‹ Les Eglises romanesChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

î. Architeclare. — Il n'y a pas à proprement parler d'école provençale d'architecture. Aucune église romane de Provence, qui soit véritablement complète, n'est parvenue jusqu'à nous. Sous les remaniements postérieurs ces églises montrent l'influence des traditions de la basilique romaine et des écoles auvergnate et poitevine. Une seule église, celle de Valence, présente un déambulatoire qu'elle doit à une importation auvergnate. L'église Saint- Trophime d'Arles au contraire, voûtée vraisemblablement à la fin du xi' siècle, associe le plan de l'ancienne basilique au système des voûtes poitevines. Elle comporte une nef accostée de deux bas-côtés très étroits et un transept k trois travées sur lequel s'ouvre directement une abside en hémicycle sans l'intermédiaire d'un cliœur : c'est le vieux plan des basiliques romaines du ive siècle. Sa grande net' est voûtée par un berceau brisé coupé par des arcs doubleaux et contrebuté par les voûtes d'arête des collatéraux : c'est l'ordonnance de l'église du vieux Parthenay. Le berceau brisé, qui indique une date postérieure, caractérise les églises de Provence et il est vraisemblable qu'il

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a succédé i une charpente. Les larges piliers qui supportent les arcades sont garnis sur leur face antérieure de doubles pilastres, et reliés par des arcades doublées qui présentent à leur sommet une brisure insensible. Enfin dans quelques églises, à Avignon et à Nîmes par exemple, on a transformé les travées des bas-côtés en chapelles latérales, si bien que l'église paraît n'avoir qu'une seule nef. Les églises de Vaison, de Saint-Paul des ïrois-châteaux^ de Saint-Guilhem du Désert présentent les mêmes dispositions que Saint-Trophine d'Arles. L'église de Saint-Gilles «si une immense basilique qui ne put être achevée faute de ressources et fut pourvue plus tard d'un déambulatoire gothique ; les croisées d'ogives de sa crypte ont remplacé des voûtes d'arêtes.

2 Ornementation. — Ce ne fut pas dans l'architecture, mais dans la sculpture des portails et des cloîtres que l'école de Provence affirma sa personnalité. La réputation de ses maîtres d'oeuvre s'étendait au loin, et les compagnons tailleurs de pierre qui traversaient le pays, ne manquaient jamais d'aller visiter le célèbre escalier tournant, dit la vis de Saint-Gilles. Des œuvres comme les façades de Saint- Trophime d'Arles, de Sainte-Marthe de Tarascon, de Saint-Gilles, comptent parmi les plus belles des écoles romanes. Ces sculptures sont en quelque sorte indépendantes de l'économie architecturale, et plaquées suivant le système romain contre les façades entièrement nues. C'est ainsi que la façade de Saint-ïrophime se compose du simple pignon de la grande nef, accompagné des deux toits en appentis des bas-côtés, sans aucun ornement ; dans l'axe du monument s'ouvrent deux fenêtres, l'une simple, l'autre géminée ; l'admirable porche sculpté forme une saillie contre cette façade, et recouvre entièrement les deux contreforts dont on aperçoit l'extrémité qui dépasse son fronton.

Le portail de Saint-Trophime est formé d'une grande

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baie qu'un trumeau divise en deux et que surmonte ua tympan encadré par une archivolte aux moulures élégantes. Les pieds-droits qui supportent l'archivolte sont couverts de bas-reliefs qui se continuent sur la façade et sur deux petits côtés en retour d'équerre. Un Christ de majesté entouré des quatre symboles des Evangélistes couvre le tvmpan; conformément à rhabitu«de romane, il est assis sur un trône, couronné du diadème impérial et porte à la main le livre de vie : au-dessous de lui. sur le linteau, sont les douze apôtres assis ; la voussure qui encadre le tympan est couverte de figurines d'anges en buste -disposés sur deux rangs : les trois anges du sommet :sonnent la trompette du Jugement Dernier. Un large bandeau, qui forme comme le prolongement du linteau, montre à gauche la procession des élus dirigée vers un ange qui dépose les âmes dans le sein des patriarches, à droite les damnés écartés par l'ange du paradis ou entraînés dans les flammes par les démons. Au-dessous une frise représente les scènes de l'enfance du Clu-ist ; viennent finsuile les grandes figures en pied des apôtres et de Saint- Trophime, que séparent des rinceaux et des colonnettes. •L'architecture faite de fragments d'entablement supportés par des colonnes ou des pilastres cannelés, est toute antique. Le style des sculptures est celui des sarcophages gallo-romains conservés en si grand nombre aux Aliscamps ; les figures sont un peu courtes et ramassées ; elles -dififèrent entièrement des statues allongées du portail royal de Chartres qu'on a voulu en dériver et qui leur sont anlérieuies, ainsi que l'a montré l'étude si pénétrante de M. de Lasteyrie. Les sculptures de Chartres seraient du milieu, celles d'Arles de la fin du xn® siècle. La riche décoration des cloîtres, celle des portails de Saint- Gilles et de Tarascon procèdent de la même école. Tout récemment un historien de l'art italien, M. Venturi, a fclrouvc dans l'Italie du nord les traces de l'influence He

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l'école de sculpture provençale qui par le relief, et l'élégance de statues, constitue l'école romane la plus voisine des traditions antiques.

Bibliographie. Revoil. Architecture romane du midi de la France, Paris, 1S66-73. — Bernard. La basilique primatialc de Saint-Trophirae d'Arles, Aix, iSgS, — de Lasteyrie. Gloitre et façade de Saint-Trophime d'Arles (Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions 1901). Les sculptures du portail royal de Chartres (Monuments Piot VIII). -

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