LE FAUX BILLET
La plainte était déposée, et l'abbé Roy décrété d'ajournement personnel le 17 avril 1788. Le 6 mai suivant, le Lieutenant criminel réglait le procès à l'extraordinaire. Mais la suspension générale du cours de la justice empêcha d'aller au delà d'un premier interrogatoire, et le prévenu demeura en liberté.
Le Parlement réinstallé, et le Châtelet reprenant ses audiences, Réveillon, qui avait cru reconnaître dans le papier du faux billet le vélin employé lorsqu'il était en correspondance avec l'abbé Roy, et qui s'était persuadé que l'écriture mise au-dessus de sa signature et de son adresse commerciale était de la main du coupable, avait réclamé un nouvel interrogatoire et le dépôt au greffe des lettres écrites à Roy, ainsi « qu'un corps d'écriture et de chiffres » à faire faire par celui-ci devant le juge. Ce que le lieutenant criminel ordonna.
Contre quoi l'abbé et avocat Roy présenta une requête « en évocation de l'affaire par le Parlement », dans laquelle il concluait à 20,000 livres de dommages-intérêts, à l'impression et l'affichage de l'arrêt contre son diffamateur, en même temps qu'à la remise du billet, sinon au payement de 7,000 livres. Il s'attaquait à la fois à Réveillon, au notaire Édon, à son clerc, au commissaire Lerat, aux témoins entendus dans l'information. Il soutenait que le billet lui avait été remis par un libraire de Leipzig, qu'il ne nommait pas, pour un ouvrage qu'il s'abstenait de désigner. A l'oreille de certains magistrats, il disait que, «si le titre de l'ouvrage transpirait, il serait à la Bastille pour la vie», parce qu'il était « contre le despotisme, pour les magistrats », durant la persécution qu'ils venaient de subir. A d'autres, il insinuait « que son manuscrit était contre les magistrats, et que, si ceux-ci le savaient, il serait sûr de perdre son procès ; raison pour laquelle il était forcé de laisser une sorte de nuage sur l'origine et la cause du billet de 7,000 livres. »
Les preuves contre l'abbé Roy sont ainsi résumées dans le Mémoire pour Réveillon ^ :
« L'abbé Roy est porteur d'un faux billet ; l'abbé Roy ne peut pas faire connaître la personne dont il le tient ; l'abbé Roy, pour expliquer ce billet, fait à la justice la fable d'un libraire chimérique, qui lui a acheté des manuscrits, chimériques aussi. L'abbé Roy, quand le billet a été argué de faux, a usé de tous les moyens imaginables pour assoupir l'affaire : prières, instances, intrigues, protections, acte judiciaire, il a tout employé. L'abbé Roy me connaissait, il était en compte avec moi ; il pouvait déduire sur le billet ce qu'il me devait;il n'en fait rien ; l'abbé Roy prend d'abord la précaution des'assurer du sort que peut avoir son billet; ensuite, il laisse croire à M* Édon qu'il ne me connaît pas; il le prie de faire recevoir ce billet ; l'abbé Roy défend expressément à M. Édon de le nommer, et lui en donne une