisfaire aux besoins de ceux qui sont privés des biens de la fortune. Le gouvernement lui-même nous a accordé aussi sa protection en ouvrant des maisons communes. »

Les villes de Londres, de Douvres, de Guillbrd, de Cliiche&tcr, d'Oxford, de Bath, se partagèrent les émigrés catholiques. Celle de Winchester, surtout, fut peuplée de plus de 700 prt^tres français. Ceux du Havre se réfugièrent de préférunce dans cette dernière ville. C'est là que le vénérable abbé Aii- Iray écrivit ses notices sur les hommes célèbres de sa patrie. Bon nombre de prêtres se livrèrent il l'éducation , soit dans les famille^s, soit dans les académies. L'Université d'Oxford alla jusqu'k faire imprimer un Nouveau-Testament latin, A l'usage du clergé français exilé en Aiujkterre, « ad usum cleri gailicaui in Angliâ exulanlis, > mouument éclatant d'une noble hospitalité chrétienne !

Revenons W Saint-Valcry et terminons ce qui concerne l'église par l'historique de ses titres.

Jusqu'il la Révolution, ce ne fut qu'une simple cure ii la

collation entii-re dt> l'abbé de Fécamp. l^s accroissements successifs el inéine le déplacement de la ville ne purent rien faire clianger à cette situation. Encore aujourd'lmi l'église est au fond du vallon, dans le quartier appellt^ la Ville, et ([ui n'est plus qu'une campagne, tandis que le port où la population s'est transportée depuis trois siècles, n'a qu'une chapelle pour les enfanls et les vieillards. C'est Ifi que réside un troupeau de 5,336 Ames, qui ont valu à la cure le litre de première classe. Saint- Valéry, érigé en chef-lieu de canton en 1789, comptait alors 9 communes. A présent il y en a 14, dont la population totale est de 19,700 âmes. Elevé Jt la dignité de doyenné, en

1837, il possède dans sa circonscription, 15 églises, dont une est curiale, 9 succursales, 2 chapelles communales et 3 annexes. On y compte de plus quatre chapelles encore consacrées au culte, Plaine-Sevette 'n Néiille, Saint-Adrien k Drosay, Notre-Dame-du-Val à Veules. et Nolre-Dame-de-Bon-Port fi St- Valerv.

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