AU MINISTRE
De Paris j 8 juin nso.
(i Monsieur,
« Les quarante députés de la Ville de Paris se sont rendus hier à l'Hôtel de Ville; ils y ont occupé les places qui leur étaient destinées, sans aucune distinction d'Ordre. On a procédé à la lecture du Cahier municipal, qui a été généralement approuvé ; il s'est ensuite élevé quelques difficultés, parmi les quarante députés, sur les questions de savoir s'ils signeraient sur-le-champ le Cahier, ou si on le recevrait en dressant le procès-verbal de réception, ou si enfin on nommerait des commissaires pour constater s'il ne se trouvait rien dans le Cahier municipal qui fût en contradiction avec les dispositions des Cahiers des trois
1. Le duc de Brissac, après avoir joué un certain rôle dans la convocation de Paris (V. t. I, p, 170, 262, 302, 304, 3H, 350, 353), n'en joua aucun dans les élections parisiennes. On trouve son nom prononcé par les publicistes qui dénonçaient, après le 14 juillet, « les complices du maréchal de Broglie et des Polignac ». Il prit peur et disparut de Versailles, vers la fin du mois de juillet, lisons-nous dans une brochure intitulée : 31assacre occasionné au Mans par le retour des députés (in-8 de 8 pages, Bibl. nat., Lb^" 2063). « M. de Brissac, gouverneur de Parijs, après avoir passé par la ville du Mans, a été reconnu et arrêté à Duretal, près de la Flèche, d'où l'on a dcpôché vers la capitale un courrier, pour s'informer s'il était coupable et si on le décollerait provisoirement ou si on le conduirait à Paris ». Grâce à Necker, il fut réclamé et rentra à la cour qui, sa place ne pouvant être maintenue, lui confia le commandement de la garde constitutionnelle du Roi. Lors de la dissolution de cette garde, par décret de l'Assemblée législative du 29 mai 1792, Brissac fut emprisonné à Orléans avec le ministre Delessart, sous l'accusation « d'avoir fomenté parmi ses soldats un esprit d'intrigue et contre-révolutionnaire ». On sait qu'il périt le 9 septembre suivant dans le massacre des prisonniers d'Orléan«, à Versailles.
LES DÉPUT^-IS DE PARIS ET LE BURliAU DE LA VILLE. 395
Ordres. Ce dernier parti a été adopté ; les quarante députés ont nommé cinq commissaires, qui s'assembleront dimanche matin avec le bureau de la Ville, et le môme jour, à cinq heures du soir, il y aura une nouvelle assemblée des quarante députés et du Corps municipal.
u C'est, au surplus, avec une vraie satisfaction, Monsieur, que je peux vous annoncer que tout s'est passé avec autant de décence que de simplicité, et, si MM. les députés ont eu à se louer de l'honnêteté des procédés du Corps municipal, nous ne sommes pas moins sensibles aux égards honorables que nous avons éprouvés de leur part.
(( Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
« De Flesselles. »
le ministre a m. de flesselles
De Versailles, Ze 10 jicin 1789.
(( J'ai appris, Monsieur, avec beaucoup d'intérêt ce qui s'est passé entre le Corps municipal et les quarante députés de la ville de Paris, lors de la réunion qui a eu lieu, le 3 de ce mois, entre eux et MM. de l'Hôlel de Ville, pour la rédaction du Cahier de la municipalité.
u L'harmonie qui a régné dans cette assemblée est due sans doute en grande partie aux sages dispositions que vous aviez faites avec MM. du Bureau de la Ville, et aux vues patriotiques avec lesquelles a été rédigé le projet de Cahier que vous avez présenté à MM. les quarante. J'en ai rendu compte au Roi, qui en a été satisfait.
u Lorsque ce Cahier sera définitivement arrêté, vous voudrez bien m'en envoyer une expédition, ainsi que du procès-verbal de vos séances.
« J'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
« Laurent de Villedeuil. »
PROCÈS-VERBAL